Vidéo des intentions de prière du Pape octobre 2017

Puissions-nous toujours respecter la dignité et les droits des travailleurs, dénoncer les situations dans lesquelles ces droits sont menacés, et œuvrer au progrès authentique de l’homme et de la société. Prions pour le monde du travail afin que le respect et la sauvegarde des droits soient assurés à tous et que soit donnée aux chômeurs la possibilité de contribuer avec un emploi à l’édification du bien commun.
Réseau Mondial de Prière du Pape (Apostolat de la Prière – https://www.preierdupape.net). Si vous souhaitez visionner les autres vidéos des intentions du Pape, elles sont disponibles sur https://lavideodupapa.org Avec la collaboration du Centre de Télévision du Vatican (http://www.ctv.va) Idée et réalisation : http://www.lamachi.com

Échos du Vatican

Découvrez dans cette émission les visites, les rencontres et autres activités qui ont rythmé la semaine au Vatican.

CECC 2017: Homélie du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix cathédrale Notre-Dame d’Ottawa

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix lors de la Messe de la Fête des saints Martyrs canadiens et de consécration des diocèses du Canada au Coeur Immaculé de Marie. Cette célébration réunissait en la Basilique-cathédrale Notre-Dame d’Ottawa, les évêques du Canada lors de l’Assemblée plénière annuelle. Elle fut notamment célébrée lors du 150e anniversaire de la Confédération du Canada et le 50e anniversaire de Développement et Paix :

« Vivre habités par l’esprit du Verbe incarné »

Chers frères et sœurs, Dear brothers and sisters,

Dans une lettre à son fils Claude à l’automne 1649, sainte Marie de l’Incarnation écrit ces lignes au sujet des jésuites, martyrs canadiens : «Ils avaient l’esprit du Verbe incarné. C’est cet esprit qui fait courir par terre et par mer les ouvriers de l’Évangile et qui les fait martyrs vivants avant que le fer et le feu ne les consument1. » (Sainte Marie de l’Incarnation, Lettre à son fils Claude, 1649, CXXIII.)  Des martyrs vivants… c’est-à-dire, des disciples de Jésus qui ont déjà donné leur vie pour le Christ et pour l’avancement du Royaume de Dieu dans ce pays en train de naître, sans attendre le moment du témoignage ultime par le martyre pour être livrés au Christ.

Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

Dans notre spiritualité chrétienne, la mort et la vie se côtoient. Et la mort n’a pas eu le dernier mot car le Christ est ressuscité au troisième jour. Le mystère pascal est le cœur de notre foi, la fondation sur laquelle est bâtie toute notre vie. C’est cette espérance fiable qui permet d’aller jusqu’au bout dans l’amour. Le Père Christophe de Tibhirine, ce moine cistercien assassiné en Algérie et dont le film Des hommes et des dieux a ravi la planète disait peu de temps avant son martyre : « Je suis ressuscité, je peux mourir. » Les saints martyrs canadiens étaient certainement habités par cette conviction profonde, dans la foi, que leur vie porterait du fruit parce qu’elle était livrée et donnée, en profonde communion avec leur Sauveur, Jésus Christ.

Saint John Paul II at the Canadian Shrine of the North American Martyrs in 1984 during his first visit to Canada said:

« They, like Paul, had come to consider the love of Christ as the greatest of all treasures. And they, too, believed that the love of Christ was so strong that nothing could separate them from it, not even persecution and death. The North American Martyrs, then, gave up their lives for the sake of the Gospel – in order to bring the faith to the native people whom they served ».

Today, as we come together in our nation’s capital to celebrate the Holy Eucharist, we give thanks to the Lord for the many saints, holy men and women who, like the Canadian Martyrs, came to the New World, bringing with them the Good News of Jesus Christ. We can literally say that our country was founded by saints. The Gospel they brought from Europe was not only in Bibles and in books; it was deeply rooted in their lives. They were bearers of the Good News. And that is why they were able to witness faithfully and persevere in the midst of many trials.

It is good to recall our roots as we celebrate the 150th Anniversary of Confederation of Canada. Jean Vanier, a great Canadian, had this to say about this year’s celebration: « There is something wonderful in the celebration of Canada, to celebrate faith. Faith is that belief that every person – whatever the culture, whatever the religion – is important, and to enter into a relationship with that person. And not just to see them as citizens of the same country, but as brothers and sisters in humanity. In my Christian faith, obviously, to love God and to love neighbor is somewhere at the heart of everything. […] We can come from different faiths, but there’s that belief that you, a Canadian, you’re more beautiful than you dare imagine ».2 (Jean Vanier, message vidéo : http://www.faithincanada150.ca)

Je suis convaincu que ces paroles résonnent encore au plus profond du cœur d’un grand nombre de canadiens et de canadiennes. L’Évangile est cette source inépuisable où nos saints fondateurs se sont abreuvés et où nous-mêmes pouvons encore y puiser pour trouver la lumière, la force et le courage de poursuivre la mission d’évangélisation avec ardeur. Cette source coule toujours. Elle nous offre l’eau vive de la vie en abondance.

Jésus dit encore : « Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. » « Se détacher » de sa vie signifie être prêt à prendre des risques pour l’amour de Celui qui est la Vie. Si l’Évangile est proclamé ici en Amérique du Nord depuis plus de quatre siècles, c’est précisément à cause d’hommes et de femmes, des amoureux de la Vie, qui ont osé tout donner pour la mission. À la base de l’œuvre d’évangélisation chez nous, il y a un témoignage de foi profonde vécue souvent dans l’héroïcité.

C’est parce que nous aimons la vie et que nous sommes en relation avec Celui qui est la Vie que nous pouvons en arriver à vouloir, comme Lui, livrer la nôtre, la donner par amour et nous associer à son œuvre de salut.

Notre cher pape émérite Benoît XVI écrivait dans son encyclique sur l’espérance : « Celui qui est touché par l’amour commence à comprendre ce qui serait précisément ‟vie”. Il commence à comprendre ce que veut dire la parole d’espérance que nous avons rencontrée dans le rite du Baptême : de la foi j’attends la ‟vie éternelle” – la vie véritable qui, totalement et sans menaces, est, dans toute sa plénitude, simplement la vie. Jésus, qui a dit de lui-même être venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en plénitude, en abondance (cf. Jn 10, 10), nous a aussi expliqué ce que signifie ‟la vie” : ‟La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ” (Jn 17, 3). La vie dans le sens véritable, on ne l’a pas en soi, de soi tout seul et pas même seulement par soi : elle est une relation. Et la vie dans sa totalité est relation avec Celui qui est la source de la vie. Si nous sommes en relation avec Celui qui ne meurt pas, qui est Lui-même la Vie et l’Amour, alors nous sommes dans la vie. Alors nous ‟vivons”3. » (Benoît XVI, Spe Salvi, no 27.)

