« La charte n’est pas un CREDO »: la liberté de conscience selon Mgr Christian Lépine

CNS photo/Dario Ayala, Reuters

Depuis quelques semaines déjà, un bras de fer s’est enclenché opposant le gouvernement du Canada et plusieurs groupes défendant la liberté de conscience. Au cœur de la tourmente, la modification des règles d’admissibilité aux subventions pour les emplois d’été au gouvernement fédéral. Ces changements excluent a priori toute organisation ne partageant pas une option en faveur de l’avortement. Bien que cette nouvelle règle ait été contestée par des groupes de toutes les confessions religieuses, l’épiscopat canadien fut sans contredit à l’avant-scène des discussions.

Encore tout récemment, l’évêque du Diocèse de London en Ontario, publiait un communiqué de presse cinglant dans lequel il affirmait que « nous devons nous lever contre cette position du gouvernement du Canada en affirmant que nous ne nous laisserons pas intimider (bullied) en ayant même l’apparence de collusion sur cet enjeu ». Pour l’évêque de London, il ne fait aucun doute qu’il s’agit « d’une regrettable violation de la liberté de conscience et de religion, de penser et de croire, d’opinion et d’expression, garantie par la Charte ».

Au Québec, dans une entrevue accordée à Sel et Lumière, Mgr Christian Lépine souligne que l’on peut voir la question de deux manières. En effet, il affirme que « l’angle des jeunes qui se verront refuser un travail l’été prochain ne doit certainement pas rester sous silence » sans oublier les différents destinataires des services rendus par ces jeunes durant l’été qui souffriront d’une manière non négligeable de leur absence.

De plus, l’archevêque souligne la tendance profonde de l’utilisation idéologique de la Charte canadienne des Droits et Libertés : « le but d’une charte n’est pas d’être un système de croyances parallèlement à d’autres systèmes de croyances. Son rôle est plutôt de délimiter un espace de liberté où les différentes croyances et de convictions peuvent s’exercer dans le dialogue et la sécurité ». Dans ce cas précis, on utilise la Charte comme un système venant s’opposer aux croyances des gens, qu’elles soient chrétiennes ou autres en leur imposant des valeurs qui leur sont contradictoires. « La Charte n’est pas un Credo » affirme Mgr Christian Lépine.

Afin de retrouver le véritable sens de ce qu’est une Charte, Mgr Lépine invite les dirigeants à un retour aux sources, « à la mère de toutes les chartes qu’est la Déclaration universelle des droits de l’homme ». À court terme, selon l’archevêque de Montréal, les institutions catholiques sont appelées à exercer leur droit fondamental à la liberté de conscience « en remplissant leur demande de subvention sans cocher l’alinéa en question et le gouvernement fera son cheminement ».

Notez que cette polémique s’inscrit dans un rétrécissement des libertés civiles imposé aux groupes pro-vie du Canada. En février 2014, Justin Trudeau avait affirmé son intention d’exclure tous les candidats pro-vie du Parti Libéral du Canada.

Débat à New York sur les cinq ans du pape François

Cette semaine avait lieu, à l’université Fordham de New York, une conférence sur les cinq premières années de pontificat du pape François. Organisé par le Fordham Center for Religion and Culture, en partenariat avec la Religion News Foundation et Télévision Sel et Lumière, ce panel de discussion réunissait deux figures importantes du catholicisme américain. Ce qui a attiré l’attention du public autour de ce débat fut certainement les différentes polémiques dans lesquelles les deux commentateurs de la vie ecclésiale se sont engagés l’un contre l’autre sur Tweeter depuis quelques temps déjà.

Appelés à se prononcer sur les cinq ans de pontificat du pape François, Massimo Faggioli Ph.D, professeur à Villanova University ainsi que Ross Douthat, chroniqueur au très célèbre New York Times, ont offert deux points de vue à la fois contrastés et, selon moi, complémentaires. Sans vouloir résumer tous les sujets abordés, il me semble que le centre de ce débat consistait à répondre aux questions suscitées par les « nouveautés » du pontificat du pape François.

La critique d’un catholicisme « dilué »

Ross Douthat, s’affirmant lui-même de « centre-droit », considère que les différents éléments positifs du pape François comme par exemple : « le changement de trame narrative dans le traitement de l’Église dans les médias américains » ne doivent pas cacher les côtés qui, selon lui, sont moins positifs. De fait,  les différentes polémiques entourant l’interprétation d’Amoris Laetitia sur la question de la communion pour les divorcés remariés civilement ne doivent pas être prises à la légère. Pour l’auteur de To Change the Church : Pope Francis and the futur of Catholicism, cette question est l’une des manifestations d’une division profonde au sein de l’Église. « Avec Jean-Paul II, nous avions trouvé un équilibre dans l’interprétation du Concile Vatican II », or, en laissant cette polémique grandir comme l’a fait le pape François, « beaucoup de fidèles ont l’impression que le débat n’est pas aussi clos que le laissait entendre Familiaris Consortio no 84″. D’où, l’apparence, à tout le moins, de contradiction entre les deux pontificats.

« beaucoup de fidèles ont l’impression que le débat n’est pas aussi clos que le laissait entendre Familiaris Consortio no 84″. D’où, l’apparence, à tout le moins, de contradiction entre les deux pontificats.

