Plus que 208 jours avant le Congrès…

Par Benoît Lévêque

Le 49e Congrès eucharistique international se déroulera du 15 au 22 juin 2008 dans la ville de Québec. Cet événement international constituera le sommet des Fêtes religieuses qui auront lieu à l’occasion du 400e anniversaire de la Ville de Québec. Les catholiques du monde entier sont invités à se rassembler tous les quatre ans pour réfléchir au grand mystère de l’Eucharistie. C’est en 1910 que le Congrès eucharistique international s’est tenu au Canada pour la dernière fois. En 2008, l’Église de Québec accueille l’Église tout entière pour célébrer le Christ vivant sous le thème : « L’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde ».

Cette année, les organisateurs du Congrès prévoient accueillir de 12 000 à 15 000 participants en provenance d’une soixantaine de pays dont le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie et le Mexique. Au programme du Congrès, on trouvera différentes activités à caractère culturel et social ouvertes à tous, de même que des rassemblements de jeunes et de familles, des processions et des grandes célébrations. Chaque jour commencera par une célébration eucharistique solennelle et une catéchèse visant à approfondir le thème du Congrès. Les fidèles qui y participent parlent diverses langues; ils se regrouperont dans les paroisses pour discuter, partager et prier. Les activités artistiques et culturelles alterneront avec des célébrations publiques et une procession du Saint Sacrement. Il y aura aussi des pèlerinages et des visites dans plusieurs églises de Québec et des environs.

L’Église de Québec espère accueillir le pape pour la cérémonie de clôture du dimanche 22 juin. Le suspense dure toujours, mais le Saint-Père devrait faire part de sa décision au Cardinal Ouellet dans les  prochains jours. Une équipe qui comprend de nombreux bénévoles s’engage pour la réussite de cet évènement. Télévision Sel et Lumière contribue aussi à la préparation de cet événement en réalisant des émissions consacrées à l’Eucharistie. Nous serons bien sûr aussi présents sur place pour faire vivre ce moment unique à tous ceux qui ne pourront pas être à Québec. Si vous souhaitez participer au congrès ou obtenir plus de renseignements, vous pouvez vous rendre sur le site officiel.

Servir Dieu et son pays

Par Sébastien Lacroix 

Nous avons rendu hommage hier aux hommes et aux femmes qui sont morts en servant leur pays et l’ensemble de la communauté humaine. Nous faisons grand état, et avec raison, du courage et du sens du devoir de nos soldats. Parmi ceux que nos Forces envoient en mission se trouvent plusieurs aumôniers militaires qui sont là pour… être là. Leur ministère de présence est un élément clé de la pastorale militaire. Il ne s’agit toutefois pas d’un ministère facile, et l’équipe de Focus catholique a voulu en savoir plus. Au cours des cinq prochaines années, l’Armée canadienne compte recruter des dizaines de nouveaux aumôniers pour répondre aux besoins spirituels de ses militaires et leurs familles. Les catholiques aux sein des forces sont rassemblés en un diocèse qui s’étend de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve, en passant par… Kandahar!
L’évêque de l’ordinariat militaire, Mgr Donald Thériault, nous parle du rôle de l’Église au sein des Forces. Des aumôniers militaires nous font découvrir leurs vocations et deux époux nous parlent de la participation de leur conjoint respectif à la mission afghane.

Ne manquez pa La pastorale militaire: au-delà des frontières ce soir à 19h et 23h en rappel vendredi et dimanche, 16 et 18 novembre, à 19h30.

À 19h30, immédiatement après Zoom, nous approfondirons les différents aspects du ministère de l’aumônier militaire au cours d’une discussion avec l’abbé Guy Chapdelaine. Le padre Chapdelaine est un prêtre catholique dont la vocation sacerdotale est née au sein des Forces armées. Aujourd’hui, il recrute les aumôniers militaires pour l’ensemble de l’Armée canadienne, quelque soit leur religion. Il nous partage sa passion pour son ministère et pour les gens qu’il sert.

Le mémoire du card. Ouellet sur S+L

Par Sébastien Lacroix 

Les propos du cardinal Marc Ouellet devant la Commission Bouchard/Taylor la semaine dernière ont fait beaucoup jaser. Plusieurs se sont précipités sur leur blogue, ou sur les pages d’opinions dénonçant l’intégrisme catholique, la violence des religions monothéistes, etc. En lisant certains propos, j’en venais à douter que nous avions écouté la même présentation.