A Christian who maintains and nourishes a meaningful relationship with the Lord of Life necessarily learns to open his heart to others, to the men and women with whom he shares his life on this earth. It is the great commandment inherited from the Old Testament that Jesus puts in center stage in his teaching: the love of God and the love of neighbor. Pope Francis writes in his Apostolic

Exhortation, The Joy of the Gospel: « The Church, guided by the Gospel of mercy and by love for mankind, hears the cry for justice and intends to respond to it with all her might. In this context we can understand Jesus’ command to his disciples: “You yourselves give them something to eat!” (Mk 6:37): it means working to eliminate the structural causes of poverty and to promote the integral development of the poor, as well as small daily acts of solidarity in meeting the real needs which we encounter. The word ‘solidarity’ is a little worn and at times poorly understood, but it refers to something more than a few sporadic acts of generosity. It presumes the creation of a new mindset which thinks in terms of community and the priority of the life of all over the appropriation of goods by a few ».4 (Francis, EG, no 188)

Au Canada, c’est l’organisme Développement et Paix qui, depuis cinquante ans, porte de façon spéciale cette mission. Fondée par la Conférence des évêques catholiques du Canada, Développement et Paix a soutenu des milliers d’initiatives locales dans des domaines comme l’agriculture, l’éducation, l’action communautaire, la consolidation de la paix et la défense des droits humains dans soixante-dix pays. Il appuie les femmes dans leur recherche de justice sociale et économique.

Aujourd’hui, en ce jubilé d’or, nous rendons grâce à Dieu pour tant de personnes qui ont œuvré et qui continuent d’être engagées pour bâtir un monde plus juste. À ce moment de l’histoire où la paix est si menacée et que grondent les bruits de guerre à plusieurs endroits sur notre terre, les paroles prophétiques du bienheureux pape Paul VI résonnent avec encore plus d’actualité : « Le développement est le nouveau nom de la paix 5. » (Paul VI, Populorum progressif, no 87)

Puisque nous voulons vivre pleinement notre vocation de baptisés et notre mission au cœur du monde de notre temps, nous, les évêques catholiques du Canada, avons décidé de consacrer nos communautés diocésaines et notre pays au Cœur immaculé de la bienheureuse Vierge Marie, comme l’ont fait les missionnaires jésuites, aux premières heures de l’évangélisation en Nouvelle- France. Prière empreinte de foi et de confiance en la Mère de notre Sauveur, Jésus Christ. Comme l’affirme le pape François : « Nous la supplions (la Vierge Marie) afin que, par sa prière maternelle, elle nous aide pour que l’Église devienne une maison pour beaucoup, une mère pour tous les peuples, et rende possible la naissance d’un monde nouveau 6. » (François, EG, no 288)

By this prayer of consecration to the Blessed Virgin Mary, we pray that our country may be protected from the horrors of war and that our people may be more open to welcome into their lives the Good News which is not a doctrine or a philosophy, but is Someone: Jesus Christ. We also pray that we may become missionary disciples, available and willing to share the treasure of our faith.

En communion avec tous les frères et sœurs qui se joignent à nous dans la prière aujourd’hui, présents ici en cette Basilique-cathédrale Notre-Dame d’Ottawa ou encore grâce à la Télévision Sel & Lumière, supplions notre Dieu par l’intercession de la Vierge Marie, des saints martyrs canadiens et de tous les saints et saintes de notre pays, d’envoyer sur nous un nouveau souffle de Pentecôte pour un renouveau en profondeur de notre foi et un accroissement de notre zèle apostolique et missionnaire.

C’est l’heure d’évangéliser pour que la joie de l’Évangile rayonne partout dans ce grand pays ! C’est ce que nous avons de meilleur à offrir au peuple canadien que nous aimons tant et dans lequel nous sommes engagés à vivre et servir.

Assemblée plénière 2017 de la Conférence des évêques catholiques du Canada

La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) tiendra son assemblée plénière annuelle du 25 au 29 septembre 2017 au Centre Nav Canada à Cornwall, en Ontario, dans le diocèse d’Alexandria-Cornwall. Télévision Sel + Lumière diffusera les événements en direct en ligne et à la télévision. Plus: http://seletlumieretv.org/cecc

Le Pape François loue la figure de sainte Françoise-Xavière Cabrini

« Les grandes migrations d’aujourd’hui ont besoin d’un accompagnement plein d’amour et d’intelligence comme ce qui caractérise le charisme cabrinien, en vue d’une rencontre des peuples qui enrichisse tout le monde et génère union et dialogue et non séparation et hostilité.» Le Pape François rend hommage à la mémoire de sainte Françoise-Xavière Cabrini, patronne des migrants, et fondatrice des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, à l’occasion du centenaire de sa mort.

Il a envoyé le 29 août 2017 une lettre, rendue publique seulement ce mardi 19 septembre, à la Supérieure générale de la congrégation à l’occasion de l’assemblée générale qui se tient à Chicago jusqu’au 23 septembre. Dans ce message, le Pape revient sur le parcours et l’œuvre de cette Italienne, née en 1850 en Lombardie, envoyée aux États-Unis par Léon XIII pour y assister les émigrés italiens. Elle meurt en 1917 dans son pays d’adoption dont elle deviendra la première sainte, en 1946.

Un charisme singulier

« Former et envoyer dans le monde entier des femmes consacrées, avec un horizon missionnaire sans limites, pas simplement comme des auxiliaires d’instituts religieux ou de missionnaires hommes, mais avec son propre charisme de consécration féminine, tout en étant pleinement et totalement disponibles à collaborer avec les Églises locales et les différentes congrégations qui se consacraient à l’annonce de l’Évangile ad gentes » : c’est ainsi que le Pape François décrit la vocation de sainte Françoise-Xavière Cabrini.