En ce sens, la mise en doute de l’aspect définitif de la discipline maintenue dans l’exhortation apostolique du saint Pape polonais pourrait, selon lui prendre des dimensions démesurées. Reprenant l’expression du philosophe Zygmunt Bauman selon laquelle notre modernité serait « liquide » c’est-à-dire qu’elle procéderait à une « dilution » des institutions, des vérités, et dans ce cas-ci, du dépôt de la foi lui-même, plusieurs considèrent cette mise en cause de la discipline de Jean-Paul II comme une dilution du message de l’Évangile. Pour, Ross Douthat, le pape François aurait pu utiliser son charisme afin de « mener l’Église au-delà des polémiques intra-ecclésiales des années 1970 entre progressistes et conservateurs et proposer un catholicisme portant une vision holistique comme alternative au matérialisme généralisé ». Malheureusement, selon le chroniqueur du NYT, à certains égards, « il nous a ramené en arrière ». En ouvrant de nouveau ces questions internes à l’Église, il l’a replongée, du moins en Occident, dans cette attitude « auto référentielle » qu’il voulait lui-même éviter.

Entre continuité et discontinuité

En réponse à cette vision d’un « catholicisme dilué », perspective qui serait celle du Pape actuel, Massimo Faggioli Ph.D. propose une interprétation à la lumière du Concile Vatican II. Deux questions se sont posées dans le débat et elles sont fondamentalement liées, à savoir : « le présent pontificat est-il en continuité ou non avec les précédents et la Tradition catholique ? » et « quel genre de relation le catholicisme doit-il entretenir avec le monde extérieur ? ». Notre jugement sur le pape François changera dépendamment de la réponse donnée à chacune de ces questions.

En Amérique, selon le professeur Faggioli, nous assistons à la confrontation entre « un néo-traditionalisme du côté conservateur et un post-traditionalisme du côté libéral », ce qui vicie le débat fondamentalement puisque l’on cherche à opposer des visions qui pourraient être complémentaires si nous avions une vision équilibrée de ce qu’est la « Tradition ». L’une et l’autre de ces tendances tendent à propager un type de catholicisme qui n’est pas soutenable intellectuellement.

Ainsi, comprenant que la discontinuité elle-même est très « traditionnelle », les catholiques pourraient plus aisément faire les distinctions nécessaires pour percevoir la continuité inhérente au pontificat du pape François avec tous ses prédécesseurs.

En ce sens, il ne fait aucun doute que le pape François n’est ni d’une tendance, ni de l’autre. Pour comprendre fidèlement la portée et l’orientation de son pontificat, la solution serait plutôt d’avoir une vision cohérente de la tradition qui sache conjuguer les éléments de continuité et de discontinuité propres à l’évolution d’une institution comme l’Église à travers l’histoire. Ainsi, comprenant que la discontinuité elle-même est très « traditionnelle », les catholiques pourraient plus aisément faire les distinctions nécessaires pour percevoir la continuité inhérente au pontificat du pape François avec tous ses prédécesseurs.

Une culture de la rencontre

Devons-nous considérer le catholicisme comme un lieu de préservation d’une foi, d’une culture et d’une communauté devant un monde en pleine décadence morale, intellectuelle et religieuse ? L’Église est-elle au contraire appelée à rester au milieu du monde dans une relation de dialogue et d’échanges avec lui ? Contrairement à ce que l’on pense souvent, il est, selon moi, possible de répondre aux deux questions par l’affirmative. C’est ce que je retiens des échanges.

Après une heure et demie de débat intense, ni la bonne humeur, ni la pertinence de l’argumentation n’ont cédé la place à une quelconque mesquinerie. Nous avons assisté à un riche débat d’idées dans lequel prévalait une authentique recherche de la vérité. Chacun des deux débatteurs étaient satisfaits et heureux d’avoir pu partager sa vision des cinq années de pontificat du pape François et d’avoir pu présenter au monde ce que signifie concrètement construire « une culture de la rencontre ». Espérons que d’autres initiatives comme celle-ci seront mises de l’avant afin de briser les solitudes idéologiques.

Filmé par Télévision Sel et Lumière, vous pouvez visionner ce débat au lien suivant.

« Prendre Jésus dans nos bras…»


Malachie 3,1-4

Hébreux 2, 14-18
Luc 2, 22-40

C’est en 1997 que saint Jean-Paul II a fait coïncider la journée mondiale de la vie consacrée avec la Fête de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem (2 février). Le Pape a donné trois raisons justifiant le choix du 2 février comme journée dédiée aux hommes et femmes consacrés. D’abord, pour rendre grâce à Dieu pour ce don de la vie consacrée. Deuxièmement, pour en faire la promotion et manifester l’appréciation de tout le Peuple de Dieu envers ces hommes et femmes. Troisièmement, afin d’inviter tous ceux qui ont dédié leur vie à la cause de l’Évangile à célébrer les merveilles que le Seigneur accomplit à travers eux.

Les lectures spéciales de cette fête sont (Ml 3,1-4; Ps 24, 14-18; Hb 2, 14-18; Luc 2, 22-40).

Le contexte biblique

Selon la loi mosaïque (Lv 12, 2-8), une femme qui donnait naissance à un garçon était, pour des raisons légales liées à l’impureté, proscrite de toucher quoi que ce soit de sacré ou d’entrer dans la zone entourant le temple et ce, pendant quarante jours. À la fin de cette période, la nouvelle mère devait offrir un agneau d’un an, une colombe ou un pigeon en holocauste pour l’expiation des péchés. La femme qui ne pouvait se permettre de donner un agneau offrait deux colombes ou deux jeunes pigeons, ce que firent Marie et Joseph dans l’Évangile de ce dimanche. Ils emmenèrent donc Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur (Luc 2, 7). Il fut consacré au Seigneur tel que la loi le prescrivait (Exode 13, 2, 12), mais il n’y avait aucune prescription affirmant que cela devait se faire au Temple. Le concept de la présentation au Temple trouve probablement ses origines au premier livre de Samuel (1 Sam 1, 24-28), où Anne offre l’enfant Samuel pour le service du Sanctuaire. La loi stipulait également (Nombre, 3, 47-48) que le fils premier-né devait être sauvé par les parents par l’entremise d’une offrande de cinq Shekels à un membre d’une famille sacerdotale. Luc ne fait cependant pas mention de cette prescription légale. [Read more…]

Les attentes du pape François pour le Québec

CNS photo/Gregory A. Shemitz

Le 19 janvier dernier, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec publiait un message aux communautés chrétiennes. Faisant suite à leur visite ad limina du printemps dernier, ce document intitulé « Lève-toi, va, approche-toi, écoute » résume les faits saillants de l’expérience romaine, présente les différentes invitations du Saint-Père, exprime l’accueil fait à celles-ci et propose quelques grandes orientations.

