Écouter la voix du Bon Pasteur

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le quatrième dimanche de Pâques C (17 avril 2016)

Alors que nous nous éloignons du jour de la résurrection du Christ, les lectures de la liturgie des dimanches du temps pascal nous aident à comprendre ce qui est arrivé à Jésus et à l’Église à travers son triomphe sur la mort. Au deuxième dimanche de Pâques, nous avons contemplé soigneusement les blessures du Christ et renouvelé nos liens d’amitié avec lui, à table dans la chambre haute, verrouillée.

Le troisième dimanche de Pâques cette année nous a permis d’entrer dans l’intimité de la scène au bord du rivage, nous menant au travers des ruines du déni et du désespoir, et nous offrant une occasion de nous réengager à aimer le Christ en tant qu’amis.

Au quatrième dimanche de Pâques, nous rencontrons le Bon Pasteur qui est réellement le beau et noble berger qui connaît intimement son troupeau. Le « Dimanche du Bon Pasteur » est aussi la Journée mondiale de prière pour les vocations dans l’Église. Dans les trois cycles liturgiques, le quatrième dimanche de Pâques nous présente un passage de l’évangile de Jean au sujet du Bon Pasteur.

Dans l’Ancien Testament, Dieu lui-même est representé comme le berger de son peuple « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien´ (Psaume 22,1). » « Il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main (Psaume 94,7). » Le futur Messie est décrit aussi par l’image du berger : « Comme un berger il nourrit son troupeau, de son bras il rassemble les agneaux dans ses bras, les portant sur son sein, et guidant les brebis avec soin (Isaie 40,11). »Dans la Bible et l’ancien Proche Orient, le « berger » était aussi un titre politique qui obligeait les rois à pourvoir aux besoins de leurs sujets. Le titre avait une connotation de grand souci et de dévouement pour les autres. Berger et hôte sont les deux images très présentes en toile de fond du désert, où le protecteur des moutons est aussi celui des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La tige ou petite baguette est une arme de défense contre les animaux sauvages, alors que le bâton est un instrument de soutien; ils symbolisent le souci et la loyauté.

L’image idéale du Bon Pasteur

L’image idéale du Bon Berger trouve son accomplissement en Jésus-Christ. Il est le « Bon Pasteur » qui va à la recherche de la brebis perdue; il a de la compassion pour le peuple parce qu’il les voit « comme des brebis sans berger » (Matthieu 9, 36); il appelle ses disciples « le petit troupeau » (Luc 12, 32). Pierre appelle Jésus « le grand berger » et la lettre aux Hébreux parle de lui comme « le berger des brebis, Pasteur par excellence »

Aujourd’hui le passage de l’évangile (Jean 10, 27-30) met en lumière deux caractéristiques importantes du rôle de Jésus en tant que pasteur. La première a à faire avec la connaissance réciproque entre les brebis et le berger: « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent ». Les brebis restèrent durant plusieurs années en compagnie du berger qui connaît la personnalité de chacune et leur donne des noms affectueux. Ainsi en est-il avec Jésus et ses disciples : il connaît ses disciples « par leur nom » intimement. Il les aime d’un amour personnel il traite chacun comme s’il était le seul qui existait pour lui.

Il y a aussi un second aspect de la vocation du pasteur dans l’évangile d’aujourd’hui. Le berger donne sa vie pour ses brebis et personne ne peut les lui enlever. Les animaux sauvages et les voleurs sont un cauchemar et une menace constante pour les bergers d’Israël. On reconnaît ici la différence entre le vrai pasteur qui guide le troupeau de la famille et le mercenaire qui travaille seulement pour recevoir sa paie, qui n’aime pas et qui bien souvent, déteste les brebis. Lorsque le mercenaire est confronté au danger, il fuit et laisse les brebis à la merci du loup ou des bandits ; le vrai berger fait face courageusement au danger pour sauver son troupeau.

Les brebis sont loin d’être une responsabilité pour le Bon Pasteur: elles sont l’objet de son amour et de son souci. Aussi, la dévotion du pasteur pour elles est totalement dénuée d’égoïsme ; le Bon Pasteur préfère mourir pour ses brebis plutôt que de les abandonner. Pour le mercenaire, les brebis sont simplement utilitaires, à surveiller seulement pour qu’elles produisent de la laine et des agneaux.