Il salue le nombre et l’importance des œuvres lancées durant sa vie en Italie, en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Amérique centrale, en Argentine et au Brésil. Aujourd’hui, « les déplacements conséquents de populations, et les tensions qu’ils génèrent inévitablement, font de Mère Cabrini une figure singulièrement actuelle ». François loue le lien qu’elle a su instituer entre l’attention aux situations de pauvreté et de fragilité, et la sensibilité culturelle qui a permis de raviver chez les émigrés la tradition chrétienne.

Le Pape apprécie aussi la manière dont, à travers ce retour à la religion, la sainte a su ouvrir des routes pour que les émigrés puissent s’intégrer pleinement dans la culture des pays d’accueil. « Les émigrés italiens furent accompagnés des Mères missionnaires pour être pleinement italiens et pleinement américains » écrit-il notamment. « La vitalité humaine et chrétiennes des émigrés devint ainsi un don pour les Églises et les peuples qui accueillent ». La vocation universelle de sainte Françoise-Xavière est ainsi la vocation de « chaque chrétien et de chaque communauté des disciples de Jésus ».

Source: http://fr.radiovaticana.va/news/2017/09/19/le_pape_fran%C3%A7ois_loue_la_figure_de_sainte_fran%C3%A7oise-xavi%C3%A8re/1337649

Échos du Vatican

Revivez dans cette émission le voyage apostolique du pape François en Colombie, pour encourager le pays dans son processus de paix après 50 ans de guerre civile.

Homélie du Pape lors de la messe à Carthagène (Colombie)

Voici le texte de l’homélie prononcée par le pape François à Carthagène lors de la dernière messe de son voyage apostolique en Colombie, ce dimanche 10 septembre 2017.

Dans cette ville, qui a été appelée « l’héroïque » en raison de sa ténacité, il y a 200 ans, dans la défense des libertés acquises, je célèbre la dernière Eucharistie de ce voyage en Colombie. Depuis 32 ans, Carthagène des Indes est en Colombie le siège des Droits Humains parce qu’ici, en tant que peuple, on valorise le fait que « grâce à l’équipe missionnaire formée des prêtres jésuites Pierre Claver y Corberó, Alonso de Sandoval et le Frère Nicolas González, accompagnés de nombreux fils de la ville de Carthagène des Indes, au XVIIème siècle, est né le souci de soulager la situation des opprimés de l’époque, en particulier celle des esclaves, pour qui il réclamèrent un bon traitement et la liberté » (Congrès de Colombie 1985, loi 95, art. 1).

Ici, dans le sanctuaire de saint Pierre Claver où de façon habituelle et systématique se font la rencontre, la réflexion et le suivi de l’avancée et du respect des droits humains en Colombie, la Parole de Dieu nous parle de pardon, de correction, de communauté et de prière.

Dans le quatrième sermon de l’Evangile selon Matthieu, Jésus nous parle, à nous qui avons décidé de parier sur la communauté, à nous qui valorisons la vie en commun et rêvons d’un projet qui inclue tout le monde. Le texte qui précède est celui du bon pasteur qui laisse les 99 brebis pour aller à la recherche de celle qui est perdue, et cet arôme parfume tout le discours : personne n’est perdu au point de ne pas mériter notre sollicitude, notre proximité et notre pardon. Dans cette perspective, on comprend alors qu’une faute, un péché commis par quelqu’un nous interpelle tous mais engage, en premier lieu, la victime du péché du frère ; elle est appelée à prendre l’initiative pour que celui qui lui a fait du tort ne se perde pas.

Ces jours-ci j’ai entendu de nombreux témoignages de ceux qui sont allés à la rencontre de personnes qui leur avaient fait du mal. Blessures terribles que j’ai pu voir sur leurs propres corps. Pertes irréparables qui continuent à être pleurées; cependant ils sont sortis, ils ont fait le premier pas sur un chemin différent de ceux déjà parcourus. Cela fait des décennies que la Colombie cherche la paix à tâtons et, comme l’enseigne Jésus, il n’a pas suffi que deux parties se rapprochent, dialoguent ; il a fallu que beaucoup d’autres acteurs interviennent dans ce dialogue réparateur des péchés. « S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes » (Mt 18, 15), nous dit le Seigneur dans l’Evangile.

Nous avons appris que ces chemins de pacification, de primauté de la raison sur la vengeance, de délicate harmonie entre la politique et le droit, ne peuvent pas ignorer les cheminements des gens. On n’y arrive pas avec l’élaboration de cadres juridiques et d’arrangements institutionnels entre groupes politiques ou économiques de bonne volonté. Jésus trouve la solution au dommage commis dans la rencontre personnelle entre les parties. De plus, il est toujours enrichissant d’introduire dans nos processus de paix l’expérience de secteurs qui, en de nombreuses occasions, ont été rendus invisibles, pour que ce soient précisément les communautés qui peignent elles-mêmes les processus de mémoire collective. « L’auteur principal, le sujet historique de ce processus, c’est le peuple et sa culture, et non une classe, une fraction, un groupe, une élite. Nous n’avons pas besoin d’un projet de quelques-uns destiné à quelques-uns, ou d’une minorité éclairée ou qui témoigne et s’approprie un sentiment collectif. Il s’agit d’un accord pour vivre ensemble, d’un pacte social et culturel » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 239).

Nous pouvons grandement contribuer à ce nouveau pas que veut faire la Colombie. Jésus nous signale que ce chemin de réinsertion dans la communauté commence par un dialogue à deux. Rien ne pourra remplacer cette rencontre réparatrice. Aucun processus collectif ne nous dispense du défi de nous rencontrer, de clarifier, de pardonner. Les blessures profondes de l’histoire ont nécessairement besoin d’instances où on rend justice, où l’on donne la possibilité aux victimes de connaître la vérité, où le dommage est convenablement réparé et où il y a des actions claires pour éviter que ces crimes ne se répètent. Mais cela nous place seulement au seuil des exigences chrétiennes. Il nous est demandé de générer «d’en bas» un changement culturel : à la culture de la mort, de la violence, répondons par la culture de la vie, de la rencontre. Cet écrivain, profondément vôtre, profondément de tous, nous le disait déjà : «Ce désastre culturel ne se répare ni avec du plomb ni avec de l’argent, mais par une éducation en faveur de la paix, construite grâce à l’amour sur les décombres d’un pays enflammé où nous nous levons tôt pour continuer à nous tuer les uns les autres…, grâce à une légitime révolution de paix qui canalise vers la vie l’immense énergie créatrice que, pendant presque deux siècles, nous avons utilisée pour nous détruire, et qui revendique et exalte la prévalence de l’imagination » (Gabriel García Márquez, Mensaje sobre la paz, 1998).

