Le lent progrès de l’accroissement du Royaume de Dieu

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Réflexion biblique pour le 11e dimanche du temps ordinaire (année B)

La croissance des plantes, des arbres, des fleurs et du gazon se produit tranquillement et silencieusement, sans que nous nous en rendions compte. Cette réalité imprègne l’ensemble des lectures de ce dimanche (Ézéchiel 17, 22-24; Psaume 92; Marc 4, 26-34). Regardons chacun de ces textes en appliquant l’image de la croissance des plantes à celle du Royaume de Dieu au milieu de nous.

La première lecture, tirée du livre d’Ézéchiel (17, 22-24), est une partie d’une plus large allégorie combinant des fables sur la nature avec des jugements concrets sur l’histoire. Cela permet ainsi au prophète d’inclure la promesse d’une restauration future dans le contexte historique de l’expérience de Juda. Au sein du grand exil d’Israël, Ezéchiel sait que Dieu accomplit l’inattendu, soit faire grandir le petit arbre et rapetisser le grand. Le grand cèdre représente le roi de Juda et les trois autres arbres, les rois des nations des alentours. Dieu plantera sur le Mont de Sion à Jérusalem, un jeune et tendre brin de cèdre provenant du sommet du même grand cèdre. Cela fait référence au dernier roi ou Messie qui surgira de la maison de David. Ce roi sera couronné à Jérusalem, au sommet de la plus grande montagne d’Israël (2 Samuel 7,13). Plusieurs autres nations viendront et trouveront refuge auprès de ce nouveau royaume.

Le Dieu d’Israël accomplit toujours l’inattendu, il fait grandir le petit arbre et rapetisse le grand. Dieu fait fleurir des régions désertiques et fait flétrir ce qui semble superficiellement florissant (Ézéchiel 17, 24). Dieu restaure les cœurs brisés et les espoirs perdus. Quoi que les mots du prophète Ézéchiel se réfèrent en premier lieu, aux espoirs de l’ancien Israël, ils résonnent toujours au milieu de nous aujourd’hui. Bien que la dynastie terrestre de David disparaîtra, les espoirs de David se réaliseront d’une manière plus glorieuse que ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer!

Nous croyons que la réalisation du royaume de Dieu se trouve en Jésus de Nazareth, Fils d’Abraham et Fils de David, qui est venu pour établir son royaume au milieu de nous. Le Royaume de Dieu en Jésus grandit d’une manière mystérieuse et cachée, indépendamment de nos efforts humains. Les mots du prophète Ézéchiel remuent nos cœurs et nos esprits en nous rappelant la fidélité constante de Dieu, spécialement lorsque la croissance semble subir quelques délais ou semble tout à fait impossible : « Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai » (Ez 17, 24).

Le juste grandira aussi grand que le palmier

Le psaume 92 est un psaume vantant la grandeur de la providence divine. Deux images dominantes se trouvent dans ce psaume : le cèdre et le dattier. Alors que le dattier peut porter du fruit, il lui manque la force et l’endurance du cèdre. Le cèdre est puissant mais il ne peut porter de fruit. En terre biblique, le palmier et l’imposant cèdre du Liban suggèrent force, justice, rigueur et beauté. Tous deux, le dattier et le cèdre sont plantés délibérément dans la maison du Seigneur. C’est là, dans le sanctuaire de la Loi, qu’ils trouvent leurs racines. C’est de là qu’ils tirent toute leur vigueur et leur force. Les deux arbres sont présentés comme des modèles pour ceux qui désirent vivre des vies de droiture et de justice, solidement plantés dans la présence de Dieu.

