Écouter la voix du Bon Pasteur

Lost sheep

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le quatrième dimanche de Pâques C (17 avril 2016)

Alors que nous nous éloignons du jour de la résurrection du Christ, les lectures de la liturgie des dimanches du temps pascal nous aident à comprendre ce qui est arrivé à Jésus et à l’Église à travers son triomphe sur la mort. Au deuxième dimanche de Pâques, nous avons contemplé soigneusement les blessures du Christ et renouvelé nos liens d’amitié avec lui, à table dans la chambre haute, verrouillée.

Le troisième dimanche de Pâques cette année nous a permis d’entrer dans l’intimité de la scène au bord du rivage, nous menant au travers des ruines du déni et du désespoir, et nous offrant une occasion de nous réengager à aimer le Christ en tant qu’amis.

Au quatrième dimanche de Pâques, nous rencontrons le Bon Pasteur qui est réellement le beau et noble berger qui connaît intimement son troupeau. Le « Dimanche du Bon Pasteur » est aussi la Journée mondiale de prière pour les vocations dans l’Église. Dans les trois cycles liturgiques, le quatrième dimanche de Pâques nous présente un passage de l’évangile de Jean au sujet du Bon Pasteur.

Dans l’Ancien Testament, Dieu lui-même est representé comme le berger de son peuple « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien´ (Psaume 22,1). » « Il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main (Psaume 94,7). » Le futur Messie est décrit aussi par l’image du berger : « Comme un berger il nourrit son troupeau, de son bras il rassemble les agneaux dans ses bras, les portant sur son sein, et guidant les brebis avec soin (Isaie 40,11). »Dans la Bible et l’ancien Proche Orient, le « berger » était aussi un titre politique qui obligeait les rois à pourvoir aux besoins de leurs sujets. Le titre avait une connotation de grand souci et de dévouement pour les autres. Berger et hôte sont les deux images très présentes en toile de fond du désert, où le protecteur des moutons est aussi celui des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La tige ou petite baguette est une arme de défense contre les animaux sauvages, alors que le bâton est un instrument de soutien; ils symbolisent le souci et la loyauté.

L’image idéale du Bon Pasteur

L’image idéale du Bon Berger trouve son accomplissement en Jésus-Christ. Il est le « Bon Pasteur » qui va à la recherche de la brebis perdue; il a de la compassion pour le peuple parce qu’il les voit « comme des brebis sans berger » (Matthieu 9, 36); il appelle ses disciples « le petit troupeau » (Luc 12, 32). Pierre appelle Jésus « le grand berger » et la lettre aux Hébreux parle de lui comme « le berger des brebis, Pasteur par excellence »

Aujourd’hui le passage de l’évangile (Jean 10, 27-30) met en lumière deux caractéristiques importantes du rôle de Jésus en tant que pasteur. La première a à faire avec la connaissance réciproque entre les brebis et le berger: « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent ». Les brebis restèrent durant plusieurs années en compagnie du berger qui connaît la personnalité de chacune et leur donne des noms affectueux. Ainsi en est-il avec Jésus et ses disciples : il connaît ses disciples « par leur nom » intimement. Il les aime d’un amour personnel il traite chacun comme s’il était le seul qui existait pour lui.

Il y a aussi un second aspect de la vocation du pasteur dans l’évangile d’aujourd’hui. Le berger donne sa vie pour ses brebis et personne ne peut les lui enlever. Les animaux sauvages et les voleurs sont un cauchemar et une menace constante pour les bergers d’Israël. On reconnaît ici la différence entre le vrai pasteur qui guide le troupeau de la famille et le mercenaire qui travaille seulement pour recevoir sa paie, qui n’aime pas et qui bien souvent, déteste les brebis. Lorsque le mercenaire est confronté au danger, il fuit et laisse les brebis à la merci du loup ou des bandits ; le vrai berger fait face courageusement au danger pour sauver son troupeau.