Qu’avons-nous fait en faveur de la rencontre et de la paix ? Qu’avons-nous omis, en permettant que la barbarie se fasse chair dans la vie de notre peuple ? Jésus nous demande d’affronter ces manières de faire, ces styles de vie qui abiment le corps social, qui détruisent la communauté. Que de fois les processus de violence, d’exclusion sociale sont « normalisés », sans que notre voix se lève ni que nos mains accusent prophétiquement ! A côté de saint Pierre Claver il y avait des milliers de chrétiens, dont beaucoup étaient des consacrés… une poignée seulement a initié un courant contre-culturel de rencontre. Il a su restaurer la dignité et l’espérance de centaines de milliers de noirs et d’esclaves qui arrivaient dans des conditions absolument inhumaines, remplis de peur, avec toutes leurs espérances perdues. Il ne possédait pas de titres académiques prestigieux ; mieux, on est allé jusqu’à affirmer qu’il était « faible » d’esprit, mais il a eu le ‘‘génie’’ de vivre intégralement l’Evangile, de rencontrer ceux que les autres ne considéraient que comme des déchets. Des siècles plus tard, les traces de ce missionnaire et apôtre de la Compagnie de Jésus ont été suivies par sainte Maria Bernarda Bütler, qui consacra sa vie au service des pauvres et des marginalisés dans cette même ville de Carthagène1.

Par la rencontre entre nous, nous redécouvrons nos droits, nous recréons la vie pour qu’elle redevienne authentiquement humaine. « La maison commune de tous les hommes doit continuer de s’élever sur une juste compréhension de la fraternité universelle et sur le respect de la sacralité de chaque vie humaine, de chaque homme et de chaque femme ; des pauvres, des personnes âgées, des enfants, des malades, des enfants à naître, des chômeurs, des abandonnés, de ceux qui sont considérés propres à être marginalisés, parce qu’on ne les perçoit plus que comme des numéros de l’une ou l’autre statistique. La maison commune de tous les hommes doit aussi s’édifier sur la compréhension d’une certaine sacralité de la nature créée » (Discours aux Nations Unies, 25 septembre 2015).

Jésus nous prévient aussi de la possibilité que l’autre se ferme, refuse de changer, persiste dans son mal. On ne peut nier qu’il y a des personnes persistant dans le péché qui blessent la cohabitation et la communauté : « Je pense au drame déchirant de la drogue sur laquelle on s’enrichit dans le mépris des lois morales et civiles, à la dévastation des ressources naturelles et à la pollution en cours, à la tragédie de l’exploitation dans le travail. Je pense aux trafics illicites d’argent comme à la spéculation financière, qui souvent prend un caractère prédateur et nocif pour des systèmes économiques et sociaux entiers, exposant des millions d’hommes et de femmes à la pauvreté. Je pense à la prostitution qui chaque jour fauche des victimes innocentes, surtout parmi les plus jeunes, leur volant leur avenir. Je pense à l’abomination du trafic des êtres humains, aux délits et aux abus contre les mineurs, à l’esclavage qui répand encore son horreur en tant de parties du monde, à la tragédie souvent pas entendue des migrants sur lesquels on spécule indignement dans l’illégalité » (Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2014, n. 8), et aussi à une « légalité aseptisée » pacifiste qui ne prend pas en compte la chair du frère, la chair du Christ. Voilà aussi pourquoi nous devons nous préparer et nous fonder solidement sur les principes de la justice qui ne diminuent en rien la charité. Il n’est pas possible de cohabiter en paix sans avoir rien fait contre ce qui corrompt la vie et lui porte atteinte. À ce sujet, nous nous souvenons de tous ceux qui, avec courage et inlassablement, ont travaillé et ont perdu la vie dans la défense et la sauvegarde des droits de la personne humaine et de sa dignité. Tout comme à eux, l’histoire nous demande d’assumer un engagement définitif pour la défense des droits humains, ici, à Carthagène des Indes, que vous avez choisie comme siège national de leur défense.

Enfin, Jésus nous demande de prier ensemble ; que notre prière soit symphonique, avec des nuances personnelles, des accentuations diverses, mais qu’elle élève de manière unanime la même clameur. Je suis sûr que nous prions aujourd’hui pour le rachat de ceux qui s’étaient égarés, et non pour leur destruction, pour la justice et non pour la vengeance, pour la réparation dans la vérité et non pour l’oubli. Nous prions pour accomplir le thème de cette visite : « Faisons le premier pas ! », et que ce premier pas soit dans une direction commune.

«Faire le premier pas» c’est surtout aller à la rencontre des autres avec le Christ, le Seigneur. Et il nous demande toujours de faire un pas résolu et sûr vers les frères, renonçant à la prétention d’être pardonnés sans pardonner, d’être aimés sans aimer. Si la Colombie veut une paix stable et durable, elle doit d’urgence faire un pas dans cette direction, qui est celle du bien commun, de l’équité, de la justice, du respect de la nature humaine et de ses exigences. C’est seulement si nous aidons à défaire les noeuds de la violence que nous démêlerons le complexe écheveau des désaccords : il nous est demandé de faire le pas de la rencontre avec les frères, d’oser une correction qui n’entend pas exclure mais intégrer ; il nous est demandé d’être fermes, avec charité, dans ce qui n’est pas négociable ; en définitive, l’exigence est de construire la paix, « en parlant non pas avec la langue mais avec les mains et les oeuvres » (saint Pierre Claver), et de lever ensemble les yeux vers le ciel : lui est capable de faire ce qui semble pour nous impossible, lui a promis de nous accompagner jusqu’à la fin des temps, lui ne laissera pas stériles tant d’efforts.

Angélus du Pape à Carthagène (Colombie)

 

À Carthagène, après avoir béni la première pierre de la maison pour sans-abri de l’Œuvre Talitha Qum, le pape François a récité la prière de l’Angélus devant l’église Saint-Pierre-Claver où repose le missionnaire jésuite, évangélisateur des esclaves noirs. Voice le texte de sa méditation

Chers frères et soeurs,

Peu avant de rentrer dans cette église où sont conservées les reliques de saint Pierre Claver, j’ai béni les premières pierres de deux institutions destinées à offrir de l’assistance à des personnes dans de graves besoins et j’ai visité la maison de Madame Lorenza, où elle accueille chaque jour beaucoup de nos frères et soeurs pour leur donner de la nourriture et de l’affection. Ces rencontres m’ont fait beaucoup de bien, parce que là, on peut voir comment l’amour de Dieu se rend concret, se rend quotidien.

