Nunzio Sulprizio: modèle de patience et de gentillesse dans la souffrance

Laïc italien (a travaillé comme apprenti forgeron)
Jour de fête : 5 mai
13 avril 1817 – 5 mai 1836

Nunzio Sulprizio est né le 13 avril 1817, alors que lEurope connaissait une grande famine, mais cette épreuve na pas été laspect le plus difficile de son enfance. Quand son père mourut, il navait que trois ans et deux ans plus tard, sa mère mourut également. Au milieu de ces tragédies, Nunzio a été envoyé chez sa grand-mère, mais elle est également décédée alors quil navait que huit ans. Il a pu supporter une telle perte, en partie parce qu’il prenait le temps dassister à la messe, même encore petit garçon, apprenant à connaitre Dieu et à suivre lexemple de Jésus et des saints et des saintes.

La douleur de perdre parents et grand-mère à un si jeune âge aurait semblé suffisante pour quiconque, pourtant l’enfant continua d’éprouver des difficultés dans sa vie, ayant été envoyé chez un oncle qui était violent et cruel. Cet oncle na pas permis à Nunzio daller à lécole et la plutôt engagé comme apprenti forgeron. Malheureusement pour le garçon, la réalité était moins celle dun apprentissage que celle dune servitude. Son oncle était dur avec lui, le battant souvent ou ne le nourrissant pas adéquatement, et si l’oncle croyait que son neveu avait besoin dêtre réprimandé ou corrigé, il le traitait plus durement.

Un jour, en 1831, la situation devint trop pénible pour Sulprizio. Son oncle lenvoya chercher du matériel dans les collines. Il revint de ce travail épuisé ce soir-là, ayant une jambe enflée et une fièvre brûlante qui lobligea à se mettre au lit. Le lendemain matin, il saperçut quil ne pouvait plus se tenir debout. Bien que son oncle ait été indifférent à la situation, le travail avait visiblement été trop lourd pour Nunzio. Plus tard, son état fut diagnostiqué comme la gangrène dans une jambe.

Il devint très malade et, le 20 juin 1832, il entra à lhôpital des Incurables à Naples pour se faire soigner. Malheureusement, il y resta hospitalisé pour le reste de sa vie. Cétait une situation quil supportait avec beaucoup de patience en offrant sa douleur à Dieu. On lui attribue les paroles suivantes : « Jésus a tellement souffert pour nous et, par ses mérites, nous attendons la vie éternelle. Si nous souffrons un peu, nous goûterons à la joie du paradis. Jésus a beaucoup souffert pour moi. Pourquoi ne devrais-je pas souffrir pour lui ? Je mourrais pour convertir même un seul pécheur. » Cette foi et cette attitude lont amené à aider les autres autant qu’il le pouvait. Bien que souffrant lui-même, le jeune homme aidait les patients à lhôpital et faisait tout ce quil pouvait pour soulager leur misère.

Comme sa douleur persistait, les médecins décidèrent de lui amputer la jambe en 1835 et, même sil saméliorait parfois, sa situation devint sérieuse en mars 1836 ; sa fièvre et ses souffrances augmentaient. Nunzio est décédé deux mois plus tard, le 5 mai 1836, des suites de sa maladie prolongée et dun cancer des os. Il navait que 19 ans.

Durant sa souffrance, Nunzio a toujours été considéré comme un homme doux et pieux. En dépit de sa maladie, il a servi les autres et a été dévoué à sa foi. Des décennies plus tard, cette sainteté conduisit le pape Léon XIII à proposer Sulprizio comme un modèle pour les travailleurs. Lorsque le pape Paul VI le béatifia, le 1er décembre 1963, le Saint-Père le proposa également comme modèle pour les jeunes. Il est clair que par de petits moyens Nunzio a eu un effet puissant sur ceux qui lentouraient, sur lÉglise et sur le monde.

Redécouvrir Humanae Vitae 50 ans plus tard

CNS/Paul Haring

Mercredi dernier, l’Église célébrait le 50e anniversaire de la publication de l’encyclique Humanae vitae sur le mariage et la régulation des naissances. Ayant suscité depuis de vifs débats tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église, et ce, en quantité inversement proportionnelle à la longueur du texte lui-même, ce document du Bienheureux pape Paul VI peut être analysé de plusieurs manières. En effet, pour comprendre cette encyclique, trois lectures me semblent particulièrement appropriées: 1) une perspective soulignant les enseignements comme tel; 2) une autre tenant compte du contexte historique de sa parution à aujourd’hui; 3) la double relecture ecclésiale dont Humanae vitae fut l’objet de la part des successeurs du Bienheureux Saint-Père.

Un texte au service de la vision authentique de l’amour

Comme son nom l’indique, l’encyclique Humanae Vitae porte sur « le très grave devoir de transmettre la vie humaine »(no 1). Avec ses deux mille ans d’histoire, ce n’était pas la première fois que l’Église s’exprimait sur la sexualité humaine. Il suffit de lire la Bible pour s’en convaincre. Toutefois, l’accroissement rapide des connaissances scientifiques et l’évolution des techniques dans le domaine de la reproduction exigeaient à l’époque, une nouvelle évaluation à la lumière des principes moraux découlant de la Révélation confiés à l’Église. L’encyclique réitère donc d’abord les principes (no 7-11) de l’enseignement de l’Église sur l’expression de l’Amour que sont : 1. l’intégralité de la personne dans ses dimensions corporelle et spirituelle ; 2. l’aspect entier du don corporel (fidélité, exclusivité jusqu’à la mort) ; 3. l’ouverture à la vie ou « fécondité » (no 9). En tout cela, rien de surprenant puisque le texte est en complète continuité avec l’enseignement traditionnel de l’Église. Qui avait-il donc de si nouveau pour susciter un tel de débat ?