Les brebis sont loin d’être une responsabilité pour le Bon Pasteur: elles sont l’objet de son amour et de son souci. Aussi, la dévotion du pasteur pour elles est totalement dénuée d’égoïsme ; le Bon Pasteur préfère mourir pour ses brebis plutôt que de les abandonner. Pour le mercenaire, les brebis sont simplement utilitaires, à surveiller seulement pour qu’elles produisent de la laine et des agneaux.

La foi est un don de Dieu

L’évangile d’aujourd’hui nous présente l’un des plus profonds mystères de l’esprit humain. La foi, l’habileté d’entendre et de suivre un appel est un don de Jésus et un don pour ceux qui le suivent. Pourquoi quelques-uns peuvent entendre ce qui guide à la foi? Pourquoi certains sont-ils capables de reconnaître le Père dans les paroles de Jésus? La seule réponse offerte est que la foi est un don. Notre Dieu et son Fils sont des pasteurs qui prennent soin de nous, nous connaissent et même nous aiment dans nos entêtements, notre surdité et notre déviance. Nous réjouissons-nous réellement d’entendre la voix du Bon Pasteur ?

Les caractéristiques fondamentales du Pasteur

Il me vient à l’esprit l’enseignement profond sur le Bon Pasteur que nous avait offert le pape Benoît XVI lors de la messe d’inauguration de son ministère pétrin il y a cinq ans, le dimanche 24 avril 2005 au Vatican. Dans sa première homélie en tant que successeur de Pierre, le Benoît XVI a dit :

Une des caractéristiques fondamentales du pasteur doit être d’aimer les hommes qui lui ont été confiés, comme les aime le Christ, au service duquel il se trouve. «Sois le pasteur de mes brebis», dit le Christ à Pierre, et à moi, en ce moment. Être le pasteur veut dire aimer, et aimer veut dire aussi être prêt à souffrir. Aimer signifie: donner aux brebis le vrai bien, la nourriture de la vérité de Dieu, de la parole de Dieu, la nourriture de sa présence, qu’il nous donne dans le Saint-Sacrement.

Il poursuit :

La parabole de la brebis perdue que le berger cherche dans le désert était pour les Pères de l’Église une image du mystère du Christ et de l’Église. L’humanité – nous tous – est la brebis perdue qui, dans le désert, ne trouve plus son chemin. Le Fils de Dieu ne peut pas admettre cela; il ne peut pas abandonner l’humanité à une telle condition misérable. Il se met debout, il abandonne la gloire du ciel, pour retrouver la brebis et pour la suivre, jusque sur la croix. Il la charge sur ses épaules, il porte notre humanité, il nous porte nous-mêmes. Il est le bon pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis.

Les déserts externes et internes

…La sainte inquiétude du Christ doit animer tout pasteur: il n’est pas indifférent pour lui que tant de personnes vivent dans le désert. Et il y a de nombreuses formes de désert. Il y a le désert de la pauvreté, le désert de la faim et de la soif; il y a le désert de l’abandon, de la solitude, de l’amour détruit. Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme. Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi, les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction. L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude.

Chers amis – en ce moment je peux seulement dire: priez pour moi, pour que j’apprenne toujours plus à aimer le Seigneur. Priez pour moi, pour que j’apprenne à aimer toujours plus son troupeau – vous tous, la Sainte Église, chacun de vous personnellement et vous tous ensemble. Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups. Priez les uns pour les autres, pour que le Seigneur nous porte et que nous apprenions à nous porter les uns les autres.

La tâche du Pasteur

…Seulement lorsque nous rencontrons dans le Christ le Dieu vivant, nous connaissons ce qu’est la vie. Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l’évolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire. Il n’y a rien de plus beau que d’être rejoints, surpris par l’Évangile, par le Christ. Il n’y a rien de plus beau que de le connaître et de communiquer aux autres l’amitié avec lui. La tâche du pasteur, du pêcheur d’hommes, peut souvent apparaître pénible. Mais elle est belle et grande, parce qu’en définitive elle est un service rendu à la joie, à la joie de Dieu qui veut faire son entrée dans le monde.

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