La foi est un don de Dieu

L’évangile d’aujourd’hui nous présente l’un des plus profonds mystères de l’esprit humain. La foi, l’habileté d’entendre et de suivre un appel est un don de Jésus et un don pour ceux qui le suivent. Pourquoi quelques-uns peuvent entendre ce qui guide à la foi? Pourquoi certains sont-ils capables de reconnaître le Père dans les paroles de Jésus? La seule réponse offerte est que la foi est un don. Notre Dieu et son Fils sont des pasteurs qui prennent soin de nous, nous connaissent et même nous aiment dans nos entêtements, notre surdité et notre déviance. Nous réjouissons-nous réellement d’entendre la voix du Bon Pasteur ? [Read more…]

« Allahu akbar » n’a jamais été un appel à la violence ou à la destruction »

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Les événements violents et tragiques des derniers jours à Beyrouth et à Paris auxquels s’ajoute le récent écrasement d’un avion russe nous remplissent de rage, d’horreur, de peur et poussent un grand nombre d’entre nous à nous demander : « Un dialogue avec les musulmans est-il encore possible? » La réponse est « oui, aujourd’hui plus que jamais !».

Lorsque je suis revenu au Canada en 1994 après quatre ans d’études en Écriture Sainte à Jérusalem, j’étais certain d’une chose : dans l’ensemble, l’Islam allait être l’objet d’inquiétude grandissante et représenter un défi pastoral pour l’Église catholique. Peu de personnes me croyaient lorsque je leur partageais mon sentiment! Alors que mes études bibliques se déroulaient à l’École biblique de Jérusalem dirigée par les Dominicains ainsi qu’à l’Université hébraïque Mount Scopus, j’habitais cependant dans le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem. Plusieurs de mes voisins et amis étaient musulmans. J’ai appris l’arabe, j’ai étudié le Coran et fait personnellement l’expérience de la généreuse hospitalité du peuple palestinien.

Lors de mes visites et conférences dans les terres arabes de Palestine, de Jordanie, du Sinaï et d’Égypte, j’étais très surpris à la vue des croyants d’Allah qui, en se souciant ni du temps ni de l’endroit, tombaient sur leurs genoux pour prier plusieurs fois par jour. Je ne voyais pas de telles scènes dans les nombreuses cathédrales d’Europe qui, dans plusieurs cas, étaient devenues des musées pour les foules de touristes. J’ai appris que l’Islam possède une organisation de la vie qui est complètement différente du catholicisme : l’Islam embrasse tout. L’appel à la prière musulmane : « Allahu Akbar » n’a jamais été un appel au meurtre ou à la destruction, au chaos ou à la terreur.

Lors de ces années en Terre Sainte, la première Intifada palestinenne ainsi que la première guerre du Golf prirent place. J’ai prié avec mes amis juifs lors des services hebdomadaires du Shabbat et lors des Très Saints jours au Hebrew Union College et j’ai entendu de nombreuses histoires d’injustices, de pauvreté et de colère de mes amis palestiniens. J’ai fait l’expérience du Ramadan avec mes voisins en faisant le jeûne avec eux. Cependant, j’ai aussi entendu parler du « Jihad », de la réalité des attaques suicides, du phénomène grandissant des faux martyrs et j’ai été témoin du grand pouvoir du clergé musulman sur leurs fidèles. Plusieurs de ces réalités étaient pour moi très difficiles à accepter.

Paris-terror-peace-300x178Les événements horribles de Beyrouth, de Paris ainsi que de l’écrasement de l’avion russe ont fait ressurgir certains de mes souvenirs au Moyen-Orient. En tant que croyant au Dieu Unique, prêtre catholique, éducateur travaillant dans le monde des médias internationaux, je suis convaincu, plus que jamais, que le dialogue entre les religions nécessite une bonne connaissance non seulement de ce que nous avons en commun mais également de ce qui se distingue profondément dans nos traditions respectives.