La grande nouveauté d’Humanae vitae est l’expression d’un nouveau principe moral qui, bien qu’implicitement contenu dans ceux énumérés jusqu’alors, permettait aux couples chrétiens d’orienter l’exercice de leur sexualité devant les nouveautés de l’époque en cette matière. Le pape Paul VI, de par son autorité de successeur de Pierre, a donc promulgué l’indissociabilité des fonctions unitives et procréatives de la sexualité humaine ; promulguant que « l’acte conjugal, enmême temps qu’il unit profondément les époux, les rend aptes à la génération de nouvelles vies, selon des lois inscrites dans l’être même de l’homme et de la femme. C’est en sauvegardant ces deux aspects essentiels, union et procréation que l’acte conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour et son ordination à la très haute vocation de l’homme à la paternité » (no 12). À première vue, ce principe semble difficile à contredire. Pourquoi donc cet enseignement a-t-il suscité une telle controverse ?

Un enseignement simple pour une époque compliquée

Pour bien comprendre la réception mouvementée dont ce texte fut l’objet, il est important de se mettre dans le contexte des années 1960. Sans faire une étude exhaustive des faits historiques, il est possible de dire que la révolution sexuelle qui avait lieu à cette époque avait popularisé une vision de la sexualité comme simple divertissement. Cette dissociation entre engagement et sexualité d’une part, et entre sexualité et reproduction d’autre part, soutenue par ce qui était encore à l’époque une contre-culture, gagnait en influence et considérait toute critique comme un affront à la liberté individuelle à l’auto-détermination. Devant cette nouvelle idéologie hédoniste, les critères moraux promulgués par l’Église pouvaient être perçus comme rétrogrades par un nombre grandissant de personnes. Dans ce contexte, il n’est donc pas étonnant que cette société en profonde mutation cherchât par tous les moyens à ne pas écouter la parole du Pape. Toutefois, cela n’explique pas totalement les raisons d’être d’une telle polémique. Comment donc expliquer la forte contestation à l’intérieur même de l’Église contre Humanae Vitae ?

Encore une fois, le contexte aide à comprendre ce qui s’est passé. Alors même que les sociétés occidentales subissaient d’importantes transformations, l’Église elle-même effectuait son « aggiornamento » avec le Concile Vatican II. Fruit de l’Esprit Saint, de la prière, des discussions et des réflexions de l’épiscopat mondial avec au centre le Saint-Père, le Concile avait exprimé sa volonté d’une grande réforme dans l’agir pastoral de l’Église et, ce, à tous les niveaux. Ainsi, pleinement incarnés dans le monde, les chrétiens du Québec, par exemple, ont pu voir dans les changements de Vatican II, une sorte de Nihil Obstat de l’Église face aux nouvelles orientations de la société. Bien que cela soit vrai en partie, il n’en demeure pas moins que l’horizon d’attentes de certains catholiques en occident en matière sexuelle (telles que la libéralisation de l’avortement, de la contraception, de la stérilisation, de la PMA, etc. (no 14)) impliquait une contradiction avec l’Enseignement du Christ et la Tradition de l’Église. Un clash était ainsi à prévoir et c’est ce qui est  arrivé. On a donc accusé le Bienheureux Paul VI de ne pas être fidèle à « l’Esprit du Concile »; d’où la défection ou, du moins, une contestation d’un grand nombre de catholiques en occident sur cette question particulière.  Cependant, notre compréhension ne pourrait s’arrêter sans prendre en compte deux évolutions importantes et qui se sont déroulées au cours de ces 50 années.

Cinquante ans de tumultes fructueux

Cette tension fondamentale, à la fois externe et interne à l’Église, allait devoir demander des autorités compétentes fermeté et tact. Sous ces deux aspects, il me semble que les papes ont été à la hauteur de cet impressionnant défi. Dans un premier temps, ce que plusieurs ont appelé la « crise » post conciliaire liée à l’interprétation de Vatican II fut définitivement une des priorités du saint pape Jean-Paul II et de Benoît XVI, tout spécialement en ce qui concerne l’enseignement sur la sexualité humaine. En effet, il est aujourd’hui admis que la « Théologie du corps » de saint Jean-Paul II fait partie des grands héritages du saint Polonais à l’Église tout entière. Relisant Humanae Vitae pour le bien de cet article, il me semblait que le langage de l’encyclique semble, de par son style très direct, être d’un autre temps ; ce qui pourrait être un obstacle pour la transmission de son contenu, lui, plus que jamais actuel. Ainsi, par son travail intellectuel, Jean-Paul II a réussi à manifester la beauté de l’enseignement du Bienheureux Paul VI tout en gardant les garde-fous indispensables contre « l’exploitation de l’homme par l’homme », ce qui abonde en nos sociétés.

Une deuxième étape, plus récente celle-là, manifeste quant à elle, le côté « prophétique » des enseignements d’Humanae Vitae. En effet, bien que ne dépendant pas d’une approche « conséquentialiste », les mises en garde qui s’y trouvent ne semblent pas avoir perdu de leur pertinence. Qui tenterait de nier aujourd’hui l’augmentation de « l’infidélité conjugale et l’abaissement général de la moralité » ou « l’arme dangereuse que l’on viendrait à mettre ainsi aux mains d’autorités publiques peu soucieuses des exigences morales » (no 17) ou en d’autres termes, de ce « colonialisme idéologique » que l’on voit s’imposer dans de nombreux pays en voie de développement depuis 50 ans ? Enfin, on note bien aujourd’hui les effets extrêmement néfastes sur l’environnement de ce refus de « reconnaître des limites infranchissables au pouvoir de l’homme sur son corps et sur ses fonctions » (no 17). Comme le dit le pape François :

« L’acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu’une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. Apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations, est essentiel pour une vraie écologie humaine. » (no 155).

Redécouvrir Humanae Vitae 50 ans plus tard

À l’heure où nous fêtons les 50 ans de la publication d’Humanae Vitae, je vous invite à relire ce document important qui, tant par son contenu, son histoire ou la validité de ses enseignements, nous porte à contempler le charisme d’enseignement de l’Église qui, grâce à l’Esprit Saint (Can. 747 – § 1), nous offre les instruments pour vivre une vie pleinement libre. Comme le pape Paul VI le disait lui-même : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ». Loin des modes idéologiques, le témoignage de fermeté dans l’amour du Bienheureux pape Paul VI nous permet de connaître sans œillères, la vérité sur la sexualité humaine.

