François, un an plus tard

blog_1394573180

Le Conclave

Le mardi après-midi 12 mars 2013, l’excitation et les espoirs étaient palpables alors que le Collège des Cardinaux entrait en Conclave. Le lendemain après-midi, par l’acclamation « Habemus Papam » était présenté comme pape un étranger, un homme de l’extérieur qui allait, toutefois, gagner rapidement la sympathie de la multitude présente à la Place Saint-Pierre et dans le monde entier. Qui aurait cru que ce serait par ces simples mots « fratelli e Sorelle, buona sera! » (Frères et sœurs, bonne soirée! ) que pouvait commencer un pontificat? Je n’aurais jamais pu, même dans mes rêves les plus fous, imaginer qu’un Pape puisse s’appeler un jour François! De même, il n’avait jamais eu l’idée de la scène qui s’est déroulée ensuite lorsque près de cent milles personnes emmerveillées sont soudainement devenues silencieuses après que le Pape leur ait demandé de prier pour lui et sur lui. Ce fut le moment le plus touchant auquel j’ai pu assister lors d’une célébration au Vatican. Ces mots « Priez pour moi » résonne encore à mes oreilles.

Dès ces premiers moments, le Pape François a décrit son rôle en utilisant l’ancien titre « d’évêque de Rome » qui préside à la charité, faisant ainsi écho à la célèbre déclaration de Saint Ignace d’Antioche. François a apporté à la papauté le « génie » de faire des gestes significatifs et porteurs de messages puissants.

Le regard du Seigneur

Lorsque le Pape François a donné un portrait spirituel de sa personne à l’occasion d’une entrevue sans précédent accordée à une revue Jésuite en septembre dernier, il se décrivait comme se tenant sous le regard du Seigneur : « Je suis un pécheur sur qui le Seigneur a daigné jeter son regard ». Le Pape parle de ce regard du Christ en faisant référence au tableau de Caravaggio « La vocation de Saint Mathieu » qu’il a souvent contemplé dans l’église Saint-Louis-des-Français à Rome. [Read more…]

Le Cardinal et la charte

Gerald

 

Dimanche matin, le cardinal désigné Gérald Cyprien Lacroix se réveillait, comme nous tous, en apprenant la bonne nouvelle de sa création comme Cardinal par le Pape François. Cette nomination n’était toutefois pas totalement imprévisible, compte tenu de la tradition du Diocèse de Québec d’être un « siège cardinalice ». Une chose est sûre, la nouvelle tombait à point puisque la belle province avait désespérément besoin d’une voix forte pour l’aider à faire face aux défis actuels. La forte présence de journalistes lors de la conférence de presse donnée à Québec, lundi dernier, manifeste un changement et même un tournant dans le traitement médiatique du désormais Cardinal Lacroix. En effet, les médias se sont d’emblée concentrés sur son attitude générale, son « style pastoral » et ses opinions sur les grands sujets d’actualité. À cette occasion, l’opinion de son Excellence (bientôt « Éminence ») sur la question de la Charte du Parti Québécois a pris une large place. De fait, l’Église joue toujours un rôle important dans la société québécoise. En ce sens, les journalistes ont perçu que le cardinalat de Mgr Lacroix sera une voix privilégiée pour connaître l’avis de l’Église sur les sujets de société. Le contenu même des questions posées manifeste cette prise de conscience. En effet, on pouvait sentir qu’ils s’interrogeaient sur le type d’interlocuteur auquel ils ont et auront affaire. Comme s’ils avaient conscience que cette nomination allait les obliger, dans un avenir rapproché, à côtoyer davantage l’homme d’Église. Ainsi, même s’ils n’osent peut-être pas se l’avouer, les journalistes ont conscience de ce que Michael Coren affirme lorsqu’il dit que « la foi importe » (« Faith Matters ») !

Le Cardinal Lacroix s’est adonné à cet exercice rhétorique en prenant bien soin d’éviter les tentatives de certains journalistes de transformer la nouvelle en une simple polémique. La manière dont il a répondu aux questions « pièges » manifeste plusieurs attitudes pastorales qui s’apparentent « étrangement » à celles du Pape François. Il ne s’en cache d’ailleurs pas du tout en ce qu’il a même procédé à la lecture de la lettre du Pape aux nouveaux cardinaux et en y revenant lorsque le besoin s’en fit sentir. Par exemple, lorsqu’une journaliste lui a posé la question de sa « rapide ascension » il a répondu en citant le Pape François qui faisait appel aux vertus de service et d’humilité auxquelles les cardinaux sont tenus. Cela nous révèle l’attitude pastorale du pape François et de Mgr Lacroix qui possèdent toutes les caractéristiques d’une bonne stratégie de communication. En cela, bien qu’il ne soit pas un « scholar » comme il le dit lui-même, Mgr Lacroix pourrait se voir décerner un doctorat honoris causa d’une faculté de communication!