Le mémoire de l’archevêque de Québec ne cherche pas à expliquer pourquoi les Québécois ont abandonné les églises ni à faire le mea culpa de l’Église catholique au Québec. Cela n’a-t-il pas déjà été fait à maintes reprises? Il ne s’agit pas de retourner en arrière, on ne peut ni ne doit le faire, mais nous sommes appelés à user de courage et d’audace pour dire qui nous sommes et ce que nous voulons comme société.

Sel + Lumière présentera en rappel la présentation du cardinal Ouellet à la Commission Bouchard/Taylor ce mardi 6 octobre à midi, heure normale de l’Est.

“La mort apprivoisée”

Réflexion pour le Jour des fidèles défunts
Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

C’est dans la lumière de la fête de tous les saints que nous faisons mémoire, le 2 novembre, de tous les fidèles défunts.  Ce jour est un jour où l’on se souvient, mais aussi où l’on peut parler de la mort et en parler sereinement, puisque nous ne sommes pas dans le moment du deuil.

Aujourd’hui, la mort est vécue comme une violence, une injustice, un échec ; pour l’individualisme triomphant, la mort est devenue intolérable.  Bien sûr, la mort, on en discute, on en débat, elle reste un problème philosophique, mais l’abondance des discours ne nous instruit pas sur la mort car tout le monde est le premier à mourir.  La mort est un événement absolu, qui n’arrive qu’à moi et dont je n’ai aucune idée avant qu’il n’arrive. Qu’est-ce que mourir ? Nous ne savons pas ! Ce que nous savons, c’est que nous mourons ; c’est même notre seule certitude, « notre seule exactitude », dans le sens où la mort sera à l’heure ! Face à la mort, aucune échappatoire: La prière est notre seule liberté.

Seule la prière, « maintenant et à l’heure de notre mort », fait passer l’homme de la mort à la vie ! Pour les croyants, en effet, « la vie n’est pas détruite, elle est transformée. Et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure dans les cieux » (Préface des défunts). Ils croient aussi qu’à la prière des vivants, les bras de Dieu s’ouvrent pour ceux qui espèrent en lui.

Nous en avons un magnifique et bouleversant témoignage laissé par saint Augustin.  Au cours du voyage en Italie, Monique tombe malade et la fin de sa vie approche, si bien qu’Augustin et son frère se demandent où enterrer leur mère le moment venu: « Mon frère, raconte Augustin, souhaitait la voir mourir non en terre étrangère mais dans sa patrie : ce serait là un destin plus heureux. En l’entendant, ma mère […] lui jeta un regard de reproche pour avoir eu de telles pensées […] et s’adressant à nous deux : « Enterrez mon corps n’importe où, sans vous mettre en peine de lui. Tout ce que je vous demande, c’est de vous souvenir de moi à l’autel du Seigneur, où que vous soyez. » Quelques-uns de mes amis, continue Augustin, […] lui avaient demandé : « Ne crains-tu pas de laisser ton corps loin de ta ville natale ? » Et elle de leur répondre : « Rien n’est loin pour Dieu ; et il n’y a pas à craindre qu’il ne sache pas, à la fin des temps, reconnaître le lieu d’où me ressusciter ». » Ce passage nous montre que Monique n’a pas eu peur d’envisager la mort dès son vivant, que c’est donner sens à la vie que d’y intégrer l’omniprésence de la mort, et que l’homme est plus fort devant la mort quand il l’a apprivoisée.

Être délivrés de la mort ? Nous le pouvons avec le Christ : Premier-né de toute créature, il est aussi le Premier-né d’entre les morts (Col 1, 13-18). La résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de notre résurrection future. Mais déjà, vivant avec lui, nous n’avons plus peur de la mort. La mort que nous redoutions, que nous haïssions, la mort au «dard venimeux» (1 Co 15, 56) n’a plus d’emprise sur nous. Saint Paul va jusqu’à dire qu’elle «représente un gain» (Ph 1, 21-23). Elle nous fait mesurer combien chaque instant est précieux, chaque rencontre est unique, chaque amour est fragile. Envisagée dans la foi au Christ, elle devient le lieu de notre rencontre heureuse avec lui: « Le péché nous fait vivre à la surface de nous-mêmes; nous ne rentrons en nous que pour mourir, et c’est là qu’il nous attend. »

Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pauvres pêcheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.

