Canada 150 : Sous le regard de Marie

« À l’homme d’aujourd’hui souvent tiraillé entre l’angoisse et l’espérance, prostré par le sentiment de ses limites et assailli par des aspirations sans bornes, troublé dans son âme et déchiré dans son cœur, l’esprit obsédé par l’énigme de la mort, oppressé par la solitude alors qu’il tend vers la communion, en proie à la nausée et à l’ennui, la Vierge Marie, contemplée dans sa vie terrestre et dans la réalité qu’elle possède déjà dans la Cité de Dieu, offre une vision sereine et une parole rassurante : la victoire de l’espérance sur l’angoisse, de la communion sur la solitude, de la paix sur le trouble, de la joie et de la beauté sur le dégoût et la nausée, des perspectives éternelles sur les perspectives temporelles, de la vie sur la mort » (Bienheureux Paul VI, Exhortation apostolique Marialis Cultus, 57).

À l’occasion du 150e anniversaire du Canada, des évêques canadiens ont consacré chacun de leur diocèse au Cœur immaculé de la Vierge Marie, le 1er juillet. Ils consacreront, tous ensemble, le pays en entier lors de leur Assemblée Plénière en septembre prochain.

Mais le Canada a déjà été consacré à la Vierge à deux reprises. C’est arrivé pour la première fois en 1947 pendant le Congrès Marial à Ottawa. C’était d’ailleurs l’un des plus grands rassemblements religieux en Amérique du nord à l’époque. C’est arrivé une deuxième fois en 1954 lors de l’Année Mariale, ouverte le 8 décembre, soulignant le centenaire du dogme de l’Immaculée Conception.

C’est mystérieux, quand même, toute cette affaire de consécration ! Elle ne concerne pas que les évêques. En réalité, la consécration du pays à Marie est un cadeau pour toute l’Église canadienne, pour tous les fidèles, et une invitation qui nous est lancée d’y prendre part ! La Conférence des évêques catholiques du Canada a préparé une ressource précieuse pour comprendre en quoi consiste cette consécration au Cœur immaculé de Marie.

CONSACRÉS

Avant de parler de Marie ou d’une consécration à Marie, il faut comprendre ce que signifie « être consacrer ». Et cela veut dire, retourner à la base. En tant que baptisé, chacun de nous est consacré du point de vue de Dieu. C’est Lui qui nous consacre, qui nous adopte comme ses enfants et nous « confère sa sainteté de vie et d’amour » (CEC 1266). Nous sommes aussi consacrés en choisissant de participer à cette vie d’amour. « Un acte personnel de consécration est un moyen de mieux nous approprier notre appel chrétien et de continuer de demeurer dans la grâce de Dieu » (CECC, Consécration du Canada à la Bienheureuse Vierge Marie, Suggestions de catéchèse des adultes, p.2).

POURQUOI MARIE?

Elle est modèle de sainteté. Marie a une place essentielle dans la tradition chrétienne, et a joué un rôle décisif dans l’histoire du salut. Par son « oui » inconditionnel, elle a répondu librement à la volonté de Dieu, de porter en elle et de donner au monde Jésus, Seigneur et Sauveur de l’humanité. Par son « oui », elle a continué tout au long de sa vie de « marcher sur les traces du Christ ». Marie est devenue non seulement la Mère de Dieu, elle est aussi devenue la première disciple et la Mère de toute l’Église.

En 1954, lors de la dernière consécration du pays à la Vierge Marie, les évêques du Canada ont expliqué que « la vraie dévotion à Marie exalte ‘la bassesse d’une servante’ (Luc 1, 48), et propose l’idéal d’une humanité librement et filialement soumise à l’action divine. C’est pourquoi notre génération qui assiste à la révolte de l’homme contre Dieu, se tourne vers la sainte Vierge avec une si ardente inclination » (CECC, Consécration du Canada à la Bienheureuse Vierge Marie, Suggestions de catéchèse des adultes, p.3).

Alors, en tant que Mère de l’Église, elle intercède pour nous. Elle ne cesse de participer à l’action salvifique de Jésus dans le monde. C’est pourquoi nous pouvons lui présenter nos demandes personnelles ainsi que celles de notre pays.

DES GRÂCES POUR LE PAYS

Consacrer le Canada à la Vierge Marie est donc un engagement de la part de l’Église au Canada et de ses membres, remis à Dieu, afin de plus lui appartenir et d’être davantage ouvert à sa grâce.

Les évêques veulent particulièrement confier au Cœur immaculé de la Vierge, la protection du pays, des familles canadiennes et de la vie humaine. Ils souhaitent aussi la grâce de pouvoir répondre de manière juste aux changements sociaux et, pour que ce pays soit disposé à entendre, accueillir et répondre au message de l’Évangile.

PRIÈRE DE CONSÉCRATION DU CANADA AU CŒUR IMMACULÉ

Marie notre Mère, puisse la Croix de ton Fils, plantée en sol canadien et dans les cœurs des Canadiens et Canadiennes, être reconnue comme l’Arbre de vie, dont les fruits sont visibles et accessibles à chacune et à chacun dans le jardin de ce monde.