Tous ensemble, nous prierons l’Angelus, en nous souvenant de l’Incarnation du Verbe. Et nous pensons à Marie, qui a conçu Jésus et lui a donné naissance. Nous la contemplons ce matin sous l’invocation de Notre Dame de Chiquinquirá. Comme vous le savez, pendant longtemps, cette image a été abandonnée ; elle a perdu ses couleurs, elle était restée abîmée et trouée. Elle était traitée comme un morceau de vieux sac, utilisée sans aucun respect jusqu’à ce qu’on finisse par la jeter.

C’est alors qu’une femme simple, la première dévote de la Vierge de Chiquinquirá qui, selon la tradition s’appelait María Ramos, a vu en cette toile quelque chose de différent. Elle a eu le courage et la foi de placer cette image floue et détériorée en un lieu en vue, lui redonnant sa dignité perdue. Elle a su trouver et honorer Marie, qui tenait son Enfant dans les bras, précisément dans ce qui pour les autres était méprisable et inutile.

Ainsi, elle s’est faite le modèle de tous ceux qui, de diverses manières, cherchent à récupérer la dignité du frère abattu par la souffrance des blessures de la vie, de ceux qui ne se résignent pas et travaillent pour leur construire un logement digne, pour satisfaire leurs besoins urgents et, surtout, qui prient avec persévérance pour qu’ils puissent retrouver la splendeur d’enfants de Dieu qui leur a été arrachée.

Le Seigneur nous enseigne à travers l’exemple des humbles et de ceux qui ne comptent pas. Oui il a concédé à María Ramos, une femme modeste, la grâce d’accueillir l’image de la Vierge dans la pauvreté de cette toile abîmée, oui il a accordé à Isabel, une femme indigène, et à son fils Miguel, le privilège d’être les premiers à voir ce tableau de la Vierge transformé et restauré. Ils ont été les premiers à regarder avec des yeux simples ce morceau de toile totalement nouveau et à y voir

la splendeur de la lumière divine qui transforme et renouvelle toute chose. Ce sont les pauvres, les humbles, qui contemplent la présence de Dieu ; c’est à eux que se révèle le mystère de l’amour de Dieu avec le plus de clarté. Eux, les pauvres et les personnes simples, ont été les premiers à voir la Vierge de Chiquinquirá et sont devenus ses missionnaires, des annonciateurs de la beauté et de la sainteté de la Vierge.

Et dans cette église, nous prierons Marie, qui s’est désignée elle-même comme ‘‘l’esclave du Seigneur’’, et saint Pierre Claver l’‘‘esclave des noirs pour toujours’’, comme il s’est fait appeler dès le jour de sa profession solennelle. Il attendait les navires qui arrivaient de l’Afrique au principal marché d’esclaves du Nouveau Monde. Bien des fois, il les attendait uniquement avec des gestes évangélisateurs, en raison de l’impossibilité de communiquer avec eux, à cause de la différence de langues. Cependant, Pierre Claver savait que le langage de la charité et de la miséricorde était compris par tous. De fait, la charité aide à comprendre la vérité et la vérité réclame des gestes de charité. Quand il éprouvait de la répugnance envers eux, il baisait leurs plaies. Austère et rempli de charité jusqu’à l’héroïsme, après avoir soulagé la solitude de centaines de milliers de personnes, il a passé les quatre dernières années de sa vie, malade et dans sa cellule, ans un état épouvantable d’abandon.

Effectivement, saint Pierre Claver a témoigné admirablement de la responsabilité et de l’intérêt que chacun d’entre nous doit avoir pour ses frères. Pour les autres, ce saint a été accusé injustement d’être indiscret par son zèle et a dû affronter de dures critiques ainsi qu’une opposition persistante de la part de ceux qui craignaient que son ministère n’entrave le commerce lucratif d’esclaves.

Cependant aujourd’hui, en Colombie et dans le monde, des millions de personnes sont vendues comme esclaves, ou bien mendient un peu d’humanité, un moment de tendresse, prennent la mer ou la route, parce qu’elles ont tout perdu, à commencer par leur dignité et leurs propres droits.

Notre Dame de Chiquinquirá et Pierre Claver nous invitent à travailler pour la dignité de tous nos frères, spécialement pour les pauvres et pour les personnes marginalisées par la société, pour ceux qui subissent la violence et la traite. Tous, ils ont leur dignité et sont une image vivante de Dieu. Nous avons tous été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la Vierge nous tient tous dans ses bras comme des enfants chéris.

Adressons, à présent, notre prière à la Vierge Mère, pour qu’elle nous fasse découvrir, dans chacun des hommes et des femmes de notre temps, le visage de Dieu.

Angelus Domini…

Pape François en Colombie: Discours aux prêtres et personnes consacrées à Medellin

En fin de journée samedi 9 septembre 2017, le pape François a rencontré des prêtres, des religieux et religieuses, personnes consacrées et séminaristes avec leur famille au stade La Macarena à Medellin. Voici le discours préparé du Pape ci-dessous:

Bien-aimés frères évêques,
Chers prêtres, religieux et religieuses, séminaristes,
Chères familles, chers ‘‘paisas’’,

L’allégorie de la vraie vigne de l’Évangile de Jean que nous venons d’entendre se situe dans le contexte de la dernière Cène de Jésus. Dans ce cadre d’intimité, d’une certaine tension mais chargé d’amour, le Seigneur a lavé les pieds des siens, a voulu perpétuer sa mémoire dans le pain et dans le vin, et il a aussi parlé à ceux qu’il aimait du plus profond de son cœur.

En cette première nuit ‘‘eucharistique’’, à ce premier coucher du soleil après le geste de service, Jésus ouvre son cœur ; il leur livre son testament. Et comme au cénacle les Apôtres, quelques femmes et Marie, la Mère de Jésus, avaient continué par la suite à se réunir (cf. Ac 1, 13- 14), de même aujourd’hui ici, en ce lieu, nous nous sommes rassemblés pour l’écouter, pour nous écouter. Sœur Leidy de San José, María Isabel et le Père Juan Felipe nous ont livré leur témoignage… ; chacun d’entre nous ici présents, nous pourrions également raconter l’histoire de notre propre vocation. Tout le monde se reconnaîtrait dans l’expérience de Jésus qui vient à notre rencontre, qui nous devance et qui ainsi nous a ravi le cœur. Comme l’a dit le document d’Aparecida : ‘‘Connaître Jésus est le meilleur don que puisse recevoir toute personne ; que nous l’ayons rencontré, nous, est la meilleure chose qui nous soit arrivée dans la vie, et le faire connaître par notre parole et par nos œuvres est notre joie » (Document d’Aparecida, n. 29).

