Voeux de l’Avent et Noël de Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal

Mgr Christian Lépine, archevêque du diocèse de Montréal, nous souhaite ses vœux annuels pour l’Avent et Noël.

Se réjouir et attendre avec Jean le Baptiste

Troisième dimanche de l’Avent, Année B – 17 décembre 2017

L’Avent est la saison des prophètes. Les lectures des semaines précédant Noël nous aident à préciser notre vision et approfondir notre attente du Messie. La figure de Jean le Baptiste apparaît de nouveau dans l’histoire du salut en ce troisième dimanche de l’Avent. La mission d’ensemble de Jean fut une préparation à la venue du messie. Le temps venu, Jean conduisit ses propres disciples à Jésus et leur indiqua le Messie, la véritable lumière et l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Jean lui-même n’était  pas la lumière. Il vint pour témoigner de la lumière. Il la laissa simplement briller sur lui.

Jean se considère moins qu’un esclave pour Jésus : « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » (Jn 1, 26-27). Quand les propres disciples de Jean l’approchèrent et furent troublés par la signification du baptême de Jésus dans le Jourdain, il leur répondit avec assurance : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sauf ce qu’il a reçu du Ciel. » Jean dit qu’il était seulement l’ami de l’époux, celui qui doit diminuer alors que le maître grandit. Le baptiste a défini son humanité en fonction de ses limites.

Dans l’une des scènes les plus poignantes de l’Évangile de Luc, Jean le Baptiste est emprisonné par Hérode pour avoir blâmé publiquement ce dernier au sujet de son mariage adultère et incestueux avec Hérodiade (Mt 4, 12 ; Mc 1, 14 ; Lc 3, 19). Seul, découragé et proche de la fin de sa vie, Jean le Baptiste, reconnu comme le « plus grand de tous les prophètes » a dû poser la question : « Es-tu vraiment le Messie ? »  Jean attendait probablement un ardent réformateur social pour instaurer le Royaume, certainement pas quelqu’un qui s’associerait avec les pauvres, les paralysés, les aveugles, les exclus et les pécheurs. Néanmoins, le Christ vient de la manière la plus inattendue et souvent à travers les personnes auxquelles on pense le moins.

Jésus invite Jean à regarder autour de lui pour voir le travail déjà accompli au milieu des gens. Les aveugles avaient recouvré la vue et les paralysés marchaient à nouveau. Maladies et troubles avaient été guéris et les sourds entendaient. La bonne nouvelle était désormais prêchée aux pauvres. Ceci était la plus grande de toutes les merveilles ! Et c’est une extraordinaire consolation pour nous. Il n’y a rien d’étonnant à ce que nous nous posions souvent la même question – « La vie chrétienne en vaut-elle vraiment la peine ? »  « Jésus est-il vraiment la réponse à tous les maux et les tristesses du monde et de nos propres vies ? »

Les foules s’approchèrent de Jean et lui demandèrent : « Que devrions-nous faire ? »  Le Baptiste ne conseille à personne de quitter le monde, aussi ambiguë que cette affirmation puisse être. Il dit plutôt que ceux avec deux vêtements partagent avec ceux qui n’en n’ont pas. De la même façon, ceux qui ont en abondance de la nourriture doivent partager avec ceux qui ont faim. Les collecteurs de taxes se faisaient dire de n’exiger rien de plus que ce qui était fixé. Les soldats ne pouvaient voler personne en usant de violence ou de fausses accusations. Ils devaient se contenter de leur solde. Qu’est-ce que les gens pouvaient faire pour se préparer à l’imminente venue du Messie ? Etre généreux, justes, honnêtes, reconnaissants et compatissants (Lc 3, 10-14).

La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un sauveur pour nous sauver, pour que nous soyons tous ce que nous sommes appelés à être et que nous fassions tout ce que nous pouvons pour vivre dans la Lumière. Sommes-nous courageux et prophétiques dans notre témoignage chrétien à la Lumière qui est déjà venue dans notre monde ? Il nous arrive si souvent de ne pas reconnaître Celui parmi nous qui est la véritable lumière.

Que Jean le Baptiste nous donne force et courage pour porter la lumière aux autres, ainsi que la générosité et la capacité de nous réjouir lors de cette attente. « Réjouissez-vous. Priez sans cesse », écrit Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens. Nous pouvons renverser l’ordre de ces deux phrases : « Priez sans cesse, afin que nous puissions toujours nous réjouir. » Par la prière, nous comprenons que Dieu prend toutes nos inquiétudes et nos espérances dans son amour infini et sa sagesse. Il nous remet debout et nous donne la vie et la lumière en plénitude.