Déclaration de la CECC à l’occasion du 50e anniversaire de la lettre encyclique Humanæ Vitæ

photo:CNS

Vous trouverez ci-dessous le texte de la Déclaration de la Conférence des évêques catholiques du Canada à l’occasion du 50e anniversaire de la lettre encyclique Humanæ Vitæ:

« JE SUIS VENU POUR QU’ILS AIENT LA VIE, LA VIE EN ABONDANCE. » (Jean 10,10)

Nous célébrons cette année le 50e anniversaire d’Humanæ Vitæ, l’encyclique du bienheureux pape Paul VI sur le don de la vie humaine. Bien que plusieurs personnes aient mal interprété le message de ce document, en le réduisant à un « non » à la contraception, nous réa irmons que le message d’Humanæ Vitæ est un « oui » retentissant à la vie en plénitude que promet Jésus Christ (Jean 10,10).

Créés pour l’amour

Humanæ Vitæ enseigne que nous sommes créés à l’image de Dieu, que nous sommes appelés à refléter l’amour de Dieu dans le monde, en aimant comme lui, d’une manière libre, totale, fidèle et féconde, avec notre corps. C’est là une immense responsabilité. L’amour que nous porte Jésus nous permet de mieux comprendre comment l’amour conjugal, dans ce que saint Jean-Paul II appelait le langage du corps, est appelé à être l’image de l’amour de Dieu : un amour pour toute la vie, exclusif et prêt à s’étendre au-delà du couple, jusqu’à donner la vie. Voilà pourquoi le Christ s’engage avec les époux dans le sacrement du mariage. Il sera toujours présent pour leur donner la force de son amour infini. Dans la prière, l’Eucharistie et le sacrement de la réconciliation, les époux trouveront jour après jour la grâce de grandir dans l’amour à travers les défis du quotidien.

Le mariage, image de l’amour du christ pour nous

Le mariage chrétien reflète l’amour de Jésus qui donne sa vie pour nous. Dans sa lettre aux Éphésiens, saint Paul écrit : « À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » (Ép 5,31-32). Par son incarnation, sa mort et sa résurrection, Jésus s’est uni à son Épouse, l’Église, et les deux sont devenus « une seule chair ». Dans l’Eucharistie, le don qu’il a fait de lui-même sur la croix devient présence réelle afin que nous puissions faire, dans nos corps, l’expérience du don qu’il a fait de lui-même. Le Christ est l’Époux et nous sommes son Épouse. Lorsque nous recevons la communion, nous accueillons ce don et nous y participons intimement. C’est seulement unis au Christ que nous sommes rendus capables de faire le don total de nous-mêmes auquel nous sommes appelés.

Tout mariage chrétien est donc appelé à être l’image de ce don du Christ à son peuple. Puisque la sexualité est incluse dans ce qui fait que nous sommes à l’image de Dieu, elle doit contribuer, elle aussi, à refléter l’amour de Dieu. En fait, chaque expression d’amour au cœur du mariage est censée être une image de l’amour de Dieu, y compris l’expression suprême du mariage – la relation sexuelle.

Dans Amoris Lætitia (no 68), le pape François fait l’éloge de l’enseignement d’Humanæ Vitæ sur le mariage et la famille, qui met en lumière « le lien intrinsèque entre l’amour conjugal et l’engendrement de la vie ». C’est dire que, dans le mariage, chaque relation sexuelle est appelée à traduire un amour libre (sans contraintes), total (le don entier de soi), fidèle (loyal à l’époux ou à l’épouse) et fécond (prêt à donner la vie et propice à l’enrichissement spirituel du couple). Toute autre attitude défigure la beauté du langage que Dieu a inscrit dans nos corps. A aiblir ou fausser ce langage modifie la manière dont chacun des conjoints fait l’expérience de l’amour; en pareil cas, la relation sexuelle n’incarne pas pleinement l’amour véritable. Même s’ils sont bien intentionnés, les actes sexuels qui ne traduisent pas un tel amour nuisent à notre quête d’amour. Il devient alors plus di icile de bâtir un amour vrai et durable (voir Humanæ Vitæ, nos 12, 14).

En deçà de l’image

L’enseignement de l’Église sur la sexualité nous rappelle que nous sommes tous et toutes faits pour l’amour, mais pas pour n’importe quelle conception de l’amour. Nous sommes faits pour un amour infini, exactement le même amour qui a mené Jésus à o rir librement sa vie sur la croix pour nous. Il n’y a que son amour infini pour combler les aspirations les plus profondes de nos cœurs. Aussi l’enseignement de l’Église ne cherche pas à réprimer nos désirs sexuels ou à s’assurer que chacun de nous soit frustré et connaisse une vie ennuyeuse. Bien au contraire. L’Église nous montre que le mariage est le lieu qui permet à la sexualité de s’exprimer et de s’actualiser pleinement.

Pour reprendre les mots du bienheureux Paul VI, « un acte d’amour mutuel qui porterait atteinte à la disponibilité à transmettre la vie, que le Créateur a attachée à cet acte selon des lois particulières, est en contradiction avec le dessein constitutif du mariage et avec la volonté de l’Auteur de la vie. Par conséquent, utiliser ce don divin en détruisant, fût-ce partiellement, sa signification et sa finalité, c’est contredire à la nature de l’homme comme à celle de la femme et de leur rapport le plus intime, c’est donc contredire aussi au plan de Dieu et à sa volonté » (Humanæ Vitæ, no 13).

Fidélité et ouverture à la vie

Puisque l’amour conjugal est appelé à refléter la fécondité de l’amour de Dieu, lorsque les époux se donnent totalement l’un à l’autre, ils grandissent dans la communion, ils s’ouvrent à la bénédiction de la fertilité et leur amour reflète l’amour de Dieu pour nous. Ainsi voient-ils leur relation renforcée et approfondie dans une véritable communion – « commune union » – l’un avec l’autre. À l’opposé, la décision de modifier à dessein la relation sexuelle de manière à la rendre stérile (en recourant, par exemple, à des contraceptifs ou à la stérilisation) revient à falsifier le langage de la sexualité. De la sorte, nous imposons manifestement des limites au don de nous-mêmes, tout en nous donnant l’illusion d’un don complet.

