« Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe »

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.


Au Jeudi Saint nous commémorons la Cène du Seigneur et nous célébrons l’institution de l’Eucharistie. C’est une soirée très spéciale pour se rappeler ce que Jésus a fait pour nous et le grand don qu’il nous a laissé. La mémoire est l’un des plus mystérieux et des plus grands pouvoirs de l’esprit humain. Sans la mémoire nous cesserions d’être nous-mêmes et nous perdrions notre identité. Un souvenir, une fois qu’il est revenu à l’esprit, a le pouvoir de catalyser notre monde intérieur et d’orienter tout vers son objet, surtout si ce n’est pas une chose ou un fait mais une personne vivante. Le Jeudi Saint, nous nous souvenons de Jésus, de sa vie, de son message et de son cadeau pour nous dans le pain et le vin.

L’Eucharistie est un mémorial car elle rappelle l’évènement auquel l’humanité d’aujourd’hui doit son existence en tant qu’humanité rachetée : la mort du Seigneur. L’Eucharistie a quelque chose qui la distingue de tout autre type de mémorial. C’est à la fois le mémorial et la présence, même si elle est cachée sous les signes du pain et du vin. Le christianisme, le catholicisme, les sacrements, et spécialement l’eucharistie, ne sont pas des concepts théologiques, des cours, des idées, des fantaisies passagères, des symboles : ils sont une personne vivante et son nom est Jésus.

L’autorité de Jésus nous attire – à cause de sa compassion. Nous sommes saisis par l’autorité de ses paroles, par sa profondeur, son regard plein d’amour et la fermeté de sa foi. En fin de compte Jésus existe pour les autres, il existe pour servir. Il a été éprouvé et testé de part et d’autres, comme nous – Il connaît toutes nos difficultés ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur : c’est seulement à cause de cela qu’il a acquis une capacité de profonde compassion. Lors de la dernière Cène, Jésus nous enseigne que la véritable autorité dans l’Église est d’être serviteur, de donner nos vies pour nos amis.

Notre liturgie eucharistique proclame l’unique lien de vie entre Dieu et son peuple. La nature même de l’Eucharistie implique un lien avec Dieu et avec la communauté, un lien qui est révélé dans l’amour, l’humble service qui est puissamment représenté dans le lavement des pieds dans le récit de la dernière scène dans l’évangile de saint Jean (Jn 13, 1-15).
 
L’Eucharistie est la passion de Jésus, sa mort et sa résurrection. Sans la résurrection de Jésus notre foi est suspendue dans les airs. D’autre part, la résurrection de Jésus elle-même peut être une idéologie dangereuse si elle ne nous stimule pas à partager réellement avec nos frères et nos sœurs qui sont affamés et brisés. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous participons à ce qui devient nourriture et boisson pour les autres. Sa vie est une fête pour les pauvres et les pécheurs. Elle doit donc l’être pour ceux qui reçoivent le corps et le sang du Seigneur.

 Nous devenons ce que nous recevons dans ce repas et nous imitons Jésus dans son oeuvre de salut et ses paroles de guérison. Comme sont appropriés les mots de la Seconde Prière Eucharistique pour la réconciliation dans le rite romain :

Père très bon, ton Fils a laissé à ton Église ce mémorial de son amour ; en rappelant ici sa mort et sa résurrection, nous te présentons cette offrande qui vient de toi, le sacrifice qui nous rétablit dans ta grâce ; accepte-nous aussi, avec ton Fils bien aimé. Donne nous dans ce repas ton Esprit Saint : qu’il fasse disparaître les causes de nos divisions.

Commémorer la Cène du Seigneur le Jeudi Saint n’est pas une nostalgie paralysante qui nous ramène au passé. Célébrer et recevoir l’Eucharistie ne signifie pas que nous allons devenir prisonniers de notre religion commune ou de notre mémoire catholique. La célébration de l’Eucharistie nous projette en avant, comme nous le professons dans l’acclamation après la consécration pendant la messe : « Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous célébrons ta mort, Seigneur Jésus, jusqu’à ce que tu reviennes dans la gloire. »

Si j’étais parent…

Par Sébastien Lacroix

Je me questionne depuis hier matin sur le communiqué de l’Assemblée des évêques du Québec (AECQ) à-propos du programme d’éthique et de culture religieuse. Les prélats du Québec ont terminé leur rencontre annuelle le 7 mars dernier et sont retournés chez eux sans un bruit. Il aura fallu attendre plus d’une semaine avant d’avoir la position des évêques sur le programme qui fait tant parler de lui. À lire le communiqué, on imagine que nos pasteurs ont eu une dure semaine et qu’ils ne sont pas du même avis sur cette question, mais ça, nous le savions déjà.