Sans nier les vérités et les vertus aujourd’hui mal comprises de la morale catholique, le Cardinal Lacroix a bien mis en pratique l’affirmation suivante du Pape François : « quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, qui réellement arrivent à tous sans exceptions ni exclusions, l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire »[1]. Comme le Cardinal Lacroix le disait dans sa conférence de presse du 17 janvier : « le Pape est fidèle aux enseignements de l’Église, n’attendez jamais une annonce disant que l’Église est pour l’euthanasie ou l’avortement, mais il préfère commencer par essayer d’ouvrir leurs cœurs, d’être inclusif envers tous et de faire sentir au monde qu’il est aimé de Dieu »[2]. Le Québec et certaines élites ordinairement hostiles à l’Église et son enseignement sont-elles prêtes à s’engager d’une manière respectueuse dans un dialogue avec l’Église ? Espérons que le ton et l’ouverture de notre nouveau Cardinal aident à briser les remparts qui bloquent l’accès du Christ au cœur des québécois.


[1] Pape François, Evangelii gaudium, no 35.

Moments de transition et joie stupéfiante

 

rosica_pope_francis_610x343

Pour l’Osservatore Romano    

 

P. Thomas Rosica, csb

Directeur général de la  Fondation catholique Sel et Lumière média

 

Le 11 février 2013 n’a pas seulement ébranlé l’Église mais il a effectué un grand changement dans ma vie. Tôt ce matin-là à Rome, le Pape a renoncé à sa charge et pris le monde et l’Église par surprise.

Quand mon collègue et ami, Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège m’a appelé et demandé de venir rapidement à Rome pour l’assister, j’ai compris que cette aide nécessitait de traiter un déluge de demandes de la part des médias, à la suite de la renonciation surprise du pape. Ayant organisé les Journées Mondiales de la Jeunesse au Canada en 2002 et servi comme attaché de presse dans deux synodes d’évêques en 2008 et 2012, fondé et dirigé le réseau de Télévision Sel et Lumière depuis 2003, j’avais une certaine idée du travail de communication avec les médias pour l’Église. Mais rien d’imaginable à cette expérience intimidante de servir en tant que porte-parole du Vatican pendant le Carême 2013 – une aventure qui inclut la renonciation du pape, le Sede Vacante ou Interregnum, un conclave prenant place sans l’atmosphère des funérailles du Pape, et l’élection-surprise du premier Pape provenant des Amériques, pas juste n’importe quel Pape, mais un Pape jésuite; le premier Pape moderne à avoir été ordonné prêtre après le concile Vatican II.

Pendant ce mois ce n’était pas un déluge mais un tsunami d’images, de récits, de rencontres, de gens et d’occasions qui allaient changer la vie et la direction de l’Église! Grâce à Dieu j’étais accompagné de l’un des jeunes réalisateurs de Salt and Light Television au Canada, Sebastian Gomes. Ensemble nous avons travaillé jour et nuit et Sebastian m’a soutenu durant cette expérience.

 

La renonciation

La renonciation du Pape Benoît a pu être un choc pour plusieurs dans l’Église et dans le monde. Personnellement, je ne fus pas surpris. Le Pape avait fait allusion à une possible renonciation durant le passé. Par l’annonce de sa démission, un théologien brillant et un professeur qui a été le champion de la tradition et a eu l’étiquette de «conservateur», nous a laissés avec un des gestes les plus progressistes effectués par un Pape. Connaissant ce qu’il a appelé son « incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. », cet éminent homme timide, connu pour son exquise bonté, charité, douceur et humilité, a offert un dernier enseignement provocateur qui a ébranlé le monde. Nous n’avons aucun document, script ou notes laissées par le pape Célestin V (Pietro del Morrone, moine bénédictin) qui, submergé par la charge, a dû se retirer après 5 mois de pontificat en 1294.