De nombreux couples mariés adoptent des méthodes fondées sur la connaissance de leur fécondité, soit pour surmonter leur infertilité, soit pour une planification familiale responsable. Parce que ces méthodes ne changent en rien le langage des rapports sexuels, elles aident les couples à grandir dans l’amour l’un pour l’autre et pour Dieu. Fondées sur les connaissances scientifiques actuelles de la fertilité, elles sont appelées « méthodes naturelles de planification des naissances ». Elles permettent aux parents de planifier leur famille tout en respectant pleinement leur amour et leur dignité (voir Humanæ Vitæ, no 16). la joie de l’amour conjugal

En tant qu’évêques catholiques, nous avons la responsabilité d’enseigner la vérité sur Dieu et sur le projet qu’il a pour nous, dont la sexualité et le mariage font partie. Nous invitons tous les catholiques à relire, étudier et méditer l’encyclique importante qu’est Humanæ Vitæ, et à redécouvrir les vérités admirables qu’elle contient. La vérité de l’amour conjugal – telle que proposée dans Humanæ Vitæ et, par la suite, élaborée dans la théologie du corps de saint Jean-Paul II, et dans Amoris Lætitia du pape François – n’est pas toujours facile à vivre en pratique.

« [L]e bienheureux Paul VI, dans le sillage du Concile Vatican II, a approfondi la doctrine sur le mariage et sur la famille. En particulier, par l’Encyclique Humanæ Vitæ, il a mis en lumière le lien intrinsèque entre l’amour conjugal et l’engendrement de la vie : “L’amour conjugal exige donc des époux une conscience de leur mission de « paternité responsable », sur laquelle, à bon droit, on insiste tant aujourd’hui, et qui doit, elle aussi, être exactement comprise. […]. Un exercice responsable de la paternité implique donc que les conjoints reconnaissent pleinement leurs devoirs envers Dieu, envers eux-mêmes, envers la famille et envers la société, dans une juste hiérarchie des valeurs”… » (Amoris Lætitia, no 68, citant Humanæ Vitæ, 10).

Les couples mariés ne peuvent vivre cette vérité que renferme Humanæ Vitæ qu’avec la grâce de Dieu, notre Père aimant, qui, avec son Fils Jésus, nous en donne la force par la puissance de l’Esprit Saint. Oui, le mariage est une noble vocation. Puissent tous les couples mariés, fidèles à la grâce du baptême et aux vœux de leur mariage, vivre et goûter la joie de l’amour conjugal tel qu’il est enseigné dans Humanæ Vitæ et être ainsi des signes de la présence aimante de Dieu dans le monde.

Marcher pour une défense claire, ferme et passionnée de toute vie humaine

Être Pro-vie est l’une des plus profondes expressions de notre baptême : nous nous tenons debout devant les pouvoirs tels des fils et des filles de lumière, vêtus de l’humilité et de la charité, remplis de conviction, parlant avec fermeté, assurance et détermination le langage de la vérité et, ce, sans jamais perdre la joie et l’espoir. Être Pro-vie n’est pas l’exclusivité d’un parti politique ou d’un côté ou l’autre de l’échiquier politique. C’est une obligation pour tous qu’on soit de gauche, de droite ou du centre! Si nous sommes Pro-vie, nous ne devons pas diaboliser mais plutôt nous impliquer dans la culture qui nous entoure. Nous devons voir les autres avec le regard de Jésus. Nous devons donc aimer même ceux qui nous sont opposés. Marcher pour la vie à Ottawa, Washington ou dans n’importe quelle autre ville du monde signifie que nous soutenons la dignité de toute vie humaine. Cela signifie aussi que nous soutenons une vision globale de la cause pour la vie. Être Pro-vie aujourd’hui est un engagement véritablement prophétique et fait partie du combat pour un développement et l’établissement d’une véritable paix pour notre monde.

Les sujets brûlants d’actualité entourant la protection et la promotion de la vie, de la conception à la mort naturelle, doivent être une priorité pour toute personne quel que soit le côté de l’échiquier politique où elle se trouve. Cela n’est pas uniquement l’apanage de l’extrême droite. Plusieurs personnes, aveuglées par leur zèle et leur propre satisfaction ont fini par nuire à la cause qui leur était si chère. Cette cause que devons tous défendre de toutes nos forces jusqu’à épuisement. Ce qui est mal avec l’avortement, l’euthanasie, la sélection embryonnaire et la recherche illégitime sur les embryons ne sont pas les raisons qui motivent ceux qui les pratiquent. Bien souvent, ces motivations sont, du moins en apparence, la compassion; par exemple, pour protéger un enfant de naître dans un environnement hostile, mettre fin à la douleur ou bien venir en aide à un enfant souffrant d’une maladie incurable. Dans tous ces cas, la terrible vérité est que c’est le fort qui décide de la destinée du plus faible; des êtres humains deviennent des instruments entre les mains d’autres êtres humains.

Nous vivons, aujourd’hui, au milieu d’une culture qui nie la solidarité humaine et prend la forme d’une véritable « culture de la mort ». Cette culture est mise de l’avant par des puissants courants culturels, économiques et politiques qui encouragent l’idée d’une société exclusivement centrée sur l’efficacité. Il s’agit d’une guerre des forts contre les faibles. Il n’y a pas de place en ce monde pour celui qui, comme les enfants non encore nés et les mourants, est un élément faible de la structure sociale. Celui qui apparaît complètement dépendant des autres ou ne peut communiquer que par le langage de l’affection se voit bien souvent dépouillé de sa propre dignité. La vie humaine est sacrée puisqu’elle a une valeur religieuse mais cette valeur ne concerne pas que les croyants. Il ne fait aucun doute que l’avortement est la plus sérieuse blessure, non seulement pour les personnes et les familles qui devraient être le sanctuaire de la vie mais aussi pour la société entière et la culture, qui devraient en être les promoteurs et les défenseurs. Les questions d’immigration sont également des enjeux Pro-vie qui sont cruciaux pour notre époque. Le sort des 800 000 « Dreamers » aux États-Unis fait aussi partie de la cause Pro-vie. La séparation des familles à la frontière des États-Unis fait aussi partie de la cause Pro-vie. L’incarcération illégale de dizaines de milliers de jeunes dans des prisons situées le long de la frontière du Mexique fait aussi partie de la cause Pro-vie. La protection de l’environnement, sujet également crucial, est une cause Pro-vie.