Un pèlerinage auprès du successeur de Pierre

Durant ces trois semaines de retraite, de pèlerinage et de rencontres dans les différents dicastères de la Curie romaine, c’est les trois rencontres avec le Pape qui semblent avoir particulièrement marqué les évêques. Non seulement « l’esprit du pape François, son écoute, sa volonté de dialoguer » sont soulignés mais aussi l’attitude de l’Institution vaticane entière qui présente, selon les évêques, une nouvelle ouverture à la « situation sociale et ecclésiale au Québec » : « le pape François nous a partagé sa préoccupation particulière pour le Québec » peut-on retrouver dans le document.

Cette attention spéciale du pape n’était pas la seule raison permettant aux évêques de se sentir à la maison. La Curie romaine semblait avoir évolué jusqu’à y une certaine ressemblance avec l’Église au Québec. On la présente comme étant « en changement » « dans ses boîtes », désinstallée par les nombreuses réorganisations voulues par le Pape » (p.2). Ce type d’instabilité, les évêques du Québec en subissent constamment les contrecoups, étant eux-mêmes « une Église sans doute plus pauvre, parfois fatiguée mais jamais découragée » (p.4), d’où le sentiment d’une commune espérance.

Le programme du Pape pour le Québec

Plus de 10 ans s’étant écoulés depuis la dernière visite de l’AECQ à Rome, il est clair que plusieurs dossiers devaient être abordés. Sans entrer dans tous les détails, les évêques soulignent l’importance d’entrer toujours plus profondément dans une perspective missionnaire. Pour ce faire, deux conseils semblent émerger des conversations avec le Saint-Père. D’abord, comprendre que la mission de l’Église passe par une meilleure compréhension du monde et de ses enjeux actuels. Les évêques interprètent cette interpellation comme soulignant l’importance d’une « investissement spécial dans les communications » (p.2) ainsi que de « s’engager socialement » (p.2).

Ensuite, loin de sous-estimer le rôle des évêques, le Pape leur a dressé le portrait d’un leadership épiscopal au service du salut des âmes. « Nous sommes appelés », peut-on lire sous la plume des évêques,  « à être des hommes de prière, d’écoute, familiers de la Parole de Dieu et attentifs aux signes de l’Esprit… » (p.4).

Des changements à venir

Sans entrer dans les particularités de chaque diocèse, ce document nous prépare à un accueil concret des volontés de transformation missionnaire telle que voulue par le pape François. À travers un « nouveau partage des responsabilités en Église », un « meilleur réseautage » et un « partage des ressources », un développement de « réflexes synodaux », nous percevons la profonde unité des évêques du Québec qui voient de plus en plus leur mission commune d’évangélisation de la Belle Province.

À la lecture de ce document, on perçoit d’abord l’atmosphère intensément priante et chaleureuse vécue durant cette visite ad limina 2017. Que ce soit par l’accueil réciproque, les réformes de part et d’autre ou la profonde unité de vision entre l’épiscopat québécois et l’épiscopat, si j’ose dire, « romain », tout porte à croire à une intensification des collaborations.  Une chose est certaine, l’Église du Québec est appelée à devenir chef de file de cette nouvelle évangélisation en faisant preuve decette créativité qui a fait la réputation du Québec de par le monde.

Moines de Tibhirine : une première reconnaissance pour le martyre de « l’offrande de la vie » ?

Depuis la sortie du film « Des hommes et des dieux », le monde entier connaît l’histoire des sept moines trappistes assassinés en Algérie le 21 mai 1996. Dès le départ, le sensus fidei du Peuple de Dieu avait discerné la sainteté de vie nécessaire à un tel don de soi. Toutefois l’Église, dans sa grande sagesse, opte pour une procédure plus stricte soit celle d’un procès en bon et due forme qui peut prendre de nombreuses années. L’année dernière, alors qu’on fêtait le 20e anniversaire de cet événement tragique, plusieurs se sont posés la question de l’éventuelle béatification/canonisation des moines. Ce n’est que la semaine dernière que les rumeurs se sont accentuées après que le postulateur de la cause, le frère Thomas Georgeon, ait confié à « Mondo e missione » que le décret de béatification pourrait être signé au mois de janvier. Connaissant l’obéissance des moines, on peut être certain qu’une telle information n’aurait pu être transmise sans l’autorisation préalable de la Congrégation pour la cause des saints.

Pour en savoir davantage, j’ai rencontré Dom André Barbeau. Actuellement père Abbé du monastère de Val Notre-Dame, Dom Barbeau fut durant plusieurs années père Abbé du monastère d’Aiguebelle, maison fondatrice d’un autre monastère, celui de Tibhirine. Nommé là-bas quelques jours après la mort des 7 moines, c’est à lui qu’avait été confiée la grande responsabilité des moines de Tibhirine en Algérie. Lors des commémorations  du 20e anniversaire de la mort des frères, il était sur place en Algérie avec le postulateur de la cause. Voici l’essentiel de mon entretien avec lui lors de ma visite à Val Notre-Dame.

