Les nations viendront vers la lumière…

Épiphanie du Seigneur – dimanche 7 janvier 2018

Les lectures de la liturgie de l’Epiphanie ont de quoi nous secouer! Considérons la scène de la prophétie d’Isaïe. Les Gentils viennent de lieux lointains, attirés par la splendeur de Jérusalem, apportant des cadeaux et portant tendrement les fils et filles de la Cité Sainte ! Même si la noirceur avait pu envelopper le peuple, la gloire du Seigneur permet à la lumière d’éclater et de briller comme une aube nouvelle.  Quelle manière adaptée pour décrire ce que nous venons tout juste de célébrer à Noël !

Dans l’évangile de Matthieu (2, 1-12), l’histoire de mages nous révèle le combat inévitable que la manifestation de Dieu dans le Christ implique pour le monde. En lisant l’histoire soigneusement, nous réalisons que nous sommes loin d’un conte pour enfants, nous sommes plutôt au cœur d’une tragique histoire d’adultes. Les lignes de combats sont tracées et les forces se préparent. Un enfant est né au même moment qu’un dirigeant aveuglé par le pouvoir sème la mort. Jésus était une menace pour Hérode et pour eux : pour le trône d’un seul, pour les empires religieux des autres.

Dans leurs pays lointains, les mages bénéficiaient d’un niveau de vie princier, mais il leur manquait quelque chose – ils étaient insatisfaits. Ils souhaitaient courir des risques pour trouver ce que leur vision leur avait montré. Contrairement aux bergers, les mages ont dû faire un long voyage ; ils ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur but. Les bergers aussi connaissaient l’adversité et cela les avait préparés à entendre le message des anges. Mais une fois leur peur surmontée, ils avaient simplement «traversé Bethléem » pour rencontrer l’enfant Christ.

Les mages eux, avaient eu un voyage difficile pour arriver à Bethléem. C’était tout sauf la scène du pèlerinage sentimental que nous voyons souvent dans nos crèches ! Les mages n’étaient pas seulement des saints visionnaires ou de saugrenus personnages religieux ; ils voulaient parier leur argent, leur temps et leur énergie, et peut-être même leurs vies, pour trouver quelqu’un qui apporterait la vraie paix.

Les mages n’étaient pas complètement perdus  en arrivant à Jérusalem – la ville n’arrêta pas leur pèlerinage. En fait à Jérusalem, ils furent redirigés vers Bethléem. Ces hommes de l’Est, étrangers au vrai sens du mot, furent guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ils furent aidés par les Ecritures hébraïques  qui forment à présent l’Ancien Testament. Le sens de ceci est important. Le Christ appelle tous les peuples de toutes les nations à le suivre. Les Gentils aussi bien que les Juifs. On pourrait dire que Jérusalem et l’Ancien Testament sont en quelque sorte un point de départ pour ces pèlerins sur leur chemin de foi en Jésus Christ. Les gens de cette grande ville, et même Hérode lui-même, furent des instruments pour guider les mages au Christ.

Qu’est-ce que cela signifie pour nos propres pèlerinages vers la vérité aujourd’hui ? Plus que le fait évident que l’Ancien Testament doit avoir une part centrale dans notre marche vers le Christ, ne devrait-il pas signifier aussi que nos propres villes, avec toute leur confusion et leur ambiguïté, peuvent aussi servir comme point de départ pour notre cheminement de foi ?

Au centre de ce récit évangélique rempli de contrastes se trouve un bébé, couché, Jésus de Bethléem qui est Joie.  Hérode a peur de cette « Grande joie pour tous les peuples ». Dans l’évangile de Matthieu, nous ne savons pas ce qui est arrivé aux mages lorsqu’ils retournèrent dans leur pays natal, mais nous pouvons être sûrs qu’ils étaient des hommes transformés. Ils découvrirent à Jérusalem et à Bethléem, qu’il n’y a plus un Dieu de ce pays ou d’un autre, ou un oracle proféré en un lieu lointain, mais un Dieu et un Sauveur qui devient chair et sang pour toute l’humanité. Et le Sauveur est joie.

À la fin, les mages sont allés leur chemin et parce qu’ils refusèrent d’être séduits par le cynisme, parce qu’ils s’autorisaient eux-mêmes à être surpris par cette grande joie, l’étoile à laquelle ils étaient liés, réapparut. Ce n’est pas seulement le récit de la naissance de Jésus, mais c’est aussi et toujours un récit pour notre temps. Quand nous avons trouvé notre joie durable au milieu du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de s’agenouiller et d’adorer.

Gaspar, Melchior et Balthasar, bénissez nos cœurs et nos maisons de votre paix et de votre humilité ! Lorsque nous entendons les voix des vieux rois de la mort, de la peur et du cynisme, que nous ayons le courage d’aller notre propre chemin… nous réjouissant parce que, nous aussi, nous avons vu et nous avons fait l’expérience de la gloire de la venue du Seigneur.

Je conclus avec les mots de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), cette grande mystique Carmélite et amoureuse de la Croix, qui écrivit si merveilleusement au sujet des mystères de Noël : Ceux qui sont agenouillés devant le berceau sont des personnages de lumière : les enfants innocents, les bergers confiants, les rois humbles, Etienne, le disciple enthousiaste, et Jean le disciple de l’amour, tous ceux qui ont suivi l’appel du Seigneur. Ils sont opposés par la nuit de l’obstination incompréhensible et l’aveuglement : les scribes, qui connaissent en vérité quand et où le Sauveur du monde doit naître, mais qui ne tireront pas la conclusion : « Allons à Bethléem ». Le roi Hérode, qui tuerait le Seigneur de la Vie. Les chemins se séparent devant l’Enfant dans la crèche…

Certains choisiront le chemin de la vie, d’autres celui de la mort. Aujourd’hui, alors que nous laissons la crèche de notre Roi nouveau-né et Seigneur, prenons le temps de nous engager de nouveau  pour la vie qui est le cœur et la joie de Noël.