Dans sa plus récente Exhortation apostolique « Gaudete et Exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, le pape François met au défi tous ceux qui se considèrent Pro-vie. Parlant des dangereuses idéologies qui peuvent nous détourner dans nos efforts pour la vie, il affirme (no 101):

« Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentiste, de communiste, de populiste. Ou bien, ils le relativisent comme s’il y avait d’autres choses plus importantes ou comme si les intéressait seulement une certaine éthique ou une cause qu’eux-mêmes défendent. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine, toujours sacrée, et l’amour de chaque personne indépendamment de son développement exige cela. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris, la traite des personnes, l’euthanasie cachée des malades et des personnes âgées privées d’attention, dans les nouvelles formes d’esclavage, et dans tout genre de marginalisation[84]. Nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement. »

Le 10 mai prochain, des dizaines de milliers de gens, dont beaucoup de jeunes et de femmes, se rendront à Ottawa pour la Marche pour la vie. N’oublions jamais de réfléchir à ce que nous faisons concrètement comme personne et comme communauté pour la défense de la vie, TOUTE vie humaine. Construire une culture de la vie et mettre fin à l’avortement est le devoir et l’obligation de chaque personne. Cependant, manifester dans les grandes villes du monde n’est pas la seule façon de montrer notre attachement à la vie. Le plus grand test est ce que nous faisons pour la vie lors des 364 autres jours de l’année et quels sont nos petits et grands efforts pour nous opposer constamment et systématiquement à tout type de meurtres, de génocides, d’avortements, d’euthanasies ou toutes formes d’autodestruction, de coercition et violation contre la dignité humaine. Comment défendons-nous les personnes qui vivent dans des conditions de vie sous-humaines, qui sont emprisonnées arbitrairement, déportées, réduites en esclavage, obligées de se prostituer, victimes de trafic humain, qui subissent des conditions de travail inhumaines ou qui sont soumises à des lois d’immigration injustes ? Toutes ces pratiques et d’autres sont de véritables poisons pour nos sociétés. Nous devons lutter pour une forte et consistante éthique de la vie.

Notre maison commune est devenue le lieu de conflits violents, de haine, d’atrocités brutales commises même au nom de Dieu et de la religion. Durant sa brève visite pastorale en Suède en octobre 2016[2], lors de la Solennité de la Toussaint, le pape François a proposé six nouvelles béatitudes pour notre monde contemporain :

« Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur »

« Bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité »

« Bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres Le découvrent aussi »

« Bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune »

« Bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui »

« Bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens »

Que ces paroles puissantes du pape François soient pour nous un guide et une source d’apprentissage, d’inspiration, de consolation et d’espoir pour les citoyens de notre pays qui marchent pour la vie et la défendent de la conception à la mort naturelle. Que les béatitudes nous émeuvent et nous portent à travailler avec courage et audace alors que nous accueillons, aimons et protégeons les plus pauvres, les plus faibles et les plus vulnérables de nos sociétés.

Père Thomas Rosica, c.s.b.

PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média

Église en sortie 23 mars 2018

Cette semaine à Église en sortie, on s’intéresse aux « Lettres biologiques » du Frère Marie-Victorin avec l’auteur et historien Yves Gingras. On vous présente un reportage sur le Forum jeunesse 2018 de l‘Assemblée des évêques catholiques du Québec. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Ellen Roderick, co-directrice de l’Office pour le mariage, la vie et la famille de l’archidiocèse de Montréal, sur les « lettres biologiques » dans le contexte de l’enseignement de l’Église sur la sexualité.

« La charte n’est pas un CREDO »: la liberté de conscience selon Mgr Christian Lépine

CNS photo/Dario Ayala, Reuters

Depuis quelques semaines déjà, un bras de fer s’est enclenché opposant le gouvernement du Canada et plusieurs groupes défendant la liberté de conscience. Au cœur de la tourmente, la modification des règles d’admissibilité aux subventions pour les emplois d’été au gouvernement fédéral. Ces changements excluent a priori toute organisation ne partageant pas une option en faveur de l’avortement. Bien que cette nouvelle règle ait été contestée par des groupes de toutes les confessions religieuses, l’épiscopat canadien fut sans contredit à l’avant-scène des discussions.

Encore tout récemment, l’évêque du Diocèse de London en Ontario, publiait un communiqué de presse cinglant dans lequel il affirmait que « nous devons nous lever contre cette position du gouvernement du Canada en affirmant que nous ne nous laisserons pas intimider (bullied) en ayant même l’apparence de collusion sur cet enjeu ». Pour l’évêque de London, il ne fait aucun doute qu’il s’agit « d’une regrettable violation de la liberté de conscience et de religion, de penser et de croire, d’opinion et d’expression, garantie par la Charte ».

Au Québec, dans une entrevue accordée à Sel et Lumière, Mgr Christian Lépine souligne que l’on peut voir la question de deux manières. En effet, il affirme que « l’angle des jeunes qui se verront refuser un travail l’été prochain ne doit certainement pas rester sous silence » sans oublier les différents destinataires des services rendus par ces jeunes durant l’été qui souffriront d’une manière non négligeable de leur absence.

De plus, l’archevêque souligne la tendance profonde de l’utilisation idéologique de la Charte canadienne des Droits et Libertés : « le but d’une charte n’est pas d’être un système de croyances parallèlement à d’autres systèmes de croyances. Son rôle est plutôt de délimiter un espace de liberté où les différentes croyances et de convictions peuvent s’exercer dans le dialogue et la sécurité ». Dans ce cas précis, on utilise la Charte comme un système venant s’opposer aux croyances des gens, qu’elles soient chrétiennes ou autres en leur imposant des valeurs qui leur sont contradictoires. « La Charte n’est pas un Credo » affirme Mgr Christian Lépine.