Nous plaçons notre pays, le Canada, dans le sanctuaire de ton Saint Cœur parce que nous savons que nous y trouverons Jésus, qui vit et règne avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles.

Amen.

La carte de prière personnelle pour la consécration au Cœur immaculé de la bienheureuse Vierge Marie peut être commandée auprès des Éditions de la CECC.

POUR APPROFONDIR

Consultez ce document en format PDF de la CECC pour plus d’informations  et approfondir votre réflexion.

Lettre du Président de la CECC à la ministre des Affaires étrangères concernant la politique étrangère canadienne

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de la Lettre du Président de la CECC à la ministre des Affaires étrangères concernant la politique étrangère canadienne telle que publiée le 4 juillet 2017:

Mgr Douglas Crosby, O.M.I., évêque de Hamilton et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a écrit à l’honorable Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères, concernant son discours du 6 juin 2017 sur la politique étrangère canadienne. Dans son discours à la Chambre des communes, la Ministre avait associé les droits des femmes au droit à l’avortement et aux « droits en matière de sexualité et de santé reproductive » en déclarant que « ces droits sont au cœur de notre politique étrangère ». Dans sa lettre, Mgr Crosby exprime sa profonde inquiétude et son désaccord  affirmant que cette déclaration est « erronée, troublante et malavisée ». Il rappelle que « plusieurs enjeux féminins qui auraient dû être soulevés parce qu’ils justifient un engagement international… ont été passés sous silence. Mentionnons entre autres les ententes économiques du Canada avec des pays où les fillettes sont tuées à la naissance parce qu’elles ne sont pas des garçons; où les femmes gagnent moins que les hommes pour le même travail ou ne peuvent bénéficier des mêmes privilèges de la loi, y compris le droit à l’éducation ou à la protection contre le viol, la violence physique, ou autre forme d’abus. »

Mgr Crosby fait ressortir qu’une « partie importante de la population (tant au Canada qu’à l’étranger) estime que l’enfant à naître est un être humain créé par Dieu, qui mérite de vivre et d’être aimé », alors que la Cour suprême du Canada a unanimement reconnu dans sa décision de la cause Morgentaler en 1988 que l’État a un intérêt légitime à protéger l’enfant à naître. Le Président de la CECC insiste que « dans un contexte d’incertitude où la voix et le leadership du Canada ont du poids sur de nombreux sujets, du changement climatique à la paix mondiale, une idéologie politique ne devrait pas dicter la politique étrangère et l’emporter sur le bon sens et sur nos obligations humanitaires envers ceux et celles en grand besoin. »

Une copie de la lettre de trois pages a également été envoyée au Premier ministre, le très honorable Justin Trudeau; à la ministre du Développement international et de la Francophonie, l’honorable Marie-Claude Bibeau, au chef de l’Opposition officielle, l’honorable Andrew Scheer; au porte-parole de l’Opposition officielle sur les Affaires étrangères, l’honorable Tony Clement, et au porte-parole de l’Opposition pour les droits de la personne et la liberté de religion, l’honorable David Anderson.

Message du Président de la CECC Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017

Vous trouverez ci-dessous le vidéo du message du président de la Conférence des évêques catholiques du Canada Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017:

Lors de la veillée pascale, nous célébrons la lumière du Christ que nous portons, pleins d’espoir, dans un monde plongé dans l’obscurité et l’incertitude. Dans l’ombre du massacre de Sainte-Foy en février dernier, dans un contexte de tensions croissantes entre les puissances nucléaires et de réfugiés en quête d’asile, l’invocation de l’espérance semble prématurée à certains et dangereusement naïve à d’autres. À un niveau plus personnel, en cette fête de Pâques, le moral de certains est peut-être sapé par la maladie, le deuil, la rupture familiale, les dépendances, ou le chômage. Lorsque l’espérance commence à disparaître, la peur prend le dessus et nous perdons la paix.

La fête de Pâques est censée nous laisser un sentiment très différent du présent et du futur. Elle nous offre une réalité pleine de joie. Pâques proclame que la peur, la terreur et la mort ne sont pas la fin de l’histoire. Ainsi, les prières de la veillée pascale sont porteuses d’une confiance sans équivoque : « Nous allons donc commémorer ensemble la Pâque du Seigneur en écoutant sa parole et en célébrant ses sacrements, dans l’espérance d’avoir part à son triomphe sur la mort et de vivre avec lui pour toujours en Dieu. » (Missel romain : Bénédiction du feu et préparation du cierge pascal).

Lorsque la vie nous a déçus ou lorsque les luttes ne cessent de se succéder, nous pouvons trouver difficile de croire en la victoire du Seigneur. Telle est la réalité pour plusieurs d’entre nous, même pour ceux qui se sont consacrés inlassablement à l’amour de Dieu et de leur prochain. C’est à cela que les écrits intimes de Sainte Mère Teresa nous donnent à réfléchir. Pour certains, la perte de l’espérance peut même entraîner de l’amertume ou le sentiment d’avoir été trahi par Dieu.