Quel fut votre rôle dans ce procès de béatification ?

Dom Barbeau : De mon côté, j’ai eu comme premier travail de réunir les archives. Lors de chaque voyage à Tibhirine, je ramenais une valise remplie de documents concernant la communauté.  Si bien que j’ai réussi à réunir l’ensemble de ce qui se trouvait là-bas. Les frères écrivaient beaucoup. Ils recevaient beaucoup de lettres et entretenaient une grande correspondance. J’ai donc numérisé et publié tous les textes: les chapîtres et les homélies de Christian, le journal et les homélies de Christophe. À mesure que je les lisais et les transcrivais, j’étais frappé par la qualité, la profondeur et la pertinence théologique de la théologie des religions de Christian De Chergé.

Où en est le procès à l’heure actuelle ?

Dom André Barbeau : D’abord, il ne s’agit pas uniquement du procès des 7 frères trappistes mais des 19 martyrs d’Algérie. Comme il y avait dans le groupe un évêque, le libellé de la cause officielle est « Mgr Claverie et ses compagnons ».

À l’heure actuelle, tout est dans les mains de la Congrégation pour la Cause des saints. Au mois d’août dernier, le postulateur de la cause, qui est un moine trappiste français, a remis la depositio (document final) au Vatican. L’étude des écrits des frères a été fait par deux censeurs dont le théologien Gilles Routhier ainsi qu’un professeur de l’Université de Marseille où fut également ouverte une Chaire Tibhirine. Par contre, le cas de la reconnaissance de mes sept frères de Tibhirine posait un problème particulier.

Prenons par exemple, saint Maximilien Kolbe. Il n’est pas un martyr mais un saint puisqu’il n’a pas perdu sa vie par haine de la foi. Il a donné sa vie par amour pour une autre personne. Au procès de béatification cela n’a pas été un problème mais au procès de canonisation, il ne fut pas reconnu comme martyr.

« C’est par amour pour le peuple qu’ils sont restés et qu’ils ont été tués. »

On ne peut donc pas les définir comme martyrs puisqu’ils ne sont pas morts par haine de la foi : ce qui était encore jusqu’à l’année dernière la définition stricte du martyre. C’est par amour pour le peuple qu’ils sont restés et qu’ils ont été tués. Ce n’est pas par haine de la foi. Dom Barbeau a rencontré plusieurs membres de la famille qui étaient un peu scandalisés par le fait qu’ils ne soient pas reconnus comme martyrs.

L’innovation récente du pape François pour ouvrir une quatrième « voie » de reconnaissance du martyre par « l’offrande libre et volontaire de la vie et l’acceptation héroïque propter caritatem d’une mort certaine et à court terme… »  peut-elle, selon vous, aider la cause des moines de Tibhirine ?

Dom André Barbeau : La quatrième voie que le Pape a ouverte est une magnifique nouveauté qui va permettre la sainteté de tous ceux qui sont restés au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Iran, etc.). Qui sont restés par amour pour leur peuple et l’église locale!

Comme je vous l’ai dit, le dossier est déjà sur la table de la Congrégation depuis un bon moment. Aucune modification ne peut y être apportée. Par contre, ce nouveau critère pour la reconnaissance des martyrs fait en sorte que celle-ci peut jeter un regard nouveau sur le dossier et, peut-être, faciliter leur reconnaissance comme martyrs.

Cela peut également permettre une reconnaissance plus rapide. En effet, reconnaître le martyre « en haine de la foi » peut poser des problèmes diplomatiques et de relations avec l’Algérie ou d’autres pays. Par exemple, il y a déjà la cause des martyrs de Chine : 33 moines qui furent promenés à travers toute la Chine attachés à des fils de fer. Tout est documenté mais à cause de relations politiques et diplomatiques difficiles entre la Chine et le Vatican, tout est retardé.

Pour l’Algérie, cela n’est pas simple non plus mais, -et je crois qu’il a de cela derrière la décision du Pape-, cette nouvelle façon de faire permet de reconnaître leur dévouement et leur don de soi sans stigmatiser le peuple algérien et leur gouvernement. Ils ont choisi de rester au nom de l’Amour de Dieu et du peuple. Et, au nom de cette espérance, ils ont fait le sacrifice ultime. Cette nouvelle perspective empêche l’interlocuteur de se sentir menacé. Ainsi, on vient de contourner la partie problématique qui pouvait faire retarder le processus de béatification/canonisation. C’est très habile et très jésuite! Normalement le postulateur s’attend à ce que le décret de reconnaissance du martyre soit signé d’ici avril prochain 2018. 

Dans les prochaines semaines, nous poursuivrons cet entretien avec Dom André Barbeau. On y apprendra des choses fascinantes sur l’histoire de la Communauté de Tibhirine après la tragédie de 1996.

Top 10 de l’actualité catholique 2017

Comme chaque année, la venue de la nouvelle année nous porte aux rétrospectives qui nous permettent de voir le bout de chemin parcouru durant l’année  pour ensuite nous projeter dans l’année qui vient. Ce qui nous permet d’être encouragés à continuer le travail accompli durant l’année ou encore de rectifier le tir afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Il est ambitieux de vouloir résumer l’activité de plus de 1 milliard 400 millions de catholiques en 10 points. J’estime néanmoins qu’à l’échelle du Québec, nous pouvons résumer l’actualité de l’Église sans trop laisser d’événements de côté.

