Le parcours des Mages, la découverte d’un Roi

Solennité de l’Épiphanie, Année A – dimanche 8 janvier 2017

Isaïe 60,1-6
Éphésiens 3,2-3a.5-6
Matthieu 2,1-12

Le terme épiphanie signifie « montrer », « faire connaître » ou « révéler ». La fête de l’Épiphanie tire son origine de l’Église d’Orient. À Jérusalem, près de Bethléem, la fête avait une référence spéciale à la Nativité. Aujourd’hui, dans les églises orthodoxes d’Orient, cette fête porte surtout sur le rayonnement et la révélation de Jésus-Christ comme Messie et seconde personne de la Sainte Trinité, au moment de son baptême. Habituellement appelée Fête de la Théophanie, elle est l’une des grandes fêtes de l’année liturgique. « Théophanie » vient du grec et signifie « Dieu resplendissant ».

L’Occident a pris cette fête orientale de janvier, conservant toutes ses caractéristiques principales, mais en attachant une importance prépondérante, avec le temps, à la visite des rois mages qui apportent des présents et visitent l’enfant Jésus, et donc « révèlent » Jésus au monde en tant que Seigneur et Roi. La fête est observée comme un temps pour se concentrer sur la mission de l’Église ad gentes en « montrant » que Jésus est le Sauveur de tous les peuples. Le futur rejet de Jésus par Israël et son acceptation par les païens sont mis en lumière dans cette scène du récit de Matthieu.

Le roi Hérode a régné de l’an 37 à 4 avant notre ère. « Mages » était une désignation de la caste sacerdotale perse et le mot a été par la suite utilisé pour désigner ceux considérés comme ayant des connaissances dépassant le savoir humain. Les Mages de Matthieu sont des astrologues. Quant à l’étoile dans le récit, elle correspond à une ancienne croyance commune qui veut qu’une nouvelle étoile apparaisse au moment de la naissance du souverain. Matthieu s’appuie aussi sur le récit de Balaam dans l’Ancien Testament, qui avait prophétisé qu’« une étoile se lève, issue de Jacob » (Nombres 24, 17), bien que dans ce cas l’étoile ne signifie pas un phénomène astral, mais le roi lui-même.

L’acte d’adoration des Rois mages, qui correspondait à la bénédiction de Siméon selon laquelle l’enfant Jésus serait « une lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32), était l’un des premiers signes que Jésus était venu pour tous les peuples, toutes les nations, toutes les races, et que le travail de Dieu dans le monde ne serait pas limité seulement à un petit nombre.

Chez eux dans leur pays lointain, les Mages avaient tout le confort d’une vie princière, mais quelque chose leur manquait, ils étaient inquiets et insatisfaits. Ils étaient disposés à tout risquer pour trouver ce que leur vision promettait. À la différence des pauvres bergers, les Rois Mages ont dû parcourir une longue route, ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur objectif. Les bergers connaissaient aussi l’adversité, et elle les avait préparés à accepter le message des anges. Mais une fois qu’ils eurent surmonté leur peur, ils durent simplement passer à Bethléem, tout près d’où ils se trouvaient, pour voir l’Enfant Jésus. C’était tout sauf une ambiance romantique, du pèlerinage sentimental que l’on voit souvent dans nos crèches !

Les Mages d’Orient, étrangers dans tous les sens du terme, ont été guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ont été aidés par les Écritures hébraïques qui constituent aujourd’hui l’Ancien Testament. La signification de cela est importante – le Christ appelle les gens de toutes les nations, Gentils comme Juifs, à le suivre. Nous pourrions dire que Jérusalem et l’Ancien Testament servent de nouveau point de départ pour ces pèlerins de la gentilité sur leur chemin de foi en Jésus. Le peuple de la grande ville, et même Hérode, ont joué un rôle dans la conduite des Mages vers le Christ !

L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des chefs des prêtres et des scribes du peuple qui étaient conseillers du sinistre Hérode. On pourrait croire qu’ils ne font que répondre à une question théologique. Matthieu veut certainement signifier autre chose. En premier lieu, eux aussi avaient été troublés par la parole des Mages au sujet de la naissance du Messie. Sachant que Hérode était paranoïaque face à toute menace à son trône, les Mages durent comprendre qu’il ne verrait pas d’un bon œil un nouveau-né, « roi des Juifs ».

En divulguant à Hérode le lieu de la naissance du Messie, les conseillers du roi sont devenus, en effet, les collaborateurs de ses mauvaises intentions. En fait ce sont eux, et non Hérode, qui entraînèrent la mort du « roi des Juifs. » Ce sont les « chefs des prêtres et les anciens du peuple » qui complotèrent pour faire arrêter et tuer Jésus (Matthieu 26, 3-5, 47; 27,1-2,12, 20); « les scribes » sont mentionnés dans 26, 57 et 27, 41. Il était une menace contre Hérode et contre eux: le trône de l’un, l’empire religieux des autres.

La réaction négative d’Hérode et de ses conseillers, les chefs des prêtres et les scribes, transforme le récit de l’enfance en un véritable évangile. Si nous lisons l’histoire attentivement, nous constatons que loin d’être un conte pour enfants, ce récit est une histoire tragique pour adultes. Déjà, à Noël, nous avons un aperçu de la mort sacrificielle inévitable de ce « roi nouveau-né » – le schisme entre une idéologie du monde et une idéologie divine. Le champ de bataille est prêt, les forces sont en place. L’évangile de Matthieu nous montre que dès le début de l’histoire de Jésus, celui qui doit gouverner Israël est accueilli par les applaudissements des uns et la fureur apeurée des autres. Pour ceux qui sont attentifs aux signes des temps et des lieux, la venue de Jésus est une invitation aux risques et à l’engagement dans une démarche de foi.

Un enfant est né en même temps que règne un tyran meurtrier. Le roi Hérode cherche à convaincre les sages de trahir le but de leur voyage, de mettre fin à leur engagement pour l’avenir et pour une vie nouvelle. Au centre de tout ce récit de contrastes saisissants se trouve un bébé qui est la joie. Hérode a peur de cette « grande joie pour tous les peuples. » Nos sociétés et nos cultures ont de plus en plus peur de la vie humaine – la plus grande joie pour tous les peuples ! Nous devons ainsi nous engager de nouveau pour la vie, sa préservation, son maintien, la bénir et rendre grâce à Dieu pour le don qu’elle est pour nous !

Certains d’entre nous sont destinés à trouver le Christ enfant seulement après un long et pénible voyage, comme celui des Rois mages. Pour y parvenir, notre sagesse du monde et des moyens terrestres et nos façades ecclésiastiques doivent disparaître. Il faut faire des sacrifices pour trouver notre sens le plus profond et notre paix qui est le Christ. La plupart des personnes sages ont besoin de faire un long bout de chemin si elles souhaitent trouver un sens profond et durable à l’existence. Les gens simples peuvent généralement trouver le Seigneur en traversant un champ comme les bergers; ils apportent leur pauvreté, leur humilité et leur simple ouverture. Au contraire la connaissance, la sagesse, la puissance, le prestige et le manque d’humilité conduisent souvent au désespoir.

Les gens qui croient posséder la vérité et la clairvoyance définitives sur tout sont souvent conduits vers des avenues sombres, sans issue ou bien restent perdus dans le désert de la solitude, de l’autosuffisance, de l’égoïsme et du désespoir.

En fin de compte, les Mages allèrent par leur propre chemin, et parce qu’ils refusaient de se laisser séduire par le cynisme, parce qu’ils se sont laissés surprendre par cette grande joie, l’étoile pour laquelle ils s’étaient engagés est réapparue. Ceci n’est pas qu’une description de l’époque où Jésus est né, mais elle parle aussi de notre temps. Quand nous avons trouvé le bonheur durable au milieu de la grisaille qui nous entoure, du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de se mettre à genoux et adorer.

Si nous sommes vraiment sages, faisons ce que les sages astrologues ont fait. Lorsque nous entendons la voix du vieux roi de la mort, de la peur et du cynisme, ayons le courage de suivre notre propre chemin… dans la joie. L’étoile qui ouvre le chemin nous poussera vers l’avant, par de nouveaux sentiers, pour être en présence de l’Enfant de la Lumière et Prince de la Paix, qui est l’accomplissement des espoirs et des désirs les plus profonds de l’humanité pour la lumière, la justice, l’amour et la paix.

Les paroles du grand écrivain catholique français Georges Bernanos (1888-1948) parlent magnifiquement de la signification de cette grande fête de nos jours:

Dès le commencement, mon Église a été ce qu’elle est encore (c’est sans doute le Seigneur qui est supposé parler), ce qu’elle sera jusqu’au dernier jour, le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles, l’épreuve et la consolation des âmes intérieures, qui n’y cherchent que moi.

Oui, frère Martin, qui m’y cherche m’y trouve, mais il faut m’y trouver, et j’y suis mieux caché qu’on le pense, ou que certains de mes prêtres prétendent vous le faire croire – plus difficile encore à découvrir que dans la petite étable de Bethléem, pour ceux qui ne vont pas humblement vers moi, derrière les Mages et les Bergers. Car c’est vrai qu’on m’a construit des palais, avec des galeries et des péristyles sans nombre, magnifiquement éclairés jour et nuit, peuplés de gardes et de sentinelles, mais pour me trouver là, comme sur la vieille route de Judée, ensevelie sous la neige, le plus malin n’a encore qu’à me demander ce qui lui est seulement nécessaire: une étoile et un cœur pur.

« Pousse des cris de joie, fille de Sion ! »

Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu – dimanche 1 janvier 2017

Nombres 6,22-27
Galates 4,4-7
Luc 2,16-21

Lisons ensemble ce beau texte du prophète Sophonie:

Pousse des cris de joie, ô fille de Sion !
Lance un cri de triomphe, ô Israël !
Réjouis-toi, exulte de tout cœur,
ô fille de Jérusalem:
l’Eternel a levé le verdict de condamnation prononcé contre vous,
et il a refoulé vos ennemis.
Le roi d’Israël, l’Eternel, est au milieu de vous.
Vous ne craindrez plus de malheur.

En ce jour-là, on dira à Jérusalem:
« Sois sans crainte, Sion ! Ne baisse pas les bras,
car l’Eternel ton Dieu est au milieu de toi un guerrier qui te sauve. Il sera transporté de joie à ton sujet
et il te renouvellera dans son amour pour toi.
Oui, à cause de toi, il poussera des cris de joie, et il exultera
tout comme aux jours de fête. »
Je t’enlève aujourd’hui la honte que tu portes.