Quelle nuée de témoins… (En la fête de la Toussaint)

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

La fête de la Toussaint nous offre une belle opportunité de réflechir sur notre héritage des saints et des bienheureux dans notre tradition catholique.  Ces hommes et femmes sont des artistes qui ont jugé et fait la critique du monde avec différentes donnés, informations et différents savoirs. Leurs normes se trouvaient dans les imprimés bleus intitulés les « Béatitudes» et pas dans les bibliotèques d’universités ou dans les centres de hautes recherches, et ils ont tenté chacun, en leur temps propre et de leurs façons uniques, de s’approprier cette extraordinaire vision de l’Evangile et de l’amener au monde. Le grand auteur G.K. Chesterton anglais a dit que «de telles personnes ont mis en lumière ce que le monde et l’Eglise avaient oublié». Parfois de tels individus sont appelés des fous, des insensés, des irréalistes, des rêveurs. Dans notre Eglise, nous les appelons des Saints.

En cette fête de la sainteté, nous célébrons tous ceux qui ont témoigné de leur attachement radical au Christ, tous les saints, ceux qui sont au calendrier, ceux qui n’y sont plus, ceux qui n’y sont pas encore.  Dans l’évangile de cette fête, [Mt 5, 1-12] chacune des béatitudes nous indique une voie de sainteté : la pauvreté de cœur, la douceur, le combat pour la justice, la pureté du cœur, le travail pour que grandisse la paix, la miséricorde. On est loin des miracles et des autres signes spectaculaires que les hagiographies se plaisent à raconter. Ces béatitudes sont plus un projet de vie, une invitation à y puiser une vraie intensité de vie, que la reconnaissance du mérite de ceux « qui y sont arrivés » ! Cette sainteté-là est vraiment pour tous, pour peu que nous y travaillions, bien sûr.

Je suis convaincu que le monde d’aujourd’hui, et particulièrement les jeunes, ont un besoin croissant pour les vies fascinantes des Saints. Durant son Pontificat, le Pape Jean Paul II nous a certainement aidé à redécouvrir ces héros et héroïnes dans nos traditions-en fait, il a béatifié 1338 femmes et hommes, et canonisé 482 personnes.  La proclamation de tant de Bienheureux et de Saints de notre époque a été d’une aide étonnante pour renouveler les espoirs de longues haleines et en stimuler de nouveaux.  Quelle nuée de témoins, quelle école des artistes des Béatitudes pour nous consoler, nous fortifier, nous encourager, nous stimuler, nous émouvoir et nous élever alors que nous essayons de les imiter ici-bas!

Comment la grâce serait-elle vraiment gracieuse, vraiment gratuite si elle venait comme le bon point et les félicitations avec la bonne note ? La grâce n’a trouvé en nous aucun mérite, mais c’est elle qui nous rend capables de mérite. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisis… », dit Jésus. Comme le dit saint Augustin, en commentant ce passage de l’Évangile de Jean : « Dieu ne choisit pas ceux qui sont bons, mais il rend bons ceux qu’il a choisis. » Nous ne pourrions être bons et faire quelque bien en ce monde, si nous ne l’avions reçu de l’amour incroyable du Créateur qui nous a donné la liberté, le désir et l’intelligence de reconnaître ses dons.

Laissons-nous saisir par la beauté de ces hommes et femmes, et laissons nous combler du désir de devenir des saints pendant ce mois de novembre qui est dédié aux artistes de l’evangile!  Dieu sait combien nous en avons besoin de tels artistes aujourd’hui!

« Québec, qu’as-tu fait de ton baptême? »

 Par Sébastien Lacroix

La question lancée par le  cardinal Marc Ouellet a résonné dans les chaumières du Québec cet-après midi. Cette question, Jean-Paul II l’avait lancé au français en 1996 à Tours, à l’occasion du 1 500e anniversaire du baptême de Clovis (roi de France) – et donc du baptême de la France. Le Québec pour sa part comporte toujours une majorité de catholique. Reste à savoir s’il s’agit d’une majorité slencieuse.