L’Islam n’est pas une religion uniforme. De fait, il n’y a pas une seule autorité pour tous les musulmans et pour cette raison, le dialogue avec l’Islam est toujours un dialogue avec plusieurs groupes. Personne ne peut parler au nom de l’Islam comme un tout. Il n’y a pas de lieu commun que l’on pourrait qualifier d’« orthodoxie ». Cela n’est pas une force. Les musulmans croient que le Coran vient directement de Dieu. Cela rend difficile l’étude et l’analyse critique du texte coranique contrairement à ce qui s’est passé avec la réflexion des chrétiens et des juifs sur l’Ancien et le Nouveau Testament.

Il y a un Islam noble dont les rois du Maroc et de la Jordanie sont de bons exemples. Il y a aussi un Islam terroriste que nous ne devons pas identifier comme représentant l’ensemble de l’Islam ; ce qui serait une grande injustice. ISIS n’est pas l’Islam. ISIS ainsi que toutes les formes de terrorisme au nom de Dieu sont des aberrations et tout sauf des religions. La manipulation et la distorsion de la crise massive des réfugiés en y introduisant des terroristes est criminel et mal. Le règne de terreur d’ISIS, immobilisant des peuples entiers en les endoctrinant et les remplissant de peur est mal. Nous devons distinguer entre la vraie religion et la fausse religion utilisée pour justifier la haine et la violence. La vraie religion mène les gens à la guérison, à la paix et au désir de construire un monde meilleur. La vraie religion respecte la dignité et le caractère sacré de la personne humaine. La vraie religion invite les personnes à répondre aux crises par la miséricorde, la charité et l’hospitalité.

En août 2005, durant les Journées mondiales de la Jeunesse, après une rencontre avec les juifs de la synagogue de Cologne en Allemagne, le pape émérite Benoît XVI a rencontré des représentants des communautés musulmanes. Ses paroles prophétiques sont très importantes pour le monde aujourd’hui :

« Je suis sûr d’interpréter aussi votre pensée en mettant en évidence, parmi les  préoccupations, celle qui naît du constat de l’expansion du phénomène du terrorisme. Je sais que vous avez été nombreux à repousser avec force, même publiquement, en particulier tout lien de votre foi avec le terrorisme et à le condamner clairement. Je vous en remercie, car cela renforce le climat de confiance dont nous avons besoin.

Des actions terroristes continuent à se produire dans diverses parties du monde, jetant les Candles-Paris-tragedy-300x169personnes dans les larmes et le désespoir. Ceux qui ont pensé et programmé ces attentats démontrent leur désir de vouloir envenimer nos relations et détruire la confiance, en se servant de tous les moyens, même de la religion, pour s’opposer à tous les efforts de convivialité pacifique et sereine. Grâce à Dieu, nous sommes d’accord sur le fait que le terrorisme, quelle qu’en soit l’origine, est un choix pervers et cruel, qui bafoue le droit sacro-saint à la vie et qui sape les fondements mêmes de toute convivialité sociale. 

Si nous réussissons ensemble à extirper de nos cœurs le sentiment de rancœur, à nous opposer à toute forme d’intolérance et à toute manifestation de violence, nous freinerons ensemble la vague du fanatisme cruel qui met en danger la vie de nombreuses personnes, faisant obstacle à la progression de la paix dans le monde. 

La tâche est ardue, mais elle n’est pas impossible. Le croyant – et nous tous en tant que chrétiens et musulmans sommes croyants – sait en effet qu’il peut compter, malgré sa fragilité, sur la force spirituelle de la prière.

Chers amis, je suis profondément convaincu que nous devons proclamer, sans céder aux pressions négatives du moment, les valeurs de respect réciproque, de solidarité et de paix. La vie de tout être humain est sacrée, que ce soit pour les chrétiens ou pour les musulmans. Nous avons un grand champ d’action dans lequel nous nous sentons unis pour le service des valeurs morales fondamentales.