Comme lorsque la trompette retentit, Pâques interrompt cette spirale descendante avec des paroles inattendues : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts » (Luc 24,5). Cette question paradoxale a été posée aux trois femmes qui sont arrivées devant le tombeau vide à l’aube du premier jour de la semaine. Ce qu’elles ont découvert n’aurait pas pu être prévu par les cycles naturels de la vie; car de même que la vieillesse n’est pas suivie par la jeunesse, ainsi la mort de Jésus ne pouvait-elle pas être naturellement suivie par la vie.

Mais il n’y a rien de naturel dans la Résurrection. C’est un événement qui bouleverse et renverse le temps et la nature. La Résurrection n’est possible qu’en tant qu’acte divin; et comme tous les actes divins, elle est un moment de prise de conscience pour chacun de nous, nous rappelant que Dieu qui ressuscite les morts est plus réel, plus puissant que toute crise ou tout échec que nous pouvons rencontrer.

Pour nous tous devant le tombeau vide, quelques soient les circonstances, il y a une espérance insondable. Il y a de l’espérance pour ceux qui se trouvent dans les périphéries de la société; de l’espérance pour les gouvernements et leurs dirigeants; de l’espérance pour l’Église en ce temps de purification et de renouveau, et de l’espérance pour vous comme pour moi dans nos efforts vers la sainteté (Jérémie 29,11).

En cette fête de Pâques, alors que nos cœurs sont allumés par l’insatiable feu de l’amour de Dieu, il nous est demandé de nous confier à l’amour du Christ tandis que nous plaçons notre espérance dans le pouvoir divin qui « chasse les crimes et lave les fautes, rend l’innocence aux coupables et l’allégresse aux affligés, dissipe la haine, dispose l’amitié et soumet toute puissance. » (Missel romain, Exultet, forme longue).

Je tiens à adresser mes prières et bénédictions à chacun et chacune d’entre vous, pour que votre temps pascal soit rempli d’espérance.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Pâques 2017

Église en sortie 3 février 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Mgr Claude Champagne, évêque d’Edmundston au Nouveau-Brunswick et membre de la Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les Juifs et le dialogue interreligieux de la Conférence des évêques catholiques du Canada, sur le document « Nos voisins évangéliques ». On vous présente un reportage sur la prière œcuménique à l’église luthérienne St-John de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, on vous présente une entrevue réalisée avec Glenn Smith et Carole Tapin de Direction chrétienne avec lesquels Francis Denis s’est entretenu sur le thème de l’œcuménisme.

Message de Noël du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Douglas Crosby, o.m.i.

Vous trouverez ci-dessous le message de Noël 2016 du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Douglas Crosby o.m.i.:

Top 10 de l’actualité catholique 2016


CNS/Paul Haring
La fin de l’année civile est toujours l’occasion des bilans et rétrospectives sur ce qui nous a marqués particulièrement durant l’année. Cette opération tout à fait normale nous aide à faire le point pour voir où nous nous situons comme personne par rapport aux évènements passés et ainsi nous préparer mentalement pour ce qui se présentera au courant de l’année qui vient. Ce qui est vrai personnellement l’est également pour toute institution, l’Église catholique comprise. Je vous offre donc ce que je considère être le top dix des évènements les plus marquants de cette année 2016 tant au niveau de l’Église universelle que des églises particulières.

1.Année de la Miséricorde

Le thème de cette année était évidemment celui de la Miséricorde divine. Le pape François avait organisé son horaire en fonction de ce Mystère et de sa préoccupation que tous puissent faire l’expérience de ce Dieu qui pardonne. Ce fut notamment le cas lors des différentes audiences générales jubilaires du samedi où, une fois par mois, le pape a approfondi ce thème central de la Révélation chrétienne qu’est la Miséricorde de Dieu. Un autre élément important, et certainement le plus fatiguant pour le Souverain Pontife, fut sa participation à de nombreuses activités jubilaires organisées par la Congrégation pour la Nouvelle Évangélisation telles que le Jubilé des malades, des prisonniers, des personnes âgées, des prêtres, des diacres, des religieux, etc. Enfin, plusieurs portes de la Miséricorde furent ouvertes dans des sanctuaires et des cathédrales du monde entier. Reprenant la riche tradition des Portes saintes et des indulgences qui y sont rattachées, cette initiative aura certainement permis de rendre les grâces de cette année accessibles au plus grand nombre.

2. Voyages du pape François

Cette année ne fut pas de tout repos pour le pape François. En effet, il s’est rendu dans  plusieurs pays aux cultures diverses manifestant toujours une attention particulière aux plus pauvres. Notons son voyage apostolique au Mexique où il s’est s’adressé à tous les citoyens de ce pays d’Amérique du Nord, ne laissant pas sous silence les nombreux défis auxquels il doit faire face, notamment, la pauvreté et les violences liées au narco-trafic. Le pape s’est également rendu dans des pays marqués par des tensions géopolitiques profondes. Jouant son rôle de « premier diplomate mondial », il a su construire les ponts nécessaires à la paix dans la région du Caucase. C’est ainsi qu’il s’est rendu en Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie comme interlocuteur en faveur d’un rapprochement à la fois d’un point de vue politique, œcuménique et interreligieux.