Ce riche texte du prophète Sophonie (3, 14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3, 3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. La « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11, 2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35, 10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22, 17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » qui signifie quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium (no 52). L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes, la « fille de Sion » était l’épouse du Seigneur qui a observait l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie « fille de Sion » est l’archétype de l’Eglise en tant qu’épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de “Femme” et “Mère” du peuple de Dieu. Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme “Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus, prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Pour conclure voici les paroles du pape Paul VI dans sa prodigieuse exhortation apostolique sur la joie chrétienne Gaudete in Domino :

[Marie] a saisi, plus que toutes autres créatures, ce que Dieu accomplit de plus merveilleux : Son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Ce n’est pas que sa vie sorte de l’ordinaire mais elle médite le moindre signe de Dieu, les gardant dans son cœur (Luc 2, 19; 51). Ce n’est pas qu’elle fut épargnée par les souffrances mais elle se tient debout, la mère des douleurs, au pied de la croix, associée d’une manière éminente au sacrifice de la résurrection ; et elle est aussi ouverte à la joie sans limite de la résurrection ; elle est élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. La première des rachetés, immaculée dès sa conception, l’incomparable demeure de l’Esprit, le pur support du rédempteur de l’humanité, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, en Christ, la Mère de tous. Elle est le modèle parfait de l’Eglise à la fois sur terre et dans la gloire.

(Image : L’adoration des bergers par James Tissot)

Joseph, authentique modèle de la paternité

Fête de la Sainte Famille – vendredi 30 décembre 2016

Un zoom sur Joseph à l’occasion de la fête de la saint Famille

J’aimerais que l’on regarde plus attentivement la figure de Joseph, l’un des personnages des récits de Noël.  En nous penchant sur le père nourricier du Seigneur, nous découvrons un aperçu du contexte de la famille de notre Sauveur.

Joseph est souvent dans l’ombre de la gloire du Christ et de la pureté de Marie. Mais, il attend lui aussi que Dieu lui parle pour lui répondre avec obéissance. Luc et Matthieu notent tous deux que Joseph descend de David, le plus grand roi d’Israël (Matthieu 1,18 et Luc 3, 23-38). L’Écriture nous donne une information essentielle sur Joseph: il était « un homme droit » (Matthieu 1, 18).

Joseph était un homme compatissant et attentionné. Lorsqu’il découvre que Marie était enceinte tout juste après leurs fiançailles, il savait que l’enfant n’était pas le sien mais il n’était pas encore conscient qu’il était le Fils de Dieu. Il projetait de rompre avec Marie selon la loi mais il était soucieux de sa sécurité. Joseph était aussi un homme de foi, obéissant à ce que Dieu lui demandait sans connaître le dénouement.

Quand l’ange lui apparut en songe pour lui dire la vérité au sujet de l’enfant que Marie portait, Joseph,  sans attendre et sans question ou souci de commérage, prit Marie pour femme. Lorsque l’ange revint encore pour l’avertir du danger, il quitta immédiatement ce qu’il avait, sa famille et ses amis, et s’enfuit dans un pays étranger avec sa femme et son bébé. Il attendit en Egypte jusqu’à ce que l’ange lui dise qu’il pouvait rentrer. (Matthieu 2, 13-23).

On nous a dit que Joseph était un charpentier-menuisier, un homme qui travaillait pour soutenir sa famille. Joseph n’était pas un homme riche, car lorsqu’il monta au temple avec Jésus pour la circoncision et la purification de Marie, il offrit en sacrifice deux tourterelles ou une paire de pigeons, animaux autorisés seulement à ceux qui ne pouvaient payer un agneau.

Joseph nous révèle dans son humanité le rôle unique des pères de proclamer la vérité de Dieu par la parole et le devoir. Sa situation paradoxale de « père nourricier de Jésus » met l’emphase sur la paternité, qui est plus que le simple fait de la génération biologique. Un homme est un père lorsqu’il s’investit lui-même dans la formation spirituelle et morale de ses enfants. Joseph est tout particulièrement conscient, comme tout père devrait l’être, qu’il servait en tant que représentant de Dieu le Père.

Joseph a protégé et a pourvu au bien-être de Jésus et de Marie. Il a donné son nom à Jésus, lui apprit comment prier, comment travailler et comment être un homme. Bien qu’aucun texte ou aucune parole ne lui soient attribués, nous pouvons être sûrs que Joseph prononça deux des mots les plus importants quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ». Lorsque l’enfant restait au temple on nous dit que Joseph (avec Marie), le chercha pendant trois jours, tout angoissé.

La vie de Joseph nous rappelle qu’une maison ou une communauté n’est pas construite sur le pouvoir et l’avoir mais sur la bonté; pas sur les richesses mais sur la foi, la fidélité, la pureté et l’amour mutuel.

Les défis actuels de la paternité et de la masculinité ne peuvent être compris si on les sort de la culture dans laquelle nous baignons. Le manque de paternité a un effet profondément alarmant sur les enfants. Combien de jeunes gens aujourd’hui ont été affectés par la crise de la paternité ? Combien ont été privés d’un père ou d’un grand-père? Ce n’est pas pour rien que saint Joseph est patron de l’Église universelle et patron principal du Canada. S’il n’y avait jamais une époque qui ait besoin d’un modèle fort du rôle masculin et du rôle de père c’est bien la nôtre.

Joseph et Marie, plus que quiconque, furent les premiers à contempler la gloire de leur Seul et Unique qui venait du Père, plein de grâce et de vérité. Puisse saint Joseph faire de nous de bons prêtres, religieux et laïcs qui imiteront l’humble travailleur de Nazareth qui écoutait le Seigneur, conservait précieusement un cadeau qui n’était pas le sien, tout en montrant à Jésus comment le Verbe se fait chair et peut vivre parmi nous.

Je ne peux pas partager ces réflexions au Musée de l’Oratoire Saint-Joseph sans mentionner le grand apôtre de saint Joseph, le Frère André Bessette.  Il est, après tout, l’architecte de ce magnifique temple qu’est l’Oratoire.

Le frère André avait toujours une grande dévotion pour saint Joseph et voulait que d’autres prient avec lui le père de Jésus. En 1900, il reçoit la permission d’amasser les fonds nécessaires pour construire un petit oratoire dédié à saint Joseph. Une petite chapelle est inaugurée en 1904. Les autorités de Sainte-Croix permettent l’ajout d’une pièce à la chapelle. Le frère André y établit sa résidence et peut ainsi recevoir les pèlerins. Il délaisse la station de tramway et commence donc à recevoir les gens sur la montagne, là où se trouve l’actuel oratoire.

En 1909, le frère André est assigné à temps plein à l’Oratoire Saint-Joseph. Le jour, il recevait les personnes qui venaient le voir et le soir, il visitait les malades qui n’avaient pu se rendre jusqu’à l’Oratoire.  Grâce aux efforts, aux souffrances et à la foi du frère André, d’une petite chapelle sur ce Mont Royal s’est élevée une grande basilique qui domine désormais Montréal et le paysage spirituel de tout un pays. L’Oratoire Saint-Joseph est le plus grand sanctuaire au monde dédié à saint Joseph, grâce au rêve du frère André Bessette. La puissance et la grandeur de Dieu se sont révélées à travers un humble frère de Sainte-Croix. «Pauper, servus et umilis» est l’épitaphe de son tombeau à l’Oratoire: pauvre, obéissant et humble serviteur.

Ce sont les mêmes mots qui sont chantés dans le Panis Angelicus, ce magnifique hymne eucharistique. Qui peut dire pourquoi André a été choisi? Dans sa magnifique lettre à la famille Sainte-Croix d’il y a quelques mois, Peut-être qu’André a été choisi, tout comme Marie et Joseph, parce qu’il n’était rien aux yeux de ce monde;  il n’avait rien, rien ne le possédait.  Dieu l’a possédé en lui donnant ce qui lui importait le plus, lui accordant la réalisation de l’aspiration la plus profonde de son cour».

Le Christ est la porte vers le Père, qui frappe à la porte de nos cœurs, de nos maisons, de notre Eglise. L’Eglise, et en particulier l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal, est la porte du salut, la porte du Royaume de Dieu. Le frère André était le portier de cet endroit béni. Le Seigneur est passé par ses doutes, ses infirmités, ses forces, sa persévérance et son ingéniosité pour construire une église et construire l’Eglise.  Maintenant qu’il est saint, puisse le saint et humble André Bessette intercéder pour nous tous.  Qu’il nous indique le chemin vers Joseph “Ite ad Joseph” et le chemin vers Dieu le Père.

« Défi Mannequin » spécial Noël de Sel + Lumière

Vous connaissez le «mannequin challenge» (Défi mannequin). L’équipe de Sel et Lumière Toronto s’est mis de la partie avec son « défi mannequin spécial Noël ». JOYEUX NOËL à tous!

En Jésus, le médium est le message

Nativité du Seigneur, Année A – dimanche 25 décembre 2016

Nuit : Isaïe 9,1-6; Tite 2,11-14; Luc 2,1-14
Aurore : Isaïe 62,11-12; Tite 3,4-7; Luc 2,15-20
Jour : Isaïe 52,7-10; Hébreux 1,1-6; Jean 1,1-18

Le message de Noël nous coupe le souffle à chaque année et frappe notre imaginaire : la deuxième personne de la Sainte Trinité: l’unique Fils engendré du Père, le Verbe éternel, notre Créateur, désire adopter notre condition et se faire homme, l’un des nôtres, notre frère ! Dieu lui-même repose dans une mangeoire, entièrement humain et entièrement divin. Quelle réalité extraordinaire !

Une communication divine avec nous

La deuxième lecture du jour de Noël est tiré de l’épitre aux Hébreux (1, 1-6). Elle s’ouvre par une réflexion sur la révélation de Dieu à la race humaine, par son Fils. La communication divine a commencé et s’est maintenue sous des formes fragmentaires et variées dans l’Ancien Testament à travers les prophètes. « Mais, dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. (v. 2) » Jésus, celui qui a été humilié et crucifié, a été déclaré Fils de Dieu. Ce nom démontre sa supériorité aux anges.