Les leçons du passé doivent nous servir à éviter de répéter les mêmes erreurs. Nous voulons rechercher les voies de la réconciliation et apprendre à vivre en respectant chacun l’identité de l’autre. En ce sens, la défense de la liberté religieuse est un impératif constant, et le respect des minorités est un signe indiscutable d’une véritable civilisation.

A ce propos, il est toujours opportun de se rappeler ce que les Pères du Concile Vatican II ont dit concernant les relations avec les musulmans:  « L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes, et aux décrets duquel, même s’ils sont cachés, ils s’efforcent de se soumettre de toute leur âme, comme s’est soumis à Dieu Abraham, à qui la foi islamique se réfère volontiers […]. Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés sont nées entre chrétiens et musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé, à pratiquer sincèrement la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les biens de la morale, la paix et la liberté » (Déclaration Nostra ætate, n. 3).

Ce dont nous sommes témoins aujourd’hui ce sont des actes d’extrémistes essayant de monopoliser le leadership religieux, qu’il soit chrétien, juif ou musulman. Tuer au nom de la religion n’est pas seulement une offense envers Dieu mais aussi une défaite pour l’humanité. Aucune situation ne peut justifier de telles activités criminelles qui couvrent leurs auteurs d’infamie. Cela est d’autant plus déplorable lorsqu’on se cache derrière la religion rabaissant ainsi la vérité de Dieu au niveau de l’aveuglement des terroristes et de leur perversion morale. [Read more…]

Le dialogue: un enrichissement mutuel

blog_1438954927 (Image: Courtoisie Catholic News Service)

Depuis maintenant plusieurs décennies, notre monde subit des changements inédits. En effet, à la grande mobilité que nous offrent les moyens modernes de transport tel que l’avion, viennent s’ajouter les technologies de communication qui nous permettent d’être en contact avec n’importe qui, n’importe où sur la planète. À ces deux modifications majeures s’ajoute la prise de conscience toujours plus accrue de notre commune humanité ainsi que de la nécessité de la coexistence. À l’instar des deux précédents millénaires, il n’est plus possible pour quiconque de se réfugier dans un milieu social et culturel homogène. Cette situation qui avait l’avantage d’être, à certains points de vue, plus « confortable », avait le fâcheux désavantage de nous priver du regard de l’autre qui est très souvent, facteur de progrès. De cette nouvelle réalité de la coexistence et des différents défis qui se présentent à nous Canadiens, la Conférence des évêques catholiques du Canada a pris l’initiative de publier un document intitulé « Catholiques et musulmans au Canada : croyants et citoyens dans la société ». Enfin, ce document me semble être un instrument incontournable pour relever ce que le Cardinal Tauran a appelé les trois défis du dialogue islamo chrétien: le défi de l’identité, le défi de l’altérité et le défi de la sincérité.

Le défi de l’altérité : nos différences sont sources d’enrichissement

Ce court document de huit pages présente les grandes lignes du nécessaire « pas en avant » en matière de connaissance religieuse des catholiques sur la foi de nos frères et sœurs musulmans. Citant un texte rédigé par des savants de l’Islam affirmant que « l’avenir du monde dépend de la paix entre musulmans et chrétiens », la CECC propose d’abord des informations générales sur cette « religion du livre ». Retraçant les grandes lignes de l’histoire religieuse musulmane qui est centrée sur la personnalité de son fondateur Muhammad qui « en méditant dans une caverne sur le mont Hira, reçut ce qu’il crut être des révélations divines »[4], le document donne de l’information sur ses concepts religieux fondamentaux et ce qu’il est convenu d’appeler les « cinq piliers de l’Islam »[5]. Cette partie informative ne serait pas complète sans ces importantes indications sur les subdivisions majeures de l’Islam que sont le Sunnisme, le Chiisme et le Soufisme.