Notre terre natale, c’est le Seigneur

C’est en parlant du mystère de notre union avec la mort et la résurrection du Christ (2 Cor 5, 6-10) que Saint Paul introduit le thème des prophéties d’Ézéchiel. Paul fait face à la peur de sa propre mort et admet sa difficulté à réconcilier ses désirs apparemment contradictoires « d’être uni à son corps et loin du Seigneur » ou « loin de son corps et à la maison avec le Seigneur ». Sa confiance émerge de sa foi. Dans cette vie, nous sommes séparés du Christ. C’est pour cette raison que Paul préfèrerait la mort en étant « séparé de mon corps, à la maison avec le Seigneur ». En ce sens, nous sommes présentement comme des citoyens en exil, loin de notre maison. Le Seigneur est notre lointaine terre natale, crue mais non pas vue (7). Paul affirme sa confiance en comparant ce qui a une valeur permanente de ce qui ne fait que passer. Paul en arrive au point de considérer que les souffrances du temps présent ne sont pas des raisons valables pour abandonner l’apostolat puisque la vraie maison de tous les croyants est ailleurs.

Cela vaut aussi pour nous. Dieu nous attire mystérieusement vers notre maison du ciel. De la demeure terrestre, nous préparons notre arrivée au paradis. Nous avançons constamment, instillant en nous un profond désir d’être avec le Seigneur alors qu’étant toujours ici-bas, nous sommes toujours faits de chair. Le message de Paul parle à chacun de nous puisque c’est dès aujourd’hui que nous nous préparons pour notre maison du ciel. En effet, notre manière de vivre ici et maintenant notre relation avec le Seigneur est une bonne indication du comment nous passeront l’éternité avec Lui.    

L’assurance de la récolte

Dans ce récit très connu du semeur de l’Évangile, Jésus annonce l’accomplissement des espoirs d’Ézéchiel, bien que la réalisation de ce royaume fut produit d’une manière qu’Ézéchiel aurait pu difficilement imaginer. En effet, ce royaume ne serait pas enraciné dans une réalité géographique ou politique mais plutôt dans le cœur des hommes. Dans la parabole du semeur (Mc 4, 26-34), Marc fait le lien entre deux paraboles de Jésus en utilisant, pour parler du royaume de Dieu, l’image de la semence qui pousse. Dans la parabole de la semence qui grandit (26-29), Marc compare la relative inactivité du fermier avec l’assurance de la récolte. Le semeur a seulement besoin d’une chose : attendre que la récolte atteigne la maturité pour ensuite moissonner. Seul Marc fait référence à la parabole de la semence qui grandit (26-29). Semeur et moissonneur sont pareils. L’emphase est mise sur le pouvoir qu’a la semence de grandir par elle-même indépendamment de l’intervention humaine (27). Mystérieusement, la semence produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi (28). Ainsi, le royaume de Dieu qui a commencé par Jésus qui proclame la parole se développe tranquillement mais sûrement jusqu’à ce qu’il soit totalement établi au jugement dernier (29).

La graine de moutarde

La deuxième parabole est plus connue. Jésus utilise l’image de la graine de moutarde pour montrer le commencement du royaume en exagérant, à la fois, la petitesse de la graine de moutarde et la grandeur du plant de moutarde. La graine de moutarde n’est vraiment pas la plus petite graine et son plant n’est qu’un arbuste! Jésus utilise cette image pour montrer que le royaume va grandir et fleurir même si le commencement semble être très petit et insignifiant. La semence qui se trouve dans les mains de Jésus est petite, simple et n’impressionne personne. Mais voilà à quoi le royaume de Dieu ressemble.

De ces petites graines vont jaillir de grands succès pour le royaume de Dieu et pour la Parole de Dieu. Puisque la récolte symbolise le jugement dernier, il est possible que la parabole s’occupe aussi de la question brûlante du lent progrès de la croissance du royaume de Dieu, spécialement lorsque cette croissance est empêchée par les persécutions, les échecs, ou par le péché. La patience est toujours démise devant d’humbles commencements. Jésus rassure la foule en lui disant que la croissance va venir mais ce n’est qu’à la moisson que le fermier va réapparaître. La croissance du royaume de Dieu est le résultat de la puissance de Dieu, pas de la nôtre. Comme la petite graine de moutarde, le royaume de Dieu est quelque chose qui commence petitement.