Beaucoup d’entre vous, [chers] jeunes, auront découvert ce Jésus vivant dans vos communautés ; communautés d’une ferveur apostolique contagieuse, qui enthousiasment et suscitent l’attraction. Là où il y a de la vie, de la ferveur, l’envie de conduire les autres au Christ, surgissent des vocations authentiques ; la vie fraternelle et fervente de la communauté est ce qui réveille le désir de se consacrer entièrement à Dieu et à l’évangélisation (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 107). Les jeunes sont naturellement inquiets et, même si nous assistons à une crise de l’engagement et des liens communautaires, nombreux sont les jeunes qui se solidarisent face aux maux du monde et s’enrôlent dans diverses formes de militantisme et de volontariat. Quand ils le font, saisis par Jésus, en se sentant membres de la communauté, ils deviennent des ‘‘troubadours de la foi’’, heureux de porter Jésus à chaque coin, à chaque place, à chaque recoin de la terre (cf. Ibid., n. 107).

C’est la vigne à laquelle se réfère Jésus dans le texte que nous avons proclamé. La vigne qu’est le ‘‘peuple de l’alliance’’. Des prophètes tels que Jérémie, Isaïe ou Ezéchiel se réfèrent à ce peuple comme à une vigne ; même un psaume, le psaume 79, chante en disant : « La vigne que tu as prise à l’Égypte…, tu déblaies le sol devant elle, tu l’enracines pour qu’elle emplisse le pays » (vv. 9-10). Parfois, ils expriment la joie de Dieu face à sa vigne, d’autres fois sa colère, son désarroi et son dépit ; jamais il ne s’en désintéresse, jamais il ne se lasse de souffrir de ses errements, d’aller à la rencontre de ce peuple qui, lorsqu’il s’éloigne de lui, brûle et se détruit.

Comment sont la terre, le terreau, le support où grandit cette vigne en Colombie ? Dans quel contexte sont produits les fruits des vocations à une consécration spéciale ? Sûrement dans des environnements chargés de contradictions, de clair-obscur, de situations relationnelles complexes. Nous aimerions avoir un monde avec des familles et des liens plus simples ; mais nous sommes impliqués dans cette crise culturelle, et au milieu d’elle, en comptant avec elle, Dieu continue d’appeler. Ce serait presque ne pas voir la réalité que de penser que vous avez [tous] entendu l’appel de Dieu dans des familles soutenues par un amour fort et débordant de valeurs telles que la générosité, l’engagement, la fidélité ou la patience (cf. Exhort. Amoris laetitia, n. 5) ; certaines familles, plût à Dieu qu’elles soient nombreuses, sont certainement ainsi. Mais avoir les pieds sur terre, c’est reconnaître que nos cheminements vocationnels, l’éveil à l’appel de Dieu, nous trouvent plus près de ce que relate déjà la Parole de Dieu et de ce que la Colombie connaît fort bien : « C’est un chemin de souffrance et de sang qui traverse de nombreuses pages de la Bible, à partir de la violence fratricide de Caïn sur Abel et de divers conflits entre les enfants et entre les épouses des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, arrivant ensuite aux tragédies qui souillent de sang la famille de David, jusqu’aux multiples difficultés familiales qui jalonnent le récit de Tobie ou l’amère confession de Job abandonné » (Ibid., n. 20). Dès le commencement, il en a été ainsi : Dieu manifeste sa proximité et son élection ; il change le cours des événements en appelant des hommes et des femmes dans la fragilité de l’histoire personnelle et communautaire. N’ayons pas peur, dans ce pays complexe, Dieu a toujours fait le miracle de générer de bonnes grappes, comme les arepas au petit déjeuner. Que les vocations ne manquent dans aucune communauté, dans aucune famille de Medellín !

Et cette vigne – qui est celle de Jésus – a la caractéristique d’être la vraie. Il a déjà utilisé ce terme à d’autres occasions dans l’Évangile de Jean : la vraie lumière, le vrai pain du ciel ou le vrai témoignage. Or, la vérité n’est pas quelque chose que nous recevons – comme le pain ou la lumière – mais elle jaillit plutôt de l’intérieur. Nous sommes un peuple élu pour la vérité, et notre appel doit être dans la vérité. Il ne peut y avoir de place, si nous sommes des sarments de cette vigne, si notre vocation est greffée sur Jésus, pour la duperie, pour la duplicité, pour les choix mesquins. Nous devons tous veiller à ce que chaque sarment serve à ce pour quoi il a été pensé : porter des fruits. Dès les débuts, ceux à qui il revient d’accompagner les cheminements de vocation devront susciter la rectitude d’intention, un désir authentique de se configurer à Jésus, le pasteur, l’ami, l’époux. Lorsque les cheminements ne sont pas alimentés par cette vraie sève qu’est l’Esprit de Jésus, alors nous faisons l’expérience de la sécheresse et Dieu découvre avec tristesse ces tiges déjà mortes. Les vocations à une consécration spéciale meurent quand elles veulent se nourrir des honneurs, quand elles sont animées par la recherche d’une tranquillité personnelle et de promotion sociale, quand la motivation, c’est de ‘‘monter de catégorie’’, d’assouvir des intérêts matériels, ce qui conduit même à la sottise de la soif de profit. Comme je l’ai déjà dit en d’autres occasions, le diable entre par la poche. Cela n’est pas l’apanage des débuts, nous devons tous faire attention, car la corruption chez les hommes et les femmes qui sont dans l’Église commence ainsi, peu à peu, ensuite – Jésus lui- même nous le dit – elle s’enracine dans le cœur et finit par déloger Dieu de notre vie. Nul ne peut servir Dieu et l’argent (cf. Mt 6, 21.24), nous ne pouvons pas profiter de notre condition de religieux et de la bonté de notre peuple pour être servis et obtenir des bénéfices matériels.