Du camping divin parmi nous

Le prologue de Jean (1, 1-18) présente les thèmes principaux des quatre évangiles : la vie, la lumière, la vérité, le monde, le témoignage et la préexistence de Jésus-Christ, le Logos incarné, qui nous révèle Dieu le Père. Ce prologue était probablement à l’origine un hymne chrétien des premiers siècles. Son parallèle le plus proche se trouve dans d’autres hymnes christologiques, Colossiens 1, 15-20 et Philippiens 2, 6-11. Au cœur de ces hymnes se trouve une structure poétique avec des phrases courtes liées par un « parallélisme en escalier », où le dernier mot d’une phrase devient le premier de la phrase suivante.

« Au commencement » évoque les premiers mots de l’Ancien Testament (Genèse 1, 1). Le Verbe (logos grec) implique à la fois la dynamique de Dieu, la parole créatrice (Genèse), Activité créatrice de Dieu personnifiée comme Sagesse préexistante (Proverbes), et ultime intelligibilité de la réalité (philosophie grecque).

Le prologue atteint son apogée par cette annonce : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (v. 14) (Littéralement en grec : il a posé sa tente parmi nous). C’est une forme de camping divin parmi nous ! Cette présence surgit grâce à l’amour gratuit de Dieu : « Voici comment Dieu nous a manifesté son amour : « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui » (1 Jean 4, 9). Le Verbe n’est pas simplement un message que l’on peut présenter avec des mots. En Jésus, le message et le messager sont unis. Le médium est le message !

Une nouveauté inconcevable et sans précédent

Dans son exhortation apostolique Verbum Domini qui a suivi le Synode des évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église, Benoît XVI écrit au numéro 11 :

Il s’agit d’une nouveauté incroyable et humainement inconcevable: « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn 1, 14a). Ces expressions n’indiquent pas une figure rhétorique mais une expérience vécue ! C’est saint Jean, témoin oculaire, qui la rapporte: « nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14b). La foi apostolique témoigne que la Parole éternelle s’est faite Une de nous. La Parole divine s’exprime vraiment à travers des paroles humaines.

Dieu n’aime pas à distance

Le message de Noël annonce une nouvelle présence divine en chacun de nous. Tous les jours de notre vie, nous recherchons la proximité de ceux que nous aimons et qui nous aiment. On ne peut concevoir de nous éloigner de l’amitié et de l’amour. Photos, objets, lettres, courriels, SMS et appels téléphoniques demeurent insuffisants. Nous voulons profiter de la présence réelle de ceux et celles qui occupent notre esprit et nous laissent vivre dans leur cœur. Nous vivons dans le cœur de Dieu, et Noël nous apporte le Fils de Dieu de manière tangible, qui dans son Amour se soucie de chacun nous. Dieu ne voulait pas vivre cet amour à distance.

Le point culminant de la communication de Jésus

La prière eucharistique reprend cette parole de Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle (Jean 3, 16). » Puisque la vie du Christ est tournée vers les autres, l’Église doit partager cette vie avec le monde. Dans l’eucharistie, nous recevons non seulement la vie du Christ, mais nous sommes aussi mus à adorer toutes les personnes de la Trinité.

La plateforme de communications de Dieu et la nôtre

Le Verbe n’est pas devenu un courriel, un SMS ou un message-texte, ou un oracle divin quelconque prononcé depuis des cieux éloignés il y a très longtemps. À travers Marie, le Verbe s’est fait chair et a posé sa tente parmi nous. Le Verbe s’est fait proche de vraies personnes en temps réel. Par le miracle et le mystère de l’Incarnation, le Verbe n’est pas devenu une philosophie, une théorie, un concept sur lequel on peut débattre, discuter ou réfléchir. Le Verbe est devenu une personne pour être suivi, apprécié et aimé ! Notre salut se trouve dans cet Enfant de Bethléem.

La plateforme de communications de Dieu est la personne humaine et Noël inaugure un nouveau genre de relation avec Dieu, une nouvelle amitié véritable. L’amitié dans le monde virtuel diffère grandement de l’amitié en temps réel. Une véritable amitié dépend de révélations mutuelles et peut seulement fleurir dans les limites de l’intimité et de la modestie. Les amitiés virtuelles sont distantes et abstraites et peuvent conduire à une désensibilisation systémique en tant que culture. Tel est le danger qui nous guette si nous ne sommes pas attentifs, prudents et éclairés face à ces nouvelles réalités. Avec l’augmentation du réseautage en ligne, on rapporte également une augmentation de la solitude. Le phénomène des réseaux sociaux soulève ainsi certaines questions. Qu’est-ce que cela nous apporte ? Quel impact cela a-t-il sur nous ? Cela change-t-il notre perception des limites sociales ? Notre individualité ? Nos amitiés ? On s’expose au monde, mais est-ce qu’on ressent quelque chose ?

Le grand défi à l’ère de Facebook et de Twitter consiste à présenter le message profond de Jésus et l’enseignement de l’Église sans se laisser distraire par les aspects superficiels de la technologie. L’usage exclusif de courriels et de réseaux sociaux signifie que, comme société, nous perdons peu à peu notre capacité de bâtir des communications et des rapports interpersonnels qui sont nécessaires au vivre ensemble et à la construction du tissu de toute communauté. En faisait usage des médias pour évangéliser et former les masses, nous ne devons jamais perdre de vue le besoin de rejoindre et d’enseigner aux individus comme si chacun d’eux était l’unique personne à qui nous nous adressions.

L’énigme de la condition humaine

À l’occasion de Noël, relisons les paroles de Benoît XVI au numéro 6 de son Exhortation apostolique Verbum Domini :

Mais nous ne comprendrions pas encore pleinement le message du Prologue de saint Jean si nous nous arrêtions à la constatation que Dieu se communique à nous avec amour. En fait, le Verbe de Dieu, par lequel « tout s’est fait » (Jn 1, 3) et qui « s’est fait chair » (Jn 1, 14), est le même Dieu qui est « au commencement » (Jn 1, 1). Si nous reconnaissons ici une allusion au début du Livre de la Genèse (cf. Gn 1, 1), nous nous trouvons, en réalité, face à un principe de caractère absolu, qui nous dévoile la vie intime de Dieu. Le Prologue johannique nous met en face du fait que le Logos est réellement depuis toujours, et depuis toujours il est Dieu lui-même. Par conséquent, il n’y a jamais eu en Dieu un temps où le Logos n’était pas. Le Verbe préexiste à la création. C’est pourquoi, au cœur de la vie divine existe la communion, le don absolu. « Dieu est amour » (1 Jn 4, 16) dira à un autre endroit le même Apôtre, en indiquant par là « l’image chrétienne de Dieu ainsi que l’image de l’homme et de son chemin, qui en découle ». Dieu se fait connaître à nous comme Mystère d’amour infini dans lequel le Père depuis l’éternité exprime sa Parole dans l’Esprit Saint. Par conséquent le Verbe, qui depuis le commencement est auprès de Dieu et est Dieu, nous révèle Dieu lui-même dans le dialogue d’amour des Personnes divines et il nous invite à y participer. C’est pourquoi, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu amour, nous ne pouvons nous comprendre nous-mêmes que dans l’accueil du Verbe et dans la docilité à l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est à la lumière de la Révélation opérée par le Verbe divin que se clarifie définitivement l’énigme de la condition humaine.

Top 10 de l’actualité catholique 2016


CNS/Paul Haring
La fin de l’année civile est toujours l’occasion des bilans et rétrospectives sur ce qui nous a marqués particulièrement durant l’année. Cette opération tout à fait normale nous aide à faire le point pour voir où nous nous situons comme personne par rapport aux évènements passés et ainsi nous préparer mentalement pour ce qui se présentera au courant de l’année qui vient. Ce qui est vrai personnellement l’est également pour toute institution, l’Église catholique comprise. Je vous offre donc ce que je considère être le top dix des évènements les plus marquants de cette année 2016 tant au niveau de l’Église universelle que des églises particulières.

1.Année de la Miséricorde

Le thème de cette année était évidemment celui de la Miséricorde divine. Le pape François avait organisé son horaire en fonction de ce Mystère et de sa préoccupation que tous puissent faire l’expérience de ce Dieu qui pardonne. Ce fut notamment le cas lors des différentes audiences générales jubilaires du samedi où, une fois par mois, le pape a approfondi ce thème central de la Révélation chrétienne qu’est la Miséricorde de Dieu. Un autre élément important, et certainement le plus fatiguant pour le Souverain Pontife, fut sa participation à de nombreuses activités jubilaires organisées par la Congrégation pour la Nouvelle Évangélisation telles que le Jubilé des malades, des prisonniers, des personnes âgées, des prêtres, des diacres, des religieux, etc. Enfin, plusieurs portes de la Miséricorde furent ouvertes dans des sanctuaires et des cathédrales du monde entier. Reprenant la riche tradition des Portes saintes et des indulgences qui y sont rattachées, cette initiative aura certainement permis de rendre les grâces de cette année accessibles au plus grand nombre.

2. Voyages du pape François

Cette année ne fut pas de tout repos pour le pape François. En effet, il s’est rendu dans  plusieurs pays aux cultures diverses manifestant toujours une attention particulière aux plus pauvres. Notons son voyage apostolique au Mexique où il s’est s’adressé à tous les citoyens de ce pays d’Amérique du Nord, ne laissant pas sous silence les nombreux défis auxquels il doit faire face, notamment, la pauvreté et les violences liées au narco-trafic. Le pape s’est également rendu dans des pays marqués par des tensions géopolitiques profondes. Jouant son rôle de « premier diplomate mondial », il a su construire les ponts nécessaires à la paix dans la région du Caucase. C’est ainsi qu’il s’est rendu en Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie comme interlocuteur en faveur d’un rapprochement à la fois d’un point de vue politique, œcuménique et interreligieux.

Sous ce même thème de l’œcuménisme, soulignons sa visite en Suède pour commémorer le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Cette visite fut, notamment, l’occasion pour le Saint-Père et les plus hautes autorités luthériennes de témoigner de leur volonté réciproque en faveur de l’unité des chrétiens par la signature d’une Déclaration commune qui restera certainement l’héritage par excellence de cette visite historique.