  1. Voyage du pape François au Myanmar et au Bangladesh :

C’est en fin d’année que le Saint-Père s’est rendu dans une zone trouble de la planète afin de construire des ponts et se faire  messager de paix. On le sait, la situation sur le terrain n’est pas des plus réjouissantes. Après des décennies d’instabilité, des tensions ethniques et interreligieuses ont provoqué l’exil de milliers de Rohingyas, obligés, pour la plupart, de se réfugier au Bangladesh. Usant de diplomatie, le Pape a tenu à manifester sa proximité avec les déplacés sans vouloir aggraver la situation en faisant une déclaration incendiaire contre ses hôtes qui, après tout, l’accueillaient dans leur pays. Comme il l’a dit lui-même : « Le plus important est que le message se rende à destination […] je n’ai pas voulu leur fermer la porte au nez ». Il me semble que l’ensemble de ce voyage pourrait se résumer par ce message : la paix et possible et n’attend souvent que la bonne volonté des peuples et des dirigeants politiques.

  1. Voyage du pape en Égypte :

Les 28 et 29 avril 2017, le pape François s’est rendu en Égypte, pays récemment touché par une foule de bouleversements politiques et de sociétaux. Trois grandes priorités étaient à l’ordre du jour de ce voyage. D’abord, le Saint-Père a voulu encourager les rapprochements avec l’Islam sunnite par l’entremise des grands représentants de l’Université Al-Azhar où se tenait au même moment une conférence sur la paix. Outre le caractère interreligieux de cette visite en Égypte, le Pape a tenu à lui donner un fort caractère œcuménique en rencontrant le Patriarche de l’Église orthodoxe Copte Tawadros II avec qui il a signé une Déclaration commune dans laquelle les deux Églises s’engagent à continuer le chemin vers l’Unité et à reconnaître mutuellement la validité du baptême de part et d’autre, s’engageant ainsi à ne plus administrer un deuxième baptême. Enfin, comme c’est son habitude, le Pape a eu des rencontres avec les autorités politiques d’Égypte afin de leur assurer sa pleine coopération au processus de paix dans la région.

  1. Voyage du pape François en Colombie :

Comme c’est son habitude, le pape François a apporté son support à la communauté catholique du pays qu’il visitait. Constituant la majorité de la population de ce pays d’Amérique latine, les catholiques ont depuis longtemps été impliqués au processus de paix tout récemment conclu avec les FARC. L’un des éléments les plus remarqué fut certainement le discours très personnel du pape François au Comité de direction du CELAM (Conseil épiscopal pour l’Amérique latine). Dans cette allocution qui fera certainement l’objet de plusieurs colloques et conférences, le Saint-Père a invité l’Église de ce coin du monde à redécouvrir la passion caractéristique de la jeunesse en étant « une Église capable d’être sacrement d’unité et d’espérance. D’une espérance au visage jeune et féminin ».

  1. 150e du Canada et Consécration au cœur Immaculée de Marie

Plus près de chez nous maintenant, le Canada fut consacré, cette année, au Cœur immaculé de Marie par tous les évêques dans leur diocèse respectif ainsi que lors d’une cérémonie officielle dans la cathédrale Notre-Dame d’Ottawa à l’occasion de l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques du Canada au mois d’octobre dernier. Faisant référence au 50e anniversaire de l’organisation Développement et paix (CARITAS-Canada), le cardinal Gérald Cyprien Lacroix affirmait :

Développement et Paix a soutenu des milliers d’initiatives locales dans des domaines comme l’agriculture, l’éducation, l’action communautaire, la consolidation de la paix et la défense des droits humains dans soixante-dix pays. Il appuie les femmes dans leur recherche de justice sociale et économique. […]  Supplions notre Dieu par l’intercession de la Vierge Marie, des saints martyrs canadiens et de tous les saints et saintes de notre pays, d’envoyer sur nous un nouveau souffle de Pentecôte pour un renouveau en profondeur de notre foi et un accroissement de notre zèle apostolique et missionnaire.

  1. Forum des jeunes 2017

Un des éléments clefs du catholicisme au Canada fut certainement le Forum 2017 sur « Les jeunes, la foi et le discernement » qui, grâce à Sel et Lumière et tous ces généreux collaborateurs, a pu réunir des jeunes Canadiens d’un océan à l’autre pour discuter des enjeux qui les touchent. Voulant répondre aux nombreux appels du pape François pour une Église proche des gens, l’ensemble de l’Église canadienne s’est mis à l’écoute de cette jeunesse qui a soif d’engagements et qui trouve, malheureusement, difficilement sa place dans l’Église. L’élément le plus important de cette émission fut certainement le message vidéo du pape François aux jeunes Canadiens, dans lequel il leur a demandé :

« Ne vous laissez pas voler votre jeunesse. Ne permettez à personne de freiner ou obscurcir la lumière que le Christ met sur votre visage et dans votre cœur. Soyez les artisans de relations basées sur la confiance, le partage et l’ouverture et cela, jusqu’aux confins du monde. N’érigez pas des murs de division, n’érigez pas des mûrs de division! Construisez plutôt des ponts tels que vous le faites en ce moment par cet échange extraordinaire qui vous réunit d’un océan à l’autre. »

Se voulant une initiative d’abord canadienne, le Forum 2017 a eu un rayonnement international et peut être, selon moi, considéré comme l’élément déclencheur des activités de préparation au Synode des jeunes qui aura lieu à Rome en octobre 2018.