(Image : Saint Jean Baptiste par Anton Raphael Mengs)

Jean Baptiste : le prophète de l’Avent

Deuxième dimanche de l’Avent, Année B – 10 décembre 2017

L’une des grandes vedettes des récits de l’Avent et du temps de Noël, Jean le Baptiste, fait aujourd’hui son apparition sur la scène biblique. Considérons ensemble quelques détails de la vie de Jean et voyons à quel point il est un bon modèle pour nous. Jean Baptiste ne mâchait pas ses mots. Il allait droit au but et disait ce qu’il fallait dire. Il nous parlerait certainement avec des paroles aussi crues : avec des mots qui viseraient directement les points faibles de nos vies. Jean Baptiste prêchait le repentir avec crédibilité parce qu’il avait d’abord aimé les paroles de Dieu qu’il avait entendu au désert.

Il a écouté, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert. C’est parce que sa vie et son message ne faisait qu’un qu’il annonçait cette parole aux autres avec une telle efficacité. La duplicité est l’une des choses les plus décourageantes auxquelles il nous faut faire face. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos gestes ne sont pas cohérents. Le véritable prophète d’Israël nous aide dans notre lutte contre toute forme de duplicité.

À travers l’histoire biblique, des leaders et des visionnaires vont au désert pour voir plus clair, pour écouter intensément la voix de Dieu et découvrir d’autre voies, d’autres chemins.  Le mot hébreu pour désert midvar, est dérivé d’une racine sémitique qui signifie « mener le troupeau au pâturage ». Eremos, le mot grec utilisé pour traduire midvar, dénote un endroit désolé et peu peuplé et, au sens plus strict, un désert.

Le terme désert a deux significations différentes mais inter reliées, en référant à quelque chose de sauvage et de perdu. C’est probablement ce caractère inconnu (perdu) et incontrôlable (sauvage) qui lui a valu le terme de désert. Il y a aussi une autre manière de comprendre le sens du mot désert.

Un regard attentif à la racine du mot midvar révèle le mot davar qui signifie parole ou message. La notion hébraïque de désert est donc un lieu saint où la parole de Dieu peut être entendu, expérimenté et vécu librement. Nous allons au désert pour entendre la parole de Dieu, détaché et complètement libre.

L’Esprit de Dieu a permis aux prophètes de vivre en Dieu. Ils étaient ainsi capables de partager les attitudes, les valeurs, les sentiments et les émotions de Dieu. Un tel don leur permettait de voir les événements de leur époque comme Dieu les voyait et de se sentir de la même manière face à ceux-ci. Ils partageaient la colère de Dieu, sa compassion, sa peine, sa déception, son dégoût, sa sensibilité pour les gens et son sérieux. Ils prenaient part à ces choses non pas de manière abstraite, mais en ressentant les sentiments de Dieu à propos des événements concrets de leur temps.

Jean Baptiste est LE prophète de l’avent. On le représente souvent avec le doigt qui pointe vers celui qui vient : Jésus-Christ. Si, à la suite de Jean, nous préparons le chemin du Seigneur dans le monde d’aujourd’hui, nos vies deviendrons aussi ces doigts de témoins vivants qu’il est possible de trouver Jésus, car il est proche. Jean a offert aux personnes de son époque une expérience de pardon et de salut en sachant très bien qu’il n’était pas le messie, celui qui pouvait sauver. Permettons-nous à d’autres de faire l’expérience de Dieu, du pardon et du salut ?

Jean le Baptiste  est venu nous enseigner qu’il existe un autre chemin que les ténèbres et la tristesse du monde et que la condition humaine : ce chemin est Jésus lui-même. Le Messie vient nous sauver des forces des ténèbres et de la mort, et nous ramène sur le chemin de la paix et de la réconciliation afin que nous retrouvions notre voie vers Dieu.

Le théologien jésuite Karl Rahner, aujourd’hui décédé, a écrit un jour :

Nous devons écouter la voix de celui qui nous appelle dans le désert, même s’il avoue : je ne suis pas le Messie. Vous ne pouvez pas choisir de ne pas écouter cette voix ‘parce qu’elle est seulement la voix d’un homme.’ Et, de même, vous ne pouvez pas laisser de côté le message de l’Église parce que l’Église ‘n’est pas digne de détacher les lacets de son Seigneur qui la précède.’ Après tout, nous sommes toujours dans l’avent.

