Homélie du pape François lors des canonisations de Paul VI et Oscar Romero


Crédit: CNS photo/Paul Haring

(14 septembre 2018) Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée ce matin sur la Place Saint-Pierre lors de la célébration de canonisation de 7 nouveaux saints dont celles de Paul VI et Oscar Romero: 

La deuxième Lecture nous a dit qu’« elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée » (He 4, 12). Il en est vraiment ainsi : la Parole de Dieu n’est pas seulement un ensemble de vérités ou un récit spirituel édifiant, non, c’est une Parole vivante, qui touche la vie, qui la transforme. Là Jésus en personne, lui qui est la Parole vivante de Dieu, parle à nos cœurs.

L’Évangile, en particulier, nous invite à la rencontre avec le Seigneur, à l’exemple de cet ‘‘homme’’ qui ‘‘court à sa rencontre’’ (cf. Mc 10, 17). Nous pouvons nous identifier à cet homme, dont le texte ne mentionne pas le nom, presque pour suggérer qu’il peut représenter chacun d’entre nous. Il demande à Jésus comment « avoir la vie éternelle en héritage » (v. 17). Il demande la vie pour toujours, la vie en plénitude : qui d’entre nous ne la voudrait pas ? Mais, remarquons-le, il la demande comme un héritage à posséder, comme un bien à obtenir, à conquérir par ses forces. En effet, pour posséder ce bien, il a observé les commandements depuis son enfance et pour atteindre l’objectif il est disposé à en observer d’autres ; c’est pourquoi il demande : « Que dois-je faire pour avoir ? »

La réponse de Jésus le désoriente. Le Seigneur fixe le regard sur lui et l’aime (cf. v. 12). Jésus change de perspective : des préceptes observés pour obtenir des récompenses à l’amour gratuit et total. Cet homme parlait en termes de demande et d’offre, Jésus lui propose une histoire d’amour. Il lui demande de passer de l’observance des lois au don de soi, du faire pour soi-même à l’être avec Lui. Et il lui fait une proposition de vie ‘‘tranchante’’ : « Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres […] puis viens, suis-moi » (v. 21). À toi aussi, Jésus dit : ‘‘Viens, suis-moi’’. Viens : ne reste pas sur place, car il ne suffit pas de ne faire aucun mal pour appartenir à Jésus. Suis- moi : ne marche pas derrière Jésus seulement quand cela te convient, mais cherche-le chaque jour ; ne te contente pas d’observer les préceptes, de faire un peu d’aumône et de dire quelques prières : trouve en lui le Dieu qui t’aime toujours, le sens de ta vie, la force de te donner.

Jésus dit encore : « Vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ». Le Seigneur ne fait pas des théories sur la pauvreté et la richesse, mais il va directement à la vie. Il te demande de laisser ce qui appesantit ton cœur, de te libérer des biens pour lui faire une place à lui, l’unique bien. On ne peut pas suivre vraiment Jésus quand on est alourdi par les choses. Car, si le cœur est surchargé par les biens, il n’y aura pas de place pour le Seigneur, qui deviendra une chose parmi les autres. C’est pourquoi la richesse est dangereuse et – dit Jésus – rend même difficile le salut. Non pas parce que Dieu est sévère, non ! Le problème est de notre côté : le fait d’avoir trop, le fait de vouloir trop étouffe notre cœur et nous rend incapables d’aimer. C’est pourquoi saint Paul rappelle que « la racine de tous les maux, c’est l’argent » (1 Tm 6, 10). Nous le voyons : là où on met l’argent au centre, il n’y a pas de place pour Dieu et il n’y en a pas non plus pour l’homme.

Jésus est radical. Il donne tout et demande tout : il donne un amour total et demande un cœur sans partage. Aujourd’hui également, il se donne à nous comme Pain vivant ; pouvons-nous lui donner en échange des miettes ? À lui qui s’est fait notre serviteur jusqu’à aller sur la croix pour nous, nous ne pouvons pas répondre uniquement par l’observance de quelques préceptes. À lui qui nous offre la vie éternelle, nous ne pouvons pas donner un bout de temps. Jésus ne se contente pas d’un ‘‘pourcentage d’amour’’ : nous ne pouvons pas l’aimer à vingt, à cinquante ou à soixante pour cent. Ou tout ou rien !