Afin de retrouver le véritable sens de ce qu’est une Charte, Mgr Lépine invite les dirigeants à un retour aux sources, « à la mère de toutes les chartes qu’est la Déclaration universelle des droits de l’homme ». À court terme, selon l’archevêque de Montréal, les institutions catholiques sont appelées à exercer leur droit fondamental à la liberté de conscience « en remplissant leur demande de subvention sans cocher l’alinéa en question et le gouvernement fera son cheminement ».

Notez que cette polémique s’inscrit dans un rétrécissement des libertés civiles imposé aux groupes pro-vie du Canada. En février 2014, Justin Trudeau avait affirmé son intention d’exclure tous les candidats pro-vie du Parti Libéral du Canada.

Église en sortie 2 février 2018

Cette semaine à Église en sortie, nous Francis Denis s’entretient avec Sophie Brouillet sur la maison d’éditions Médiaspaul. On vous présente un reportage sur la conference « Décoder l’amour » de l’archidiocèse de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, nous discutons avec Émile Robichaud sur son tout dernier livre: « Succursale ou institution: redonner sens à nos écoles?« 

Église en sortie 24 novembre 2017

Cette semaine à Église en sortie, on s’entretient avec le père Michel Proulx, o. praem. (Directeur-adjoint et Professeur en études bibliques Institut de Pastorale des Dominicains) sur son tout dernier livre « Témoigner de Dieu aujourd’hui« . On vous présente un reportage sur la Rencontre Mondiale des familles 2018 à Dublin en Irlande. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis reçoit le père Jean-Marc Barreau sur son tout dernier livre « Soins palliatifs, Accompagner pour vivre!« .

« Même la plus petite personne peut changer le cours de l’histoire »

CNS photo/L’Osservatore Romano, handout

Alors que des dizaines de milliers de personnes –pour la plupart des jeunes femmes et des jeunes hommes- se rendent à Washington, vendredi le 27 janvier 2017 pour l’annuelle « Marche pour la vie », voilà une bonne occasion de réfléchir sur ce que nous faisons comme individus et comme communauté pour défendre la vie.

Le thème de la marche de cette année dans la capitale américaine est « Le Pouvoir de l’unité » inspiré des paroles prophétiques de J.R.R. Tolkien : « Même la plus petite personne peut changer le cours de l’histoire ». En effet, une seule personne peut faire la différence dans le monde, que ce soit dans la vie d’une seule ou de plusieurs. Malheureusement, aux États-Unis seulement, chaque année un million de bébés n’ont pas cette possibilité de vivre et de faire une différence dans notre monde. Construire une culture de la vie et mettre fin à l’avortement exigent l’implication de tous et chacun. En commençant dans notre propre famille et dans notre voisinage, nos efforts collectifs changeront les cœurs et les esprits, sauveront des vies et construiront une culture de la vie.

Plus tard cette année à Ottawa au mois de mai, des messes seront célébrées, de graves discours seront prononcés devant les édifices du gouvernement, deux grandes marches auront lieu sur les boulevards les plus importants des deux capitales de deux grandes nations. Pour les Américains, le rassemblement marque le 44e anniversaire de la décision Roe vs Wade de la Cour suprême des États-Unis laquelle a légalisé l’avortement, le 22 janvier 1973, dans tout le pays. Depuis cette décision, quelque 60 millions d’avortements ont été pratiqués aux États-Unis en toute légalité.

Une cohérente éthique de la vie

L’Église catholique romaine tient une éthique cohérente de la vie. L’Église offre un enseignement sur l’inviolabilité, la sacralité et la dignité de toute personne humaine. Toutefois, cette opposition à l’avortement et à l’euthanasie ne justifie pas l’indifférence envers ceux qui souffrent à cause la pauvreté, de la violence et de l’injustice. Peu importe ce qui s’oppose à la vie elle-même comme le meurtre, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et le suicide, peu importe ce qui viole la dignité de toute personne humaine tels que la mutilation, la torture ou le harcèlement psychologique, les tentatives de coercition de la conscience, peu importe ce qui insulte la dignité humaine tels que la vie dans des conditions inhumaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, la vente de femmes ou d’enfants, les conditions de travail indignes où des personnes sont traitées comme des instruments de profit plutôt que d’être traitées comme des personnes responsables, toutes ces réalités empoisonnent la société.

La vie et la dignité humaines rencontrent plusieurs obstacles dans notre monde contemporain, spécialement en Amérique du Nord. Lorsque la vie n’est pas respectée, pouvons-nous vraiment nous surprendre que d’autres droits soient éventuellement eux aussi menacés ? Si nous regardons avec attention les grandes tragédies des siècles passés, nous constatons qu’au moment où le libre marché renversait le communisme, il encourageait exagérément et en même temps le consumérisme et le matérialisme en infiltrant cultures et sociétés. Une population vieillissante, spécialement en Occident, conjuguée à une population active de plus en plus restreinte créent aujourd’hui un mouvement économique menant à l’euthanasie. Comme le disait saint Jean-Paul II : « un droit à la mort deviendra rapidement un devoir de mourir ».

Nous vivons aujourd’hui au milieu d’une culture qui nie la solidarité et prend une véritable forme de « culture de la mort ». Cette culture est fortement encouragée par des puissants courants culturels, économiques et politiques qui font la promotion de l’idée d’une société exclusivement centrée sur l’efficacité. C’est une guerre des forts contre les faibles. Il n’y a pas de place dans le monde pour quiconque, comme l’enfant à naître ou le mourant, est un élément faible de la structure sociale ou quiconque apparaît comme étant à la merci des autres et, de par sa condition, radicalement dépendant. Il n’y a pas de place pour celui ou celle qui ne peut communiquer que par le langage profond de l’affection et du partage. La vie humaine est une valeur sacrée et religieuse et elle concerne tout le monde, pas seulement les croyants.