Nous n’avons peut-être pas le luxe de voyager dans le désert de Judée, ni le privilège de faire une retraite de l’avent dans le désert du Sinaï. Toutefois, nous pouvons certainement découper un petit désert au milieu de nos activités et du brouhaha de la semaine. Allons vers ce lieu sacré et laissons la Parole de Dieu nous parler, nous guérir, nous réorienter, et nous mener au cœur du Christ, dont nous attendons la venue en cet avent.

Église en sortie 17 novembre 2017

Cette semaine à Église en sortie: Entrevue avec Jonathan Guilbault, éditeur, sur deux nouveautés aux éditions NOVALIS. On vous présente un reportage sur le lancement du nouvel album de Noël « Les prêtres avec Mario Pelchat« . Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Hugues de Foucauld sur l’édition religieuse aujourd’hui et du rayonnement de la célèbre publication « Prions en Église ».

Le parcours des Mages, la découverte d’un Roi

Solennité de l’Épiphanie, Année A – dimanche 8 janvier 2017

Isaïe 60,1-6
Éphésiens 3,2-3a.5-6
Matthieu 2,1-12

Le terme épiphanie signifie « montrer », « faire connaître » ou « révéler ». La fête de l’Épiphanie tire son origine de l’Église d’Orient. À Jérusalem, près de Bethléem, la fête avait une référence spéciale à la Nativité. Aujourd’hui, dans les églises orthodoxes d’Orient, cette fête porte surtout sur le rayonnement et la révélation de Jésus-Christ comme Messie et seconde personne de la Sainte Trinité, au moment de son baptême. Habituellement appelée Fête de la Théophanie, elle est l’une des grandes fêtes de l’année liturgique. « Théophanie » vient du grec et signifie « Dieu resplendissant ».

L’Occident a pris cette fête orientale de janvier, conservant toutes ses caractéristiques principales, mais en attachant une importance prépondérante, avec le temps, à la visite des rois mages qui apportent des présents et visitent l’enfant Jésus, et donc « révèlent » Jésus au monde en tant que Seigneur et Roi. La fête est observée comme un temps pour se concentrer sur la mission de l’Église ad gentes en « montrant » que Jésus est le Sauveur de tous les peuples. Le futur rejet de Jésus par Israël et son acceptation par les païens sont mis en lumière dans cette scène du récit de Matthieu.

Le roi Hérode a régné de l’an 37 à 4 avant notre ère. « Mages » était une désignation de la caste sacerdotale perse et le mot a été par la suite utilisé pour désigner ceux considérés comme ayant des connaissances dépassant le savoir humain. Les Mages de Matthieu sont des astrologues. Quant à l’étoile dans le récit, elle correspond à une ancienne croyance commune qui veut qu’une nouvelle étoile apparaisse au moment de la naissance du souverain. Matthieu s’appuie aussi sur le récit de Balaam dans l’Ancien Testament, qui avait prophétisé qu’« une étoile se lève, issue de Jacob » (Nombres 24, 17), bien que dans ce cas l’étoile ne signifie pas un phénomène astral, mais le roi lui-même.

L’acte d’adoration des Rois mages, qui correspondait à la bénédiction de Siméon selon laquelle l’enfant Jésus serait « une lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32), était l’un des premiers signes que Jésus était venu pour tous les peuples, toutes les nations, toutes les races, et que le travail de Dieu dans le monde ne serait pas limité seulement à un petit nombre.

Chez eux dans leur pays lointain, les Mages avaient tout le confort d’une vie princière, mais quelque chose leur manquait, ils étaient inquiets et insatisfaits. Ils étaient disposés à tout risquer pour trouver ce que leur vision promettait. À la différence des pauvres bergers, les Rois Mages ont dû parcourir une longue route, ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur objectif. Les bergers connaissaient aussi l’adversité, et elle les avait préparés à accepter le message des anges. Mais une fois qu’ils eurent surmonté leur peur, ils durent simplement passer à Bethléem, tout près d’où ils se trouvaient, pour voir l’Enfant Jésus. C’était tout sauf une ambiance romantique, du pèlerinage sentimental que l’on voit souvent dans nos crèches !