Chers frères et sœurs, notre cœur est comme un aimant : il se laisse attirer par l’amour, mais peut s’attacher d’un côté seulement et doit choisir : ou bien il aimera Dieu ou bien il aimera la richesse du monde (cf. Mt 6, 24) ; ou bien il vivra pour aimer ou bien il vivra pour lui-même (Mc 8, 35). Demandons-nous de quel côté nous sommes. Demandons-nous où nous en sommes dans notre histoire d’amour avec Dieu. Nous contentons-nous de quelques préceptes ou suivons-nous Jésus comme des amoureux, vraiment disposés à quitter quelque chose pour lui ? Jésus interroge chacun d’entre nous et nous sommes tous, en tant qu’Église, en chemin : sommes-nous une Église qui ne prêche que de bons préceptes ou une Église-épouse qui s’abandonne dans l’amour pour son Seigneur ? Le suivons-nous vraiment ou retournons-nous sur les pas du monde, comme cet homme ? Au total, Jésus nous suffit-il ou bien cherchons-nous beaucoup de sécurités du monde ? Demandons la grâce de savoir quitter par amour du Seigneur : quitter les richesses, les nostalgies de rôles et de pouvoirs, les structures qui ne sont plus adaptées à l’annonce de l’Évangile, les poids qui freinent la mission, les liens qui attachent au monde. Sans un saut en avant dans l’amour, notre vie et notre Église souffrent d’une « autosatisfaction égocentrique » (Evangelii gaudium, n. 95) : on cherche la joie dans un plaisir passager, on s’enferme dans les palabres stériles, on s’installe dans la monotonie d’une vie chrétienne sans élan, où un peu de narcissisme couvre la tristesse de rester inachevé.

Il en fut ainsi pour cet homme, qui – dit l’Évangile – « s’en alla tout triste » (v. 22). Il s’était attaché aux préceptes et à ses nombreux biens, il n’avait pas donné son cœur. Et, bien qu’ayant rencontré Jésus et accueilli son regard d’amour, il s’en est allé triste. La tristesse est la preuve de l’amour inachevé. C’est le signe d’un cœur tiède. Par contre, un cœur détaché des biens, qui aime librement le Seigneur, répand toujours la joie, cette joie dont on a besoin aujourd’hui. Le saint Pape Paul VI a écrit : « C’est au cœur de leurs angoisses que nos contemporains ont besoin de connaître la joie, de sentir son chant (Exhort. ap. Gaudete in Domino, I). Aujourd’hui, Jésus nous invite à retourner aux sources de la joie, qui sont la rencontre avec lui, le choix courageux de prendre des risques pour le suivre, le goût de quitter quelque chose pour embrasser sa vie. Les saints ont parcouru ce chemin.

Paul VI l’a fait, à l’exemple de l’Apôtre dont il a pris le nom. Comme lui, il a consacré sa vie à l’Évangile du Christ, en traversant de nouvelles frontières et en se faisant son témoin dans l’annonce et dans le dialogue, prophète d’une Église ouverte qui regarde ceux qui sont loin et prend soin des pauvres. Paul VI, y compris dans la difficulté et au milieu des incompréhensions, a témoigné de manière passionnée de la beauté et de la joie de suivre Jésus totalement. Aujourd’hui, il nous exhorte encore, avec le Concile dont il a été le sage timonier, à vivre notre vocation commune : la vocation universelle à la sainteté. Non pas aux demi-mesures, mais à la sainteté. Il est beau qu’avec lui et avec les autres saints et saintes d’aujourd’hui, il y ait Mgr Romero, qui a quitté les certitudes du monde, même sa propre sécurité, pour donner sa vie selon l’Évangile, aux côtés des pauvres et de son peuple, avec le cœur attaché à Jésus et à ses frères. Nous pouvons en dire autant de Francesco Spinelli, de Vincenzo Romano, de Maria Caterina Kasper, de Nazaria Ignazia de Sainte Thérèse de Jésus et de Nunzio Sulprizio. Tous ces saints, dans des contextes différents, ont traduit par leur vie la Parole d’aujourd’hui, sans tiédeur, sans calculs, avec le désir de risquer et de quitter. Que le Seigneur nous aide à imiter leurs exemples !