Sous ce même thème de l’œcuménisme, soulignons sa visite en Suède pour commémorer le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Cette visite fut, notamment, l’occasion pour le Saint-Père et les plus hautes autorités luthériennes de témoigner de leur volonté réciproque en faveur de l’unité des chrétiens par la signature d’une Déclaration commune qui restera certainement l’héritage par excellence de cette visite historique.

3. Journées mondiales de la jeunesse

Toujours dans le registre des voyages apostoliques du pape François, les Journées mondiales de la jeunesse de Cracovie, en Pologne, ont certainement occupé une place centrale dans le cœur du pape François. À ce propos, Émilie Callan, journaliste à Sel & Lumière et présente à ces journées, disait, à l’émission de fin d’année d’Église en sortie : « Contrairement aux autres JMJ où les jeunes pèlerins venaient comme missionnaires, cette fois-ci, les jeunes sont venus se ressourcer dans un pays à la foi forte et vivante ». Pays de la Miséricorde divine s’il en est un, les pèlerinages au monastère et sanctuaire liés aux apparitions à Sainte Faustine, auront certainement permis aux jeunes d’approfondir la joie de l’Évangile. Notons que tous ont également pu participer aux JMJ encore cette année par l’entremise des médias comme Sel + Lumière. Vous offrir une couverture spéciale de ces JMJ aura encore été cette année, un plaisir et une joie. En ce sens, vous pouvez revivre tous ces évènements ou lire les discours du Pape sur notre blogue en cliquant sur le lien suivant.


4. Canonisation de Mère Teresa

Un autre évènement important de la vie de l’Église universelle fut certainement la canonisation de Mère Teresa. En effet, le monde entier attendait avec impatience l’élévation à la gloire des autels de celle que l’on surnommait déjà durant sa vie « la petite sainte de Calcutta ». Bien qu’une certaine presse, confondant esprit critique et cynisme revanchard, ait tenté de détourner l’attention de cet exemple de don de soi pour les plus pauvres d’entre les pauvres, le monde a applaudi cette ultime reconnaissance de l’Église. À une époque où l’on voit s’effriter les droits des plus vulnérables de nos sociétés, cette déclaration solennelle fut également l’occasion de remettre à l’avant-scène les injustices subies par de nombreuses personnes. C’est le cas particulièrement des enfants à naître et des personnes âgées qui sont parmi les plus grandes victimes dans nos sociétés dites « avancées » gangrénée par la « culture du déchet ».

5. Publication d’Amoris Laetitia

La publication de la très attendue Exhortation apostolique post-synode Amoris Laetitia a également fait couler beaucoup d’encre. Loin de se laisser entraîner dans les différentes polémiques autour de la question de la communion des divorcés remariés civilement, le document se veut une magnifique réflexion sur la beauté de l’amour humain. En ce sens, ce document évite d’abord de tomber dans deux écueils qui sont, d’un côté, la vision romantique de l’amour et, de l’autre, la vision dite « réaliste » du mariage qui tend à en réduire la grandeur suite aux nombreux exemples d’échecs de celui-ci dans les sociétés occidentales.  Enfin, tous seront servis puisqu’il s’adresse aux différents ministères et vocations dans l’Église tout en gardant une attention particulière pour les couples et familles, premiers concernés. Comme le dit le Pape, à lire et à méditer « lentement » !

6. Terrorisme islamique

Cette année a également eu son lot de tragédies et de meurtres insensés contre des personnes innocentes. Affirmant à plusieurs reprises que « la violence au nom de Dieu est un blasphème », le Pape ne s’est toutefois pas arrêté à ces fortes condamnations. Il a manifesté un accueil et une présence auprès des victimes des différents attentats terroristes. Ce fut notamment le cas lors d’une audience spéciale organisée pour les familles des victimes des attentats terroristes de Nice en la Salle Paul VI au Vatican.

De plus, alors que les JMJ de Cracovie battaient leur plein, une deuxième attaque faisait une nouvelle victime en la personne du père Jacques Hamel, prêtre du diocèse de Rouen, en France, froidement assassiné alors qu’il célébrait la messe. Le récit de cet attentat terrible, orchestré par des jeunes se réclamant de l’Islam, relate une « conversation spirituelle » pourrait-on dire. Ainsi, le prêtre s’est adressé non pas à ses bourreaux, qui se trouvaient devant lui, mais à Satan lui-même, lui demandant de partir. Témoignage bouleversant qui nous rappelle que « ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter […] mais contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Eph. 6, 12). Le pape François ayant levé le délai de prescription de cinq ans pour le commencement des procédures en canonisation, nous pourrions voir la reconnaissance du « martyre » du père Hamel dans des délais records. À surveiller.

7. Relations œcuméniques

Outre les évènements déjà mentionnés, l’année 2016 a connu des avancées majeures en matière d’œcuménisme. Notons d’abord, du côté orthodoxe, une avancée sur le chemin de l’unité à l’intérieur même de l’orthodoxie. En effet, parmi les sujets abordés lors du Concile Panorthodoxe se trouvaient : la doctrine sociale et les enjeux environnementaux, la liberté religieuse, les tensions causées par les différentes sortes d’extrémismes ainsi que la reconnaissance des autres Églises chrétiennes non orthodoxes parmi lesquelles figure bien évidemment l’Église catholique, la validité de l’ecclésialité de cette dernière étant désormais reconnue.