  1. Visite ad limina des évêques du Québec

L’année 2017 fut également l’année d’un pèlerinage important des évêques du Québec à Rome pour prier, réfléchir et rencontrer le successeur de Pierre ainsi que ses collaborateurs. Tous ayant eu la chance d’exprimer leur expérience de pasteur de leur église particulière, les évêques ont remis en main propre au pape François, un rapport sur la société québécoise dans lequel ils relatent, non seulement les défis actuels qui sont gigantesques mais également les signes d’espoir qu’ils discernent dans le Peuple de Dieu et la société en général. La réflexion portée par ce document peut être clairement résumée par l’un des paragraphes de l’introduction :

Tout en étant pasteurs pour le petit nombre — ce « petit troupeau » qui demeure attaché à l’Eglise d’une façon ou d’une autre — comment être à la fois apôtres et missionnaires dans ce Québec devenu sécularisé, diversifié, pluriel et pluraliste, qui a pour une bonne part rompu ses liens avec la tradition et l’héritage catholiques, qui cherche et choisit ses repères ailleurs que dans l’Évangile et pour qui la parole de l’Église est discréditée tant par les terribles scandales de nature sexuelle que par des enseignements qui lui paraissent dépassés, déconnectés et rétrogrades ? (p.i)

  1. Consécration de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde de Montréal

L’un des moments forts de cette année de prière au Québec fut certainement la consécration de la Cathédrale de Montréal par Mgr Christian Lépine le vendredi 13 octobre 2017. Durant plus de trois heures, les fidèles de l’archidiocèse se sont réunis autour de leur pasteur pour la consécration de ce monument incontournable du centre-ville de Montréal.

Diffusée en direct sur les ondes de Sel et Lumière, cette célébration avait pour but de souligner la dimension spirituelle du 375e anniversaire de la ville de Montréal. Comme le mentionne la lettre d’invitation de l’archevêque de Montréal : « la fondation de Montréal est un moment privilégié pour souligner la dimension spirituelle de l’origine de la ville et de son histoire, l’aspiration à vivre ensemble qui a été présente dès le début, la riche tradition de solidarité avec les pauvres et les malades. »

  1. Retour du Crucifix à l’hôpital du Saint-Sacrement de Québec

La présence de la foi dans toute société peut créer des frictions et même faire scandale. C’est ce qui s’est passé dans un hôpital de Québec. En effet, le conseil d’administration de l’établissement de santé Saint-Sacrement de Québec a voulu retirer un Crucifix accroché sur un des mûrs du hall d’entrée, créant ainsi un tollé de protestation dans l’ensemble de la société. Se terminant heureusement par un recul de l’administration, cet événement a été un point tournant dans la logique de sécularisation sévissant au Québec depuis 50 ans. Les Québécois ressentent en leur for intérieur à la fois une soif du spirituel et une volonté de redécouvrir et d’affirmer leur identité. Cette fierté retrouvée se manifestera certainement dans les années à venir. C’est à suivre…

  1. Les chants de Noël des prêtres avec Mario Pelchat

L’événement culminant de cette année fut certainement la série de concerts catéchèses d’un groupe de prêtres avec Mario Pelchat. Pendant environ un mois, les prêtres- chanteurs ont parcouru le Québec en entier afin de chanter les classiques religieux de Noël en compagnie du chanteur très connu et apprécié au Québec. Mettant en scène une crèche vivante devant au-delà de 50 000 personnes, les prêtres ont certainement mis en pratique les enseignements du pape François d’aller « au-dehors, aux périphéries ». En ce sens, vous pouvez visionner un reportage sur la vie de ces prêtres à Noël au lien suivant.

Église en sortie 8 décembre 2017

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis s’entretient avec le philosophe et auteur Charles Taylor sur la modernité, la sécularisation et du rôle de l’Église dans nos sociétés aujourd’hui. Et on vous présente un reportage sur le Salon du livre de Montréal 2017.

Une conférence pour la dignité des enfants dans le monde numérique

Le mardi 3 octobre, avait lieu, à l’université pontificale Grégorienne de Rome, l’ouverture officielle de la conférence sur la « Dignité des enfants dans le monde digital ». Pour l’occasion, dignitaires, politiciens, spécialistes et membres d’ONG et religieux sont réunis afin non seulement de manifester leur soutien à la cause de la protection des enfants mais également pour en apprendre un peu plus sur tous les dangers potentiels qui se trouvent au bout de leurs doigts lorsqu’ils surfent sur le net. Parmi les prises de parole, trois interventions ont particulièrement retenu l’attention.

Une approche multidisciplinaire et tournée vers l’action

S’est d’abord exprimé le père Hans Zollner s.j. Président du Centre pour la protection des mineurs de l’Université Grégorienne. Dans son allocution, l’organisateur principal de la conférence a démontré comment ce problème inédit de l’immense vulnérabilité des jeunes face aux médias sociaux nécessite une approche multidisciplinaire et multisectoriel : « Au-delà des disciplines et malgré la diversité des points de vue, nous sommes réunis par l’un des plus puissants principes qui tient l’humanité ensemble : la dignité des enfants » a-t-il affirmé.

Ainsi, ces deux jours d’écoute, de réflexion et de dialogue permettront aux participants de réaliser l’ampleur du problème et attireront l’attention du monde entier sur cette problématique : « Protéger les enfants est notre engagement ». Le problème est si grand qu’une action internationale et concertée s’avère incontournable. Tous doivent mettre la main à la pâte qu’ils soient gouvernements, industries du sport, de l’informatique, systèmes d’éducation et câblodistributeurs. C’est pourquoi une déclaration commune sera élaborée durant la conférence afin d’orienter et d’aider à la conscientisation aux dangers qui guettent de plus en plus d’enfants.

Un appui de taille

Le Cardinal secrétaire d’État du Vatican Pietro Parolin était également présent à l’ouverture de la conférence. Dans son allocution, il a tout d’abord manifesté l’appui du Saint-Siège à cette initiative : « L’Église doit travailler sur plusieurs fronts […] nous devons répandre et consolider une nouvelle culture de protection des enfants –une réelle protection- qui leur garantisse efficacement qu’ils peuvent grandir en santé et dans un environnement sécuritaire ».