Marie : modèle et paradigme de la croyance des chrétiens

Solennité de Marie, Mère de Dieu – lundi 1 janvier 2018

Le Nouvel An chrétien est célébré le 1er janvier, une semaine après la célébration de la naissance de Jésus. Le 1er janvier est qualifié de diverses manières qui révèlent divers aspects de la nature de la fête. Tout d’abord, le Nouvel an chrétien se trouve dans l’octave de Noël [i.e. 8 jours après la naissance de Jésus.] Avant la réforme liturgique du Concile Vatican II [1962-1965], la fête de la Circoncision de Jésus ou de l’attribution du nom de Jésus [Saint Nom de Jésus] a été célébrée à cette date pour commémorer le récit évangélique de la circoncision de Jésus selon les prescriptions rituelles de la loi mosaïque, faisant ainsi officiellement de lui un membre du peuple de l’alliance: « Quand arriva le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception. » [Lc 2, 21-24]

Suite au renouvellement liturgique du Concile Vatican II, le 1er janvier est aussi connu comme la Solennité de Marie, la Mère du Seigneur, et a également été désigné Journée mondiale de prière pour la paix.

Nous pouvons nous demander souvent si en accumulant tant de significations différentes, les gens ne portent plus attention au Jour de l’An comme une fête religieuse.

N’est-il pas vrai non plus que l’atmosphère de réjouissances attachée à la veille du Jour de l’An ne laisse pratiquement personne avec l’énergie, le désir ou la volonté de considérer le Nouvel An comme une fête religieuse? Examinons quelques-uns des fondements bibliques pour les différentes significations rattachées au nouvel an chrétien.

Fête de la circoncision et attribution du nom de Jésus

Dans l’Antiquité et dans les Écritures, il est commun de croire que le nom donné à une personne n’est pas seulement un label, une étiquette, mais révèle aussi une partie de la personnalité de celui qui le porte. Le nom porte la volonté et le pouvoir. Jésus de Nazareth est né à Bethléem de parents juifs [Matthieu 1-2; Luc 1-2]. Lors de sa conception, un ange a affirmé que son nom serait « Jésus ». L’hébreu et l’araméen du nom « Yeshua » [Jésus] est une forme tardive de l’hébreu « Yehoshua » ou Josué. C’était un nom très commun dans le Nouveau Testament. La signification du nom est «Le Seigneur est le salut», et on y fait allusion dans Matthieu 1, 21 et Luc 2,21.

Dans les Écritures, « Yeshua » fait référence au Sauveur et fut l’un des moyens pour les chrétiens de nommer et d’identifier Jésus. Le grec Christos traduit l’hébreu Mashiah, «oint», par ce nom, les chrétiens affirmaient que Jésus était le Messie. Dans le Nouveau Testament, le nom, la personne et l’œuvre de Dieu sont indissociablement liés à ceux de Jésus-Christ. Les vrais disciples de Jésus doivent prier en son nom [Jean 14,13-14]. Dans Jean 2, 23,  croire au nom de Jésus signifie croire en lui comme le Christ, le Fils de Dieu [3,18]. Le nom de Jésus est puissant seulement là où il y a la foi et l’obéissance [Marc 9, 38-39]. Croire au saint nom de Jésus mène à la confession de ce nom [Hébreux 13,15]. Faire appel à ce nom est le salut.

Solennité de Marie, Mère du Seigneur

La deuxième personne qui est célébrée et honorée à l’occasion du Nouvel An chrétien est la mère de Jésus. Cette jeune femme d’origine juive a pris sur elle la responsabilité entière du mot «oui» à un visiteur mystérieux lors de l’Annonciation. Par sa réponse, elle a brisé les frontières culturelles et religieuses de son temps, manifestant foi et grand courage. Elle a littéralement apporté le ciel sur terre. Marie de Nazareth a vécu ces événements et leur sens, montrant toujours la capacité d’interpréter le fil conducteur de toute sa vie en se rappelant à l’esprit des paroles et des événements.

«Marie» vient de l’hébreu « Miriam » dont l’étymologie est probablement du mot égyptien qui signifie «bien-aimée». Elle est le disciple par excellence qui nous introduit à la bonté et à l’humanité de Dieu. Le fait qu’elle soit femme n’est pas en soi un signe de salut, mais il est significatif de la façon et de la manière dont le salut arrive. Il n’y a de salut en aucun autre nom que celui de l’homme Jésus, mais à travers cette femme, Marie, nous avons l’assentiment de l’humanité au salut. C’est ainsi que nous pouvons parler d’une réalisation féminine de salut de Dieu.