La rencontre entre le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill à Cuba fut également une avancée notable réalisée en 2016. Lors de cet entretien, les deux évêques ont discuté à huis-clos pendant plus d’une heure avant de signer une Déclaration commune que d’aucuns ont appelée programme de l’engagement prophétique des Églises en ce début de XXIe siècle.

8. Conférence des évêques catholiques du Canada

Hormis les nombreux sujets au niveau de l’Église universelle, l’Église catholique du Canada ne doit pas être négligée. Parmi les éléments à retenir en 2016, mentionnons non seulement les nombreuses déclarations et actions politiques en faveur de la protection de la vie de la conception à la mort naturelle mais également la création d’une culture de la rencontre.

Tout d’abord la Déclaration pastorale pour les catholiques du Canada dans le rapport intitulé « L’aide médicale à mourir : une approche centrée sur le patient » dans laquelle on stipule notamment que : « Le suicide n’est pas un soin de santé. Tuer les personnes souffrant de maladies physiques ou mentales, qu’elles soient jeunes ou âgées, est contraire à la sollicitude et à l’amour pour nos frères et sœurs ». Le combat des évêques pour que soient offerts des soins palliatifs de qualité au Canada s’est ainsi inscrit dans le débat public à de nombreuses reprises durant l’année, faisant ainsi honneur à la charge pastorale et sociale des évêques. Dans un point de presse tenu au Parlement du Canada, les représentants de la CECC, accompagnés d’autres représentants des grandes religions et du corps médical, ont fait connaître leur « opposition à l’euthanasie et au suicide assisté, de même que leurs préoccupations concernant la législation proposée sur l’« aide médicale à mourir ».

Enfin, le rapprochement avec les peuples autochtones fut également au centre des préoccupations de la CECC. En ce sens, fut publié la Réponse catholique à l’Appel à l’action numéro 48 de la Commission de vérité et réconciliation et aux questions relatives à la « doctrine de la découverte ». Prenant acte des affirmations fortes des papes  saint Jean-Paul II et François, la CECC a vu la nécessité de faire face aux « nombreux et graves péchés qui ont été commis contre les peuples originaires de l’Amérique au nom de Dieu » tout en gardant une orientation ouverte à « continuer à cheminer avec les peuples autochtones pour édifier une société plus juste où seront cultivés et honorés leurs dons et ceux de toute la société ».

Ces deux dossiers centraux de la CECC seront évidemment à suivre en 2017.

9. Assemblées des évêques catholiques du Québec

L’AECQ s’est non seulement démarquée en 2016 par des documents sur l’Église au Québec mais également par de nombreuses prises de positions publiques dans des débats de société où sa voix est requise.

La publication du document « Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes Devenir une « Église en sortie » à la suite de La Joie de l’Évangile », le 26 janvier 2016, sera certainement un document de référence pour tous les diocèses au Québec dans les années à venir. Fruit d’une session d’étude et de réflexion qui a eu lieu à Trois-Rivières les 12 et 13 mars 2014, ce document invite les lecteurs à s’interroger sur les différents niveaux de changement qu’implique le tournant missionnaire voulu par le pape François. En ce sens, vous pouvez réécouter l’entrevue sur ce document réalisée avec Mgr Alain Faubert, devenu depuis évêque auxiliaire de Montréal, dans le cadre de l’émission Église en sortie.

Parmi les prises de position dans le débat public, notons l’intervention de l’AECQ par l’entremise du Cardinal Lacroix, Mgr Paul Lortie ainsi que Mgr Christian Lépine en commission parlementaire, le 27 octobre 2016. Ils ont présenté leur mémoire sur le « projet de loi 62 Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État »

10. Travail sur le terrain

Cette bien humble et brève revue de l’année ne serait pas complète sans mentionner le travail inlassable de toutes les personnes qui vivent la dimension missionnaire de leur vocation chrétienne dans l’Église. Quelque soit l’organisme dans lequel ils s’engagent comme par exemple, les Chevaliers de Colomb ou tous les agents et agentes de pastorale, l’Église et la présence de Jésus dans notre société ne seraient absolument pas possibles sans ce « fiat » désintéressé, cette disponibilité à se mettre au service des autres au nom de Jésus.  J’ai souvenir de ma visite au lancement de l’année pastorale du diocèse de Mont-Laurier où j’ai pu être témoin du dévouement et de la joie des acteurs pastoraux de ce diocèse du Québec.

Pour ce qui est des médias catholiques, j’ai noté durant la dernière année un souffle nouveau, une fierté de retrouver, de proclamer haut et fort la joie, l’intelligence et l’engagement que suscite la foi catholique. Que ce soit à la télévision, sur internet ou dans la riche diversité de la presse écrite catholique, un grand nombre d’ouvriers sont occupés à transmettre une information religieuse de qualité, soucieux de mettre de l’avant la justice et la miséricorde éternellement inspirantes.