Les Mages d’Orient, étrangers dans tous les sens du terme, ont été guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ont été aidés par les Écritures hébraïques qui constituent aujourd’hui l’Ancien Testament. La signification de cela est importante – le Christ appelle les gens de toutes les nations, Gentils comme Juifs, à le suivre. Nous pourrions dire que Jérusalem et l’Ancien Testament servent de nouveau point de départ pour ces pèlerins de la gentilité sur leur chemin de foi en Jésus. Le peuple de la grande ville, et même Hérode, ont joué un rôle dans la conduite des Mages vers le Christ !

L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des chefs des prêtres et des scribes du peuple qui étaient conseillers du sinistre Hérode. On pourrait croire qu’ils ne font que répondre à une question théologique. Matthieu veut certainement signifier autre chose. En premier lieu, eux aussi avaient été troublés par la parole des Mages au sujet de la naissance du Messie. Sachant que Hérode était paranoïaque face à toute menace à son trône, les Mages durent comprendre qu’il ne verrait pas d’un bon œil un nouveau-né, « roi des Juifs ».

En divulguant à Hérode le lieu de la naissance du Messie, les conseillers du roi sont devenus, en effet, les collaborateurs de ses mauvaises intentions. En fait ce sont eux, et non Hérode, qui entraînèrent la mort du « roi des Juifs. » Ce sont les « chefs des prêtres et les anciens du peuple » qui complotèrent pour faire arrêter et tuer Jésus (Matthieu 26, 3-5, 47; 27,1-2,12, 20); « les scribes » sont mentionnés dans 26, 57 et 27, 41. Il était une menace contre Hérode et contre eux: le trône de l’un, l’empire religieux des autres.

La réaction négative d’Hérode et de ses conseillers, les chefs des prêtres et les scribes, transforme le récit de l’enfance en un véritable évangile. Si nous lisons l’histoire attentivement, nous constatons que loin d’être un conte pour enfants, ce récit est une histoire tragique pour adultes. Déjà, à Noël, nous avons un aperçu de la mort sacrificielle inévitable de ce « roi nouveau-né » – le schisme entre une idéologie du monde et une idéologie divine. Le champ de bataille est prêt, les forces sont en place. L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des uns et la fureur apeurée des autres. Pour ceux qui sont attentifs aux signes des temps et des lieux, la venue de Jésus est une invitation aux risques et à l’engagement dans une démarche de foi.

Un enfant est né en même temps que règne un tyran meurtrier. Le roi Hérode cherche à convaincre les sages de trahir le but de leur voyage, de mettre fin à leur engagement pour l’avenir et pour une vie nouvelle. Au centre de tout ce récit de contrastes saisissants se trouve un bébé qui est la joie. Hérode a peur de cette « grande joie pour tous les peuples. » Nos sociétés et nos cultures ont de plus en plus peur de la vie humaine – la plus grande joie pour tous les peuples ! Nous devons ainsi nous engager de nouveau pour la vie, sa préservation, son maintien, la bénir et rendre grâce à Dieu pour le don qu’elle est pour nous !

Certains d’entre nous sont destinés à trouver le Christ enfant seulement après un long et pénible voyage, comme celui des Rois mages. Pour y parvenir, notre sagesse du monde et des moyens terrestres et nos façades ecclésiastiques doivent disparaître. Il faut faire des sacrifices pour trouver notre sens le plus profond et notre paix qui est le Christ. La plupart des personnes sages ont besoin de faire un long bout de chemin si elles souhaitent trouver un sens profond et durable à l’existence. Les gens simples peuvent généralement trouver le Seigneur en traversant un champ comme les bergers; ils apportent leur pauvreté, leur humilité et leur simple ouverture. Au contraire la connaissance, la sagesse, la puissance, le prestige et le manque d’humilité conduisent souvent au désespoir.

Les gens qui croient posséder la vérité et la clairvoyance définitives sur tout sont souvent conduits vers des avenues sombres, sans issue ou bien restent perdus dans le désert de la solitude, de l’autosuffisance, de l’égoïsme et du désespoir.

En fin de compte, les Mages allèrent par leur propre chemin, et parce qu’ils refusaient de se laisser séduire par le cynisme, parce qu’ils se sont laissés surprendre par cette grande joie, l’étoile pour laquelle ils s’étaient engagés est réapparue. Ceci n’est pas qu’une description de l’époque où Jésus est né, mais elle parle aussi de notre temps. Quand nous avons trouvé le bonheur durable au milieu de la grisaille qui nous entoure, du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de se mettre à genoux et adorer.