Aujourd’hui, nous célébrons la Sainte Mère de Dieu, qui est un modèle pour tous les croyants. Je ne peux pas m’empêcher de rappeler les fortes paroles de l’évêque anglican N.T. Wright, de Durham, en Angleterre, lors du Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église en 2008. Mgr Wright, l’un des délégués fraternels nommés par le Pape au Synode, a évoqué les quatre grands moments de la vie de Marie, avec quatre mots: Fiat, Magnificat, Conservabat et Stabat. Grâce à son «fiat», Marie a donné son assentiment à la Parole de Dieu avec son esprit. Grâce à son «Magnificat», la vierge de Nazareth révèle sa force et son courage. Marie a médité et gardé la Parole de Dieu dans son cœur: « conservabat. » Sa fidélité à la fin est décrite par le mot «stabat » alors qu’elle se trouvait au pied de la Croix et attendait patiemment dans son âme l’accomplissement de la prophétie de Siméon et l’expérience de la nouvelle, de l’inattendue révélation qui sauve, encore et toujours.

Dieu appelle chacun de nous à travers l’Écriture d’un amour parfait et de grâce, et la réponse de l’esprit docile est « fiat »:«Qu’il me soit fait selon ta parole». Nous célébrons nous aussi, avec nos forces, la pertinence de la parole à de nouvelles situations personnelles et surtout politiques: « magnificat ». Puis nous laissons monter dans notre cœur ce que nous avons vu et entendu: «conservabat. » Mais l’Écriture nous dit que Marie, elle aussi, a dû apprendre des choses difficiles: elle voulait contrôler son fils, mais ne le pouvait pas. Son âme est percée par l’épée, comme elle est « stabat » au pied de la croix. Nous aussi nous devons attendre patiemment, en laissant la Parole écrite nous dire des choses inattendues, voire désagréables, mais porteuses de salut. Nous avons lu avec humilité, confiant en Dieu et attendant de voir ce que signifie sa volonté. Marie est vraiment un modèle et le paradigme de la croyance des chrétiens.

Journée mondiale de prière pour la paix

Le plus récent «thème» rattaché au Nouvel An chrétien a été la « Journée mondiale de prière pour la paix». La Journée mondiale de la Paix fut lancée par l’Église sous le pape Paul VI en 1967. Les chrétiens sont invités à entamer une nouvelle année en priant pour la paix.

Aujourd’hui, alors que nous célébrons la Mère du Seigneur qui réconcilie les nombreux sens donnés à la fête d’aujourd’hui, faisons-nous l’écho des paroles du saint Basile le Grand, dont la fête suit immédiatement la célébration d’aujourd’hui [2 janvier] :

Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu…

Non pas sous la forme divine, afin de nous effrayer dans notre faiblesse, mais sous la forme d’un Serviteur, afin qu’Il puisse libérer ce qui avait été réduit à la servitude …

Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu…

Non pas sous la forme divine, afin de nous effrayer dans notre faiblesse, mais sous la forme d’un Serviteur, afin qu’Il puisse libérer ce qui avait été réduit à la servitude ..

Joseph, authentique modèle de la paternité

Fête de la Sainte Famille – dimanche 31 décembre, 2017

Dans les dernières lueurs de Noël, l’Église célèbre la fête de la Sainte Famille. Cette fin de semaine, nous sommes invités à réfléchir sur le don et le mystère de la vie ainsi que la bénédiction que représente en particulier la vie familiale. Dans l’évangile de Luc, la scène de la Présentation de l’enfant Jésus au temple à Jérusalem nous permet de rencontrer quatre individus qui embrassent la nouvelle vie de Jésus dans leurs bras : le vieux et fidèle Siméon, Anne, la sage prophétesse avancée en âge, et le jeune couple, Marie et Joseph, qui par obéissance fidèle offrent leur enfant au Seigneur. La belle prière de Siméon n’est rien de plus que l’anthologie de la prière de l’ancienne Israël :

Maintenant. O maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix car mes yeux ont vu le salut préparé à la face des peuples, lumière révélée aux nations et gloire de ton peuple Israël.  (Luc 2,29-32)

La scène entière de la Présentation, et les mots soigneusement choisis de la prière de Siméon soulèvent plusieurs questions pour nous : Comment puis-je voir la gloire de Dieu dans ma vie ? Ai-je soif de justice et de paix ? Quelles sont les nouvelles situations et quelles sont les personnes entrées dans ma vie dernièrement ? Comment suis-je lumière et salut pour les autres ?

Un zoom sur Joseph

Aujourd’hui j’aimerais que l’on regarde plus attentivement la figure de Joseph, l’un des personnages de cette scène évangélique des plus touchantes : la Présentation. En nous penchant sur le père nourricier du Seigneur, nous découvrons un aperçu  du contexte de la famille de notre Sauveur.

Joseph est souvent dans l’ombre de la gloire du Christ et de la pureté de Marie. Mais, lui aussi, attend que Dieu lui parle pour lui répondre avec obéissance. Luc et Matthieu notent tous deux que Joseph descend de David, le plus grand roi d’Israël (Matthieu 1,18 et Luc 3, 23-38). L’Écriture nous donne une information essentielle sur Joseph: il était « un homme droit » (Matthieu 1, 18).

Joseph était un homme compatissant et attentionné. Lorsqu’il découvre que Marie était enceinte tout juste après leurs fiançailles, il savait que l’enfant n’était pas le sien mais il n’était pas encore conscient qu’il était le Fils de Dieu. Il projetait de rompre avec Marie selon la loi mais il était soucieux pour sa sécurité. Joseph était aussi un homme de foi, obéissant à ce que Dieu lui demandait sans connaître le dénouement. Quand l’ange lui apparut en songe pour lui dire la vérité au sujet de l’enfant que Marie portait, Joseph,  sans attendre et sans question ou souci de commérage, prit Marie pour femme. Lorsque l’ange revint encore pour l’avertir du danger, il quitta immédiatement ce qu’il avait, sa famille et ses amis, et s’enfuit dans un pays étranger avec sa femme et son bébé. Il attendit en Egypte jusqu’à ce que l’ange lui dise qu’il pouvait rentrer. (Matthieu 2, 13-23).