Si j’étais un parent catholique non pratiquant et que je me questionnais sur l’éducation religieuse de mon enfant, je ne saurais que faire de cette opinion. Si, comme parent, je suis désorienté parce que j’apprends en début d’année qu’il n’y a plus d’enseignement religieux, rien dans ce message ne m’oriente vers ma paroisse qui est cependant prête à recevoir mon enfant. Si j’étais un parent catéchète, ou un agent de pastorale engagé dans la catéchèse en paroisse, je ne trouverais aucun appui réel, ni signe d’encouragement. Si, en tant que parent, je m’opposais au programme du Ministère de l’Éducation jusqu’à marcher dans les rues, il n’y aurait rien non plus pour me désarmer, ou me faire voir l’envers de la médaille. Que faire? M’asseoir et attendre?

Nous comprenons que l’objet de l’avis des évêques porte sur le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse.  Malheureusement, leur message est lancé dans le vide et ne touchera personne. Pourquoi ne pas avoir saisi cette opportunité pour s’adresser directement aux catholiques du Québec au lieu de parler à la troisième personne? Pourquoi ne pas avoir encouragé ceux et celles qui font leur possible pour initier des jeunes à la foi et aux principes du catholicisme?  Pourquoi ne pas avoir invité directement les opposants au programme à donner la chance au coureur au lieu de parler d’utilisation circonspecte du recours à l’exemption? D’ailleurs, ceux qui demandent l’exemption sont justement ceux qui n’auraient pas à le faire : les parents qui transmettent les éléments de la foi chrétienne à leurs enfants sont assez «vigilants» pour pallier aux lacunes potentielles du programme tout en permettant à leurs enfants d’ouvrir leurs horizons.

Doit-on voir chez les évêques un manque de leadership qui risque à long terme de remettre en question la pertinence d’un regroupement régional comme l’AECQ? En tant que catholiques, nous avons le droit, sinon le devoir d’interpeller nos pasteurs et de leur poser des questions. Et tout en étant «critiques et vigilants», nous pouvons continuer de prier pour eux.
 

Pourquoi cette semaine est-elle différente des autres semaines?

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

 

La Semaine Sainte est vraiment différente de toutes les autres semaines de l’année chrétienne. Les trois jours du Triduum se trouvent entre les quarante jours de Carême et les cinquante jours de Pâques. Le Triduum se termine l’après-midi du dimanche de Pâques. Cette semaine, la Passion, la souffrance, la mort et la résurrection du Seigneur sont les thèmes qui nous unissent le plus comme peuple chrétien et comme Église.

Lors de ce dimanche des Rameaux, nous ne pouvons nous empêcher de revenir sur les contrastes frappants du récit de la Passion selon saint Matthieu. L’évangéliste nous présente l’entrée triomphale de Jésus dans la ville pour la semaine finale et fatale pour sa vie. Nous accompagnons Jésus qui monte à Jérusalem au milieu de la foule criant « Hosanna, béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ! » La journée est remplie d’une louange et d’une allégresse débordante, mais il se profile à l’horizon une vague de haine, de destruction et de mort.

Nous aussi nous sommes pris dans la foule qui acclame son Messie et Roi alors qu’il descend le Mont des Oliviers… ne venant pas avec le cérémonial d’un cortège royal, mais sur une bête de somme. Quelles images saisissantes de la royauté, de l’humilité et de la divinité sont rassemblées dans cette scène paradoxale de l’entrée de Jésus dans sa ville ! Pleins d’enthousiasme, ils l’accueillent avec des rameaux comme le Roi de la paix et le porteur de l’espérance. Pleins de haine cinq jours plus tard, ils exigent sa mort sur la croix. Au dimanche des Rameaux nous sommes invités à demeurer parmi ceux qui lui sont restés fidèles même alors qu’il était sur la croix.

Le Jeudi Saint, les lectures de l’Écriture nous enracinent dans notre passé juif… .  Célébrant la Pâque avec les Juifs, recevant de saint Paul ce qui lui a été transmis, le banquet eucharistique, et regardant le visage de Jésus lorsqu’il se met à genoux devant nous pour laver nos pieds humblement. Après l’écoute des Écritures, nous faisons quelque chose d’étrange : le lavement des pieds. Au cours de cette nuit, Jésus nous donne une image de ce à quoi l’Église est censée ressembler : une communauté de serviteurs, lavant les pieds.