Si nous sommes vraiment sages, faisons ce que les sages astrologues ont fait. Lorsque nous entendons la voix du vieux roi de la mort, de la peur et du cynisme, ayons le courage de suivre notre propre chemin… dans la joie. L’étoile qui ouvre le chemin nous poussera vers l’avant, par de nouveaux sentiers, pour être en présence de l’Enfant de la Lumière et Prince de la Paix, qui est l’accomplissement des espoirs et des désirs les plus profonds de l’humanité pour la lumière, la justice, l’amour et la paix.

Les paroles du grand écrivain catholique français Georges Bernanos (1888-1948) parlent magnifiquement de la signification de cette grande fête de nos jours:

Dès le commencement, mon Église a été ce qu’elle est encore (c’est sans doute le Seigneur qui est supposé parler), ce qu’elle sera jusqu’au dernier jour, le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles, l’épreuve et la consolation des âmes intérieures, qui n’y cherchent que moi.

Oui, frère Martin, qui m’y cherche m’y trouve, mais il faut m’y trouver, et j’y suis mieux caché qu’on le pense, ou que certains de mes prêtres prétendent vous le faire croire – plus difficile encore à découvrir que dans la petite étable de Bethléem, pour ceux qui ne vont pas humblement vers moi, derrière les Mages et les Bergers. Car c’est vrai qu’on m’a construit des palais, avec des galeries et des péristyles sans nombre, magnifiquement éclairés jour et nuit, peuplés de gardes et de sentinelles, mais pour me trouver là, comme sur la vieille route de Judée, ensevelie sous la neige, le plus malin n’a encore qu’à me demander ce qui lui est seulement nécessaire: une étoile et un cœur pur.

« Pousse des cris de joie, fille de Sion ! »

Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu – dimanche 1 janvier 2017

Nombres 6,22-27
Galates 4,4-7
Luc 2,16-21

Lisons ensemble ce beau texte du prophète Sophonie:

Pousse des cris de joie, ô fille de Sion !
Lance un cri de triomphe, ô Israël !
Réjouis-toi, exulte de tout cœur,
ô fille de Jérusalem:
l’Eternel a levé le verdict de condamnation prononcé contre vous,
et il a refoulé vos ennemis.
Le roi d’Israël, l’Eternel, est au milieu de vous.
Vous ne craindrez plus de malheur.

En ce jour-là, on dira à Jérusalem:
« Sois sans crainte, Sion ! Ne baisse pas les bras,
car l’Eternel ton Dieu est au milieu de toi un guerrier qui te sauve. Il sera transporté de joie à ton sujet
et il te renouvellera dans son amour pour toi.
Oui, à cause de toi, il poussera des cris de joie, et il exultera
tout comme aux jours de fête. »
Je t’enlève aujourd’hui la honte que tu portes.

Ce riche texte du prophète Sophonie (3, 14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3, 3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. La « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11, 2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35, 10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22, 17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » qui signifie quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium (no 52). L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes, la « fille de Sion » était l’épouse du Seigneur qui a observait l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie « fille de Sion » est l’archétype de l’Eglise en tant qu’épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de “Femme” et “Mère” du peuple de Dieu. Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme “Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus, prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Pour conclure voici les paroles du pape Paul VI dans sa prodigieuse exhortation apostolique sur la joie chrétienne Gaudete in Domino :

[Marie] a saisi, plus que toutes autres créatures, ce que Dieu accomplit de plus merveilleux : Son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Ce n’est pas que sa vie sorte de l’ordinaire mais elle médite le moindre signe de Dieu, les gardant dans son cœur (Luc 2, 19; 51). Ce n’est pas qu’elle fut épargnée par les souffrances mais elle se tient debout, la mère des douleurs, au pied de la croix, associée d’une manière éminente au sacrifice de la résurrection ; et elle est aussi ouverte à la joie sans limite de la résurrection ; elle est élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. La première des rachetés, immaculée dès sa conception, l’incomparable demeure de l’Esprit, le pur support du rédempteur de l’humanité, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, en Christ, la Mère de tous. Elle est le modèle parfait de l’Eglise à la fois sur terre et dans la gloire.

(Image : L’adoration des bergers par James Tissot)

Joseph, authentique modèle de la paternité

Fête de la Sainte Famille – vendredi 30 décembre 2016

Un zoom sur Joseph à l’occasion de la fête de la saint Famille

J’aimerais que l’on regarde plus attentivement la figure de Joseph, l’un des personnages des récits de Noël.  En nous penchant sur le père nourricier du Seigneur, nous découvrons un aperçu du contexte de la famille de notre Sauveur.