Il y a des situations, des styles et des choix qui révèlent les signes de sécheresse et de mort : vous ne pouvez pas continuer à entraver l’écoulement de la sève qui alimente et donne vie ! Le venin du mensonge, la dissimulation, la manipulation et l’abus envers le peuple de Dieu, envers les personnes fragiles, et spécialement envers les personnes âgées et les enfants, ne peuvent pas avoir droit de cité dans notre communauté ; ce sont des sarments qui ont résolu de se dessécher et que Dieu nous demande de tailler.

Mais Dieu ne fait pas que tailler ; l’allégorie continue en disant que Dieu purifie la vigne de ses imperfections. La promesse, c’est que nous porterons du fruit, et en abondance, comme le grain de blé, si nous sommes capables de nous livrer, de donner librement notre vie. Nous avons en Colombie des exemples montrant que cela est possible. Pensons à sainte Laura Montoya, une religieuse admirable dont nous avons les reliques avec nous et qui, à partir de cette ville, s’est dépensée à travers une grande œuvre missionnaire en faveur des indigènes dans tout le pays. Comme elle nous enseigne la femme consacrée, au dévouement silencieux, désintéressée, qui n’a d’autre intérêt que de manifester le visage maternel de Dieu ! De même, nous pouvons nous rappeler le bienheureux Mariano de Jésus Euse Hoyos, l’un des premiers élèves du Séminaire de Medellín, ainsi que d’autres prêtres et religieuses de la Colombie, dont les procès de canonisation ont été introduits ; comme également tant d’autres, des milliers de Colombiens anonymes qui, dans la simplicité de la vie quotidienne, ont su se donner pour l’Évangile, que vous portez certainement dans votre mémoire et qui sans doute constituent des encouragements dans votre engagement. Tous nous montrent qu’il est possible de répondre fidèlement à l’appel du Seigneur, qu’il est possible de porter beaucoup de fruit.

La bonne nouvelle, c’est que Dieu est prêt à nous purifier, que nous ne sommes pas une œuvre achevée, qu’en tant que bons disciples, nous sommes en chemin. Comment Jésus taille-t-il progressivement les facteurs de mort nichés dans notre vie et qui déforment l’appel ? En nous invitant à demeurer en lui ; demeurer ne signifie pas seulement rester, mais veut dire maintenir une relation vitale, existentielle, de nécessité absolue ; c’est vivre et grandir en union intime et féconde, avec Jésus, « source de vie éternelle ». Demeurer en Jésus ne peut être une attitude purement passive ou un simple abandon sans conséquences dans la vie quotidienne et concrète. Permettez- moi de vous proposer trois manières de rendre effectif ce fait de demeurer :

  1. Nous demeurons en touchant l’humanité du Christ :

Par le regard et les sentiments de Jésus, qui contemple la réalité, non pas comme un juge, mais comme le bon samaritain ; qui reconnaît les valeurs du peuple avec lequel il marche, ainsi que ses blessures et ses péchés ; qui découvre la souffrance silencieuse et s’émeut face aux besoins des personnes, surtout quand elles se voient asservies par l’injustice, la pauvreté indigne, l’indifférence, par l’action perverse de la corruption et de la violence.

Par les gestes et les paroles de Jésus, qui expriment l’amour envers ceux qui sont proches et la recherche de ceux qui sont loin ; la tendresse et la fermeté dans la dénonciation du péché et dans l’annonce de l’Évangile ; la joie et la générosité dans l’engagement et le service surtout en faveur des personnes les plus fragiles, en repoussant avec force la tentation de tenir tout pour perdu, de nous accommoder ou de ne nous considérer que comme des administrateurs de malheurs.

  1. Nous demeurons en contemplant sa divinité :

En éveillant et en soutenant le goût des études qui font grandir la connaissance du Christ car, comme le rappelle saint Augustin, on ne peut aimer celui qu’on ne connaît pas (cf. La Trinité, Livre X, chap. I, 3).

En privilégiant par cette connaissance la rencontre avec les Saintes Écritures, spécialement l’Évangile, où le Christ nous parle, nous révèle son amour inconditionnel pour le Père, nous communique la joie qui jaillit de l’obéissance à sa volonté et du service des frères. Qui ne connaît pas les Écritures ne connaît pas Jésus. Qui n’aime pas les Écritures n’aime pas Jésus (cf. Saint Jérôme, Prologue au commentaire du prophète Isaïe : PL 24, 17). Consacrons du temps à la lecture priante de la Parole ! En auscultant en elle ce que Dieu veut pour nous et pour notre peuple.

Que toutes nos études nous aident à être capables d’interpréter la réalité avec les yeux de Dieu ; qu’elles ne soient pas des études pour s’évader des événements de notre peuple, qu’elles ne suivent pas non plus les va-et-vient des modes ou des idéologies. Qu’elles ne s’alimentent pas de nostalgies ni ne cherchent à enserrer dans un carcan le mystère ; qu’elles ne cherchent pas à répondre à des questions que personne ne se pose, laissant dans le vide existentiel les personnes qui nous interrogent à partir des données de leurs mondes et de leurs cultures.

Demeurer [en lui] et contempler sa divinité en faisant de la prière un élément fondamental de notre vie et de notre service apostolique. La prière nous libère du fardeau de la mondanité, nous enseigne à vivre dans la joie, à faire des choix en nous éloignant de ce qui est superficiel, dans un exercice de liberté authentique. Elle nous évite de nous centrer sur nous-mêmes, cachés dans une expérience religieuse vide et elle nous conduit à nous mettre docilement dans les mains de Dieu pour réaliser sa volonté et rendre efficace son projet de salut. Et dans la prière, adorer. Apprendre à adorer en silence.

Soyons des hommes et des femmes réconciliés pour réconcilier. Avoir été appelés ne nous donne pas le certificat de bonne conduite et d’impeccabilité ; nous ne sommes pas revêtus d’une auréole de sainteté. Nous sommes tous des pécheurs et nous avons besoin du pardon et de la miséricorde de Dieu pour nous lever chaque jour ; il arrache ce qui n’est pas bien et que nous avons fait de mal, le jette hors de la vigne et le brûle. Il nous laisse purs pour que nous puissions porter du fruit. Voilà la fidélité miséricordieuse de Dieu envers son peuple, dont nous faisons partie ! Il ne nous abandonnera jamais au bord du chemin. Dieu fait tout pour éviter que le péché l’emporte sur nous et ferme les portes de notre vie à un avenir d’espérance et de joie.