Le défi de l’identité : savoir et accepter ce que nous sommes

Après ce regard sur le contenu de la foi islamique, le document explore les similitudes qu’elle peut avoir avec la foi catholique comme par exemple, la croyance en un seul Dieu, créateur et miséricordieux. Prendre conscience des éléments communs entre nous peut être l’occasion d’une redécouverte de sa propre foi, du bien fondée de cette dernière et des fruits que cette vérité a pu produire de beau dans d’autres contextes. Par exemple, s’interroger sur la façon dont les musulmans comprennent et vivent la miséricorde de Dieu pourrait éclairer notre propre expérience. [Read more…]

Le lent progrès de l’accroissement du Royaume de Dieu

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Réflexion biblique pour le 11e dimanche du temps ordinaire (année B)

La croissance des plantes, des arbres, des fleurs et du gazon se produit tranquillement et silencieusement, sans que nous nous en rendions compte. Cette réalité imprègne l’ensemble des lectures de ce dimanche (Ézéchiel 17, 22-24; Psaume 92; Marc 4, 26-34). Regardons chacun de ces textes en appliquant l’image de la croissance des plantes à celle du Royaume de Dieu au milieu de nous.

La première lecture, tirée du livre d’Ézéchiel (17, 22-24), est une partie d’une plus large allégorie combinant des fables sur la nature avec des jugements concrets sur l’histoire. Cela permet ainsi au prophète d’inclure la promesse d’une restauration future dans le contexte historique de l’expérience de Juda. Au sein du grand exil d’Israël, Ezéchiel sait que Dieu accomplit l’inattendu, soit faire grandir le petit arbre et rapetisser le grand. Le grand cèdre représente le roi de Juda et les trois autres arbres, les rois des nations des alentours. Dieu plantera sur le Mont de Sion à Jérusalem, un jeune et tendre brin de cèdre provenant du sommet du même grand cèdre. Cela fait référence au dernier roi ou Messie qui surgira de la maison de David. Ce roi sera couronné à Jérusalem, au sommet de la plus grande montagne d’Israël (2 Samuel 7,13). Plusieurs autres nations viendront et trouveront refuge auprès de ce nouveau royaume.

Le Dieu d’Israël accomplit toujours l’inattendu, il fait grandir le petit arbre et rapetisse le grand. Dieu fait fleurir des régions désertiques et fait flétrir ce qui semble superficiellement florissant (Ézéchiel 17, 24). Dieu restaure les cœurs brisés et les espoirs perdus. Quoi que les mots du prophète Ézéchiel se réfèrent en premier lieu, aux espoirs de l’ancien Israël, ils résonnent toujours au milieu de nous aujourd’hui. Bien que la dynastie terrestre de David disparaîtra, les espoirs de David se réaliseront d’une manière plus glorieuse que ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer!

Nous croyons que la réalisation du royaume de Dieu se trouve en Jésus de Nazareth, Fils d’Abraham et Fils de David, qui est venu pour établir son royaume au milieu de nous. Le Royaume de Dieu en Jésus grandit d’une manière mystérieuse et cachée, indépendamment de nos efforts humains. Les mots du prophète Ézéchiel remuent nos cœurs et nos esprits en nous rappelant la fidélité constante de Dieu, spécialement lorsque la croissance semble subir quelques délais ou semble tout à fait impossible : « Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai » (Ez 17, 24). [Read more…]

Vers une encyclique sur l’écologie

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Image: Courtoisie de CNS

Le 5 mars 2015, le cardinal Peter Turkson, président du Conseil Pontifical Justice et Paix, prononçait un discours au Trócaire 2015 (l’Agence irlandaise catholique d’aide pour le développement international) à l’Université pontificale Saint-Patrick à Maynooth en Irlande. Ce discours était d’une importance capitale puisqu’il est considéré par plusieurs comme étant un prélude à la prochaine encyclique du pape François qui portera sur l’écologie. Dans ce discours prononcé en langue anglaise, le cardinal Turkson explique ce que l’Église entend lorsqu’elle parle d’écologie. La formule à retenir est celle « d’écologie globale ». En fait, cette expression vise à mettre sous un même toit certaines problématiques qui sont parfois considérées séparément, ce qui nuit à leur résolution. En effet, l’originalité de l’Église est qu’elle voit la racine commune des problèmes liés au soin de l’environnement, au développement des pays et à « l’écologie humaine ». Pour le cardinal Turkson, le pape François cherche avant tout à apporter la « chaleur de l’espoir ». Sa prochaine encyclique montrera donc le rôle bénéfique de la foi catholique dans la résolution de problèmes dont « les régulations, les politiques et les orientations sont nécessaires pour faire face à la pauvreté et aux changements climatiques mais peuvent rester sans effet si elles ne sont pas accompagnées d’une conversion morale et d’un changement du cœur »[2]. Tout cela en plus d’apporter des principes clairs qui peuvent orienter les décideurs politiques et ceux du monde des affaires. Pour ce faire, le Cardinal guinéen a voulu expliciter 4 principes fondamentaux à prendre en compte et à respecter pour un juste
souci de la création.