Joseph est souvent dans l’ombre de la gloire du Christ et de la pureté de Marie. Mais, il attend lui aussi que Dieu lui parle pour lui répondre avec obéissance. Luc et Matthieu notent tous deux que Joseph descend de David, le plus grand roi d’Israël (Matthieu 1,18 et Luc 3, 23-38). L’Écriture nous donne une information essentielle sur Joseph: il était « un homme droit » (Matthieu 1, 18).

Joseph était un homme compatissant et attentionné. Lorsqu’il découvre que Marie était enceinte tout juste après leurs fiançailles, il savait que l’enfant n’était pas le sien mais il n’était pas encore conscient qu’il était le Fils de Dieu. Il projetait de rompre avec Marie selon la loi mais il était soucieux de sa sécurité. Joseph était aussi un homme de foi, obéissant à ce que Dieu lui demandait sans connaître le dénouement.

Quand l’ange lui apparut en songe pour lui dire la vérité au sujet de l’enfant que Marie portait, Joseph,  sans attendre et sans question ou souci de commérage, prit Marie pour femme. Lorsque l’ange revint encore pour l’avertir du danger, il quitta immédiatement ce qu’il avait, sa famille et ses amis, et s’enfuit dans un pays étranger avec sa femme et son bébé. Il attendit en Egypte jusqu’à ce que l’ange lui dise qu’il pouvait rentrer. (Matthieu 2, 13-23).

On nous a dit que Joseph était un charpentier-menuisier, un homme qui travaillait pour soutenir sa famille. Joseph n’était pas un homme riche, car lorsqu’il monta au temple avec Jésus pour la circoncision et la purification de Marie, il offrit en sacrifice deux tourterelles ou une paire de pigeons, animaux autorisés seulement à ceux qui ne pouvaient payer un agneau.

Joseph nous révèle dans son humanité le rôle unique des pères de proclamer la vérité de Dieu par la parole et le devoir. Sa situation paradoxale de « père nourricier de Jésus » met l’emphase sur la paternité, qui est plus que le simple fait de la génération biologique. Un homme est un père lorsqu’il s’investit lui-même dans la formation spirituelle et morale de ses enfants. Joseph est tout particulièrement conscient, comme tout père devrait l’être, qu’il servait en tant que représentant de Dieu le Père.

Joseph a protégé et a pourvu au bien-être de Jésus et de Marie. Il a donné son nom à Jésus, lui apprit comment prier, comment travailler et comment être un homme. Bien qu’aucun texte ou aucune parole ne lui soient attribués, nous pouvons être sûrs que Joseph prononça deux des mots les plus importants quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ». Lorsque l’enfant restait au temple on nous dit que Joseph (avec Marie), le chercha pendant trois jours, tout angoissé.

La vie de Joseph nous rappelle qu’une maison ou une communauté n’est pas construite sur le pouvoir et l’avoir mais sur la bonté; pas sur les richesses mais sur la foi, la fidélité, la pureté et l’amour mutuel.

Les défis actuels de la paternité et de la masculinité ne peuvent être compris si on les sort de la culture dans laquelle nous baignons. Le manque de paternité a un effet profondément alarmant sur les enfants. Combien de jeunes gens aujourd’hui ont été affectés par la crise de la paternité ? Combien ont été privés d’un père ou d’un grand-père? Ce n’est pas pour rien que saint Joseph est patron de l’Église universelle et patron principal du Canada. S’il n’y avait jamais une époque qui ait besoin d’un modèle fort du rôle masculin et du rôle de père c’est bien la nôtre.

Joseph et Marie, plus que quiconque, furent les premiers à contempler la gloire de leur Seul et Unique qui venait du Père, plein de grâce et de vérité. Puisse saint Joseph faire de nous de bons prêtres, religieux et laïcs qui imiteront l’humble travailleur de Nazareth qui écoutait le Seigneur, conservait précieusement un cadeau qui n’était pas le sien, tout en montrant à Jésus comment le Verbe se fait chair et peut vivre parmi nous.

Je ne peux pas partager ces réflexions au Musée de l’Oratoire Saint-Joseph sans mentionner le grand apôtre de saint Joseph, le Frère André Bessette.  Il est, après tout, l’architecte de ce magnifique temple qu’est l’Oratoire.