On nous a dit que Joseph était un charpentier-menuisier, un homme qui travaillait pour soutenir sa famille. Joseph n’était pas un homme riche, car lorsqu’il monta au temple avec Jésus pour la circoncision et la purification de Marie, il offrit en sacrifice 2 tourterelles ou une paire de pigeons, animaux autorisés seulement à ceux qui ne pouvaient payer un agneau.

Joseph nous révèle dans son humanité le rôle unique des pères de proclamer la vérité de Dieu par la parole et le devoir. Sa situation paradoxale de « père nourricier de Jésus » met l’emphase sur la paternité, qui est plus que le simple fait de génération biologique. Un homme est un père lorsqu’il s’investit lui-même dans la formation spirituelle et morale de ses enfants. Joseph est tout particulièrement conscient, comme tout père devrait l’être, qu’il servait en tant que représentant de Dieu le Père.

Joseph a protégé et a pourvu au bien-être de Jésus et de Marie. Il a donné son nom à Jésus, lui apprit comment prier, comment travailler et comment être un homme. Bien qu’aucun texte ou aucune parole ne lui soient attribués, nous pouvons être sûrs que Joseph prononça 2 des mots les plus importants quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ». Lorsque l’enfant restait au temple on nous dit que Joseph (avec Marie),  le cherchèrent pendant trois jours, tout angoissés.

La vie de Joseph nous rappelle qu’une maison ou une communauté n’est pas construite sur le pouvoir et l’avoir mais sur la bonté; pas sur les richesses mais sur la foi, la fidélité, la pureté et l’amour mutuel.

Les défis actuels de la paternité et de la masculinité ne peuvent être compris si on les sort de la culture dans laquelle nous baignons. Le manque de paternité a un effet profondément alarmant sur les enfants. Combien de jeunes gens aujourd’hui ont été affectés par la crise de la paternité ? Combien ont été privés d’un père ou d’un grand-père? Ce n’est pas pour rien que saint Joseph est patron de l’Église universelle et patron principal du Canada. S’il n’y avait jamais une époque qui ait besoin d’un modèle fort du rôle masculin et du rôle de père c’est bien la nôtre. La fête de la Sainte Famille est un jour très signifiant pour supplier saint Joseph de nous envoyer de bons pères qui seront de bons chefs de famille.

Joseph et Marie, plus que quiconque, furent les premiers à contempler la gloire de leur Unique et Seul qui venait du Père, plein de grâce et de vérité. Puisse saint Joseph faire de nous des bons prêtres, religieux et laïcs qui imiteront l’humble travailleur de Nazareth qui écoutait le Seigneur, conservait précieusement un cadeau qui n’était pas le sien, tout en montrant à Jésus comment le Verbe se fait chair et peut vivre parmi nous.

Message de Noël du pape François et bénédiction Urbi et Orbi

À midi, ce lundi 25 décembre 2017, le pape François a prononcé sa traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi depuis la loggia de la basilique vaticane. Voici le texte complet de son message de Noël, traduit par ZENIT l’agence d’information internationale:

Chers frères et sœurs, bon Noël !

À Bethléem, Jésus est né de la Vierge Marie. Il n’est pas né d’une volonté humaine, mais du don d’amour de Dieu le Père, qui « a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3,16).

Cet évènement se renouvelle aujourd’hui dans l’Église, en pèlerinage dans le temps : la foi du peuple chrétien revit dans la liturgie de Noël le mystère de Dieu qui vient, qui prend notre chair mortelle, qui se fait petit et pauvre pour nous sauver. Et cela nous nous remplit d’émotion, parce que la tendresse de notre Père est très grande.

Les premiers à voir l’humble gloire du Sauveur, après Marie et Joseph, ont été les bergers de Bethléem. Ils ont reconnu le signe que les anges leur avait annoncé et ils ont adoré l’Enfant. Ces hommes humbles mais vigilants sont un exemple pour les croyants de tous les temps qui, en présence du mystère de Jésus, ne se scandalisent pas de sa pauvreté, mais, comme Marie, se fient à la parole de Dieu et contemplent sa gloire avec un regard simple. Devant le mystère du Verbe fait chair, les chrétiens de tous lieux confessent, avec les paroles de l’évangéliste Jean : « Nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14).

Aujourd’hui, alors que soufflent sur le monde des vents de guerre et qu’un modèle de développement déjà dépassé continue à engendrer de la dégradation humaine, sociale et environnementale, Noël nous renvoie au signe de l’Enfant, et nous appelle à le reconnaître sur les visages des enfants, spécialement de ceux pour qui, comme pour Jésus, « il n’y a plus de place dans la salle commune » (Lc 2,7).

Nous voyons Jésus dans les enfants du Moyen Orient, qui continuent à souffrir à cause de l’aggravation des tensions entre Israéliens et Palestiniens. En ce jour de fête, demandons au Seigneur la paix pour Jérusalem et pour toute la Terre Sainte ; prions pour qu’entre les partis la volonté de reprendre le dialogue l’emporte et que l’on puisse finalement parvenir à une solution négociée qui permette la coexistence pacifique de deux États à l’intérieur de frontières définies entre eux et reconnues internationalement. Que le Seigneur soutienne aussi l’effort de ceux qui, au sein de la Communauté internationale, sont animés par la bonne volonté d’aider cette terre meurtrie à trouver, malgré les graves obstacles, la concorde, la justice et la sécurité qu’elle attend depuis longtemps.