3. Journées mondiales de la jeunesse

Toujours dans le registre des voyages apostoliques du pape François, les Journées mondiales de la jeunesse de Cracovie, en Pologne, ont certainement occupé une place centrale dans le cœur du pape François. À ce propos, Émilie Callan, journaliste à Sel & Lumière et présente à ces journées, disait, à l’émission de fin d’année d’Église en sortie : « Contrairement aux autres JMJ où les jeunes pèlerins venaient comme missionnaires, cette fois-ci, les jeunes sont venus se ressourcer dans un pays à la foi forte et vivante ». Pays de la Miséricorde divine s’il en est un, les pèlerinages au monastère et sanctuaire liés aux apparitions à Sainte Faustine, auront certainement permis aux jeunes d’approfondir la joie de l’Évangile. Notons que tous ont également pu participer aux JMJ encore cette année par l’entremise des médias comme Sel + Lumière. Vous offrir une couverture spéciale de ces JMJ aura encore été cette année, un plaisir et une joie. En ce sens, vous pouvez revivre tous ces évènements ou lire les discours du Pape sur notre blogue en cliquant sur le lien suivant.


4. Canonisation de Mère Teresa

Un autre évènement important de la vie de l’Église universelle fut certainement la canonisation de Mère Teresa. En effet, le monde entier attendait avec impatience l’élévation à la gloire des autels de celle que l’on surnommait déjà durant sa vie « la petite sainte de Calcutta ». Bien qu’une certaine presse, confondant esprit critique et cynisme revanchard, ait tenté de détourner l’attention de cet exemple de don de soi pour les plus pauvres d’entre les pauvres, le monde a applaudi cette ultime reconnaissance de l’Église. À une époque où l’on voit s’effriter les droits des plus vulnérables de nos sociétés, cette déclaration solennelle fut également l’occasion de remettre à l’avant-scène les injustices subies par de nombreuses personnes. C’est le cas particulièrement des enfants à naître et des personnes âgées qui sont parmi les plus grandes victimes dans nos sociétés dites « avancées » gangrénée par la « culture du déchet ».

5. Publication d’Amoris Laetitia

La publication de la très attendue Exhortation apostolique post-synode Amoris Laetitia a également fait couler beaucoup d’encre. Loin de se laisser entraîner dans les différentes polémiques autour de la question de la communion des divorcés remariés civilement, le document se veut une magnifique réflexion sur la beauté de l’amour humain. En ce sens, ce document évite d’abord de tomber dans deux écueils qui sont, d’un côté, la vision romantique de l’amour et, de l’autre, la vision dite « réaliste » du mariage qui tend à en réduire la grandeur suite aux nombreux exemples d’échecs de celui-ci dans les sociétés occidentales.  Enfin, tous seront servis puisqu’il s’adresse aux différents ministères et vocations dans l’Église tout en gardant une attention particulière pour les couples et familles, premiers concernés. Comme le dit le Pape, à lire et à méditer « lentement » !

6. Terrorisme islamique

Cette année a également eu son lot de tragédies et de meurtres insensés contre des personnes innocentes. Affirmant à plusieurs reprises que « la violence au nom de Dieu est un blasphème », le Pape ne s’est toutefois pas arrêté à ces fortes condamnations. Il a manifesté un accueil et une présence auprès des victimes des différents attentats terroristes. Ce fut notamment le cas lors d’une audience spéciale organisée pour les familles des victimes des attentats terroristes de Nice en la Salle Paul VI au Vatican.

De plus, alors que les JMJ de Cracovie battaient leur plein, une deuxième attaque faisait une nouvelle victime en la personne du père Jacques Hamel, prêtre du diocèse de Rouen, en France, froidement assassiné alors qu’il célébrait la messe. Le récit de cet attentat terrible, orchestré par des jeunes se réclamant de l’Islam, relate une « conversation spirituelle » pourrait-on dire. Ainsi, le prêtre s’est adressé non pas à ses bourreaux, qui se trouvaient devant lui, mais à Satan lui-même, lui demandant de partir. Témoignage bouleversant qui nous rappelle que « ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter […] mais contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Eph. 6, 12). Le pape François ayant levé le délai de prescription de cinq ans pour le commencement des procédures en canonisation, nous pourrions voir la reconnaissance du « martyre » du père Hamel dans des délais records. À surveiller.

7. Relations œcuméniques

Outre les évènements déjà mentionnés, l’année 2016 a connu des avancées majeures en matière d’œcuménisme. Notons d’abord, du côté orthodoxe, une avancée sur le chemin de l’unité à l’intérieur même de l’orthodoxie. En effet, parmi les sujets abordés lors du Concile Panorthodoxe se trouvaient : la doctrine sociale et les enjeux environnementaux, la liberté religieuse, les tensions causées par les différentes sortes d’extrémismes ainsi que la reconnaissance des autres Églises chrétiennes non orthodoxes parmi lesquelles figure bien évidemment l’Église catholique, la validité de l’ecclésialité de cette dernière étant désormais reconnue.

La rencontre entre le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill à Cuba fut également une avancée notable réalisée en 2016. Lors de cet entretien, les deux évêques ont discuté à huis-clos pendant plus d’une heure avant de signer une Déclaration commune que d’aucuns ont appelée programme de l’engagement prophétique des Églises en ce début de XXIe siècle.

8. Conférence des évêques catholiques du Canada

Hormis les nombreux sujets au niveau de l’Église universelle, l’Église catholique du Canada ne doit pas être négligée. Parmi les éléments à retenir en 2016, mentionnons non seulement les nombreuses déclarations et actions politiques en faveur de la protection de la vie de la conception à la mort naturelle mais également la création d’une culture de la rencontre.

Tout d’abord la Déclaration pastorale pour les catholiques du Canada dans le rapport intitulé « L’aide médicale à mourir : une approche centrée sur le patient » dans laquelle on stipule notamment que : « Le suicide n’est pas un soin de santé. Tuer les personnes souffrant de maladies physiques ou mentales, qu’elles soient jeunes ou âgées, est contraire à la sollicitude et à l’amour pour nos frères et sœurs ». Le combat des évêques pour que soient offerts des soins palliatifs de qualité au Canada s’est ainsi inscrit dans le débat public à de nombreuses reprises durant l’année, faisant ainsi honneur à la charge pastorale et sociale des évêques. Dans un point de presse tenu au Parlement du Canada, les représentants de la CECC, accompagnés d’autres représentants des grandes religions et du corps médical, ont fait connaître leur « opposition à l’euthanasie et au suicide assisté, de même que leurs préoccupations concernant la législation proposée sur l’« aide médicale à mourir ».

Enfin, le rapprochement avec les peuples autochtones fut également au centre des préoccupations de la CECC. En ce sens, fut publié la Réponse catholique à l’Appel à l’action numéro 48 de la Commission de vérité et réconciliation et aux questions relatives à la « doctrine de la découverte ». Prenant acte des affirmations fortes des papes  saint Jean-Paul II et François, la CECC a vu la nécessité de faire face aux « nombreux et graves péchés qui ont été commis contre les peuples originaires de l’Amérique au nom de Dieu » tout en gardant une orientation ouverte à « continuer à cheminer avec les peuples autochtones pour édifier une société plus juste où seront cultivés et honorés leurs dons et ceux de toute la société ».

Ces deux dossiers centraux de la CECC seront évidemment à suivre en 2017.

9. Assemblées des évêques catholiques du Québec

L’AECQ s’est non seulement démarquée en 2016 par des documents sur l’Église au Québec mais également par de nombreuses prises de positions publiques dans des débats de société où sa voix est requise.

La publication du document « Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes Devenir une « Église en sortie » à la suite de La Joie de l’Évangile », le 26 janvier 2016, sera certainement un document de référence pour tous les diocèses au Québec dans les années à venir. Fruit d’une session d’étude et de réflexion qui a eu lieu à Trois-Rivières les 12 et 13 mars 2014, ce document invite les lecteurs à s’interroger sur les différents niveaux de changement qu’implique le tournant missionnaire voulu par le pape François. En ce sens, vous pouvez réécouter l’entrevue sur ce document réalisée avec Mgr Alain Faubert, devenu depuis évêque auxiliaire de Montréal, dans le cadre de l’émission Église en sortie.

Parmi les prises de position dans le débat public, notons l’intervention de l’AECQ par l’entremise du Cardinal Lacroix, Mgr Paul Lortie ainsi que Mgr Christian Lépine en commission parlementaire, le 27 octobre 2016. Ils ont présenté leur mémoire sur le « projet de loi 62 Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État »

10. Travail sur le terrain

Cette bien humble et brève revue de l’année ne serait pas complète sans mentionner le travail inlassable de toutes les personnes qui vivent la dimension missionnaire de leur vocation chrétienne dans l’Église. Quelque soit l’organisme dans lequel ils s’engagent comme par exemple, les Chevaliers de Colomb ou tous les agents et agentes de pastorale, l’Église et la présence de Jésus dans notre société ne seraient absolument pas possibles sans ce « fiat » désintéressé, cette disponibilité à se mettre au service des autres au nom de Jésus.  J’ai souvenir de ma visite au lancement de l’année pastorale du diocèse de Mont-Laurier où j’ai pu être témoin du dévouement et de la joie des acteurs pastoraux de ce diocèse du Québec.

Pour ce qui est des médias catholiques, j’ai noté durant la dernière année un souffle nouveau, une fierté de retrouver, de proclamer haut et fort la joie, l’intelligence et l’engagement que suscite la foi catholique. Que ce soit à la télévision, sur internet ou dans la riche diversité de la presse écrite catholique, un grand nombre d’ouvriers sont occupés à transmettre une information religieuse de qualité, soucieux de mettre de l’avant la justice et la miséricorde éternellement inspirantes.

Je vous souhaite donc une Sainte et Heureuse Année 2017. Qu’elle soit pour vous tous l’occasion d’approfondir ce Mystère du salut présent en nous depuis notre baptême. Que Dieu vous bénisse !

Emmanuel : la supplication et la promesse

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Quatrième dimanche de l’Avent, Année A – 18 décembre 2016

Isaïe 7,10-16
Romains 1,1-7
Matthieu 1,18-24

En ce quatrième dimanche de l’Avent, nous écoutons attentivement les paroles du prophète Isaïe, le rêve de Joseph et la promesse du Dieu éternel qui prend chair dans le sein de la Vierge. La naissance de Jésus dans l’histoire humaine fut le véritable accomplissement des espoirs et des attentes ardentes, des rêves et des désirs du peuple de l’ancien Israël.