[01595-FR.01] [Texte original: Italien]

Nunzio Sulprizio: modèle de patience et de gentillesse dans la souffrance

Laïc italien (a travaillé comme apprenti forgeron)
Jour de fête : 5 mai
13 avril 1817 – 5 mai 1836

Nunzio Sulprizio est né le 13 avril 1817, alors que lEurope connaissait une grande famine, mais cette épreuve na pas été laspect le plus difficile de son enfance. Quand son père mourut, il navait que trois ans et deux ans plus tard, sa mère mourut également. Au milieu de ces tragédies, Nunzio a été envoyé chez sa grand-mère, mais elle est également décédée alors quil navait que huit ans. Il a pu supporter une telle perte, en partie parce qu’il prenait le temps dassister à la messe, même encore petit garçon, apprenant à connaitre Dieu et à suivre lexemple de Jésus et des saints et des saintes.

La douleur de perdre parents et grand-mère à un si jeune âge aurait semblé suffisante pour quiconque, pourtant l’enfant continua d’éprouver des difficultés dans sa vie, ayant été envoyé chez un oncle qui était violent et cruel. Cet oncle na pas permis à Nunzio daller à lécole et la plutôt engagé comme apprenti forgeron. Malheureusement pour le garçon, la réalité était moins celle dun apprentissage que celle dune servitude. Son oncle était dur avec lui, le battant souvent ou ne le nourrissant pas adéquatement, et si l’oncle croyait que son neveu avait besoin dêtre réprimandé ou corrigé, il le traitait plus durement.

Un jour, en 1831, la situation devint trop pénible pour Sulprizio. Son oncle lenvoya chercher du matériel dans les collines. Il revint de ce travail épuisé ce soir-là, ayant une jambe enflée et une fièvre brûlante qui lobligea à se mettre au lit. Le lendemain matin, il saperçut quil ne pouvait plus se tenir debout. Bien que son oncle ait été indifférent à la situation, le travail avait visiblement été trop lourd pour Nunzio. Plus tard, son état fut diagnostiqué comme la gangrène dans une jambe.

Il devint très malade et, le 20 juin 1832, il entra à lhôpital des Incurables à Naples pour se faire soigner. Malheureusement, il y resta hospitalisé pour le reste de sa vie. Cétait une situation quil supportait avec beaucoup de patience en offrant sa douleur à Dieu. On lui attribue les paroles suivantes : « Jésus a tellement souffert pour nous et, par ses mérites, nous attendons la vie éternelle. Si nous souffrons un peu, nous goûterons à la joie du paradis. Jésus a beaucoup souffert pour moi. Pourquoi ne devrais-je pas souffrir pour lui ? Je mourrais pour convertir même un seul pécheur. » Cette foi et cette attitude lont amené à aider les autres autant qu’il le pouvait. Bien que souffrant lui-même, le jeune homme aidait les patients à lhôpital et faisait tout ce quil pouvait pour soulager leur misère.

Comme sa douleur persistait, les médecins décidèrent de lui amputer la jambe en 1835 et, même sil saméliorait parfois, sa situation devint sérieuse en mars 1836 ; sa fièvre et ses souffrances augmentaient. Nunzio est décédé deux mois plus tard, le 5 mai 1836, des suites de sa maladie prolongée et dun cancer des os. Il navait que 19 ans.

Durant sa souffrance, Nunzio a toujours été considéré comme un homme doux et pieux. En dépit de sa maladie, il a servi les autres et a été dévoué à sa foi. Des décennies plus tard, cette sainteté conduisit le pape Léon XIII à proposer Sulprizio comme un modèle pour les travailleurs. Lorsque le pape Paul VI le béatifia, le 1er décembre 1963, le Saint-Père le proposa également comme modèle pour les jeunes. Il est clair que par de petits moyens Nunzio a eu un effet puissant sur ceux qui lentouraient, sur lÉglise et sur le monde.

Vincenzo Romano: prêtre au milieu du peuple

Prêtre diocésain de larchidiocèse de Naples
Jour de fête : 20 décembre
3 juin 1751 – 20 décembre 1831

Vincenzo Romano est né à Torre del Greco, en Italie, le 3 juin 1751, dune famille pauvre, mais pieuse. Il a été baptisé Domenico Vincenzo Michele Romano, surnommé « Vincenzo » en lhonneur de Vincent Ferrer, le saint préféré de la famille Romano. Il passa les premières années de sa vie dans une atmosphère familiale très religieuse, étudiant les écrits de saint Alphonse de Liguori et acquérant une forte dévotion au Saint-Sacrement.