Je vous souhaite donc une Sainte et Heureuse Année 2017. Qu’elle soit pour vous tous l’occasion d’approfondir ce Mystère du salut présent en nous depuis notre baptême. Que Dieu vous bénisse !

Le dialogue dans la vérité: réflexion sur « Nos voisins évangéliques »

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Cette semaine, la Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les Juifs et le dialogue interreligieux de la Conférence des évêques catholiques du Canada publiait un document intitulé « Nos voisins évangéliques : Réflexion sur l’évangélisme chrétien ». Cette brochure de 12 pages, se veut une ressource pour les catholiques afin qu’ils en apprennent davantage sur le christianisme évangélique à travers «  l’histoire et les croyances des évangéliques et en prêtant une attention particulière aux relations entre les évangéliques et les catholiques ». Je retiens de ma lecture une foule d’informations tant historiques que théologiques ainsi qu’une posture cohérente avec le souhait du pape François pour que « la collaboration interreligieuse et œcuménique montre que les hommes et les femmes ne doivent pas oublier leur propre identité, ethnique ou religieuse, pour vivre en harmonie avec leurs frères et sœurs ».

Regard historique et théologique 

La première chose que l’on note, c’est que les différences qui séparent les catholiques des évangéliques s’enracinent dans une longue histoire. En effet, on commémore cette année le 500ième anniversaire de la Réforme protestante ! L’évangélisme est donc un mouvement chrétien issu de la tradition protestante , ce qui implique l’acceptation des principes théologiques qui y sont liés tels que « l’autorité exclusive de l’Écriture » et « la justification par la seule foi » (p.2). Le document de la CECC offre ensuite une description des différentes explications et implications de ces principes avant de présenter quelques-unes de ces manifestations dans la vie concrète de nos frères protestants. On explique ainsi les expressions tels que « born again », de « revivalism » ou de « fondamentalisme », tout en spécifiant que « les évangéliques forment un groupe diversifié » (p.4).

D’une perception à une autre

Ce qui est significatif dans ce document, c’est que l’on ose sortir de l’énumération des traits distinctifs, à la manière d’une encyclopédie, pour prendre en compte l’expérience concrète que ces mêmes différences peuvent avoir sur la vie quotidienne des membres des deux communautés chrétiennes. On offre ainsi pour les deux perspectives, un dialogue qui tient compte des critiques réciproques.

En effet, on se demande d’abord ce que pensent les catholiques des évangéliques ? On offre alors un portrait réaliste des éléments dont les catholiques peuvent naturellement faire l’éloge comme leur attachement à la Parole de Dieu telle que transmise dans la Bible mais également l’emphase mise sur la relation personnelle au Christ. capture-decran-2016-10-22-a-10-36-39Toutefois, on ne cache pas les réticences que les catholiques peuvent également avoir face à une certaine tendance à interpréter l’Écriture Sainte d’une manière trop littérale sans tenir compte de la Tradition c’est-à-dire la vie des chrétiens qui nous ont précédés ou, en d’autres termes, « la grande communauté chrétienne qui s’étend aussi bien à travers le temps que dans l’espace » (p.7). Enfin, l’unité de l’Église catholique et sa structure hiérarchique bien définie, expliquent comment « l’aspect transconfessionnel de l’évangélisme engendrent une sorte de corps indéfini que les catholiques ont de la difficulté à identifier au Corps du Christ » (p.7).

Dans un deuxième temps, on se demande ce qui, dans la pratique catholique, peut sembler étranger à un christianisme authentique tel que le conçoivent les évangéliques. D’abord, bien que l’on souligne les nombreuses avancées du dialogue œcuménique, on affirme qu’un certain nombre de cette mouvance ne sont toujours pas certains que les catholiques soient de véritables chrétiens (p.8). De plus, on montre comment l’accent mis sur la relation personnelle avec le Christ peut pousser les évangéliques à parler de leur salut « à l’imparfait » c’est-à-dire comme quelque chose de déjà accompli tandis que, du côté catholique, on a souvent tendance à parler du salut « au futur », mettant ainsi l’accent davantage sur la dimension ultime c’est-à-dire après la mort.

Le dialogue, une responsabilité partagée

Dans la dernière partie du document, on trouve une analyse de la réalité du dialogue œcuménique aujourd’hui tout en manifestant l’ouverture que nous devons avoir pour être fidèles au souhait du Christ « Ut unum sint ».

Le contexte actuel et l’expansion rapide du phénomène de sécularisation doivent nous pousser à dépasser nos différences et les blessures héritées du passé afin d’offrir au monde un témoignage plus à même de convaincre de la véracité de la Révélation chrétienne. Toutefois, puisque l’estime mutuelle qui se construit peu à peu entre les deux communautés « scandalise certaines personnes » (p.11), le document de la CECC insiste sur le contexte dans lequel ce dialogue est en mesure de porter des fruits. En ce sens, pour que la vérité puisse être au centre des aspirations de tous les interlocuteurs, il est essentiel que des liens de charité profonde soient d’abord créés entre les membres. Ainsi le travail œcuménique ne pourra être concluant que s’il « s’établit au quotidien dans la vie chrétienne des croyants […] le succès du dialogue à venir dépend en grande partie de vous » (p.11).