Nous voyons Jésus sur les visages des enfants syriens, encore marqués par la guerre qui a ensanglanté le pays en ces années. Que la bien-aimée Syrie puisse retrouver finalement le respect de la dignité de chaque personne, à travers un engagement commun à reconstituer le tissu social indépendamment de l’appartenance ethnique et religieuse.

Nous voyons Jésus dans les enfants de l’Irak, encore blessé et divisé par les hostilités qui l’ont affecté au cours de ces quinze dernières années, et dans les enfants du Yémen, où se déroule un conflit en grande partie oublié, avec de profondes implications humanitaires sur la population qui subit la faim et la propagation de maladies. Nous voyons Jésus dans les enfants de l’Afrique, en particulier en ceux qui souffrent au Sud Soudan, en Somalie, au Burundi, dans la République Démocratique du Congo, dans la République Centrafricaine et au Nigéria.

Nous voyons Jésus dans les enfants du monde entier là où la paix et la sécurité sont menacées par le risque de tensions et de nouveaux conflits. Prions pour que dans la péninsule coréenne les oppositions puissent être dépassées et que la confiance réciproque puisse se développer dans l’intérêt du monde entier. A l’Enfant Jésus nous confions le Venezuela pour qu’une relation sereine puisse reprendre entre les différentes composantes sociales au bénéfice de l’ensemble du bien-aimé peuple vénézuélien. Nous voyons Jésus dans les enfants qui, avec leurs familles, souffrent de la violence du conflit en Ukraine et de ses graves répercussions humanitaires et nous prions pour que le Seigneur accorde la paix au plus vite à ce cher pays.

Nous voyons Jésus dans les enfants dont les parents n’ont pas de travail et ont du mal à leur offrir un avenir sûr et serein. Et dans ceux dont l’enfance a été volée, obligés de travailler depuis tout-petits ou enrôlés comme soldats par des mercenaires sans scrupule.

Nous voyons Jésus dans les nombreux enfants contraints de quitter leurs propres pays, de voyager seuls dans des conditions inhumaines, proies faciles des trafiquants d’êtres humains. Dans leurs yeux, voyons le drame de tant de migrants forcés qui mettent en danger même leur vie pour affronter des voyages exténuants qui tant de fois finissent en tragédie.

Je revois Jésus dans les enfants que j’ai rencontré durant mon dernier voyage au Myanmar et au Bengladesh, et je souhaite que la Communauté internationale ne cesse pas d’agir pour que la dignité des minorités présentes dans la région soit adéquatement protégée. Jésus connait bien la souffrance de ne pas être accueilli et la fatigue de ne pas avoir un lieu où pouvoir reposer la tête. Que notre cœur ne soit pas fermé comme le furent les maisons de Bethléem.

Chers frères et sœurs,

A nous aussi est montré le signe de Noël : « un nouveau-né emmailloté… » (Lc 2,12). Comme la Vierge Marie et saint Joseph, comme les bergers de Bethléem, accueillons dans l’Enfant Jésus l’amour de Dieu fait homme pour nous, et engageons-nous, avec sa grâce, à rendre notre monde plus humain, plus digne des enfants d’aujourd’hui et de demain.

Homélie du pape François pour la Messe de minuit

Aujourd’hui, le Saint Père a présidé la Messe de la veille de Noël dans la basilique vaticane. Voici le texte complet de l’homélie qu’il a prononcée:

Marie «mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune» (Lc 2, 7). Par cette expression simple mais claire, Luc nous conduit au cœur de cette nuit sainte: Marie mit au monde, Marie nous donna la Lumière. Un récit simple pour nous immerger dans l’événement qui change pour toujours notre histoire. Tout, dans cette nuit, devenait source d’espérance.

Retournons en arrière de quelques versets. Par décret de l’empereur, Marie et Joseph se sont vus obligés de partir. Ils ont dû quitter leurs proches, leur maison, leur terre et se mettre en route pour être recensés. Un trajet pas du tout commode ni facile pour un jeune couple qui était sur le point d’avoir un enfant: ils étaient contraints de quitter leur terre. Dans leur cœur, ils étaient pleins d’espérance et d’avenir à cause de l’enfant qui était sur le point de naître; leurs pas, au contraire, étaient chargés d’incertitude et des dangers propres à qui doit quitter sa maison.

Et ensuite, ils se trouvaient à affronter la chose peut-être la plus difficile : arriver à Bethléem et faire l’expérience que c’était une terre qui ne les attendait pas, une terre où il n’y avait pas de place pour eux.

Et justement là, dans cette situation qui était un défi, Marie nous a offert l’Emmanuel. Le Fils de Dieu a dû naître dans une étable parce que les siens n’avaient pas de place pour lui. «Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu» (Jn 1, 11). Et là… dans l’obscurité d’une ville qui n’a ni espace ni place pour l’étranger qui vient de loin, dans l’obscurité d’une ville en plein mouvement et qui, dans ce cas, semblerait vouloir se construire en tournant le dos aux autres, précisément là, s’allume l’étincelle révolutionnaire de la tendresse de Dieu. À Bethléem, s’est ouverte une petite brèche pour ceux qui ont perdu leur terre, leur patrie, leurs rêves; même pour ceux qui ont cédé à l’asphyxie causée par une vie renfermée.