Le signe d’Isaïe

Dans la première lecture tirée du Livre du prophète Isaïe (7, 10-14), le roi Acaz exprime hypocritement sa préférence à compter sur la puissance de l’Assyrie plutôt que sur Dieu (v. 12). Le signe proposé par Isaïe (v. 14) concernait la préservation du royaume de Juda au milieu de la détresse, mais davantage encore l’accomplissement de la promesse de Dieu faite précédemment à David (II Sam 7, 12-16), à savoir la venue de l’Emmanuel comme roi idéal (cf. Isaïe 9, 5-6; 11, 1-5).

L’Église a toujours suivi le récit évangélique de Matthieu qui voit l’accomplissement de ce verset (7, 14) dans le Christ et sa Mère Vierge. Le prophète Isaïe n’avait pas besoin de connaître toute la force cachée dans ses propres paroles. Certains ont cherché un accomplissement préliminaire et partiel dans la conception et la naissance du futur roi Ézéchias, dont la mère, au moment où Isaïe a prononcé ses paroles, était une jeune femme célibataire, une « almah » en hébreux. L’Esprit Saint préparait cependant une autre naissance qui accomplirait la mission de l’Emmanuel, une naissance dans laquelle la virginité perpétuelle de la Mère de Dieu accomplirait les paroles du prophète.

L’accomplissement en Jésus

Tout l’Évangile de Matthieu porte sur l’accomplissement des Écritures saintes par Jésus. Dans la généalogie d’ouverture (Mt 1, 1-17), Jésus constitue le point culminant vers lequel la longue histoire d’alliance d’Israël menait, notamment dans sa dernière phase, énigmatique et tragique. Matthieu se trouve en accord avec ses contemporains juifs à savoir que l’exil était le dernier événement significatif avant Jésus; lorsque l’ange dit que Jésus « sauvera son peuple de ses péchés (Mt 1, 21), la libération de l’exil est en vue.

Le récit de l’enfance de Jésus que fait Matthieu (Mt 1, 1-2.23) forme le prologue de son Évangile. Composé d’une généalogie et de cinq histoires, il présente l’avènement de Jésus comme le point culminant de l’histoire d’Israël et les événements de sa conception, de sa naissance et de sa petite enfance, comme l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament. Matthieu nous dit que la naissance de Jésus dans l’histoire humaine accomplit au moins trois thèmes bibliques. Il conduit Israël vers la Terre promise; « Jésus » étant la version grecque du prénom « Josué ». En tant qu’Emmanuel, « Dieu parmi nous », Jésus incarne la présence de Dieu parmi son peuple (Isaïe 7, 14, cité en Mt 1, 23). En tant que nouveau David, Jésus est le Messie né à Bethléem (Mt 2, 5, accomplissant Michée 5, 1-3).

Le premier récit d’enfance narré par Matthieu (v. 18-25) explique ce qui est indiqué dans Matthieu 1, 16. La conception virginale de Jésus est l’œuvre de l’Esprit de Dieu. La décision de Joseph de répudier de Marie est surmontée par le commandement céleste qu’il l’emmène dans sa maison et qu’il accepte l’enfant comme le sien. La lignée généalogique naturelle est brisée, mais les promesses faites à David sont accomplies; à grâce l’adoption par Joseph de l’enfant, ce dernier appartient à la famille de David. Matthieu voit dans la conception virginale de Jésus l’accomplissement du verset d’Isaïe 7, 14.

La justice de Joseph

Les fiançailles (v. 18) étaient la première partie d’un mariage, constituant un homme et une femme comme mari et femme. Toute infidélité subséquente était vue comme adultère. Quelques mois après les fiançailles, le mari emmenait sa femme dans sa maison et, à partir de ce moment, la vie conjugale normale commençait. On nous dit que Joseph était un homme juste (v. 19) qui observait avec dévotion la loi de Moïse. Joseph souhaitait rompre l’union avec une personne qu’il soupçonnait d’avoir commis une violation flagrante de la loi. On entend souvent dire que la loi le lui commandait ainsi, mais les textes habituellement cités pour soutenir cette affirmation (ex : Deut 22, 20-21) ne se rapportent pas clairement à la situation de Joseph.

Des échos de l’Ancien Testament

Dans l’Ancien Testament, l’expression « l’ange du Seigneur » (v.20) était une appellation commune pour dire que Dieu était en communication avec un être humain. La mention dans le récit de Matthieu des rêves de Joseph (Mt 2, 13.19.22) peut avoir pour but de rappeler les rêves de Joseph, fils de Jacob le patriarche (Genèse 35, 5-11.19). Un parallèle plus proche serait le rêve d’Amram, le père de Moïse, relaté par Flavius Josèphe [Antiquités 2,9,3; 212, 215-16]. Dans le judaïsme du premier siècle, le prénom hébreu de Jésus (v. 21) rappelle le prénom « Josué » (en grec, « Iesous ») qui signifie « Yahweh aide » et qui était interprété selon le sens de « le Seigneur sauve ».

Emmanuel : la supplication et la promesse

Dans Matthieu 1, 23, nous avons le mot évocateur « Emmanuel » – « Dieu parmi nous ». Matthieu voit dans la naissance de Jésus, par l’intermédiaire de qui Dieu est avec son peuple, l’accomplissement de la promesse de délivrance faite par Dieu à Juda au temps du prophète Isaïe. À la fin de l’Évangile de Matthieu, on fait également allusion à « Emmanuel » lorsque le Jésus ressuscité assure à ses disciples sa présence continue : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Dieu a en effet tenu parole en Jésus. Jésus accomplit véritablement le plan de Dieu en parole et en action, en désir et en présence, dans la chair et dans le sang.

Dans le prénom « Emmanuel » se trouve la réponse au plus ardent des désirs de l’humanité à travers les âges : le désir de Dieu. « Emmanuel », c’est à la fois une prière et une supplication de notre part et une promesse et une déclaration de la part de Dieu. Lorsque nous prononçons le mot, en réalité nous prions et supplions : « Dieu, soit avec nous ! » Et lorsque Dieu le prononce, lui le Tout-Puissant, l’Éternel, le Créateur omniscient du monde, il nous dit : « Je suis avec vous » dans cet Enfant. En Jésus enfant, Dieu est « avec nous », non pas pour nous bénir simplement par une quelconque brève apparition à un moment difficile dans l’histoire. Il n’est pas davantage « avec nous » en ce sens qu’il utiliserait Jésus pour nous aider, nous protéger, nous sauver du péril et nous guider. Non – le petit Seigneur Jésus endormi dans la mangeoire de Bethléem est « Dieu avec nous » parce qu’il est Dieu.

Plus encore que tous les autres évangélistes, Matthieu prend grand soin de relever que les événements dans la vie de Jésus se sont produits « afin que soit accompli ce que le Seigneur avait dit par les prophètes » (Mt 2, 23). Finalement, au chapitre 1 verset 25, nous trouvons l’expression « jusqu’à ce qu’elle [Marie] ait mis au monde son fils ». L’évangéliste Matthieu veille à mettre l’accent sur le fait que Joseph n’était pas imputable pour la conception de Jésus. Le mot grec qui est traduit par « jusqu’à » ne signifie pas une conduite conjugale normale après la naissance de Jésus, mais elle ne l’exclut pas non plus.

La dimension eschatologique de la Parole de Dieu

Cette semaine, poursuivons la lecture de l’exhortation apostolique du pape Benoît XVI Verbum Domini, en particulier la partie qui parle de « la dimensions eschatologique de la Parole de Dieu » (no. 14).

À travers tout cela, l’Église exprime qu’elle est consciente de se trouver, avec Jésus-Christ, face à la Parole définitive de Dieu; il est « le Premier et le Dernier » (Ap 1, 17). Il a donné à la création et à l’histoire son sens définitif; c’est pourquoi nous sommes appelés à vivre le temps, à habiter la création de Dieu selon le rythme eschatologique de la Parole; « l’économie chrétienne, du fait qu’elle est l’Alliance nouvelle et définitive, ne passera jamais et aucune nouvelle révélation publique ne doit plus être attendue avant la glorieuse manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ » (cf. 1 Tm 6, 14 et Tt 2, 13).

En effet, comme l’ont rappelé les Pères durant le Synode, « la spécificité du Christianisme se manifeste dans l’événement Jésus-Christ, sommet de la Révélation, accomplissement des promesses de Dieu et médiateur de la rencontre entre l’homme et Dieu. Lui “qui nous a révélé Dieu” (cf. Jn 1, 18) est la Parole unique et définitive donnée à l’humanité ».

Saint Jean de la Croix a exprimé cette vérité de façon admirable : « Dès lors qu’il nous a donné son Fils, qui est sa Parole – unique et définitive –, il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire. […] Car ce qu’il disait par parties aux prophètes, il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant interroger le Seigneur et lui demander des visions ou révélations, non seulement ferait une folie, mais il ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ et en cherchant autre chose ou quelque nouveauté ».

Par conséquent, le Synode a recommandé « d’aider les fidèles à bien distinguer la Parole de Dieu des révélations privées », dont le rôle « n’est pas de […] “compléter” la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire ». La valeur des révélations privées est foncièrement différente de l’unique Révélation publique : celle-ci exige notre foi; en effet, en elle, au moyen de paroles humaines et par la médiation de la communauté vivante de l’Église, Dieu lui-même nous parle. Le critère pour établir la vérité d’une révélation privée est son orientation vers le Christ lui-même. Quand celle-ci nous éloigne de Lui, alors elle ne vient certainement pas de l’Esprit Saint, qui nous conduit à l’Évangile et non hors de lui. La révélation privée est une aide pour la foi, et elle se montre crédible précisément parce qu’elle renvoie à l’unique Révélation publique. C’est pourquoi l’approbation ecclésiastique d’une révélation privée indique essentiellement que le message s’y rapportant ne contient rien qui s’oppose à la foi et aux bonnes mœurs. Il est permis de le rendre public, et les fidèles sont autorisés à y adhérer de manière prudente. Une révélation privée peut introduire de nouvelles expressions, faire émerger de nouvelles formes de piété ou en approfondir d’anciennes. Elle peut avoir un certain caractère prophétique (cf. 1 Th 5, 19-21) et elle peut être une aide valable pour comprendre et pour mieux vivre l’Évangile à l’heure actuelle. Elle ne doit donc pas être négligée. C’est une aide, qui nous est offerte, mais il n’est pas obligatoire de s’en servir. Dans tous les cas, il doit s’agir de quelque chose qui nourrit la foi, l’espérance et la charité, qui sont pour tous le chemin permanent du salut.