Je trouve les dépots de mémoires devant la commission Bouchard-Taylor beaucoup plus intéressants que les consultations publiques qui ont permis à plusieurs d’étaler leur méconnaissance de l’autre au grand jour. L’archevêque de Québec était attendu, et cela m’a fait sourire. Les médias auront enfin de quoi de consistant à se mettre sous la dent. Résumons:

Le primat pose d’abord un diagnostic clair de la crise actuelle et des prémisses au débat sur les accommodements raisonnables.

Le débat actuel touche directement la religion et les relations entre communautés culturelles, mais le vrai problème n’est pas celui de l’intégration des immigrants qui serait rendue plus difficile à cause de leurs demandes religieuses d’accommodement. Les statistiques révèlent que les demandes d’accommodements pour motifs religieux sont minimes, ce qui indique que la raison des tensions actuelles est ailleurs. Qu’on ne fasse donc pas porter la responsabilité d’une crise profonde de la société québécoise à ceux et celles qui sont venus y chercher un refuge ou une terre d’accueil ou à leur religion qu’on juge envahissante.

Le vrai problème québécois est le vide spirituel créé par une rupture religieuse et culturelle, une perte substantielle de mémoire, entraînant une crise de la famille et de l’éducation, qui laisse les citoyens et citoyennes désorientés, démotivés, sujets à l’instabilité et rivés à des valeurs passagères et superficielles.

D’où le désarroi de la jeunesse, la chute vertigineuse des mariages, le taux infime de natalité et le nombre effarant d’avortements et de suicides pour ne nommer que quelques unes de ces conséquences qui s’ajoutent aux conditions précaires des aînés et de la santé publique. Et pour comble, ce vide spirituel et culturel est entretenu par une rhétorique anticatholique farcie de clichés qui se retrouve malheureusement trop souvent dans les médias. Ce qui favorise une véritable culture du mépris et de la honte à l’égard de notre héritage religieux, qui détruit l’âme québécoise. Il est grand temps de se demander : Québec, qu’as-tu fait de ton baptême ? Il est grand temps qu’on freine l’intégrisme laïciste, imposé à même les fonds publics, et qu’on retrouve un meilleur équilibre au Québec entre la
tradition et l’innovation créatrice au service du bien commun. On doit réapprendre le respect de la religion qui a façonné l’identité de la population et le respect de toutes les religions sans céder à la pression des intégristes laïcs qui réclament l’exclusion de la religion de l’espace public.

Le Québec est mûr pour une nouvelle évangélisation en profondeur qui se dessine en certains milieux par des initiatives catéchétiques importantes, de même que par des efforts communautaires de retour aux sources de notre histoire. Notre société a besoin d’un mouvement de conversion à ses valeurs spirituelles profondes et d’une nouvelle alliance entre sa foi devenue dormante ou passive et la culture commune en émergence qui cherche ses racines. Un renouveau spirituel et culturel est possible si le dialogue entre l’État, la Société et l’Église reprend son cours, constructif et respectueux de notre identité collective désormais pluraliste.

Pour le cardinal Ouellet, un tel dialogue doit aller au-delà du statut quo actuel quant à l’enseignement religieux. L’archevêque de Québec remet en doute le programme d’enseignement culturel des religions qui sera mis en place l’automne prochain et prêche en faveur de la liberté de choix des parents. L’enseignement religieux confessionnel a sa place à l’école, une idée que ne privilégie pas tous les évêques au Québec. Pourtant, les propos du cardinal sont l’écho de nombreux parents qui, malgré tout, sont marginalisés par les élus et les médias.

Espérons que ces propos poussent les Québécois à réfléchir et à remettre en question un modèle qui peut certainement être renouvellé. « Il importe, précise le cardinal,  surtout à l’heure actuelle que la majorité catholique se réveille, qu’elle reconnaisse ses vrais besoins spirituels et qu’elle renoue avec ses pratiques traditionnelles afin d’être à la hauteur de la mission qui lui incombe depuis ses origines. »

Le texte complet du mémoire du cardinal Ouellet est disponible sur le site du diocèse de Québec.