Dans les pas de Joseph et de Marie, se cachent de nombreux pas. Nous voyons les traces de familles entières qui, aujourd’hui, se voient obligées de partir. Nous voyons les traces de millions de personnes qui ne choisissent pas de s’en aller mais qui sont obligées de se séparer de leurs proches, sont expulsées de leur terre. Dans beaucoup de cas, ce départ est chargé d’espérance, chargé d’avenir; dans beaucoup d’autres, ce départ a un seul nom: la survie. Survivre aux Hérode de l’heure qui, pour imposer leur pouvoir et accroître leurs richesses, n’ont aucun problème à verser du sang innocent.

Marie et Joseph, pour qui il n’y avait pas de place, sont les premiers à embrasser Celui qui vient nous donner à tous le document de citoyenneté. Celui qui, dans sa pauvreté et dans sa petitesse, dénonce et manifeste que le vrai pouvoir et la liberté authentique sont ceux qui honorent et secourent la fragilité du plus faible.

En cette nuit, Celui qui n’avait pas de place pour naître est annoncé à ceux qui n’avaient pas de place aux tables et dans les rues de la ville. Les bergers sont les premiers destinataires de cette Bonne Nouvelle. Par leur travail, c’étaient des hommes et des femmes qui devaient vivre en marge de la société. Leurs conditions de vie, les endroits où ils étaient contraints à se trouver, les empêchaient d’observer toutes les prescriptions rituelles de purification religieuse et, par conséquent, ils étaient considérés comme impurs. Leurs peaux, leurs vêtements, leur odeur, leur façon de parler, leur origine les trahissaient. Tout en eux suscitait de la méfiance. C’étaient des hommes et femmes dont il fallait se tenir éloigné, avoir peur; on les considérait comme des païens parmi les croyants, des pécheurs parmi les justes, des étrangers parmi les citoyens. À eux – païens, pécheurs et étrangers –, l’ange dit: «Ne craignez pas, car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple: aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur» (Lc 2, 10-11).

Voilà la joie qu’en cette nuit nous sommes invités à partager, à célébrer et à annoncer. La joie par laquelle Dieu, dans son infinie miséricorde, nous a embrassés, nous païens, pécheurs et étrangers, et nous incite à faire de même.

La foi de cette nuit nous porte à reconnaître Dieu présent dans toutes les situations où nous le croyons absent. Il se trouve dans l’hôte indiscret, bien des fois méconnaissable, qui marche par nos villes, dans nos quartiers, voyageant dans nos autobus, frappant à nos portes.

Et cette même foi nous incite à faire de la place à une nouvelle créativité sociale, à ne pas avoir peur de faire l’expérience de nouvelles formes de relation dans lesquelles personne ne doit sentir qu’il n’a pas de place sur cette terre. Noël, c’est le temps pour transformer la force de la peur en force de la charité, en force pour une nouvelle créativité de la charité. La charité qui ne s’habitue pas à l’injustice comme si celle-ci était naturelle, mais qui a le courage, au milieu des tensions et des conflits, de se faire ‘‘maison du pain’’, terre d’hospitalité. Saint Jean-Paul II nous le rappelait. «N’ayez pas peur! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ: «(Homélie de la Messe d’inauguration du Pontificat, 22 octobre 1978).

Dans l’Enfant de Bethléem, Dieu vient à notre rencontre pour faire de nous des protagonistes de la vie qui nous entoure. Il s’offre afin que nous le prenions dans les bras, afin que nous le soulevions et l’embrassions. Afin qu’en Lui, nous n’ayons pas peur de prendre dans les bras, de soulever et d’embrasser celui qui a soif, l’étranger, celui qui est nu, celui qui est malade, le détenu (cf. Mt 25, 35-36). «N’ayez pas peur! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ». En cet Enfant, Dieu nous invite à prendre en charge l’espérance. Il nous invite à être des sentinelles pour beaucoup de personnes qui ont cédé sous le poids du désespoir qui naît du fait de trouver fermées de nombreuses portes. En cet Enfant, Dieu fait de nous des protagonistes de son hospitalité. Émus par la joie du don, petit Enfant de Bethléem, nous te demandons que tes pleurs nous réveillent de notre indifférence, ouvrent nos yeux devant celui qui souffre. Que ta tendresse réveille notre sensibilité et fasse que nous nous sentions invités à te reconnaître dans tous ceux qui arrivent dans nos villes, dans nos histoires, dans nos vies. Que ta tendresse révolutionnaire nous amène à nous sentir invités à prendre en charge l’espérance et la tendresse de nos gens.

Le Noël des prêtres

Ce court documentaire présente la vie de prêtres durant la période de Noël. Le temps des fêtes est, pour la majorité des chrétiens, un temps fort de leur vie spirituelle, un temps non seulement de réjouissances en famille mais également de vacances et de repos. Pour les prêtres, le temps de Noël représente un temps d’intense préparation spirituelle et organisationnelle. Messe de minuit, célébration du pardon, souper des pauvres, fêtes des bénévoles, présences auprès des malades : la vie de prêtres durant le temps de Noël est loin d’être une période tranquille. Cela est encore moins le cas pour ceux qui ont parallèlement une carrière de chanteur populaire !

Au cours de cette production originale de Sel et Lumière, Francis Denis nous fait rencontrer deux prêtres et un évêque dans leur vie quotidienne durant le temps de Noël. Quotidien quelque peu transformé depuis qu’ils chantent avec Mario Pelchat et qu’ils l’accompagnent dans une série de spectacles partout au Québec.