Un appel universel

Reprenant les grandes orientations formulé par Benoît XVI, c’est-à-dire de celui que l’on a appelé le « pape vert », le cardinal Turkson a mentionné que le souci pour l’environnement n’est pas réservé à une catégorie de personnes ou de pays mais nous concerne tous. Ce qui implique qu’aucun organisme et aucune personnalité ne peut monopoliser le discours et le souci de l’environnement. Prendre soin de la création est une responsabilité qui incombe à tous. De plus, s’il veut prendre soin de la nature qui est hors de lui, il doit prendre soin de sa propre nature. En d’autres termes, protéger la nature implique de protéger la nature humaine contre ce qui la rend malade. Comme le disait Benoît XVI :

« L’Église ne peut pas et ne doit pas se limiter à transmettre à ses fidèles uniquement le message du salut. Elle a une responsabilité à l’égard de la création et doit faire valoir cette responsabilité également en public. Et en le faisant, elle ne doit pas seulement défendre la terre, l’eau et l’air comme des dons de la création appartenant à tous. Elle doit également protéger l’homme contre la destruction de lui-même. Il est nécessaire qu’il existe quelque chose comme une écologie de l’homme, entendue d’une juste manière. »[4].

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« Le cardinal doit être incardiné dans l’Eglise et docile à l’Esprit »

BXVI Consistory 2015Cité du Vatican, 14 février 2015 (VIS). Ce matin en la Basilique vaticane, le Saint-Père a imposé la barrette et attribué leur titre cardinalice au nouveaux Cardinaux. Sur les vingt désignés ne manquait que Mgr.José de Jesús Pimiento Rodríguez, retenu pour raison de santé et d’âge. Il recevra le cardinalat dans quelques jours en Colombie. Présent auprès des Cardinaux, Benoît XVI a été applaudi par l’assemblée puis salué par son successeur. Au début de la cérémonie, le nouveau Cardinal Préfet du Tribunal suprême de la signature Apostolique, Mgr.Dominique Mamberti s’est adressé au Pape au nom de ses confrères: Devenir cardinal, a-t-il dit, « nous insère de manière particulière dans l’histoire de l’Eglise de Rome qui, selon la belle formule d’Ignace d’Antioche, préside à la charité. Ainssi sommes nous invités à sortir de nous mêmes et de nos commodes habitudes pour servir la mission de l’Eglise, ce qui implique ouvrir encore plus notre horizon ». Avant de remettre la barrette, l’anneau et le titre à chacun des élus, le Pape François a prononcé l’allocution suivante:

Chers frères cardinaux,

Le cardinalat est certainement une dignité, mais elle n’est pas honorifique. Le mot « cardinal », qui évoque la « charnière », le dit bien ; ce n’est donc pas quelque chose d’accessoire, de décoratif, qui fait penser à une décoration, mais un pivot, un point d’appui et de mouvement essentiel à la vie de la communauté. Vous êtes des « pivots » et vous êtes incardinés dans l’Église de Rome, qui « préside au rassemblement universel de la charité » (Conc. Oecum. Vat. II, Const. Lumen Gentium, 13 ; cf. Ign. Ant., Ad Rom., Prologue). Dans l’Église, toute présidence vient de la charité, doit s’exercer dans la charité et a comme fin la charité. En cela aussi l’Église qui est à Rome joue un rôle exemplaire : à la manière dont elle préside dans la charité, toute Église particulière est appelée, dans son domaine, à présider dans la charité. [Read more…]