  1. Enfin, il faut demeurer dans le Christ pour vivre dans la joie:

Si nous demeurons en lui, sa joie sera en nous. Nous ne serons pas des disciples tristes et des apôtres amers. Au contraire, nous reflèterons et porterons la vraie joie, la joie pleine que personne ne pourra nous enlever, nous répandrons l’espérance de la vie nouvelle que le Christ nous a apportée. L’appel de Dieu n’est pas un fardeau lourd qui nous vole la joie. Dieu ne nous veut pas soumis dans la tristesse et dans la fatigue qui dérivent des activités mal vécues, sans une spiritualité qui rende heureuse notre vie, voire nos fatigues. Notre joie contagieuse doit être le premier témoignage de la proximité et de l’amour de Dieu. Nous sommes de vrais dispensateurs de la grâce de Dieu lorsque nous reflétons la joie de la rencontre avec lui.

Dans la Genèse, après le déluge, Noé plante une vigne comme signe d’un nouveau commencement ; au terme de l’Exode, ceux que Moïse a envoyés inspecter la terre promise sont revenus avec une grappe de raisins, signe de cette terre où coulent le lait et le miel. Dieu a posé son regard sur nous, sur nos communautés et sur nos familles. Le Seigneur a posé son regard sur la Colombie : vous êtes le signe de cet amour de prédilection. Il nous revient d’offrir tout notre amour et notre service en union avec Jésus, notre vigne. Et d’être la promesse d’un nouveau commencement pour la Colombie, qui laisse derrière les déluges de désaccord et de violence, qui veut porter beaucoup de fruits de justice et de paix, de rencontre et de solidarité. Que Dieu vous bénisse ! Que Dieu bénisse la vie consacrée en Colombie ! Et n’oubliez pas de prier pour moi !

Pape François en Colombie: Rencontre à l’Hogar San José

Dans l’après du samedi 9 septembre, le pape François s’est rendu à l’orphelinat Hogar San José, fondé par un prêtre missionnaire en 1910. Aujourd’hui, plus de 1 100 jeunes y résident. Ci-dessous, veuillez trouver le texte complet de son allocution:

 

Chers frères et sœurs, Chers enfants,

Je suis heureux d’être avec vous dans ce ‘‘Foyer Saint Joseph’’. Merci pour l’accueil que vous m’avez réservé. Je remercie pour les paroles du Directeur, Monseigneur Armando Santamaría. Je te remercie, Claudia Yesenia, pour ton témoignage courageux. En écoutant toutes les difficultés que tu as traversées, me venait à la mémoire du cœur la souffrance injuste de si nombreux enfants dans le monde entier, qui ont été et continuent d’être des victimes innocentes de la méchanceté de certains.

L’Enfant Jésus a été lui aussi victime de la haine et de la persécution ; lui aussi a dû fuir avec sa famille, quitter son pays et sa maison, pour échapper à la mort. Voir les enfants souffrir fait mal à l’âme, car les enfants sont les privilégiés de Jésus. Nous ne pouvons pas accepter qu’on les maltraite, qu’on les prive du droit de vivre leur enfance dans la sérénité et la joie, qu’on leur nie un avenir d’espérance.

Mais Jésus n’abandonne personne dans la souffrance, encore moins vous, enfants, qui êtes ses préférés. Claudia Yesenia, à côté de tant d’horreur que tu as connue, Dieu t’a offert une tante qui a pris soin de toi, un hôpital qui t’a assistée et finalement une communauté qui t’a accueillie. Ce ‘‘Foyer’’ est une preuve de l’amour que Jésus a pour vous et de son désir d’être très proche de vous. Il le fait à travers l’amour prévenant de toutes les personnes bonnes qui vous accompagnent, qui vous aiment et qui vous éduquent. Je pense aux responsables de cette maison, aux sœurs, au personnel et à tant d’autres personnes qui font déjà partie de votre famille. Car c’est cela qui fait que ce lieu est un ‘‘Foyer’’ : la chaleur d’une famille où nous nous sentons aimés, protégés, acceptés, entourés de soin et accompagnés.

Et j’apprécie beaucoup le fait que ce foyer porte le nom de ‘‘saint Joseph’’, et les autres, de ‘‘Jésus travailleur’’ ou ‘‘Belém’’. Cela veut dire que vous êtes en de bonnes mains. Rappelez-vous ce qu’a écrit saint Matthieu dans son Évangile, lorsqu’il nous raconte qu’Hérode, dans sa folie, avait décidé d’assassiner Jésus né récemment ? Comment Dieu a parlé en songe à saint Joseph, par l’intermédiaire d’un ange, et a confié à ses soins et à sa protection ses trésors les plus précieux : Jésus et Marie ? Matthieu nous dit que, à peine l’ange lui a-t-il parlé que Joseph a obéi immédiatement et a fait ce que Dieu lui avait ordonné : « Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte » (Mt 2, 14). Je suis sûr que, tout comme Joseph a protégé et défendu des dangers la Sainte Famille, de même il vous défend, vous entoure de soin et vous accompagne. Et avec lui, Jésus et Marie aussi, car saint Joseph ne peut pas rester sans Jésus et sans Marie.

À vous, frères et sœurs, religieux et laïcs qui, dans ce foyer et dans les autres, accueillez et entourez de soin avec amour ces enfants qui dès le bas-âge ont fait l’expérience de la souffrance et de la douleur, je voudrais vous rappeler deux réalités qui ne doivent pas manquer, car elles font partie de l’identité chrétienne : l’amour qui sait voir Jésus présent dans les plus petits et les plus fragiles, et le devoir sacré de conduire les enfants à Jésus. Dans cette tâche, avec vos joies et vos peines, je vous confie aussi à la protection de saint Joseph. Apprenez de lui, que son exemple vous inspire et vous aide dans la garde amoureuse de ces petits, qui sont l’avenir de la société colombienne, du monde et de l’Église, afin que, comme Jésus lui-même, ils puissent grandir et se fortifier en sagesse et en grâce, devant Dieu et devant les autres (cf. Lc 2, 52). Que Jésus et Marie, avec saint Joseph, vous accompagnent et vous protègent, vous remplissent de leur tendresse, de leur joie et de leur force.

Je m’engage à prier pour vous, pour que dans cet environnement d’amour familial, vous grandissiez en amour, en paix et bonheur, et qu’ainsi vous puissiez être guéris progressivement des blessures du corps et du cœur. Dieu ne vous abandonne pas, il vous protège et vous assiste. Et le Pape vous porte dans son cœur ; ne vous lassez pas de prier pour moi.