Bien que son père ait dabord espéré qu’il devienne un orfèvre, ce dernier soutint la décision de son fils de devenir prêtre. Au début, Vincenzo a eu du mal à se faire accepter à cause du nombre élevé de séminaristes et du clergé local, mais il fut admis au séminaire diocésain de Naples à lâge de 14 ans.

Ordonné en 1775, P. Romano a travaillé à la paroisse Sainte-Croix, qui comprenait à lépoque toute la ville de Torre del Greco, la ville la plus peuplée du territoire de Naples. Ses manières simples, sa préoccupation pour les enfants orphelins et son travail auprès des autres candidats à la prêtrise furent remarqués par de nombreuses personnes.

Après la terrible éruption du Vésuve le 15 juin 1794, qui détruisit presque complètement la ville et léglise paroissiale, il s’est immédiatement dévoué au difficile travail de reconstruction matérielle et spirituelle de la ville et de léglise. Il a consacré de nombreuses heures à l’organisation des efforts de reconstruction de la ville et était même prêt à travailler de ses propres mains pour nettoyer les décombres.

Bien que souvent opprimé par des groupes politiques et par son entourage, P. Vincenzo fit preuve de résilience tout au long de son séjour à Sainte-Croix et a veillé à toujours accorder une attention particulière à léducation des enfants et à lévangélisation de la population. On dit quil a été un prédicateur qui proclamait le message de lÉvangile dune manière simple et visant à éduquer les fidèles.

Malheureusement, le 1er janvier 1825, il est tombé et sest fracturé le fémur gauche, ce qui a entrainé un déclin constant de son état de santé. Il mourut dune pneumonie à Torre del Greco le 20 décembre 1831 après une longue et douloureuse maladie, mais a laissé un héritage de charité fraternelle engagée et de bonté. Reconnu pour sa sainteté et son dévouement envers son peuple, P. Romano a été béatifié par Paul VI le 17 novembre 1963 à Rome. Son corps ayant été enterré dans la basilique Sainte-Croix, cest là que Jean-Paul II la vénéré le 11 novembre 1990, lors de sa visite pastorale à léglise de Naples.

Suivant lexemple du Bon Pasteur, P. Vincenzo Romano était une figure simple, mais puissante pour les gens de Torre del Greco. Il a passé toute sa vie à guider la communauté dont il avait la direction, la confirmant dans la foi et lédifiant par son amour.

Maria Katharina Kasper: Une vie au service de Jésus-Christ

Vierge et fondatrice de l’Institut des Pauvres Servantes de Jésus-Christ
Jour de fête : 2 février
26 mai 1820 – 2 février 1898

Née à Dernbach, en Allemagne, Katharina Kasper était une enfant maladive et manquait souvent l’école. Cependant, la lecture était son passe-temps favori et elle aimait particulièrement la Bible et L’Imitation de Jésus-Christ de Thomas a Kempis. Une fille extravertie au fort caractère moral, elle se rendait souvent avec sa mère dans un sanctuaire marial voisin et y emmenait d’autres enfants, leur racontant des histoires sur Dieu et Marie. Cest durant ces premières années que sa vocation religieuse sest manifestée et qu’elle a ressenti un grand désir de se consacrer au Seigneur.

Encore enfant, Katharina était sensible aux besoins de ceux et celles qui lentouraient, une qualité qui la menée à une vie de service et à un travail ardu. Jeune femme, elle s’est consacréeà aider les pauvres, les malades et les délaissés. Puis, à la mort de son père, elle commença à travailler comme ouvrière agricole, vendant son tissage et fendant des pierres pour la construction de routes afin de subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère dont la santé était fragile.

Son travail ardu et ses actes de charité ordinaires furent remarqués par dautres personnes dans le village et, sur les encouragements de son directeur spirituel, Katharina et quatre autres femmes formèrent une communauté religieuse : les Pauvres Servantes de Jésus-Christ. Elle aurait préféré entrer dans un ordre déjà établi, mais il ny avait pas de congrégations religieuses féminines dans sa région. Elle fonda donc sa propre communauté. Le 15 août 1851, ces « sœurs de Dernbach » prononcèrent les vœux publics de pauvreté, de chasteté et dobéissance devant lévêque Pierre Joseph Blum de Limburg et commencèrent à servir les plus démunis.