L’avortement est la plus sérieuse des blessures que l’on peut infliger, non seulement à la personne et à sa famille qui devrait être un sanctuaire de la vie, mais également à la société et la culture, par ces mêmes personnes qui devraient plutôt être les promoteurs et les défenseurs de la société.

Le pape Benoît XVI et son ouverture à la vie

Dans son importante encyclique Caritas in Veritate (La Charité dans la vérité) publiée en 2009, le pape Benoît XVI s’est exprimé clairement sur la dignité et le respect de la vie humaine « qui ne peut en aucun cas être disjoint des questions relatives au développement des peuples » (no 28). Poursuivant son propos, Benoît XVI affirmait également que « dans les pays économiquement plus développés, les législations contraires à la vie sont très répandues et ont désormais conditionné les coutumes et les usages, contribuant à diffuser une mentalité antinataliste que l’on cherche souvent à transmettre à d’autres États comme si c’était là un progrès culturel. ». « L’ouverture à la vie est au centre du vrai développement. » écrivait le Pape. « Quand une société s’oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour œuvrer au service du vrai bien de l’homme. Si la sensibilité personnelle et sociale à l’accueil d’une nouvelle vie se perd, alors d’autres formes d’accueil utiles à la vie sociale se dessèchent ».

Le pape Benoît XVI résumait très bien la présente crise économique en affirmant par ces paroles justes : « Les coûts humains sont toujours aussi des coûts économiques et les dysfonctionnements économiques entraînent toujours des coûts humains ». L’Église catholique romaine offre un enseignement sur l’inviolabilité, la sacralité et la dignité de la personne humaine : une vision intégrale à laquelle nous devons nous efforcer de correspondre si nous proclamons être « pro-vie ». Nous luttons pour garder une vision globale sans limiter notre regard en nous mettant des œillères.

L’opposition du pape François à l’avortement

Dans un discours brillant devant la Convention Suprême des Chevaliers de Colomb à San Antonio au Texas, il y a quelques années, le Cardinal Seán O’Malley, o.f.m. s’exprimait en ces termes :

« Certaines personnes pensent que le Saint-Père devrait parler davantage d’avortement. Je crois qu’il parle de l’amour et de la miséricorde offerts à toute personne et qui est le contexte dans lequel se situe l’enseignement de l’Église sur l’avortement. Nous nous opposons à l’avortement, non pas parce que nous sommes déplaisants ou démodés mais parce que nous aimons les personnes. C’est ce que nous devons montrer au monde […] Nous devons être de meilleures personnes, nous devons aimer tout le monde, même ceux qui défendent l’avortement. Ce n’est que si nous les aimons que nous serons en mesure de les aider à découvrir la sacralité de la vie d’un enfant à naître. Seul l’amour et la miséricorde peuvent ouvrir leurs cœurs endurcis par l’individualisme de notre époque ».

Sous le regard attentif du Christ

Le pape François a condamné catégoriquement l’avortement et l’euthanasie. Cependant, il ne met pas l’accent sur les arguments philosophiques, scientifiques et légaux que l’on entend habituellement. Sa critique fait plutôt appel directement au visage du Christ. « Chacun de nous est invité à reconnaître dans les personnes fragiles le visage du Seigneur, qui, dans sa chair humaine, fait l’expérience de l’indifférence, de la solitude auxquelles nous condamnons souvent les plus pauvres. »

La condamnation de l’avortement fait un parallèle avec l’enfant Jésus dont la mort était souhaitée par Hérode avant même sa naissance. « Chaque enfant non encore né et injustement condamné à être avorté porte sur lui le visage de Jésus-Christ, porte le visage du Seigneur, qui, avant et après sa naissance, a fait l’expérience d’être rejeté par le monde ». De façon similaire, la condamnation de l’euthanasie pointe en direction du visage du Christ présent dans les personnes âgées ciblées pour être éliminées. « Chaque personne, même les infirmes ou ceux qui sont à la fin de leurs jours, portent le visage du Christ. Ils ne peuvent être mis au rebut ».

Être pro-vie est l’une des plus profondes expressions de notre baptême : nous nous tenons debout comme fils et filles de la lumière, vêtus de l’humilité et de la charité, pleins de conviction et de détermination, nous disons la vérité avec fermeté, sans jamais perdre la joie ou l’espoir. Être pro-vie ne peut être l’exclusivité d’un parti politique ou d’un quelconque côté de l’éventail politique. C’est une obligation pour tous et toutes : gauche, droite et centre ! Si nous sommes pro-vie, nous ne devons pas maudire la culture qui nous entoure mais plutôt nous y engager. Nous devons voir les autres comme Jésus les voit et nous devons les aimer inconditionnellement, même ceux qui nous font obstacle.

Le test ultime pour voir si nous sommes pro-vie ne consiste pas seulement dans le fait de participer à des manifestations ou à des marches dans les grandes villes du monde. Le test réel est ce que nous faisons pour la vie durant les 364 autres jours de l’année et des petits et grands efforts que nous déployons pour nous opposer de manière consistante et systématique à tout type de meurtre, génocide, avortement, euthanasie, auto destruction volontaire et toute violation de la conscience ou de la dignité humaine. Comment défendons-nous ceux qui endurent des conditions de vie inhumaines, ceux qui sont arbitrairement emprisonnés, déportés, victimes de l’esclavage, de la prostitution, du trafic humain ou qui souffrent d’indignes conditions de travail ? Toutes ces choses empoisonnent la société. Prions pour que nous ayons une forte et authentique éthique de la vie.

Restons debout pour défendre la vie et voyons dans le visage du Christ dans celui des plus faibles et des plus vulnérables de nos sociétés. Ces paroles et ces réflexions devraient être notre unique inspiration et notre raison de marcher pour la vie de toutes les façons possibles peu importe où nous sommes.

 

La pastorale face à l’euthanasie

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Cette semaine se tenait à Cornwall, l’Assemblée plénière des évêques catholiques du Canada. Lors de cette rencontre annuelle, les évêques de partout au pays se sont réunis pour prier, réfléchir, discuter et prendre des décisions concernant les grandes orientations de la Conférence pour l’année à venir. Suivant un agenda bien rempli, les évêques ont donc pu aborder plusieurs thèmes relatifs à la réalité pastorale propre au Canada. Parmi les sujets abordés cette année, l’euthanasie a certainement retenu l’attention des participants.