Faisant écho aux mots choisis par le pape François pour décrire l’abus de mineurs, le Cardinal Parolin a terminé son intervention en montrant l’engagement de l’Église contre cette plaie sociale, en affirmant : « dénigrer l’enfant ou abuser d’enfants est pour le chrétien, non seulement un crime, mais aussi un sacrilège, une profanation de ce qui est sacré, à la présence de Dieu en chaque être humain.

Des solutions multisectorielles

L’une des interventions parmi les plus intéressantes fut, selon moi, celle de la baronne Joanna Shields qui a bien su démontrer l’urgence de la situation. Citant de nombreuses recherches, elle a souligné à quel point l’omniprésence des médias sociaux et leurs supports technologiques influencent les comportements, les relations, l’humeur, ayant même des conséquences biologiques sur le développement du cerveau. Elle affirme que « celle qu’on appelle la « iGeneration » dort moins, sort moins, se rencontre moins. Remettant à plus tard des comportements qui, pendant des décennies, marquaient la transition vers l’âge adulte […] des recherches montrent qu’une augmentation de temps passé devant les écrans est directement reliée au malheur ».

Ajoutant à cela le contenu souvent dégradant que l’on trouve sur internet tel que la pornographie, la présence de pédophiles et de prédateurs, le phénomène des bulles culturelles, les fausses nouvelles, il y a de quoi s’inquiéter. D’où, selon elle, l’importance d’une action globale et concertée. En ce sens, plusieurs solutions technologiques, politiques et judiciaires seront étudiées lors de cette semaine à l’Université grégorienne. Parmi ces initiatives, on retrouvera, bien sûr, au centre des conversations, l’organisation « Weprotect » fondée par Joanna Shields à la demande du gouvernement du Royaume-Unis et devenue un leader dans la lutte pour la protection des enfants dans le monde numérique.

Comme vous pouvez le constater, cette semaine dédiée à la protection des enfants dans le monde numérique n’est que le début d’une gigantesque entreprise. Devant l’immensité de la tâche, nous ne devons pas nous décourager mais y trouver une impulsion nouvelle vers l’engagement : « Si nous ne le faisons pas qui le fera ? » affirmait le père Zollner s.j. devant l’audience. Se joignant de tout cœur à cette cause, nous vous présenterons tout au long de la semaine des entrevues et des résumés des discutions de cette conférence internationale qui saura certainement influencer le monde dans la bonne direction.

Une autre semaine tragique sous le soleil de Satan

CNS photo/JJ Guillen, EPA

Cette semaine, l’actualité a eu tôt fait de nous rappeler l’aspect tragique de l’histoire. De Charlottesville à Barcelone, les médias continuent de manifester la difficile entente entre les hommes, la vigilance et l’effort constants dont doivent faire preuve nos sociétés pour éviter les débordements et maintenir l’État de droit. Nous qui, depuis la deuxième guerre mondiale, pensions être à l’abri du déferlement de violence et de négation des droits humains, nous sommes plongés dans ce que le pape François a, à plusieurs reprises, qualifié de « troisième guerre mondiale par morceaux ».

Devant ces actes horribles de racisme et de haine civilisationnelle, ni le système médiatique qui semble parfois aggraver sinon profiter des tensions actuelles, ni les gouvernements ne semblent être en mesure de rassembler autour d’une nouvelle « Common decency », et d’un seul cœur rester fidèle à la Déclaration des droits de l’homme. En peu de mots, nous sommes témoins d’un monde pris dans l’engrenage du soupçon et où le recours à la violence semble trouver de plus en plus de légitimité chez trop de gens.

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans notre monde ? Cette question, tous se la posent. En premier lieu, les odieux acteurs. Qu’ils soient racistes ou islamistes, ces terroristes s’entendent sur un point : « l’enfer c’est les autres ». Que ce soit la haine contre les différences ethniques, religieuses ou civilisationnelles, tous s’entendent pour enlever à d’autres hommes et femmes leur dignité humaine, légitimant ainsi de les priver de leurs droits fondamentaux, jusqu’au meurtre. Bien que cette exclusion fondamentale de l’humanité soit poussée aux extrêmes par certains groupes, notre société n’est-elle pas également contaminée par ce poison ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes souvent enclins à faire porter le blâme du mal sur d’autres personnes humaines ?

En porte-à-faux contre ces fausses réponses au problème du mal la foi catholique nous apprend que, bien que le péché ait une puissance sur l’homme, il n’en ait pas la source principale. Commentant la dernière demande du Notre Père, le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que « le Mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. Le  » diable  » (dia-bolos) est celui qui  » se jette en travers  » du Dessein de Dieu et de son  » œuvre de salut  » accomplie dans le Christ » (no 2851).

Contre un tel ennemi, la seule réponse possible est la prière puisque seul Dieu peut vaincre le Malin et son emprise sur l’humanité. Citoyens, lobbys, journaux, politiciens, Chefs d’État, conventions, juges, tous sont en eux-mêmes impuissants contre celui qui tente par tous les moyens de dresser les hommes les uns contre les autres. On m’aura bien compris, cette vérité n’enlève en rien à la responsabilité des hommes qui succombent à la tentation. Et on doit évidemment condamné, comme l’Église l’a toujours fait, toutes les idéologies infernales et mortifères tels que le nazisme et l’islamisme. Mais l’existence du mal en ce monde ne trouvera de solution que dans la Toute-puissance de la Grâce de Dieu. En ce sens, est donc primordial de renouer avec les paroles de l’apôtre Paul qui, dans l’épitre au Éphésiens (Ep 6, 10-20), nous enseigne que :

Enfin, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force.
Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable.
Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes.
Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon.
Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice,
les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix,
et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais.
Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu.
En toute circonstance, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles.