Le Seigneur utilise l’image vive de la graine de moutarde pour parler de notre foi. Lorsque nous avons la foi, le Seigneur accomplit de grandes choses en nous. Lorsque nous nous prenons nous-mêmes et nos efforts trop au sérieux, cherchant par nos plans et nos programmes à « mettre de l’avant le royaume de Dieu », nous partons frustrés et tristes. Nous ne devons jamais oublier que c’est le Seigneur qui sème, qui nourrit et qui moissonne la récolte.

Nous ne sommes que des servants de la vigne. Prions le Seigneur de bien vouloir bénir le désir qu’Il a Lui-même planté profondément dans nos cœurs. Comme la graine de moutarde grandit au point de donner refuge aux oiseaux, que nos familles et nos communautés chrétiennes soient le signe du Royaume et qu’ainsi chaque personne de nos communautés soit protégée, respectée et aimée.

L’agrandissement silencieux mais vigoureux de l’Église

Je fus très surpris par le pape Benoît XVI lorsqu’il a utilisé l’image de la graine de moutarde lors d’une entrevue avec des journalistes dans l’avion en direction de Madrid en Espagne pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, le 18 août 2011. En effet, on avait alors demandé au Saint-Père comment les fruits des JMJ pouvaient être assurés pour le futur? Est-ce que les Journées mondiales de la jeunesse produisent des fruits qui durent plus longtemps qu’un simple éclat d’enthousiasme momentané ? Le pape Benoît avait répondu à cette question par ces paroles:

« Dieu sème toujours en silence. Cela n’apparaît pas tout de suite dans les statistiques. Le grain que le Seigneur met en terre avec les JMJ est comme celui dont parle l’Évangile: quelque chose tombe sur la route et se perd, quelque chose tombe sur la pierre et se perd, quelque chose tombe dans les ronces et se perd, mais quelque chose tombe dans de la bonne terre et porte beaucoup de fruits.

Il en est de même avec les JMJ aussi: beaucoup se perd et cela est humain. Pour reprendre d’autres paroles du Seigneur, le grain de sénevé est petit mais grandit et devient un grand arbre. En d’autres termes encore, il est évident que l’on perd beaucoup, on ne peut pas dire tout de suite qu’une grande croissance de l’Église reprendra dès demain. Dieu n’agit pas ainsi. Mais la croissance — une grande croissance — se fait en silence. Je sais que les autres JMJ ont fait naître de grandes amitiés, des amitiés pour la vie; beaucoup de nouvelles expériences de la présence de Dieu. Nous avons confiance en cette croissance silencieuse. Nous croyons, même si les statistiques n’en parleront pas beaucoup, que la semence du Seigneur grandit vraiment et sera pour un très grand nombre de personnes le début d’une amitié avec Dieu et avec les autres, d’une universalité de la pensée, d’une responsabilité commune qui montre vraiment que ces journées portent du fruit »

À ces paroles je dis AMEN! Alleluia!

 

Questions

  • À quel moment récemment Dieu a-t-il agi dans ma vie en y apportant des résultats inattendus?
  • Quelles sont les conditions nécessaires pour que la Parole de Dieu soit entendue?
  • Quand ai-je été déçu du faible accroissement du Royaume de Dieu? Et pourquoi?
  • Quelle est mon expérience des Journées Mondiales de la Jeunesse ou d’autres grands événements de l’Église catholique.

Comments

  1. Michel Lebel says:

    Je n’ai pas une conception aussi passive, puis-je dire, de la vocation de tout chrétien: à sa façon, celui-ci sème, il doit semer lui aussi. Dieu a également besoin de tous ses enfants pour construire le Royaume. Par des petites actions comme par des grandes. L’homme accompagne Dieu, qui amène le fruit à maturité.

    Michel Lebel

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