La pastorale devant l’euthanasie

La question de l’euthanasie au Québec et au Canada est une problématique relativement nouvelle puisque les législations permettant une telle pratique sont apparues dans le courant de cette année. La CECC a donc fait appel au Cardinal Willem Eijk, archevêque d’Utrecht au Pays-Bas, afin qu’il puisse partager son expérience d’évêque dans un pays ayant une législation très permissive en matière d’euthanasie et de suicide assisté. Dans un deuxième temps, les évêques de partout au pays ont pu se concerter avant d’amorcer ce qui pourrait être le début d’un processus visant à définir certaines balises communes en cette matière. Les évêques catholiques d’Alberta ayant publié un document sur cette question peu de temps avant la plénière, celle-ci n’a attiré l’attention des médias québécois et canadiens qu’à la veille de la clôture de cette rencontre. Manifestant l’urgence d’aborder cette nouvelle réalité, cette polémique va certainement pousser les évêques à réfléchir avec plus d’intensité aux conséquences d’une telle législation sur la pastorale.

De la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté surgissent deux problématiques distinctes, celle de la célébration du sacrement de l’onction des malades d’une part, et, d’autre part, celle de la célébration des funérailles. C’est deux questions appellent à certaines clarifications.

Le sacrement de l’onction des malades, une porte de la miséricorde

Dans un premier temps, la célébration du sacrement des malades dans le contexte précédant une euthanasie demande un discernement approfondi. D’un côté, il y a la réalité objective. Dans le cas d’une personne faisant la demande de l’injection létale causant directement sa mort, il apparaît contradictoire qu’elle demande du même coup le sacrement des malades. En effet, comment célébrer authentiquement le signe efficace d’une foi qui est volontairement niée dans son élément le plus fondamental, c’est-à-dire le sens chrétien de la souffrance ? Le sacrement des malades (anciennement « extrême onction ») ayant pour but d’ouvrir à l’espérance de la vie éternelle et d’accepter le don gratuit de la miséricorde de Dieu dans la vie d’une personne, il apparaît contradictoire que cette personne en face la demande avant de commettre ce que l’Église enseigne comme étant un rejet du don le plus précieux de Dieu : la vie humaine elle-même. Que conclure de cette contradiction?

Du côté pastoral, il apparaît clair qu’un refus pur et simple de célébrer ce sacrement pourrait faire offense au cri de détresse qu’une telle demande représente. En effet, les pasteurs ne peuvent jamais « jeter l’éponge » puisque Dieu accueille toujours celui ou celle qui vient à Lui. C’est ainsi que nous devons comprendre l’appel du pape François ainsi que des évêques du Québec entendues ces derniers jours dans les médias. Bien que le contexte médical et humain de la société risque fort de se détériorer avec les lois 52 et C-14, puisque ces dernières désacralisent la vie et la dignité humaine de tous les citoyens, de son côté, l’Église ne changera pas la posture qui était et qui sera la sienne, celle d’accompagner toutes les personnes qui viennent à elle et qui lui demandent de l’aide. L’absence d’interdiction de célébrer les sacrements des malades aux personnes sur le point de se suicider ne devrait donc ni être comprise comme un encouragement, ni comme un consentement. Au contraire, elle devrait être interprétée comme une porte ouverte aux personnes en détresse sur le point de commettre l’irréparable. Une « porte de la miséricorde » par laquelle la grâce de Dieu pourrait être sentie par l’entremise de la présence aimante et pleine de tendresse d’un frère dans la foi.

Pour ce qui est des funérailles

La célébration des funérailles est une autre question. Il ne s’agit hélas plus d’accompagner la personne vers « sa mort naturelle » mais bien d’accompagner les personnes qui sont encore parmi nous afin qu’elles puissent prier pour le défunt et se sentir elles-mêmes réconfortées par la présence mystérieuse de Dieu.

Prier pour le défunt, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas une évidence. Durant les funérailles, prier pour une personne signifie la remettre dans les mains de Dieu en Lui demandant de bien vouloir l’accueillir dans son Royaume. Cependant, un suicide peut causer du ressentiment et de la rancœur pour ceux qui restent et qui se sentent souvent trahis lorsqu’une personne aimée les quitte de cette manière. Avec la légalisation de l’euthanasie, sa banalisation et l’élargissement de cette pratique dont les premiers signes sont déjà perceptibles à l’horizon, ces blessures seront de plus en plus répandues. L’Église devra donc mettre sur pied une pastorale adéquate d’accueil et d’accompagnement des personnes, nous pourrions dire, « doublement » endeuillées. Les funérailles étant un lieu privilégié pour accompagner et manifester la sollicitude de l’Église, il m’apparaît important qu’elle respecte la volonté du défunt d’avoir des funérailles puisque, malgré l’aspect objectivement contradictoire de sa « dernière volonté » avec la foi catholique, elle peut être une belle occasion d’aider et d’évangéliser.

Ainsi, loin de causer scandale ou de présenter une image de l’Église comme cautionnant cette pratique inhumaine qu’est l’euthanasie, fermer unilatéralement la porte aux familles des défunts serait une erreur tant au niveau de la pastorale d’accompagnement si chère au pape François, qu’au niveau d’une perspective missionnaire.

Bien que les assemblées d’évêques, telles que l’AECQ ou la CECC n’ont pas pour mission de se substituer au jugement pastoral de chaque évêque dans son diocèse, la plénière de la CECC de cette année aura certainement permis aux évêques de partout au pays de réfléchir aux différents scénarios d’adaptation devant les défis de l’effritement de la protection juridique de la dignité humaine au Canada. Les évêques devront faire preuve d’une immense tendresse envers les personnes qui seront, à cause de la pratique de l’euthanasie, de plus en plus blessées et en détresse. En ce sens, garder un esprit et une réglementation fondamentalement ouverts aux personnes m’apparaît le plus à même de servir le salut des âmes.