Katharina prit le nom de « Maria » et, pendant cinq mandats consécutifs comme supérieure de lordre, elle fut connue dans la vie religieuse comme « Mère Maria ». Le pape Pie IX accorda à lordre le Décret de louange le 9 mars 1860 et lordre reçut lapprobation officielle du pape Léon XIII le 21 mai 1890. Sous la direction de Mère Maria, les Pauvres Servantes de Jésus-Christ (ADJC) entreprirent leur travail auprès des pauvres, des malades et des enfants. Bien que tel fût leur ministère au début, elles sont souvent davantage reconnues par lamour et la simplicité de leur service que par un ministère particulier.

Maria Katharina subit une crise cardiaque le 27 janvier 1898 et mourut dans la maison mère de la congrégation à Dernbach à laube de la fête de la Présentation. Elle fut béatifiée le 16 avril 1978 par le pape Paul VI sur la place Saint-Pierre, louée par le Saint-Père comme une femme « de foi et de courage ».

Durant toute sa vie, Maria Katharina s’est efforcée de reconnaître la volonté de Dieu dans toutes les situations ; cet esprit a été transmis aux sœurs de sa congrégation. Par cette ouverture aux autres et à Dieu, lordre a étendu lamour et la vision de Mère Maria bien au-delà des frontières de lAllemagne, alors que leur ministère a continué à grandir et à se répandre dans des pays tels que lAngleterre, les États-Unis, les Pays-Bas, lInde, le Mexique, le Brésil, le Kenya et le Nigeria.

Francesco Spinelli: Champion des pauvres et des marginalisés

Prêtre diocésain du diocèse de Crémone
Fondateur de lInstitut des Sœurs Adoratrices du Saint-Sacrement
Jour de fête : 6 février
14 avril 1853 – 6 février 1913

Né à Milan le 14 avril 1853, Francesco Spinelli a déménagé à Crémone en Italie alors quil était encore enfant. Jeune garçon, il accompagnait sa mère qui visitait et aidait les pauvres et les malades de sa ville. Son appel à la prêtrise a été soutenu à la fois par sa mère et par un oncle qui était prêtre. Après avoir étudié à Bergame pendant plusieurs années, il fut ordonné prêtre de ce diocèse le 14 août 1875.

Plus tard cette année-là, étant à Rome pour célébrer le jubilé convoqué par le pape Pie IX, P. Francesco se rendit à la basilique Sainte-Marie-Majeure, et alors quil était là, il sest agenouillé devant la crèche de lEnfant Jésus. En prière, il reçut la vision dun groupe de jeunes femmes qui adoreraient Jésus dans le Saint-Sacrement. Ce moment lui inspira de commencer un nouvel ordreet, en 1882, il unit ses efforts avec ceux de sainte Gertrude Comensoli pour fonder les Sœurs Sacramentines de Bergame.

Après un début prometteur, il fut obligé de quitter le diocèse de Bergame en 1889 à cause dune opposition et de complots contre lui, abandonnant également la nouvelle congrégation. Il arrive à Rivolta dAdda, découragé et sans argent, mais lévêque diocésain de Crémone lui offre la possibilité dy exercer ses fonctions pastorales. En 1892, P. Francesco fonde les Sœurs Adoratrices du Saint-Sacrement, une congrégation qui obtiendra lapprobation officielle du diocèse en 1897.

À Crémone, les sœurs continuèrent à adorer le Christ dans leucharistie tout en se concentrant sur leur travail auprès des pauvres, un travail inspiré par Spinelli lui-même qui avait connu les difficultés de la marginalisation. Il s’était senti appelé par son amour de l’eucharistie à répondre aux besoins de ceux qui enduraient la même souffrance.

P. Francesco mourut de causes naturelles à Rivolta dAdda le 6 février 1913, mais les sœurs poursuivent toujours le travail quil avait aidé à mettre sur pied. Elles ont maintenant beaucoup de maisons à travers le monde, y compris en Argentine et au Sénégal. Bien quil ne l’ait pas vu de son vivant, Spinelli aurait éprouvé une grande joie devant l’approbation pontificale de sa congrégation par le pape Pie XI en 1932. En 1958, le cardinal Angelo Roncalli, qui deviendra le pape Jean XXIII, visita la tombe de Spinelli. Dans son journal intime, il a écrit : « Arrivé à Rivolta dAdda où jai admiré la maison générale des Sœurs Adoratrices que le vénérable Francesco Spinelli a fondées et sur la tombe duquel jai été heureux de prier. »

Cet émerveillement a été poursuivi par un autre Saint-Père lorsque P. Francesco a été béatifié le 21 juin 1992 par le pape Jean-Paul II.