Conséquence d’une déchirure: le dialogue catholique/anglican

Par Sébastien Lacroix 

Dans la foulée des conférences hommages au père Jean-Marie Tillard commanditées par les Dominicains de la province canadienne, on avait invité le Très Révérend John Hind, évêque anglican de Chichester, à présenter une conférence vendredi dernier à l’Université de St. Michael’s College portant sur l’avenir du dialogue anglican-catholique. Mgr Hind fait partie de la Commission Faith and Order du Conseil oecuménique des Églises. Deux membres de cette commission sont d’ailleurs catholiques, le père Tillard ayant déjà été l’un d’eux. L’Église catholique ne fait toutefois pas partie du Conseil oecuménique des Églises. Bien que l’Église catholique reconnaisse que l’Église du Christ est présente et agissante dans les Églises et les Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Église catholique, grâce aux éléments de sanctification et de vérité qu’on y trouve , l’Église du Christ ne subsiste qu’au sein de l’Église catholique. La Congrégation pour la doctrine de la foi a d’ailleurs publié une note à cet effet au cours de l’été.

L’évêque anglican a vendredi fait un survol historique de l’évolution du dialogue entre les deux églises. Réaliste, il a fait état des difficultés vécues au sein de la communion anglicane qui est au bord du schisme. Deux questions sont au cœur du débat qui ronge cette Église. D’abord la question de l’ordination épiscopale d’hommes homosexuels qui s’affichent et ont un partenaire. L’autre point de litige porte sur la bénédiction de mariage entre conjoints de même sexe. Ces deux points sont issus de l’Église épiscopalienne (les Anglicans des États-Unis) qui veut que le reste de la communion adopte ses positions. De plus en plus de voix à travers le monde anglican s’élèvent en ce moment pour dire à l’Église épiscopalienne: Assez !

Il était triste d’écouter l’évêque Hind nous dire que des prêtres de son diocèse se tournent le dos et refusent carrément de reconnaître leurs confrères. Un schisme aurait lieu au sein même des paroisses et diocèses anglicans du monde entier. Imaginez votre communauté chrétienne qui se scinde en deux ! Pour Mgr Hind, il serait terrible que la communion anglicane éclate à cause de questions qui, de son avis, ne se rapportent pas au cœur de la foi chrétienne.

Toute cette dispute risque de nuire au dialogue entre anglicans et catholiques. Pour ces derniers, il serait facile de rester les bras croisés et regarder ses frères et sœurs se déchirer. Après tout, diraient-ils, nous pourrions en bénéficier. Pas si vite. La division au sein des Églises affecte l’ensemble des chrétiens, y compris les catholiques. Pour le père Tillard, la division demeure le plus grand scandale de l’histoire de l’Église, un péché contre le Saint Esprit, le grand obstacle à l’évangélisation. Et il insiste: « Notre attachement à nos différences confessionnelles vient plus de la peur de perdre notre identité que d’un intérêt profond pour la vérité (Je crois en dépit de tout, Cerf, 2001). »

Prier pour nos frères et sœurs de la communion anglicane, aller vers eux et leurs dire que nous les estimons, que nous les aimons et que nous voulons travailler avec eux pour parvenir à cette unité : voilà ce que nous pouvons faire.

L'archevêque de Canterbury Rowan Williams et le Président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, le cardinal Walter Kasper

Savoir dire merci

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

La célébration de l’Action de grâce au Canada constitue un contrepoint intéressant face à la fête célébrée par nos voisins américains. Alors qu’ils se souviennent des premiers colons qui se sont installés dans le Nouveau Monde, les Canadiens rendent grâce pour une bonne récolte.

Au cœur de la célébration de l’Action de grâce se trouve l’idée d’être reconnaissant pour la bonne saison qui se termine. Pourtant, lorsque tout va bien dans nos vies, rendons-nous souvent grâce à Dieu pour ce que nous sommes et ce que nous avons?

La reconnaissance va bien au-delà d’un simple « merci » obligé. Elle est une manière de percevoir le monde, un moyen pour être surpris, s’émerveiller. Il s’agit d’avoir les yeux ouverts et près de son cœur.

Quelles sont les qualités des gens reconnaissants ? Le souvenir est certainement le trait le plus précieux de la gratitude. L’une des plus grandes qualités de quelqu’un est d’être capable de dire « merci » aux autres et de ne prendre rien ni personne pour acquis. Ceux et celles qui ont cette vertu de la gratitude sont très riche : non seulement savent-ils qu’ils ont été bénis, mais ils se rappellent sans cesse que toute bonne chose vient de Dieu.