Tant du point de vue de la richesse des informations contenues dans ce document que de la place laissée à l’expérience concrète des croyants des deux communautés, il est possible de conclure que ce document de la CECC remplit bien son mandat d’instrument au service de l’œcuménisme. Que ce soit dans le fait d’affirmer haut et fort les points de désaccord inhérents aux identités respectives que dans l’estime mutuelle et dans la capacité de reconnaître l’autre d’abord comme un frère « dans le contexte d’une foi commune » (p.5), ce document est certainement un outil de premier plan facilitant cette responsabilité missionnaire  qui nous incombe à tous.

Église en sortie 21 octobre

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit Yolland Ouellet o.m.i., directeur national des Œuvres pontificales missionnaires. Nous vous présentons un reportage sur l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Dans la troisième partie de l’émission, Mgr Gaétan Proulx nous parle de la réalité pastorale du diocèse de Gaspé.

Nouveau document de la CECC: Nos voisins évangéliques Réflexion sur l’évangélisme chrétien

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(CECC – Ottawa)… Aujourd’hui, en la fête liturgique de saint Luc l’évangéliste, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), par l’entremise de sa Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les juifs et le dialogue interreligieux, a publié une nouvelle ressource intitulée : « Nos voisins évangéliques – Réflexion sur l’évangélisme chrétien ». La ressource donne aux catholiques du Canada une introduction au christianisme évangélique en explorant ses origines, ses similitudes et ses différences du catholicisme. La ressource a été élaborée en étroite collaboration avec l’Alliance évangélique du Canada (AÉC), un partenaire de dialogue officiel de la CECC depuis 2010.

Le document fait ressortir que « Dans une société qui se sécularise de plus en plus, catholiques et évangéliques peuvent mesurer plus facilement que ce qui les sépare est moins important que ce qui les unit. » Les catholiques et les évangéliques au Canada ont bénéficié des partenariats fructueux dans leurs efforts pour promouvoir les valeurs évangéliques dans la société canadienne. Dans les deux groupes chrétiens, il y a des mariages mixtes qui fournissent un autre lieu pour le dialogue. Il est mentionné dans cette ressource que le « dialogue qui s’établit au quotidien dans la vie chrétienne de croyantes et de croyants qui ont dans leur famille des fidèles de l’autre confession, qui en côtoient au travail ou qui militent avec eux pour la justice dans la société, à l’extérieur de cliniques d’avortement ou à l’intérieur de soupes populaires… ces dialogues, où des croyantes et des croyants se soucient les uns des autres, prient les uns pour les autres et travaillent les uns avec les autres, peuvent préparer le terrain sur lequel pousseront les fruits de dialogues plus officiels. »

Dans une lettre adressée à Mgr Douglas Crosby O.M.I., évêque de Hamilton et président de la CECC, le président de l’AÉC, M. Bruce Clemenger, fait remarquer que la nouvelle ressource Nos voisins évangéliques « offre un aperçu clair des croyances et des pratiques évangéliques; je crois que la plupart des évangéliques au Canada se trouveraient assez bien représentés dans ses pages. »

La nouvelle ressource est maintenant disponible sur le site Internet de la CECC, et il est possible d’en commander des exemplaires aux Éditions de la CECC au 1-800-769-1147 ou par courriel publi@cccb.ca. Le code de commande pour la version française est 184-928, et pour la version anglaise, 184-929. Le prix de vente est de 3,00 $ l’unité et il y a un rabais pour les commandes de 50 exemplaires et plus.

Version PDF

Lien à la lettre du Président de l’AÉC

Vous pouvez également visionner une brève présentation du document lors de l’édition de Perspectives du 18 octobre 2016 en cliquant sur le lien suivant:

La pastorale face à l’euthanasie

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Cette semaine se tenait à Cornwall, l’Assemblée plénière des évêques catholiques du Canada. Lors de cette rencontre annuelle, les évêques de partout au pays se sont réunis pour prier, réfléchir, discuter et prendre des décisions concernant les grandes orientations de la Conférence pour l’année à venir. Suivant un agenda bien rempli, les évêques ont donc pu aborder plusieurs thèmes relatifs à la réalité pastorale propre au Canada. Parmi les sujets abordés cette année, l’euthanasie a certainement retenu l’attention des participants.

La pastorale devant l’euthanasie

La question de l’euthanasie au Québec et au Canada est une problématique relativement nouvelle puisque les législations permettant une telle pratique sont apparues dans le courant de cette année. La CECC a donc fait appel au Cardinal Willem Eijk, archevêque d’Utrecht au Pays-Bas, afin qu’il puisse partager son expérience d’évêque dans un pays ayant une législation très permissive en matière d’euthanasie et de suicide assisté. Dans un deuxième temps, les évêques de partout au pays ont pu se concerter avant d’amorcer ce qui pourrait être le début d’un processus visant à définir certaines balises communes en cette matière. Les évêques catholiques d’Alberta ayant publié un document sur cette question peu de temps avant la plénière, celle-ci n’a attiré l’attention des médias québécois et canadiens qu’à la veille de la clôture de cette rencontre. Manifestant l’urgence d’aborder cette nouvelle réalité, cette polémique va certainement pousser les évêques à réfléchir avec plus d’intensité aux conséquences d’une telle législation sur la pastorale.