L’Évangile de la joie face au terrorisme

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Image: Courtoisie de CNS

La semaine dernière, deux attentats terroristes perpétrés contre des militaires canadiens faisaient deux morts et allaient mettre en état de choc le pays tout entier. Il est maintenant établi que ces actes ignobles ont été commis au nom de l’idéologie islamiste. Devant une telle tragédie, plusieurs réactions sont possibles. L’Église, comme une Mère attentive à nos besoins, nous offre quelques pistes et critères pour orienter notre réflexion. Je vous invite donc à revisiter avec moi l’exhortation apostolique du pape François « Evangelii Gaudium » qui nous éclaire sur deux points fondamentaux et pertinents devant les événements que nous avons vécus.

Le devoir de rencontre

Dans ce document, le pape François reconnaît que les relations « avec les croyants de l’Islam acquièrent à notre époque une grande importance »[2]. Pour nous catholiques, qui sommes appelés à vivre une conversion missionnaire, il est important de comprendre que nous ne pouvons exclure personne de cette mission qui nous incombe de « prêcher l’Évangile à toutes créatures » (Mc 16, 16). En effet, cette nouvelle ouverture s’adresse à tous. Pour ce faire, nous devons entreprendre un travail sur nous-mêmes. Pour le pape François, ce travail se situe d’abord dans la perspective d’une meilleure compréhension de soi et de l’autre. De fait, un examen rapide montre bien la proximité des musulmans avec la foi chrétienne. Le Concile Vatican II affirme, qu’avec nous ils : « professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour » (no.16). En ce sens, nous pouvons nous compter chanceux d’avoir des concitoyens capables de nous rappeler des éléments de notre propre identité que nous avons peut-être oubliée. Par exemple, quelle joie devrions-nous ressentir d’être encourager, à l’exemple des musulmans, à « consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux » (no 252) ? Sans se voiler la face devant la menace réelle que représente une certaine résurgence d’un l’Islam politique, cette mission d’évangélisation par le dialogue avec l’Islam peut aussi nous aider à combattre la tentation des raccourcis intellectuels menant à « d’odieuses généralisations ». [Read more…]

François, un an plus tard

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Le Conclave

Le mardi après-midi 12 mars 2013, l’excitation et les espoirs étaient palpables alors que le Collège des Cardinaux entrait en Conclave. Le lendemain après-midi, par l’acclamation « Habemus Papam » était présenté comme pape un étranger, un homme de l’extérieur qui allait, toutefois, gagner rapidement la sympathie de la multitude présente à la Place Saint-Pierre et dans le monde entier. Qui aurait cru que ce serait par ces simples mots « fratelli e Sorelle, buona sera! » (Frères et sœurs, bonne soirée! ) que pouvait commencer un pontificat? Je n’aurais jamais pu, même dans mes rêves les plus fous, imaginer qu’un Pape puisse s’appeler un jour François! De même, il n’avait jamais eu l’idée de la scène qui s’est déroulée ensuite lorsque près de cent milles personnes emmerveillées sont soudainement devenues silencieuses après que le Pape leur ait demandé de prier pour lui et sur lui. Ce fut le moment le plus touchant auquel j’ai pu assister lors d’une célébration au Vatican. Ces mots « Priez pour moi » résonne encore à mes oreilles.

Dès ces premiers moments, le Pape François a décrit son rôle en utilisant l’ancien titre « d’évêque de Rome » qui préside à la charité, faisant ainsi écho à la célèbre déclaration de Saint Ignace d’Antioche. François a apporté à la papauté le « génie » de faire des gestes significatifs et porteurs de messages puissants.

Le regard du Seigneur

Lorsque le Pape François a donné un portrait spirituel de sa personne à l’occasion d’une entrevue sans précédent accordée à une revue Jésuite en septembre dernier, il se décrivait comme se tenant sous le regard du Seigneur : « Je suis un pécheur sur qui le Seigneur a daigné jeter son regard ». Le Pape parle de ce regard du Christ en faisant référence au tableau de Caravaggio « La vocation de Saint Mathieu » qu’il a souvent contemplé dans l’église Saint-Louis-des-Français à Rome. [Read more…]

Vergelt’s Gott, Heiliger Vater!