(Image : La nativité de Jésus par Walter Rane)

L’autoroute vers la sainteté traverse le désert

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Troisième dimanche de l’Avent, Année C – 11 décembre 2016

Isaïe 35,1-6a.10
Jacques 5,7-10
Matthieu 11,2-11

Dans sa touchante homélie prononcée le 24 avril 2005 pour l’inauguration de son ministère pétrinien en tant qu’évêque de Rome, le pape Benoît XVI a dit :

La sainte inquiétude du Christ doit animer tout pasteur: il n’est pas indifférent pour lui que tant de personnes vivent dans le désert. Et il y a de nombreuses formes de désert. Il y a le désert de la pauvreté, le désert de la faim et de la soif; il y a le désert de l’abandon, de la solitude, de l’amour détruit. Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme. Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi, les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction. L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude.

Les déserts dans nos vies

Il n’y a pas de meilleur point de départ pour comprendre les lectures bibliques pour le troisième dimanche de l’Avent, en particulier la première lecture d’aujourd’hui, tirée du Livre du prophète Isaïe (35, 1-10), qu’en méditant les paroles du pape Benoît. Les thèmes de la géographie et du désert, présents à la fois dans l’homélie inaugurale du pape et dans l’émouvante lecture d’Isaïe, nous invitent à méditer sur les déserts de nos propres vies. Comment vivons-nous au milieu de nos propres déserts ? Combien de fois sommes-nous devenus des déserts de solitude, de désolation et de vide, plutôt que des jardins florissants de joie, de lumière et d’esprit de communauté pour les autres ? Comment avons-nous résisté à transformer nos déserts en des espaces où la vie abonde ? Il se peut que nous ayons à aller dans ce désert où nous prenons conscience que nous sommes perdus, seuls, stériles et sans ressources – ce n’est que lorsque nous atteignons ce point que nous sommes prêts à rencontrer Dieu.

La géographie du salut

Nous trouvons la géographie du salut à plusieurs endroits dans la Bible. Cette géographie forme l’arrière-plan du portrait que dresse Isaïe de la venue du Seigneur au chapitre 35. Alors que le chapitre 34 décrit le jugement des nations, le chapitre 35 contraste nettement avec le sombre tableau de dévastation et de désolation du chapitre précédent où le Seigneur juge la terre d’Édom. Défait dans la bataille et chassé de sa patrie, le peuple d’Israël était sans espérance.

Isaïe 35, v. 1-10 annonce la fin de la captivité à Babylone par une vision émouvante de délivrance, de liberté et de salut. Le prophète rappelle les souvenirs joyeux de l’exode d’Égypte. Un second exode se prépare, symbolisé par la guérison accordée aux aveugles, aux boiteux et aux muets. Le chantre de l’espérance d’Israël a saisi le paradoxe de la stérilité et de l’allégresse – le paradoxe de l’Avent – comme aucun autre poète ne l’avait fait. Balayant du regard la surface aride du désert du Néguev méridional, il eut une vision de la nouvelle création de Dieu : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! » (35, 1-2a)

Un nouvel exode

Libérés et sauvés par Dieu, tous les peuples retourneront à leur propre terre par la voie du désert, le nouvel exode. Le salut fait irruption sur la scène mondiale à travers la géographie : de grandes routes, des vallées, des montagnes, des déserts et des plaines ! La route, le désert, l’eau et la joie sont plus que de simples coïncidences. Isaïe prophétise qu’il y aura une route pure, qu’elle sera appelée « la voie de la sainteté » et que les rachetés y marcheront. Du désert aux cours d’eau à la grande route de la sainteté, l’atlas de la géographie du salut d’Isaïe nous mène jusqu’à la montagne où se tient le Seigneur : « Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront. » (Is 35, 10)

Le désert comme une métaphore

Le désert est devenu une métaphore pour décrire le sentiment d’aliénation et de désespoir causés par le péché de l’homme. Combien de fois avons-nous utilisé l’expression : « Je vis une véritable traversée du désert » ou « Je me sens tellement aliéné de Dieu et des autres » pour décrire ce que nous ressentons à cause de notre péché. Si nous nous sommes contentés et que nous nous satisfaisons nous-mêmes, nous ne pourrons même pas commencer à désirer la venue du Seigneur, ni nous préparer à le rencontrer. Les voies du désert avançaient profondément dans le cœur de Jésus et il doit en être de même pour tous ceux qui veulent le suivre. En plein désert, nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos cœurs et permettons à Dieu de faire fleurir nos propres déserts.

La géographie du salut de nos jours

Dieu s’est révélé à nous non seulement à des moments déterminés dans l’histoire, mais aussi dans des endroits très précis. Pour nombre de chrétiens, ces endroits évoquent des images de bergers et d’oliviers, de hauts murs entourant des cités anciennes, des bourgades comme il en existait au temps du roi David ou à Bethléem au temps de Jésus. La Terre Sainte est une terre avec une longue histoire, ses habitants et ses lieux sont figés à l’époque biblique ou enfermés dans une bataille politique sans fin. En tant que catholiques, nous avons la double obligation de dégeler ce temps biblique figé et de le rendre accessible et invitant pour les chrétiens.

Un séjour en Terre Sainte nous rappelle que nous sommes pris non seulement dans l’Histoire du Salut, mais aussi dans la Géographie du Salut. L’histoire de notre propre vie jumelée à celles de la Bible nous montre comment Dieu peut écrire droit dans des lignes courbes. Les guides de voyage sur la Terre Sainte qui se vendent le mieux ne rendent pas témoignage. Ils se contentent d’indiquer. Seules des personnes – pas des pierres ni du marbre – peuvent rendre le témoignage le plus authentique et le plus éloquent stipulant qu’à un moment brillant de l’histoire, la Parole s’est faite chair et a jeté sa tente parmi nous. Et nous continuons à ce jour à contempler sa gloire.

Si les Lieux Saints étaient transformés en musées ou en curiosités archéologiques comme cela s’est produit dans d’autres pays, des liens historiques tangibles seraient rompus. Sans la présence d’églises locales et de communautés chrétiennes, le témoignage de la Terre Sainte serait terriblement diminué et même inexistant.

La Parole de Dieu et la Terre Sainte

Je vous encourage à continuer de lire l’exhortation apostolique de Benoît XVI Verbum Domini ; cette fois, c’est la section qui parle éloquemment de « La Parole de Dieu et la Terre Sainte » (no. 89) que je vous recommande.

En nous souvenant du Verbe de Dieu qui se fait chair dans le sein de Marie de Nazareth, notre cœur se tourne, à présent, vers cette Terre où s’est accompli le Mystère de notre Rédemption et depuis laquelle la Parole de Dieu s’est répandue jusqu’aux confins de la terre. En effet, par l’action de l’Esprit Saint, le Verbe s’est incarné en un moment précis et en un lieu déterminé, sur un coin de terre aux confins de l’empire romain. C’est pourquoi, plus nous voyons l’universalité et l’unicité de la Personne du Christ, plus nous considérons avec gratitude cette Terre où Jésus est né, a vécu et s’est donné lui-même pour nous tous.

Les pierres sur lesquelles notre Rédempteur a marché demeurent pour nous riches de souvenirs et continuent à « crier » la Bonne Nouvelle. C’est pourquoi les Pères synodaux ont rappelé l’heureuse expression qui désigne la Terre Sainte, « le cinquième Évangile ». Combien il est important qu’en ces lieux se trouvent des communautés chrétiennes, malgré les nombreuses difficultés ! Le Synode des Évêques exprime sa profonde proximité à tous les chrétiens qui vivent sur la Terre de Jésus, en témoignant leur foi dans le Ressuscité. Là, les chrétiens sont appelés à servir non seulement comme « un phare de la foi pour l’Église universelle, mais aussi comme un levain d’harmonie, de sagesse et d’équilibre dans la vie d’une société qui, traditionnellement, a été et continue d’être pluraliste, multiethnique et multi-religieuse ».

La Terre Sainte reste encore aujourd’hui un but de pèlerinage du Peuple chrétien, comme démarche de prière et de pénitence, ainsi qu’en témoignaient, déjà dans l’antiquité, des auteurs comme saint Jérôme. Plus nous tournons notre regard et notre cœur vers la Jérusalem terrestre, plus s’embrasent en nous le désir de la Jérusalem céleste, véritable but de tout pèlerinage, et la passion pour que le nom de Jésus, en qui seul réside le salut, soit reconnu par tous (cf. Ac 4, 12).

Le dimanche de l’allégresse

Le chemin d’Israël au désert est un chemin pour nous tous. En célébrant le troisième dimanche de l’Avent, « le dimanche de la joie », le jour pour se réjouir, nous nous joignons aux exilés d’Israël et aux disciples de Jean le Baptiste alors que nous aspirons au salut et que nous nous languissons de voir fleurir la vie nouvelle. Taillons-nous cette semaine un espace spirituel dans nos vies, un espace où nous pourrons nous dépouiller des choses fausses qui s’accrochent à nous, insuffler une vie nouvelle à nos rêves et prendre un nouveau départ. En plein désert, nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos cœurs et le laissons faire fleurir nos déserts. Ce que Dieu fait au désert du sud d’Israël, Dieu le fera pour nous : transformer notre stérilité en vie et tracer une grande route et une voie sainte en des lieux que nous croyions sans vie et sans espoir. Cheminons-nous sur l’Autoroute de la Sainteté ? Faisons-nous des progrès sur le chemin de la sainteté ? Profitons-nous du voyage ? Invitons-nous d’autres personnes à se joindre à nous en chemin ?

Viens, Seigneur Jésus !
Nous avons besoin de toi plus que jamais.
Fait fleurir nos déserts.
Épanche notre soif avec ton eau de vie.
Donne-nous la force de te suivre sur l’Autoroute de la Sainteté.
Empli nos cœurs et nos esprits de joie !

(Image : Le Christ dans le désert par Ivan Kramskoy)

Vivre le pardon et le salut

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Deuxième dimanche de l’Avent, Année A – 4 décembre 2016

Isaïe 11,1-10
Romains 15,4-9
Matthieu 3,1-22

Dans les passages bibliques d’aujourd’hui, deux des trois remarquables guides pour l’Avent (Isaïe, Jean le Baptiste et Marie) nous montre l’attitude correcte à prendre en nous préparant à accueillir le Sauveur du monde. Tout d’abord, Isaïe, le prophète de la consolation et le chantre de l’espoir. La lecture idyllique tirée du livre du prophète Isaïe (11, 1-10) parle d’un rameau qui sortira de la souche de Jessé, d’un rejeton qui jaillira de ses racines (verset 1). Ceci fait référence au fait que, après l’exil à Babylone, seul un rejeton de la dynastie davidique demeurerait; de lui un nouveau rameau se lèverait, le roi messianique. Dans les versets 2 et 3, nous avons l’origine des noms traditionnellement associés aux dons de l’Esprit saint.