L’actualité mondiale des prochaines années risque d’être encore le triste spectacle du déferlement de la violence. Que ce soit par le racisme ou la haine civilisationnelle, l’exclusion de personnes ou le retrait de leur dignité et de leurs droits fondamentaux ne peut jamais être justifiée. Or, personne ne devrait se considérer hors de portée de cette tentation de l’exclusion, de ce Mal qui nous guette « comme un lion rugissant, qui rôdant, cherchant qui dévorer » (1 Pierre, 5,8).

Renouons donc avec cette rencontre avec le Prince de la Paix par un désir renouvelé pour la prière et l’amour du prochain.

Unis pour la protection des enfants

CNS photo/David Maung, EPA

Du 3 au 6 octobre prochain, se tiendra à l’Université pontificale grégorienne de Rome le Congrès mondial sur « La dignité des enfants dans le monde digital ». Organisée par le « Centre pour la protection des enfants » de cette Université des Jésuites qui n’a plus besoin de présentation, cette conférence internationale permettra auxacteurs universitaires, gouvernementaux, ecclésiastiques et représentants de diverses ONG de faire le point sur l’état actuel du respect de la dignité des mineurs sur internet.

Des défis inédits

Ce congrès aura d’abord pour but de dresser un portrait de la situation actuelle. Dans une entrevue accordée à nos collègues de Rome Reports, le père Hans Zollner s.j., organisateur de la conférence, explique comment la place de plus en plus importante d’internet dans notre monde n’est pas sans danger. En effet, bien que les nombreux avantages de ce moyen de communication soient indéniables, plusieurs problématiques nouvelles ou déjà existantes y trouvent un lieu de prolifération qui doit nous inquiéter.

En effet, on trouve d’une part, plusieurs phénomènes nouveaux comme celui des « sexting » ou de la « sextortion » découlant d’un mauvais usage des médias sociaux, spécialement chez les adolescents. D’autre part, par l’immense portée d’internet, des « images et vidéos d’abus sexuels peuvent trouver acheteurs partout sur la planète »[5], d’où la croissance de la criminalité.

Une nécessaire convergence

Devant l’ampleur que prennent de tels phénomènes, il est primordial d’enclencher une réflexion globale sur le sujet. Pour lutter efficacement pour la défense de la dignité des enfant sur le continent digital, une « convergence » doit avoir lieu entre spécialistes et les différents acteurs. D’où l’importance des rencontre internationales telle que celle qui se tiendra à l’Université grégorienne.

C’est pourquoi « compagnies de logiciels, médias sociaux, avocats, enquêteurs, policiers, psychologues, psychiatres, sociologues, ONG, Église, législateur, etc. pourront travailler ensemble et discuter de ce qui peut être mis de l’avant en termes de moyens et mesures afin que les jeunes soient mieux protégés… »[6].

De plus, considérant les statistiques alarmantes des images et différents forums de pédophiles qui se retrouvent sur internet (« quelque 200 000 clics par mois pour une site de nouvelles pour pédophiles »), la situation nécessite une approche holistique.

En ce sens, plusieurs panels seront organisés pour approfondir certaines questions fondamentales sur le sens de la vie privée aujourd’hui, du droit à l’intégrité, sur les différentes atteintes à la réputation et les différentes dépendances liées à l’usage d’internet, etc. Des jeunes seront également présents pour témoigner de leur réalité de jeunes dans le monde virtuel.

Une approche multisectorielle

Selon le père Zollner s.j, l’urgence et l’étendue de la problématique demandent une approche globale mettant à contribution tous les secteurs d’activités dont trois sont particulièrement soulignés. En effet, des éléments de solution doivent venir du monde technologique par le « développement de logiciels qui empêchent les abus sur les jeunes »[8]. Deuxièmement, il est impératif de miser sur l’éducation auprès des enfants, familles et des parents. En ce sens, mettre en place des programmes d’information « pour aider les jeunes ni à vendre leur âme ni leur corps; afin qu’ils ne nuisent ni à eux-mêmes ni aux autres »[9].

De plus, on ne peut faire l’économie d’une approche gouvernementale et législative. Sera donc discutée la possibilité d’instaurer « un système de lois supranational qui n’existe pas à l’heure actuelle »[10] tout en soulignant la nécessité d’approche à court terme telle que l’amélioration de la collaboration entre les gouvernements, instances policières et internationale comme Interpol ou l’ONU afin de protéger les victimes à l’heure actuelle.

Devant l’ampleur des défis qui s’imposent, la conférence émettra donc au nom des participants une « Déclaration sur la Dignité de l’enfant dans le monde digital » qui pourra servir de ligne directrice pour les instances du monde. Ce qui permettra une plus grande conscientisation ainsi qu’une éventuelle uniformisation des règles de protections des enfants. Fait important à noter, cette Déclaration sera remise au pape François à la fin de la Conférence lors d’une audience où le Saint-Père pourra également s’exprimer sur la question devant les participants rassemblés.

Sel et Lumière au premier rang

Au côté du pape François et de tous les acteurs sociaux engagés dans cette lutte pour la protection des enfants dans le monde digital, Sel et Lumière est fier de s’associer au Centre pour la protection de l’enfance (CCP) de l’Université grégorienne dans sa mission « de fournir des ressources pédagogiques aux personnes travaillant dans le domaine de la protection des mineurs ». À la demande du Vatican et de l’Université grégorienne, Sel et Lumière sera donc sur place à Rome pour couvrir cette conférence incontournable. Ainsi, du 3 au 6 octobre, le père Thomas Rosica c.s.b. et moi-même nous vous présenterons des entrevues exclusives avec les spécialistes, les autorités et les personnalités politiques présents. Un rendez-vous à ne pas manquer.