Le frère André avait toujours une grande dévotion pour saint Joseph et voulait que d’autres prient avec lui le père de Jésus. En 1900, il reçoit la permission d’amasser les fonds nécessaires pour construire un petit oratoire dédié à saint Joseph. Une petite chapelle est inaugurée en 1904. Les autorités de Sainte-Croix permettent l’ajout d’une pièce à la chapelle. Le frère André y établit sa résidence et peut ainsi recevoir les pèlerins. Il délaisse la station de tramway et commence donc à recevoir les gens sur la montagne, là où se trouve l’actuel oratoire.

En 1909, le frère André est assigné à temps plein à l’Oratoire Saint-Joseph. Le jour, il recevait les personnes qui venaient le voir et le soir, il visitait les malades qui n’avaient pu se rendre jusqu’à l’Oratoire.  Grâce aux efforts, aux souffrances et à la foi du frère André, d’une petite chapelle sur ce Mont Royal s’est élevée une grande basilique qui domine désormais Montréal et le paysage spirituel de tout un pays. L’Oratoire Saint-Joseph est le plus grand sanctuaire au monde dédié à saint Joseph, grâce au rêve du frère André Bessette. La puissance et la grandeur de Dieu se sont révélées à travers un humble frère de Sainte-Croix. «Pauper, servus et umilis» est l’épitaphe de son tombeau à l’Oratoire: pauvre, obéissant et humble serviteur.

Ce sont les mêmes mots qui sont chantés dans le Panis Angelicus, ce magnifique hymne eucharistique. Qui peut dire pourquoi André a été choisi? Dans sa magnifique lettre à la famille Sainte-Croix d’il y a quelques mois, Peut-être qu’André a été choisi, tout comme Marie et Joseph, parce qu’il n’était rien aux yeux de ce monde;  il n’avait rien, rien ne le possédait.  Dieu l’a possédé en lui donnant ce qui lui importait le plus, lui accordant la réalisation de l’aspiration la plus profonde de son cour».

Le Christ est la porte vers le Père, qui frappe à la porte de nos cœurs, de nos maisons, de notre Eglise. L’Eglise, et en particulier l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal, est la porte du salut, la porte du Royaume de Dieu. Le frère André était le portier de cet endroit béni. Le Seigneur est passé par ses doutes, ses infirmités, ses forces, sa persévérance et son ingéniosité pour construire une église et construire l’Eglise.  Maintenant qu’il est saint, puisse le saint et humble André Bessette intercéder pour nous tous.  Qu’il nous indique le chemin vers Joseph “Ite ad Joseph” et le chemin vers Dieu le Père.

Homélie du Pape à la messe de Noël

« La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2, 11). Les paroles de l’apôtre Paul révèlent le mystère de cette nuit sainte : la grâce de Dieu s’est manifestée, son cadeau gratuit ; dans l’Enfant qui nous est donné l’amour de Dieu pour nous se fait concret.

C’est une nuit de gloire, cette gloire proclamée par les anges à Bethléem et aussi par nous aujourd’hui dans le monde entier. C’est une nuit de joie, parce que depuis aujourd’hui et pour toujours Dieu, l’Eternel, l’Infini, est Dieu-avec-nous : il n’est pas lointain, nous ne devons pas le chercher dans les orbites célestes ou dans quelque idée mystique ; il est proche, il s’est fait homme et ne se détachera jamais de notre humanité, qu’il a faite sienne. C’est une nuit de lumière : cette lumière, prophétisée par Isaïe (cf. 9, 1), qui illuminerait celui qui marche sur une terre ténébreuse, elle est apparue et elle a enveloppé les bergers de Bethléem (cf. Lc 2, 9).

Les bergers découvrent simplement qu’« un enfant nous est né » (Is 9, 5) et ils comprennent que toute cette gloire, toute cette joie, toute cette lumière se concentrent en un seul point, dans ce signe que l’ange leur a indiqué : « Vous trouverez une nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). C’est le signe de toujours pour trouver Jésus. Non seulement alors, mais aussi aujourd’hui. Si nous voulons fêter le vrai Noël, contemplons ce signe : la simplicité fragile d’un petit nouveau-né, la douceur de son être couché, la tendre affection des langes qui l’enveloppent. Là est Dieu.

Avec ce signe, l’Evangile nous dévoile un paradoxe : il parle de l’Empereur, du Gouverneur, des grands de ce temps, mais Dieu ne se fait pas présent là ; il n’apparaît pas dans la salle noble d’un palais royal, mais dans la pauvreté d’une étable ; non dans les fastes de l’apparence, mais dans la simplicité de la vie ; non dans le pouvoir, mais dans une petitesse qui surprend. Et pour le rencontrer il faut aller là, où il se tient : il faut s’incliner, s’abaisser, se faire petits. L’Enfant qui naît nous interpelle : il nous appelle à laisser les illusions de l’éphémère pour aller à l’essentiel, à renoncer à nos prétentions insatiables, à abandonner l’insatisfaction pérenne et la tristesse pour quelque chose qui toujours nous manquera. Cela nous fera du bien de laisser ces choses pour retrouver dans la simplicité de Dieu-enfant la paix, la joie, le sens de la vie.