De la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté surgissent deux problématiques distinctes, celle de la célébration du sacrement de l’onction des malades d’une part, et, d’autre part, celle de la célébration des funérailles. C’est deux questions appellent à certaines clarifications.

Le sacrement de l’onction des malades, une porte de la miséricorde

Dans un premier temps, la célébration du sacrement des malades dans le contexte précédant une euthanasie demande un discernement approfondi. D’un côté, il y a la réalité objective. Dans le cas d’une personne faisant la demande de l’injection létale causant directement sa mort, il apparaît contradictoire qu’elle demande du même coup le sacrement des malades. En effet, comment célébrer authentiquement le signe efficace d’une foi qui est volontairement niée dans son élément le plus fondamental, c’est-à-dire le sens chrétien de la souffrance ? Le sacrement des malades (anciennement « extrême onction ») ayant pour but d’ouvrir à l’espérance de la vie éternelle et d’accepter le don gratuit de la miséricorde de Dieu dans la vie d’une personne, il apparaît contradictoire que cette personne en face la demande avant de commettre ce que l’Église enseigne comme étant un rejet du don le plus précieux de Dieu : la vie humaine elle-même. Que conclure de cette contradiction?

Du côté pastoral, il apparaît clair qu’un refus pur et simple de célébrer ce sacrement pourrait faire offense au cri de détresse qu’une telle demande représente. En effet, les pasteurs ne peuvent jamais « jeter l’éponge » puisque Dieu accueille toujours celui ou celle qui vient à Lui. C’est ainsi que nous devons comprendre l’appel du pape François ainsi que des évêques du Québec entendues ces derniers jours dans les médias. Bien que le contexte médical et humain de la société risque fort de se détériorer avec les lois 52 et C-14, puisque ces dernières désacralisent la vie et la dignité humaine de tous les citoyens, de son côté, l’Église ne changera pas la posture qui était et qui sera la sienne, celle d’accompagner toutes les personnes qui viennent à elle et qui lui demandent de l’aide. L’absence d’interdiction de célébrer les sacrements des malades aux personnes sur le point de se suicider ne devrait donc ni être comprise comme un encouragement, ni comme un consentement. Au contraire, elle devrait être interprétée comme une porte ouverte aux personnes en détresse sur le point de commettre l’irréparable. Une « porte de la miséricorde » par laquelle la grâce de Dieu pourrait être sentie par l’entremise de la présence aimante et pleine de tendresse d’un frère dans la foi.

Pour ce qui est des funérailles

La célébration des funérailles est une autre question. Il ne s’agit hélas plus d’accompagner la personne vers « sa mort naturelle » mais bien d’accompagner les personnes qui sont encore parmi nous afin qu’elles puissent prier pour le défunt et se sentir elles-mêmes réconfortées par la présence mystérieuse de Dieu.

Prier pour le défunt, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas une évidence. Durant les funérailles, prier pour une personne signifie la remettre dans les mains de Dieu en Lui demandant de bien vouloir l’accueillir dans son Royaume. Cependant, un suicide peut causer du ressentiment et de la rancœur pour ceux qui restent et qui se sentent souvent trahis lorsqu’une personne aimée les quitte de cette manière. Avec la légalisation de l’euthanasie, sa banalisation et l’élargissement de cette pratique dont les premiers signes sont déjà perceptibles à l’horizon, ces blessures seront de plus en plus répandues. L’Église devra donc mettre sur pied une pastorale adéquate d’accueil et d’accompagnement des personnes, nous pourrions dire, « doublement » endeuillées. Les funérailles étant un lieu privilégié pour accompagner et manifester la sollicitude de l’Église, il m’apparaît important qu’elle respecte la volonté du défunt d’avoir des funérailles puisque, malgré l’aspect objectivement contradictoire de sa « dernière volonté » avec la foi catholique, elle peut être une belle occasion d’aider et d’évangéliser.

Ainsi, loin de causer scandale ou de présenter une image de l’Église comme cautionnant cette pratique inhumaine qu’est l’euthanasie, fermer unilatéralement la porte aux familles des défunts serait une erreur tant au niveau de la pastorale d’accompagnement si chère au pape François, qu’au niveau d’une perspective missionnaire.

Bien que les assemblées d’évêques, telles que l’AECQ ou la CECC n’ont pas pour mission de se substituer au jugement pastoral de chaque évêque dans son diocèse, la plénière de la CECC de cette année aura certainement permis aux évêques de partout au pays de réfléchir aux différents scénarios d’adaptation devant les défis de l’effritement de la protection juridique de la dignité humaine au Canada. Les évêques devront faire preuve d’une immense tendresse envers les personnes qui seront, à cause de la pratique de l’euthanasie, de plus en plus blessées et en détresse. En ce sens, garder un esprit et une réglementation fondamentalement ouverts aux personnes m’apparaît le plus à même de servir le salut des âmes.