Ayant toujours considéré Jésus comme source et modèle de sa vie sacerdotale, P. FrancescoSpinelli a laissé derrière lui une réputation de sainteté et a donné un exemple de vraie prière aux Sœurs Adoratrices du Saint-Sacrement et à tous ceux quil rencontrait. Comme le Christ, il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour servir les malheureux, les marginalisés et les rejetés partout où le besoin sen faisait sentir, et ce travail se poursuit jusquà ce jour.

Nazaria Ignacia de Sainte-Thérèse-de-Jésus​

Nazaria Ignacia de Sainte-Thérèse-de-Jésus

Fondatrice de la congrégation des Missionnaires croisées de lÉglise
Jour de fête : 6 juillet
10 janvier 1889 – 6 juillet 1943

« Toi, Nazaria, suis-moi. » À 9 ans seulement, Nazaria Ignacia March Mesa a entendu ces mots, ressentant son premier appel du Seigneur. « Je vais suivre Jésus, a-t-elle répondu, daussi près que le peut une créature humaine. »

Née à Madrid en 1889 dans une grande famille espagnole, Nazaria acquit rapidement une foi solide. Sa famille s’opposa souvent à sa foi et, si lasse de ses dévotions, elle lempêcha même une fois daller à la messe. Cependant, Nazaria persista dans sa conviction, et après que sa famille eut déménagée au Mexique en 1904, elle continua sa dévotion et décida de se joindre à linstitut des Petites sœurs des personnes âgées abandonnées (Instituto de Hermanitas de Ancianos Desamparados) en 1908, prenant le nom de Nazaria Ignacia de Sainte-Thérèse-de-Jésus et prononça ses vœux perpétuels en 1915. L’institut l’envoya travailler à Oruro, en Bolivie, où elle aida les personnes âgées, pauvres et abandonnées.

Après quelques années en Bolivie, sœur Nazaria, inspirée par les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, commença à se sentir appelée à établir un nouvel ordre consacré à la mission, à lévangélisation et à léducation religieuse. Le 16 juin 1925, elle fonda les Missionnaires de la Croisade pontificale (renommée plus tard congrégation des Missionnaires croisées de lÉglise). Cétait la première communauté religieuse bolivienne pour femmes. Leur mission était de soutenir la catéchisation des enfants et des adultes, tout en soutenant les prêtres, en menant des missions et en imprimant des tracts religieux. Comme supérieure de la congrégation, Mère Nazaria travailla avec diligence pour surmonter lopposition et les difficultés, faisant tout ce qui était en son pouvoir pour que cette nouvelle congrégation grandisse. Elle eut même une audience privée avec le pape Pie XI en 1934 dans laquelle elle lui dit quelle était prête à mourir pour lÉglise, mais le pape lui répondit : « Ne meurs pas, mais vis et travaille pour lÉglise. »

Dans cet esprit, la congrégation a poursuivi ses travaux en Bolivie tout en fondant des maisons et des œuvres dans plusieurs pays. Dirigées par Mère Nazaria, les sœurs ont travaillé pour aider de nombreuses personnes dans le besoin. Elles se sont occupées des femmes, des orphelins et des soldats, ont créé un magazine pour les femmes dans la vie religieuse et ont même aidé à former le premier syndicat de travail pour les femmes. En commençant en Bolivie, leur travail sest étendu à l’Amérique du Sud et au Portugal, à l’Espagne, la France, l’Italie et au Cameroun.

De retour à Buenos Aires, Mère Nazaria commença à souffrir d’une pneumonie au début de 1943 et mourut le 6 juillet de la même année. Sa renommée et celle de sa congrégation continuèrent à se répandre après sa mort. La congrégation des Croisées missionnaires de lÉglise reçut la reconnaissance officielle du Vatican le 9 juin 1947 et Nazaria Ignacia de Sainte-Thérèse-de-Jésusfut béatifiée par Jean-Paul II le 27 septembre 1992.

Mère Nazaria a laissé derrière elle une grande réputation de sainteté et de bonté. Elle est reconnue pour avoir toujours recommandé aux supérieures des maisons de sa congrégation une approche maternelle envers les sœurs sous leur responsabilité, n’oubliant pas leur rôle de mère de la maison. Un grand nombre la considère comme une visionnaire pour son époque par sa proposition que lÉglise catholique soit ouverte à vraiment rencontrer les gens, et ce, des décennies avant les débats et les documents du Concile Vatican II.