Laissons-nous interpeller par l’Enfant dans la mangeoire, mais laissons-nous interpeller aussi par des enfants qui, aujourd’hui, ne sont pas couchés dans un berceau et caressés par la tendresse d’une mère et d’un père, mais qui gisent dans les sordides “mangeoires de la dignité” : dans le refuge souterrain pour échapper aux bombardements, sur les trottoirs d’une grande ville, au fond d’une embarcation surchargée de migrants. Laissons-nous interpeller par les enfants qu’on ne laisse pas naître, par ceux qui pleurent parce que personne ne rassasie leur faim, par ceux qui ne tiennent pas dans leurs mains des jouets, mais des armes.

Le mystère de Noël, qui est lumière et joie, interpelle et bouleverse, parce qu’il est en même temps un mystère d’espérance et de tristesse. Il porte avec lui une saveur de tristesse, en tant que l’amour n’est pas accueilli, la vie est rejetée. C’est ce qui arrive à Joseph et Marie, qui trouvèrent les portes fermées et déposèrent l’enfant dans une mangeoire, « car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (v. 7). Jésus est né dans le refus de certains et dans l’indifférence de la plupart. Aujourd’hui aussi il peut y avoir la même indifférence, quand Noël devient une fête où les protagonistes sont nous, au lieu de Lui ; quand les lumières du commerce jettent dans l’ombre la lumière de Dieu ; quand nous nous donnons du mal pour les cadeaux et restons insensibles à celui qui est exclus.

Mais Noël a surtout une saveur d’espérance parce que, malgré nos ténèbres, la lumière de Dieu resplendit. Sa lumière gracieuse ne fait pas peur ; Dieu, épris de nous, nous attire par sa tendresse, naissant pauvre et fragile au milieu de nous, comme un de nous. Il naît à Bethléem, qui signifie “maison du pain”. Il semble ainsi vouloir nous dire qu’il naît comme pain pour nous ; il vient à la vie pour nous donner sa vie ; il vient dans notre monde pour nous porter son amour. Il ne vient pas pour dévorer et pour commander, mais pour nourrir et servir. Ainsi, il y a un fil direct qui relie la crèche et la croix, où Jésus sera pain rompu : c’est le fil direct de l’amour qui se donne et nous sauve, qui donne lumière à notre vie, paix à nos cœurs.

Ils l’ont compris, en cette nuit, les bergers, qui étaient parmi les exclus d’alors. Mais personne n’est exclus aux yeux de Dieu et ce furent vraiment eux les invités de Noël. Celui qui était sûr de lui, autosuffisant, était chez lui au milieu de ses affaires ; les bergers au contraire « allèrent, sans hésitation » (cf. Lc 2, 16). Nous aussi, laissons-nous interpeller et convoquer cette nuit par Jésus, allons à Lui avec confiance, à partir de ce en quoi nous nous sentons exclus, à partir de nos limites. Laissons-nous toucher par la tendresse qui sauve ; approchons-nous de Dieu qui se fait proche, arrêtons-nous pour regarder la crèche, imaginons la naissance de Jésus : la lumière et la paix, la plus grande pauvreté et le refus. Entrons dans le vrai Noël avec les bergers, portons à Jésus ce que nous sommes, nos exclusions, nos blessures non guéries. Ainsi, en Jésus, nous goûterons le véritable esprit de Noël : la beauté d’être aimés de Dieu. Avec Marie et Joseph, restons devant la crèche, devant Jésus qui naît comme pain pour ma vie. Contemplant son amour humble et infini, disons-lui : merci, parce que tu as fait tout cela pour moi.

Message de Noël du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Douglas Crosby, o.m.i.

Vous trouverez ci-dessous le message de Noël 2016 du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Douglas Crosby o.m.i.:

« Défi Mannequin » spécial Noël de Sel + Lumière

Vous connaissez le «mannequin challenge» (Défi mannequin). L’équipe de Sel et Lumière Toronto s’est mis de la partie avec son « défi mannequin spécial Noël ». JOYEUX NOËL à tous!