[Read more…]

Biographie des « papabili »

cardinal-marc-ouellet

Le cardinal Marc Ouellet PSS, Préfet de la Congrégation pour les évêques et président de
la Commission pontificale pour l’Amérique latine, archevêque émérite de Québec, est né le
8 Juin 1944 à Lamotte, diocèse d’Amos, nell’Abitibi troisième d’une famille de huit fils
de Pierre Ouellet et Graziella Michaud.

Après avoir purgé ses études théologiques au Grand Séminaire de Montréal (1964-1968), en
1968 il a obtenu une licence en théologie à l’Université de Montréal. Ordonné prêtre pour
le diocèse d’Amos le 25 mai 1968 dans sa paroisse natale, il fut nommé vicaire de la
paroisse de Saint-Sauveur de Val-d’Or (1968-1970).

Plus tard, il a enseigné la philosophie au Grand Séminaire de Bogota, en Colombie,
dirigée par la province canadienne de la Société des Prêtres de Saint-Sulpice. Avant de
rejoindre les Sulpiciens, de Février à Mai 1972, il a occupé le noviciat au Séminaire de
philosophie à Montréal.

Il a ensuite étudié à Rome, où il a obtenu en 1974 une licence en philosophie à
l’Université Pontificale de Saint Thomas d’Aquin. Publié en 1974, au Grand Séminaire de
Manizales en Colombie, en 1976, a été appelé le Grand Séminaire de Montréal, où il a
travaillé jusqu’en 1978.

[Read more…]

« Extra Omnes », les cardinaux en conclave

Master of papal liturgical ceremonies closes doors to Vatican's Sistine Chapel

« Extra Omnes », c’est par cette formule latine que les portes de la chapelle Sixtine se sont fermées ce mardi, à 17h35, heure de Rome. Désormais tous les regards sont  tournés vers la cheminée de la chapelle Sixtine. Celle qui annoncera par une fumée blanche l’élection du successeur de Benoît XVI, le 266ème pape de l’Église catholique. Ce mardi, à 16h15, les 115 cardinaux électeurs en habit de chœur, soutane rouge et surplis blanc, sont entrés en procession dans la Chapelle Sixtine, en chantant la litanie des saints d’Orient et d’Occident, pour souligner le caractère universel du conclave. Après s’être installés à la place qui leur a été attribuée, les cardinaux ont invoqué l’Esprit-Saint en entonnant le chant du Veni Creator,puis ils ont prêté serment, tous ensemble, de garder le secret du conclave : « Nous promettons et nous jurons surtout de garder avec la plus grande fidélité et avec tous, clercs et laïcs, le secret sur tout ce qui concerne d’une manière quelconque l’élection du pontife romain et sur ce qui se fait dans le lieu de l’élection et qui concerne directement ou indirectement les scrutins ; de ne violer en aucune façon ce secret aussi bien pendant qu’après l’élection du nouveau pontife, à moins qu’une autorisation explicite en ait été accordée par le pape lui-même ». Puis individuellement, les uns après les autres selon l’ordre de préséance, les cardinaux ont juré la main sur l’Évangile : «  Et moi, N. Cardinal N., je le promets, j’en fais le vœu et je le jure… Que Dieu m’y aide ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main ». [Read more…]

« Habemus Papabili »

Voici des interviews sur plusieurs « Papabili », réalisées par Charles Le Bourgeois avec Frédéric Mounier, correspondant permanent du journal La Croix à Rome. Ce dernier donne quelques lignes de forces et de faiblesses de 9 cardinaux Papabili… mais l’Esprit-Saint peut nous surprendre!

Pourquoi le conclave est-il secret?

Notre collègue Charles Le Bourgeois a pu interviewer le cardinal Philippe Barbarin vendredi 9 mars, entre deux courses en vélo. Il explique pourquoi le conclave est secret

Homélie du Cardinal Angelo Sodano

Ce matin, en présence de milliers de fidèles dans la basilique St Pierre, le cardinal Angelo Sodano, en tant que doyen des cardinaux, a présidé la messe «pro eligendo Summo Pontifice  » pour élire un Pape. Le recueillement grave se lisait sur le visage des cardinaux.

Voici l’homélie du cardinal Angelo Sodano en intégralité:

Chers concélébrants, Eminentes Autorités,
Chers frères et sœurs dans le Seigneur!