Un incident qui m’a beaucoup appris à-propos de la gratitude m’a particulièrement marqué. C’était en juin 1999 et je venais tout juste d’être nommé à la direction des JMJ 2002 au Canada. Je m’étais rendu à Paris pour rencontrer les responsables de l’Église qui avaient organisé la JMJ de 1997, qui fut d’ailleurs un grand succès.

Après trois jours de réunions intenses, l’évêque qui m’accueillait m’accompagna à un taxi. Il s’arrêta un moment sur le bord de la rue et me dit : « Thomas, il y a une chose que j’ai oublié de te dire  –  nous avons oublié de remercier les employés, les bénévoles et tous ceux qui avaient travaillé avec nous si fort pour le succès de cet événement. Nous nous en sommes aperçus alors qu’il était trop tard !

« Tu sais, nous [les prêtres] sommes les maîtres des grandes célébrations liturgiques… L’Eucharistie est essentiellement le grand acte d’action de grâce, mais nous ne savons pas comment dire ‘merci’. »

Mgr Michel Dubost m’a rappelé que la chose la plus importante que je pouvais faire en tant qu’être humain, prêtre et leader d’une grande organisation était de remercier ceux et celles qui travailleraient avec moi. Il m’a dit de ne prendre personne ni même un simple geste pour acquis.

Reconnaître les autres, dire merci, est une marque de grandeur. Si nos collègues ou collaborateurs sont découragés et démotivés, peut-être est-ce parce que nous ne leur avons jamais exprimé notre gratitude pour ce qu’ils sont et ce qu’ils font ? Je sais que nous avons un long bout de chemin à faire en Église pour réellement vivre de ce que nous professons vraiment dans la célébration eucharistique. J’ajouterai que les églises ne sont pas les seules organisations qui omettent d’exprimer leur reconnaissance aux autres.

Le courage de dire merci – c’est-à-dire le courage de voir du même coup les personnes et les expériences de ce monde comme un don – transforme non seulement la personne qui profite de ce jugement, mais aussi le milieu, le monde, et ceux et celles qui nous entourent.

La gratitude est créative. Ceux et celles qui sont liés par la gratitude trouvent constamment en eux de nouvelles forces. Plus quelqu’un est reconnaissant et plus il s’enrichie de l’intérieur. Les gens reconnaissants rassemblent dans leurs souvenirs toutes les belles expériences du passé, comme le dit le proverbe : le cœur retient ce que la mémoire oublie.

En ce weekend au court duquel nous nous retrouvons avec nos parents et amis pour célébrer et partager, nous savons que Dieu est bon non pas par des oui-dires, mais parce que nous en avons fait l’expérience. Et c’est ce qui fait toute la différence.

“Fils de Lévi, suis-moi.” – Mt 9, 9-13

[NDLR] En la fête de l’apôtre Matthieu, nous publions ici l’homélie de Glen MacDonald, C.S.B., ordonné diacre samedi dernier à Toronto. Glen fut un collaborateur de Sel + Lumière. Il poursuit son stage pastorale dans une paroisse de Rochester, NY.

L’évangile d’aujourd’hui retrace l’appel de l’apôtre Matthieu. Matthieu était un collecteur d’impôts et, par son métier, il gagnait son pain en collectant une taxe auprès de ceux qui voyageaient sur la route commerciale locale. On peut imaginer que Matthieu en serait venu à connaître Jésus, qui passait régulièrement sur cette route. Apparemment, chaque fois que Jésus donnait une pièce de monnaie à Matthieu, il lui offrait bien plus que le simple désir de « rendre à César ce qui appartient à César. »

Non, au lieu de payer la taxe ou de condamner Matthieu d’être un collecteur d’impôts, Jésus s’est probablement approché avec un sourire et un mot gentil, peut-être quelques mots à-propos de tout et de rien et possiblement une invitation à souper. Plus tard, peut-être quelques enseignements sur le Royaume de Dieu et la prépondérance de la miséricorde devant le sacrifice.

Nous ne savons pas ce qui se passait au cours de ces rencontres triviales, mais nous pouvons constater qu’elles ont eu un impact profond sur Matthieu. Par de simples gestes, payer la taxe par exemple, Jésus a cultivé en Matthieu le désir de suivre Dieu. Il lui dit : « Suis-moi. » Et il le suivit.