Dans les versets 6 à 9, une image de l’harmonie idyllique du paradis est un symbole théâtral de la paix et de la justice universelles des temps messianiques. Au cours de ce temps de l’Avent, Isaïe proclame un Évangile vrai et correspondant au peuple d’Israël, réduit en esclavage à Babylone, et il les presse de demeurer vigilant dans la prière, de reconnaître « les signes » de l’avènement du Messie.

Le royaume des cieux est à portée de mains

Puis il y a Jean le Baptiste (Matthieu 3, 1-12), le précurseur du Messie, présenté comme « la voix qui crie à travers le désert », prêchant « un baptême de repentir pour le pardon des péchés ». Contrairement à Luc, Matthieu ne mentionne rien au sujet des origines du Baptiste et n’en fait pas un parent de Jésus.

Matthieu embrasse l’ordre du ministère de Jésus qu’on retrouve dans l’évangile de Marc, commençant par la prédication préparatoire de Jean le Baptiste. Ce dernier appelle à un changement des cœurs et des comportements, à une transformation de la vie de chacun pour passer de la rébellion à l’obéissance à Dieu. C’est l’unique condition pour reconnaître le Messie déjà présent dans le monde. Le royaume des cieux est à portée de mains : « le ciel » (littéralement « les cieux ») est un mot qui se substitue au nom « Dieu » que les Juifs pieux de l’époque évitaient de prononcer, par vénération. L’expression « le royaume des cieux » n’est utilisée que dans l’évangile de Matthieu. Elle signifie la primauté effective de Dieu sur son peuple. Dans sa plénitude, elle inclut non seulement l’obéissance des humains envers la Parole de Dieu, mais également le triomphe de Dieu sur les maux physiques et, ultimement, sur la mort. Selon l’attente que l’on décèle dans l’apocalyptique juive, le royaume devait être inauguré par un jugement au terme duquel les pécheurs seraient condamnés et périraient, une attente partagée par le Baptiste. Cette compréhension a été modifiée par la suite par l’interprétation chrétienne du royaume percevant l’établissement de celui-ci par étapes, culminant avec la parousie (le second avènement) de Jésus.

La garde-robe de Jean

Matthieu dresse un portrait de Jean le Baptiste comme étant le premier prédicateur chrétien. Portant les habits d’un nouvel Élisée (II Rois 1, 8), Jean proclame solennellement que Dieu entreprend une nouvelle alliance avec l’humanité. L’attente du retour d’Élisée des cieux pour préparer Israël pour la manifestation finale du royaume de Dieu était très répandue; selon Matthieu, cette attente se manifestait à travers le ministère de Jean le Baptiste (Matthieu 11,14; 17,11-13).

Le lavage rituel (verset 6) était pratiqué par divers groupes en Palestine entre 150 av. J.-C. et 250 ap. J.-C. Il est possible que le baptême de Jean ait pu être relié aux ablutions purificatrices des Esséniens à Qumran le long des rives de la mer Morte. Le baptême de Jean en est un de repentir; il requiert de ceux qui s’y convertissent d’adopter une nouvelle façon de penser et d’agir.

Les pharisiens, les sadducéens et nous

La combinaison peu probable de pharisiens et de sadducéens dans l’évangile d’aujourd’hui est une preuve de ce désir de se réformer (verset 7). Les pharisiens étaient marqués par une dévotion à la loi, écrite et orale; les scribes – les experts de la loi – appartenaient de façon principalement à ce groupe. Les sadducéens constituaient le parti des aristocrates sacerdotaux, concentrés à Jérusalem. Ils ne reconnaissaient pour Écritures saintes que les cinq premiers livres de l’Ancien Testament, n’observaient que la lettre de la loi, rejetaient les traditions légales orales et s’opposaient à tout enseignement non fondé sur le Pentateuque, par exemple la résurrection des morts. Matthieu relie ces deux groupes ensemble en tant qu’ennemis de Jésus. Les paroles menaçantes qui suivent leur sont dirigées et ne concernent pas « les foules » comme dans Luc 3, 7. « La colère qui vient » est le jugement qui amènera la destruction des pécheurs non repentants.

À la fin de nos jours sur terre, au moment de la mort, nous serons jugés sur notre acceptation des paroles de Jésus et sur l’imitation de sa vie. Dieu appelle chacun de nous à suivre les traces de Jésus, à faire de notre existence, comme Il l’a fait, un don d’amour. Et quel est le fruit de l’amour sinon celui qui « convient au repentir » auquel Jean le Baptiste fait référence lorsqu’il adresse des paroles cinglantes aux pharisiens et aux sadducéens parmi la foule venue le voir.

Au verset 11, on nous parle du baptême dans l’Esprit Saint. Le baptême dans l’eau de Jean sera suivi d’une « immersion » des repentis dans la puissance de purification de l’Esprit de Dieu et des impénitents dans la puissance de destruction du jugement de Dieu. Cependant, certains voient un synonyme entre « Esprit Saint » et « feu » et perçoivent les effets d’un tel « baptême » comme étant soit une purification, soit une destruction. La discrimination entre le bon et le mauvais (verset 12) est comparée à la méthode par laquelle un fermier sépare le blé de la paille. La pelle à vanner était une pelle semblable à une fourchette avec laquelle le blé battu était lancé en l’air. Les grains tombaient au sol et la paille légère, emportée par le vent, était ramassée et brûlée.

La mission du Baptiste

Toute la mission de Jean était en préparation de la venue du Messie. Lorsque ses propres disciples vinrent le trouver, troublés à propos de la signification du baptême de Jésus dans le Jourdain, il leur répondit avec confiance : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sauf ce qu’il a reçu du Ciel. » Jean dit qu’il n’est que l’ami de l’époux, celui qui doit diminuer pour que son maître grandisse (Jn 3, 25-30). Le Baptiste définissait son humanité en fonction de ses limites. Lorsque le temps fut venu, Jean mena ses propres disciples à Jésus et leur désigna le Messie, la Vraie Lumière, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Le témoignage de Jésus envers Jean fait du Baptiste le plus grand de tous les héros Israélites (Mt 11, 7-19; Lc 7, 24-35).

Jean se considérait comme moins qu’un esclave de Jésus : « Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu » (Mt 3, 11). Jean donnait aux gens de son temps de vivre le pardon et le salut, sachant parfaitement bien qu’il n’était pas lui-même le Messie, celui qui pouvait sauver. Permettons-nous à autrui de faire l’expérience de Dieu, du pardon et du salut ?

Les foules vinrent à Jean et lui demandèrent : « Que devrions-nous faire alors ? » Le Baptiste ne mâcha pas ses mots. Il est allé droit au but et leur dit ce qui devait être dit. Il ne conseilla à personne de quitter l’univers dans lequel ils étaient, peu importe combien ambigu il pouvait être. Plutôt, il dit à ceux qui avaient deux manteaux d’en donner un. De même, ceux qui avaient une abondance de nourriture devaient la partager avec les affamés. Les percepteurs d’impôts se sont fait dire de n’exiger « rien de plus que ce qui leur était fixé ». Les soldats ne devaient voler personne en ayant recours à la violence ni faire de fausse accusation. Ils devaient se contenter de leur solde. Que devaient faire les gens pour se préparer à la venue imminente du Messie ? Être généreux, justes, honnêtes, reconnaissants et remplis de compassion (Lc 3, 10-14).

Le message éternel de Jean le Baptiste

Un prophète israélite, c’est quelqu’un qui a reçu un appel divin à être un messager et un interprète de la Parole de Dieu. La parole qui est venue jusqu’au prophète le pousse à parler. Le prophète est aussi la conscience de la communauté et la conscience d’une nation. Ézéchiel nous dit qu’un prophète est comme un veilleur : la personne qui est là pour guetter ce qui pourrait arriver à la communauté, pour transmettre un avertissement, un signal d’alarme à tous : « Les choses s’en vont dans la mauvaise direction » ou « Nous sommes en danger. Nous devons changer. Nous devons être prêts à nous protéger nous-mêmes. Le prophète est celui qui voit plus loin, peut-être, plus loin que d’autres; il est celui qui voit les implications dans ce qui se passe.

Par moments, les prophètes partageaient la colère de Dieu, la compassion de Dieu, la douleur de Dieu, la révulsion de Dieu, la sensibilité de Dieu pour son peuple et la gravité de Dieu. Il ne partageaient pas ces choses de façon abstraite; plutôt, ils partageaient les sentiments de Dieu à propos des événement concrets de leur époque. C’est ce genre de prophète qu’était Jean le Baptiste. Il ne mâchait pas ses mots. Il allait droit au but et disait ce devait être dit. Si souvent nos mots, nos pensées et nos actions sont incohérentes et ambiguës ! Nous demeurons si souvent en marge des grands enjeux et des grandes questions de notre temps et de notre Église ! Les véritables prophètes d’Israël sont des modèles à suivre pour lutter contre toutes les formes de faussetés dans nos vies.

Jean le Baptiste continue de parler à travers les siècles à toutes les générations. Assoiffée de l’eau vive qu’est le Christ, la « voix » du grand prophète nous demande de préparer la voie du Seigneur, qui vient dans les déserts intérieurs et extérieurs d’aujourd’hui. Puisse le souvenir de Jean nous guider vers la véritable conversion du cœur afin que nous fassions les choix nécessaires pour harmoniser nos mentalités et nos vies avec l’Évangile.