Message vidéo du Président de la CECC pour Noël 2017

Mgr Lionel Gendron, P.S.S., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), a enregistré son message pour Noël et le Nouvel An. Dans son message, Mgr Gendron a terminé par ces paroles : « en ce temps des Fêtes de Noël et du Nouvel An, notre meilleur souhait ne pourrait-il pas être, tant pour les personnes aimées que pour le monde entier, le souhait même que nous fait le Seigneur : La paix soit avec vous! (Jean 20, 19)? À Noël, unissons donc nos voix aux anges pour chanter : Paix sur terre! et, au Premier de l’An, Journée mondiale de la Paix, unissons notre prière à celle de nos frères et sœurs en faveur de la shalôm-paix pour toute l’humanité. » La production de cette vidéo a été rendue possible avec la collaboration de Télévision Sel + Lumière.

Un enfant nous est né …

Nativité de notre Seigneur – lundi 25 décembre 2017

Chaque année, traditionnellement, durant l’Avent et Noël, j’assiste, ou du moins, j’écoute le Messie de Haendel. La semaine dernière, ma «Nuit du Messie» prit place, non dans une salle de concert ni dans une église mais à la maison. La partie chorale du cycle de la Nativité de l’œuvre de Haendel me bouleverse chaque fois que j’entends la prophétie d’Isaïe,  mise en musique de manière si glorieuse : «Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné et la souveraineté a été mise sur ses épaules et son nom est Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais et Prince-de-la-Paix» (Isaïe 9, 6). Ces paroles merveilleuses du prophète Isaïe composent la première lecture que nous entendons proclamer chaque année à la messe de la nuit de Noël.

Précédant immédiatement le chapitre 9, le témoignage d’Isaïe est construit sur un tableau effrayant d’obscurité et de désespoir qui descend sur les royaumes de Juda et du Nord d’Israël. Cette obscurité et ce désespoir ne furent toutefois pas les paroles finales du prophète. Précisément, sur ce pays une grande lumière a brillé. Le verset d’ouverture du chapitre 9 forme une transition après l’obscurité du chapitre précédent. «  Mais ce n’est plus l’obscurité pour le pays qui était dans l’angoisse. Dans un premier temps, le Seigneur a couvert d’opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, mais ensuite il a couvert de gloire la route de la mer, l’au-delà du Jourdain et le district des nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi. »

La grande lumière qui vient de manière décisive dans cette profonde obscurité arrache le peuple de la confusion et du vide, de la violence et de la tyrannie de l’oppresseur. Sur les habitants du pays de l’ombre noire comme la mort, la lumière a brillé! Les symboles de l’oppression assyrienne, le joug qui pesait sur eux, le bâton de l’oppresseur qui meurtrissait leurs épaules doivent être brisée. Les vêtements de guerre nourriront les flammes. Une ère de paix succédera à la destruction des insignes de guerre.

L’enfant royal dont la naissance est si poétiquement annoncée possédera la sagesse de Salomon, la valeur et la piété de David, la vertu de Moïse et des patriarches. L’enfant dont on parle devrait vraisemblablement être le roi Ezéchias. Les rois contemporains de Juda avaient été très mal conseillés et étaient impuissants à arrêter la guerre.

Par le titre de « Merveilleux-Conseiller », le nouveau roi n’aura aucun besoin de conseillers semblables à ceux qui détournent du droit chemin le roi Achaz. « Père-à-jamais » décrit la qualité de son gouvernement. Les vertus de jugement, de justice et de rectitude que le trône de David soutient sont résumées dans le terme « shalom » (paix) dont la racine hébraïque signifie totalité, harmonie, accomplissement et achèvement.

Le règne de ce nouveau roi permettra au peuple de vivre en harmonie avec Dieu, les autres et la nature. Il n’est donc pas surprenant que l’Eglise se soit appropriée l’exultation d’Isaïe, cette lumière et cette naissance royale, pour notre célébration de la naissance de Jésus.

Au cours des derniers mois, qui n’a pas senti profondément la noirceur et la mélancolie de notre monde ? Considérons les situations tragiques et violentes des terres que nous appelons « saintes ». Les Terres qui ont été foulées une fois par Dieu, les patriarches, les prophètes, et le Messie lui-même sont aujourd’hui des charniers. Songeons à l’incertitude et au désespoir qui sont apparus à cause de l’effondrement des structures économiques.  Ces sentiments de profonde obscurité et de mélancolie proviennent de nos tentatives d’agir comme des êtres isolés ou des îlots, au lieu de communautés de personnes soucieuses les unes des autres et de la souffrance de tant de peuples dans le monde.

Pendant ce temps, les juifs continuent de désirer la venue du Messie et les chrétiens célèbrent sa naissance dans l’histoire de l’humanité. Mais Juifs et Chrétiens sont aussi invités à aller au-delà des symboles et à se poser des questions plus profondes : comment continuons-nous à attendre et à actualiser le salut que le Messie va apporter ? Les textes prophétiques lus durant les fêtes de Hanoukka, de Noël et du temps de l’Avent sont de nouveaux appels à se rendre à la synagogue ou à l’église pour tendre la main à l’autre, pour se réengager à porter la lumière de Dieu aux nations, et pour se reconnaître les uns les autres comme partenaires de la construction du royaume de Dieu.

Tous deux, christianisme et Judaïsme, scellent leur culte dans une commune espérance. « Que ton règne vienne ». Et nous devons prononcer cette prière encore plus fort en ces jours d’ombres et de noirceur pour de nombreuses personnes dans le monde, spécialement pour les peuples d’Afghanistan, de l’Irak et de la Terre Sainte qui sont déchirées par la guerre, la haine, l’oppression, la tristesse et aussi pour ceux et celles qui vivent dans d’autres régions du monde souffrant de la guerre, de la pauvreté et de l’injustice.