Nous allons rencontrer plusieurs gens tout au long de cette journée : un stagiaire gêné à la cafétéria, un collègue frustré au photocopieur, un professeur stressé à son bureau, une vieille dame au dépanneur du coin, un jeune avec piercings et tatous au pub. Qui sait ? Peut-être l’une de ces personnes sera Matthieu ? Soyons généreux de nos sourires, nos gestes et nos échanges – ses gestes de miséricorde – afin que, à l’image du Christ, nous puissions préparer cette personne à répondre à l’appel de Dieu.

La marque du Messie devient la marque de ses disciples.

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

La fête de l’Exaltation de la Sainte Croix tire son origine du fait que la mère de l’empereur Constantin, sainte Hélène, a découvert le 14 septembre de l’an 320, à Jérusalem, la croix sur laquelle Jésus est mort.  À l’origine, la notion de triomphe associée à la croix faisait davantage référence à la compréhension «normale» de ce mot: une victoire sur quelqu’un, acquise au prix d’une quelconque violence. Mais n’est-il pas choquant de parler d’une croix comme symbole d’une telle sorte de triomphe? La crucifixion de Jésus est un formidable et divin paradoxe. La croix, un instrument de mort, est transformée en arbre donneur de vie. Grâce au mystère de la croix, le Christ crucifié devient notre vie et notre lumière au milieu des ténèbres.

Lorsque toute la commotion et l’activité frénétique des Journées mondiales de la jeunesse sont arrivées à leur terme, j’étais convaincu que l’une des choses qui allaient le plus durablement marquer le Canada était cette petite croix toute simple. Elle aura constitué un énorme bienfait et une source de consolation pour les centaines de milliers de personnes qui l’ont touchée et embrassée, qui ont découvert des choses grâce à elle et qui lui ont permis de les toucher personnellement à l’aide du message et du souvenir impérissables de celui qui est mort sur elle. Célébrer le triomphe de la croix, c’est donc reconnaître le plein accomplissement du ministère de Jésus. Jésus nous a demandé de courageusement choisir une vie semblable à la sienne. La souffrance ne peut être évitée ni ignorée par ceux qui marchent dans ses traces. Suivre Jésus, cela implique de souffrir et de porter, nous aussi, notre croix. La marque du Messie devient ainsi la marque de ses disciples.  

La croix, un pont jeté au-dessus de l’abîme de la mort

« Notre Seigneur a été piétiné par la mort, mais, en retour, il a frayé un chemin qui écrase la mort. Il s’est soumis à la mort et il l’a subie volontairement pour la détruire malgré elle. Car, sur l’ordre de la mort, notre Seigneur « est sorti en portant sa croix » (Jn 19,17). Mais il a crié sur la croix et il a tiré les morts des enfers…

Il est le glorieux « fils du charpentier » (Mt 13,55) qui, sur le char de sa croix, est venu au-dessus de la gueule vorace du séjour des morts et a transféré le genre humain dans la demeure de la vie (Col 1,13). Et parce que, à cause de l’arbre du paradis, le genre humain était tombé dans le séjour des morts, c’est par l’arbre de la croix qu’il est passé dans la demeure de la vie. Sur ce bois-là avait été greffée l’amertume; mais sur celui-ci la douceur a été greffée, pour que nous reconnaissions en lui le chef auquel ne résiste rien de ce qui a été créé.

Gloire à toi ! Tu as jeté ta croix comme un pont au-dessus de la mort, pour que les hommes y passent du pays de la mort à celui de la vie… Gloire à toi ! Tu as revêtu le corps d’Adam mortel et tu en as fait la source de la vie pour tous les mortels. Oui, tu vis ! Car tes bourreaux se sont comportés envers ta vie comme des semeurs : ils ont semé ta vie dans les profondeurs de la terre comme on sème le blé, pour qu’il lève lui-même et fasse lever avec lui beaucoup de grains (Jn 12,24).

Venez, faisons de notre amour comme un encensoir immense et universel ; prodiguons des cantiques et des prières à celui qui a fait de sa croix un encensoir à la Divinité et nous a tous comblés de richesses par son sang. »

– Saint Ephrem (vers 306-373), diacre en Syrie, docteur de l’Église Homélie sur notre Seigneur