Verbum Domini au long du chemin de l’Avent

Je vous propose une merveilleuse façon de préparer un chemin pour le Seigneur dans votre propre vie pour cet Avent. Lisez l’exhortation apostolique post-synodale du pape Benoît XVI Verbum Domini (« La Parole du Seigneur demeure pour toujours »). Ce document important marque le point culminant du très important synode des évêques sur « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église » qui eut lieu en octobre 2008. Au cours des prochains mois, je suggérerai des sections spécifiques de cette exhortation apostolique pour lecture hebdomadaire. Cette semaine, je recommande la section 11 sur la « Christologie de la Parole » :

Christologie de la Parole

À partir de ce regard sur la réalité comme œuvre de la Sainte Trinité, à travers le Verbe divin, nous pouvons comprendre les paroles de l’auteur de la Lettre aux Hébreux : « Souvent, dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées; mais, dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes » (1, 1-2). Il est beau de noter que tout l’Ancien Testament se présente déjà à nous comme l’histoire dans laquelle Dieu communique sa Parole : « En effet, après avoir conclu une alliance avec Abraham (cf. Gn 15, 18) et, par Moïse, avec le Peuple d’Israël (cf. Ex 24, 8), il se révéla au Peuple qu’il s’était acquis, par des paroles et par des actions, comme le Dieu unique, vivant et vrai, de sorte qu’Israël fit l’expérience des voies de Dieu avec les hommes, qu’il en acquit une intelligence de jour en jour plus profonde et plus claire grâce à Dieu parlant lui-même par la bouche des prophètes, et qu’il manifesta toujours plus largement parmi les nations (cf. Ps 21, 28-29; 95, 1-3; Is 2, 1-4; Jr 3, 17) ».

L’Avent : un temps pour se réveiller de notre sommeil hypnotique

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Premier dimanche de l’Avent, Année A – 27 novembre 2016

Isaïe 2,1-5 ;
Romains 13,11-14a ;
Matthieu 24,37-44

Dans son observance liturgique, la saison de l’Avent est consacrée à la venue de Dieu à la fin des temps lorsque Jésus régnera en tant que roi.

Ce temps est principalement une célébration de « la venue de Dieu » dans un triomphe suprême. Nos trois lectures des Écritures saintes pour le premier dimanche de l’Avent (année A) nous invite à adopter un emploi du temps dans lequel la parousie (la venue finale), qui paraît lointaine, empiète sur le moment présent.

Une vision inattendue du Salut

La première lecture, tirée du livre du prophète Isaïe (2, 1-5) nous fait frissonner aujourd’hui. Le prophète décrit une vision tout aussi belle qu’inattendue du salut, de la justice et de la paix universels, non pour Jérusalem et la Terre sainte uniquement, mais pour toute l’humanité (versets 2-3) :

Il arrivera dans l’avenir que la montagne du temple du Seigneur sera placée à la tête des montagnes et dominera les collines. Toutes les nations afflueront vers elle, des peuples nombreux se mettront en marche, et ils diront : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses chemins et nous suivrons ses sentiers. Car c’est de Sion que vient la Loi, de Jérusalem la parole du Seigneur. »

Dans le royaume messianique, les prophètes voient généralement le temple du Seigneur comme le siège de l’autorité et la source d’une doctrine claire et sûre; de plus, son règne est accepté volontairement par tous les peuples, il est maintenu par des sanctions spirituelles et il tend à une paix universelle. On retrouve ce même passage quasi inchangé dans Michée 4, 1-3; bien que l’on n’en soit pas certain, on soupçonne Isaïe d’en être l’auteur.

Cette lecture du livre d’Isaïe sied bien au début du temps de l’Avent, car nous serons véritablement en pèlerinage durant les quelques prochaines semaines – accomplissant notre long et pénible cheminement vers le Seigneur afin de lui rendre hommage et de reconnaître dans l’Enfant de Bethléem jusqu’à quel point Dieu était prêt à aller pour nous montrer son amour.

Notre état hypnotique

Dans la seconde lecture, extraite de la lettre de saint Paul aux Romains (13, 11-14), l’Apôtre des païens dit que les chrétiens prétendent être un peuple du jour nouveau qui se lèvera avec le retour du Christ. Dans les versets 11 et 12, Paul exhorte les chrétiens de Rome à s’éveiller de leur sommeil… car notre « salut est plus près maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants »; la nuit est avancée, le jour est à portée de main. Rejetons donc les œuvres des ténèbres et revêtons l’armure de lumière.

Le mot grec pour désigner le sommeil est « hypnos » (verset 11); bien que nous ne puissions pas attribuer la pleine notion « d’être hypnotisé » à Paul dans ce texte, il n’en est pas moins vrai que nous pouvons devenir si accoutumés à la normalité du mal que nous vivions sous son emprise, comme hypnotisés par une puissance extérieure à nous-mêmes que nous ne pouvons ni discerner ni déloger nous-mêmes. Il est bon de nous demander durant l’Avent : « Quelles sont les états hypnotiques que nous vivons sans en être conscients ? » Les péchés de la « chair » (verset 14) ne sont pas que des péchés sexuels, mais toute chose qui s’oppose à l’œuvre donatrice de vie de l’Esprit et commencée en Christ. Au lieu de planifier les comportements nocturnes, il faudrait plutôt se concentrer sur une conduite qui soit conforme à un intérêt avoué pour le retour du Seigneur.

Au temps de Noé

Dans la lecture évangélique d’aujourd’hui, provenant de l’Évangile selon saint Matthieu (24, 37-44), les contemporains des Noé n’étaient pas préparés pour le déluge. Ils mangeaient, buvaient et se mariaient. Ils ne s’imaginaient pas qu’un événement surviendrait qui marquerait la fin des temps tels qu’ils les connaissaient. Les gens au temps de Noé étaient si pris dans leurs affaires quotidiennes qu’ils n’ont pas su prendre des précautions contre le déluge. Trois paraboles nous sont racontées pour nous rappeler la nécessité d’être vigilant – car la Seconde Venue n’a pas « d’heure d’arrivée estimée ».

Dans les versets : « Deux hommes seront aux champs : l’un est pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au moulin : l’une est prise, l’autre laissée » (versets 40-41), on veut probablement signifier « être pris pour entrer dans le Royaume » et « être laissé pour être détruit ». Des personnes vivant une situation similaire seront traitées de façon distincte. Dans ce contexte, la discrimination entre elles sera basée sur leur état de préparation à la venue du Fils de l’Homme. Le thème de la vigilance et de la préparation se poursuit dans la comparaison audacieuse du Fils de l’Homme avec un voleur qui pénètre dans une maison (verset 42-44).

L’importance capitale du temps

Le temps est au centre de la célébration chrétienne de l’Avent. Cette période liturgique nous rappelle que le mystère de la foi ne sera pas complet tant qu’il n’y aura pas eu la Seconde Venue de Jésus. Nous vivons dans un entre-deux, entre le temps de la Résurrection-Ascension-Pentecôte et celui de la Parousie. Comment réagissons-nous face à cette question du temps ? Le Christ nous a averti de la venue d’un tel événement. Nous ne pouvons pas dire : « Nous n’en avions aucune connaissance », comme les gens le disaient jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche et en ferma la porte.

Nous devons nous tenir prêts et veiller. Tout comme la sonnerie d’alarme d’un système de sécurité éveille un propriétaire de maison, l’Avent éveille les chrétiens en danger de s’endormir dans leur vie. Si nous ne nous posons plus de difficiles questions et si nous ne recevons plus nos réponses de Dieu à travers les Écritures saintes, alors il est grand temps de se réveiller ! L’Avent nous demande d’être conscients de nos responsabilités et de voir à ce qu’elles soient accomplies ! L’Avent nous incite à prendre soin de nos relations interpersonnelles, à tendre la main aux nécessiteux, à chérir le don de la vie humaine et à trouver du temps pour la prière ! La Seconde Venue devient alors un événement qui donne un but et de l’énergie à notre souffle et à notre pouls, ici et maintenant.

La venue du Christ

L’Avent ne change pas Dieu. L’Avent approfondit notre désir et notre anticipation que Dieu fera ce que les prophètes et les oints ont promis. Nous prions que Dieu cédera à notre besoin avide de voir et de sentir la promesse du salut, ici et maintenant. En tant que chrétiens, nous proclamons la venue du Christ – pas uniquement une première venue, mais une autre également, qui sera bien plus glorieuse que la première. La première s’est déroulée sous le signe d’une souffrance patiente; la seconde, au contraire, verra le Christ portant la couronne du Royaume de Dieu. En attendant, cependant, nous connaissons la douloureuse nécessité de la croix pour Jésus et pour tous ceux qui croient en lui.

Faire le point

En ce début d’un saint temps liturgique, un temps de désir et d’attente du Messie, faisons le bilan de la vie humaine et ne devenons pas comme les gens au temps de Noé qui étaient si pris dans leurs affaires quotidiennes qu’ils n’ont pas su prendre les précautions nécessaires contre le déluge. L’Avent nous rappelle que ce n’est plus le temps du « business as usual ». Quelque chose de nouveau s’apprête à se produire.

Prions durant ces jours de l’Avent : puisse Dieu, le Père de la Vie, avoir pitié de tous ceux qui ont péché contre la vie. Puisse le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus, qui nous a tricotés dans le ventre de notre mère, préserver de tout préjudice physique tous les nourrissons depuis le moment de la conception.

Puisse Jésus, Fils de Dieu et fils de Marie, qui a anobli toute vie humaine en se faisant chair dans le sein de la Fille de Sion, éclairer nos esprits pour que nous puissions voir la dignité de chaque vie humaine depuis ses premiers instants.

Puisse Jésus de Nazareth, qui a aimé les affligés, les malades, les êtres brisés et les endeuillés, renforcir les parents d’enfants à naître avec des handicaps et chérir le nourrisson confiés à leurs soins.

Puisse le Seigneur qui pardonne aux pécheurs chaque jour attirer à la repentance et au pardon tous ceux qui ont agi contre la vie humaine innocente; puisse-t-Il les guérir dans un épanchement de grâce.

Puisse le Seigneur d’Israël accroître notre désir pour le Christ notre Sauveur et nous donner la force de grandir en amour; que l’aube de sa venue puisse nous trouver nous réjouissant en sa présence et accueillant la lumière de sa vérité.

Dans l’attente de la Seconde Venue

En ce temps d’Avent, n’oublions pas les mots de saint Cyrile de Jérusalem :

À sa première venue, il était emmailloté dans des linges et couché dans une mangeoire; à sa seconde venue, la lumière sera sa tunique. À sa première venue, il a souffert la Croix, méprisant son infamie; à sa seconde venue, il sera dans la gloire entouré d’une armée d’anges. Ne nous arrêtons donc pas à sa première venue, mais attendons avec impatience la seconde.

Nous l’avons salué à sa première venue avec les mots : ‘Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !’ et nous le saluerons de même à sa seconde venue. Car nous irons à la rencontre du Seigneur et de ses anges et, nous prosternant devant lui, nous nous écrierons : ‘Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

(CNS Photo/Bob Roller)