Notre désir commun de voir les fruits du royaume du Messie nous invite, Chrétiens et Juifs, à la connaissance de notre communion les uns aux autres et à la reconnaissance de notre monde terriblement brisé.  Comme le pape Jean-Paul II, le pape Benoît XVI et à présent le pape François nous l’ont enseigné à travers leurs paroles et leurs gestes,  rien ni personne ne peut nous arracher plus longtemps de cette profonde communion qui nous unit. Le « tikkun ha’olam », la guérison  du monde, sa réparation, sa restauration et sa rédemption, incluant la rédemption d’Israël, incarnée dans la personne de Jésus, dépend à présent de nous.

Voeux de l’Avent et Noël de Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal

Mgr Christian Lépine, archevêque du diocèse de Montréal, nous souhaite ses vœux annuels pour l’Avent et Noël.

Se réjouir et attendre avec Jean le Baptiste

Troisième dimanche de l’Avent, Année B – 17 décembre 2017

L’Avent est la saison des prophètes. Les lectures des semaines précédant Noël nous aident à préciser notre vision et approfondir notre attente du Messie. La figure de Jean le Baptiste apparaît de nouveau dans l’histoire du salut en ce troisième dimanche de l’Avent. La mission d’ensemble de Jean fut une préparation à la venue du messie. Le temps venu, Jean conduisit ses propres disciples à Jésus et leur indiqua le Messie, la véritable lumière et l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Jean lui-même n’était  pas la lumière. Il vint pour témoigner de la lumière. Il la laissa simplement briller sur lui.

Jean se considère moins qu’un esclave pour Jésus : « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » (Jn 1, 26-27). Quand les propres disciples de Jean l’approchèrent et furent troublés par la signification du baptême de Jésus dans le Jourdain, il leur répondit avec assurance : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sauf ce qu’il a reçu du Ciel. » Jean dit qu’il était seulement l’ami de l’époux, celui qui doit diminuer alors que le maître grandit. Le baptiste a défini son humanité en fonction de ses limites.

Dans l’une des scènes les plus poignantes de l’Évangile de Luc, Jean le Baptiste est emprisonné par Hérode pour avoir blâmé publiquement ce dernier au sujet de son mariage adultère et incestueux avec Hérodiade (Mt 4, 12 ; Mc 1, 14 ; Lc 3, 19). Seul, découragé et proche de la fin de sa vie, Jean le Baptiste, reconnu comme le « plus grand de tous les prophètes » a dû poser la question : « Es-tu vraiment le Messie ? »  Jean attendait probablement un ardent réformateur social pour instaurer le Royaume, certainement pas quelqu’un qui s’associerait avec les pauvres, les paralysés, les aveugles, les exclus et les pécheurs. Néanmoins, le Christ vient de la manière la plus inattendue et souvent à travers les personnes auxquelles on pense le moins.

Jésus invite Jean à regarder autour de lui pour voir le travail déjà accompli au milieu des gens. Les aveugles avaient recouvré la vue et les paralysés marchaient à nouveau. Maladies et troubles avaient été guéris et les sourds entendaient. La bonne nouvelle était désormais prêchée aux pauvres. Ceci était la plus grande de toutes les merveilles ! Et c’est une extraordinaire consolation pour nous. Il n’y a rien d’étonnant à ce que nous nous posions souvent la même question – « La vie chrétienne en vaut-elle vraiment la peine ? »  « Jésus est-il vraiment la réponse à tous les maux et les tristesses du monde et de nos propres vies ? »

Les foules s’approchèrent de Jean et lui demandèrent : « Que devrions-nous faire ? »  Le Baptiste ne conseille à personne de quitter le monde, aussi ambiguë que cette affirmation puisse être. Il dit plutôt que ceux avec deux vêtements partagent avec ceux qui n’en n’ont pas. De la même façon, ceux qui ont en abondance de la nourriture doivent partager avec ceux qui ont faim. Les collecteurs de taxes se faisaient dire de n’exiger rien de plus que ce qui était fixé. Les soldats ne pouvaient voler personne en usant de violence ou de fausses accusations. Ils devaient se contenter de leur solde. Qu’est-ce que les gens pouvaient faire pour se préparer à l’imminente venue du Messie ? Etre généreux, justes, honnêtes, reconnaissants et compatissants (Lc 3, 10-14).

La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un sauveur pour nous sauver, pour que nous soyons tous ce que nous sommes appelés à être et que nous fassions tout ce que nous pouvons pour vivre dans la Lumière. Sommes-nous courageux et prophétiques dans notre témoignage chrétien à la Lumière qui est déjà venue dans notre monde ? Il nous arrive si souvent de ne pas reconnaître Celui parmi nous qui est la véritable lumière.

Que Jean le Baptiste nous donne force et courage pour porter la lumière aux autres, ainsi que la générosité et la capacité de nous réjouir lors de cette attente. « Réjouissez-vous. Priez sans cesse », écrit Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens. Nous pouvons renverser l’ordre de ces deux phrases : « Priez sans cesse, afin que nous puissions toujours nous réjouir. » Par la prière, nous comprenons que Dieu prend toutes nos inquiétudes et nos espérances dans son amour infini et sa sagesse. Il nous remet debout et nous donne la vie et la lumière en plénitude.

(Image : Saint Jean Baptiste par Anton Raphael Mengs)