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Faire mémoire de la renonciation du Pape Benoît un an plus tard

Père Thomas Rosica, CSB

L’événement de la renonciation du Pape Benoît XVI au titre de Souverain Pontife le 11 février 2013, c’est-à-dire il y a de cela un an maintenant, se tient comme un événement marquant de l’histoire de la vie l’Église catholique et du monde. En effet, il y a exactement un an, le Pape annonçait à ces frères cardinaux réunis en consistoire cette surprenant nouvelle par ces mots touchant :

« Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle,  doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du  28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire.

Frères très chers, du fond du cœur je vous remercie pour tout l’amour et le travail avec lequel vous avez porté avec moi le poids de mon ministère et je demande pardon pour tous mes défauts. Maintenant, confions la Sainte Église de Dieu au soin de son Souverain Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ, et implorons sa sainte Mère, Marie, afin qu’elle assiste de sa bonté maternelle les Pères Cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife. Quant à moi, puissé-je servir de tout cœur, aussi dans l’avenir, la Sainte Église de Dieu par une vie consacrée à la prière. »

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Qu’est ce que c’est qu’un Cardinal?

birettas_cropThomas Rosica, csb

Les cardinaux sont choisis par le Saint Père pour être ses principaux adjoints et conseillers dans l’administration centrale des affaires de l’Église. Ensemble, ils forment le Collège des cardinaux. Le mot « cardinal » vient de deux mots du latin classique, cardo et cardinis.  Depuis trois cents ans, on traduit ces deux mots par « gond » ou « charnière » : ils désignent la pièce importante qui permet d’articuler deux forces opposées et d’en assurer la combinaison harmonieuse. De même que le gond permet d’accrocher facilement la porte à son chambranle, ainsi les cardinaux, disait-on, facilitent les rapports entre les fonctions d’enseignement et de gouvernement dans la hiérarchie de l’Église. Le Collège des cardinaux continue de jouer un rôle déterminant dans l’Église d’aujourd’hui, celui d’un pivot.

La couleur rouge que portent les cardinaux symbolise le sang versé par les martyrs et les témoins de la foi. Le témoignage public et transparent de la foi est en effet au cœur de la mission du cardinal. Pour citer le pape Benoît XVI, lors d’un récent consistoire, «le lien de communion et d’affection particulières qui lie ces nouveaux cardinaux au Pape, fait d’eux de singuliers et précieux coopérateurs du haut mandat confié par le Christ à Pierre, de paître ses brebis (cf. Jn 21, 15-17), pour réunir les peuples avec la sollicitude de la charité du Christ. C’est précisément de cet amour qu’est née l’Eglise, appelée à vivre et à cheminer selon le commandement du Seigneur, dans lequel se résument toute la loi et les prophètes. Etre unis au Christ dans la foi et en communion avec Lui signifie être «enracinés, fondés dans l’amour» (Ep, 3, 17), la trame qui unit tous les membres du Corps du Christ. »

Voici un texte important de Benoît XVI lors du consistoire des nouveaux cardinaux le 18 février 2012:

Chers Frères qui allez être devenir membres du Collège cardinalice ! Que le don total de soi, offert par le Christ sur la croix, soit pour vous la norme, le stimulant et la force d’une foi qui opère dans la charité. Que votre mission dans l’Église et dans le monde soit toujours et uniquement « dans le Christ », qu’elle réponde à sa logique et non à celle du monde, qu’elle soit éclairée par la foi et animée par la charité qui nous viennent de la Croix glorieuse du Seigneur. Sur l’anneau que je vais vous remettre dans quelques instants, sont représentés les saints Pierre et Paul, avec au centre une étoile qui évoque la Vierge Marie. En portant cet anneau, vous êtes appelés chaque jour à vous souvenir du témoignage que les deux Apôtres ont donné au Christ jusqu’à la mort par le martyre, ici, à Rome, fécondant ainsi l’Église de leur sang. Tandis que le rappel de la Vierge Marie sera toujours pour vous une invitation à suivre celle qui fut solide dans sa foi et humble servante du Seigneur. [Read more…]