«Je chanterai toujours les bontés de l’Éternel » est le chant qui une fois de plus a raisonné sur la tombe de l’apôtre Pierre, en cette heure importante de l’histoire de la Sainte Eglise du Christ. Ce sont les mots du Psaume 88, qui ont fleuri sur nos lèvres pour adorer, remercier et supplier le Père céleste. « Misericordias Domini in aeternum cantabo » est le beau texte latin, qui nous a fait entrer en contemplation de Celui qui veille toujours avec amour sur son Église, en la soutenant sur son chemin à travers les siècles et en la vivifiant de l’Esprit Saint.
Aujourd’hui encore, par cette attitude intérieure, nous voulons nous offrir avec le Christ, au Père dans le Ciel pour le remercier de l’attention aimante qu’il a toujours réservée à sa sainte Église et en particulier pour le lumineux pontificat qu’il nous a concédé avec la vie et les œuvres du 265ème Successeur de Pierre, le bien-aimé et vénéré Pontife Benoît XVI, auquel, en ce moment, nous renouvelons notre gratitude. [Read more…]

Messe Pro Eligendo Romano Pontifice, pour élire un Pape

Messe pour l’élection du nouveau Pape à la basilique St Pierre

Mardi 12 mars
en direct 5h HE (10h heure de Rome)
rediffusion à 9h en anglais et 17h en français

Procession d’entrée en conclave vers la Chapelle Sixtine
En direct 11h30 HE (16h30 heure de Rome)

Invitation à tous les fidèles catholiques du Canada lancée par Mgr Richard Smith, archevêque d’Edmonton et président de la CECC

Invitation à tous les fidèles catholiques du Canada lancée par Mgr Richard Smith, archevêque d’Edmonton et président de la CECC

Avec plus de 1,2 milliard de chrétiennes et de chrétiens à travers le monde, qui font partie de notre Église, nous vivons un moment important et solennel. Les cardinaux de l’Église catholique, dans la prière et la méditation, et loin des bruits du monde extérieur, vont commencer leur conclave pour élire le nouveau successeur de l’apôtre saint Pierre.

Le mot « conclave » désigne un endroit muni d’une clé. Seuls quelques employés sont autorisés à entrer en contact occasionnellement avec les cardinaux. Ceux-ci seront réunis en prière à la Chapelle Sixtine, comme les apôtres à la veille de la Pentecôte s’étaient rassemblés « à l’étage de la maison », où « ils participaient fidèlement à la prière » (Actes des Apôtres, 1, 13-14). La prière des cardinaux fait écho à cette prière d’il y a près de 2000 ans : « Toi, Seigneur, qui connais le cœur de tous les humains, montre-nous lequel… tu as choisi » (Actes 1, 24). Cette fois, cependant, ce n’est pas Pierre qui convoque les frères et leur adresse la parole. Ce sont les cardinaux, frères dans la foi, qui se réunissent pour discerner celui que le Seigneur a choisi pour lui confier les clés qu’il a données à Pierre, « les clés du royaume des cieux » (Matthieu 16,18).

Frères et sœurs, je vous lance à tous et à toutes une invitation, au nom des évêques du Canada et de nos frères évêques de monde entier, qui « avec le successeur de Pierre, Vicaire du Christ et Chef visible de toute l’Église, gouvernent la maison du Dieu vivant » (Deuxième Concile du Vatican, Constitution sur l’Église Lumen Gentium, n° 18). Nous invitons chacune et chacun de vous à s’unir aux cardinaux et à l’Église entière pour demander à l’Esprit Saint de désigner celui qui deviendra le nouveau successeur de Pierre.

Signe et instrument d’unité et de communion, le nouveau pape sera appelé à guider les successeurs des apôtres et tous les fidèles dans l’enseignement et la solidarité apostolique, dans la fraction du pain et dans la prière (Actes 2,14.37-42). Prions pour qu’avec Pierre et à son exemple, il sache témoigner avec audace et avec force, soutenir les apôtres, prendre la parole, exhorter ceux qui sont proches comme ceux qui sont loin, et appeler les cœurs à la conversion et à la réconciliation.

Que nos prières elles-mêmes témoignent de la communion et de l’unité de notre Église. Qu’elles confirment et renouvellent notre foi et la conviction que nous avons comme catholiques que « Jésus Christ, le Pasteur éternel » a « mis à la tête des autres apôtres le bienheureux Pierre, qu’il a établi comme principe et fondement perpétuel autant que visible de l’unité de la foi et de la communion » (Lumen Gentium, n° 18).

+ Richard W. Smith
Archevêque d’Edmonton et
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Le 8 mars 2013