Après le repas sur le mont Sion, Jésus est allé au jardin de Gethsémani et se jeta la face contre terre en pleurant. Trois fois, il a prié le Père, toujours pour dire la même chose – qu’il ne pouvait poursuivre le dessein de son Père. Il regardait fixement avec des yeux égarés le visage de l’ange qui cherchait à le réconforter. Nous ne pourrons jamais comprendre pleinement à quel point Jésus s’est abaissé dans sa souffrance, est descendu en enfer, là où tous les espoirs sont détruits. Pourtant, il n’y avait aucune puissance dans le monde qui pouvait nous prendre un tel sauveur.  Ceux qui ont fait de la recherche d’eux-mêmes et d’une impitoyable affirmation d’eux-mêmes une règle de vie peuvent nous causer des souffrances et de la misère. Mais dans les profondeurs de notre être, ils n’ont plus de pouvoir sur nous, car ils n’avaient aucun pouvoir sur Jésus.

Le Vendredi Saint est le jour du paradoxe divin. L’émouvant récit de la Passion selon saint Jean est proclamé dans la liturgie. Nous nous réunissons en silence pour écouter le récit du disciple bien-aimé et de la mort du Messie. Comme la croix est élevée au milieu de nous, nous regardons cet instrument de mort et de destruction, et d’une manière étrange et silencieuse, nous trouvons la force et l’espérance dans nos propres luttes. Ce n’est pas seulement un jour de tristesse, c’est aussi un jour de gloire. Aujourd’hui, ce qui n’aurait pas pu demeurer autres choses que des souvenirs honteux se transforme en beauté, en espérance et en un appel continu à la bonté héroïque. Aujourd’hui le « grand prêtre » n’est pas loin de nous, ni éloigné de notre condition, mais il est celui qui éprouve de la sympathie pour nous parce qu’il a connu notre faiblesse et notre douleur et même nos tentations (Hébreux 4, 14-45).

Le Samedi Saint est le jour de la douleur et du deuil, de l’attente et de l’espérance. Ce temps que nous vivons peut être mis en parallèle avec l’expérience des disciples et de Marie, la mère du Seigneur, alors qu’ils laissaient l’impact de la mort du Seigneur devenir une réalité pour eux. Leur foi a été sévèrement mise en question alors qu’ils attendaient la résurrection.

À la fin d’une longue journée d’attente, nous célébrons la mère de toutes nos liturgies, une vraie fête pour les sens. L’Église se réunit entre les ténèbres et la lumière d’un feu nouveau et d’un grand cierge qui rendront cette nuit brillante pour nous. Nous écoutons les Écritures : récit de la création, Abraham et Isaac, Moïse et Myriam et la traversée de la mer, des poèmes de promesses et de réjouissance et l’histoire du tombeau vide. Nous voyons, nous entendons, nous goûtons, nous sentons la nouveauté de Dieu en Jésus Christ ressuscité d’entre les morts. Dans cette liturgie, le passé et le présent se rencontrent, la mort et la vie s’embrassent et la vie est triomphante ; nous rejetons le mal et renouvelons nos promesses baptismales à Dieu.

Regardons l’exemple de la femme qui a généreusement versé de l’huile précieuse sur la tête de Jésus en vue de la passion (Mt 26, 6-13). Ses disciples trouvent à y redire, et la réponse de Jésus à leurs objections est tout à fait révélatrice. Son acte prophétique est tout à fait extraordinaire dans le contexte de la passion selon saint Matthieu parce que nous découvrons dans les passages qui suivent que les disciples vont s’endormir (Pierre, Jacques et Jean), le trahir (Judas), et le renier (Pierre). Quel itinéraire pour les disciples les plus près de Jésus ! Mais quel courage, quelle audace et quel exemple de la part de cette femme !

Bien que cette femme anonyme ne pouvait pas comprendre pleinement la signification symbolique et prophétique de l’onction, ni l’à-propos de son geste ; elle désirait simplement être avec Jésus et lui exprimer son amour généreux et son attention. C’est ce que nous sommes appelés à faire cette semaine : aimer Jésus et être attentifs à lui  tout au long du mouvement final de la symphonie de sa vie terrestre. Que nos vies soient comme la jarre d’onguent précieux que cette femme anonyme verse abondamment sur son Seigneur.

Bonne Semaine Sainte!

Se convertir au Vert et ainsi renouer avec Dieu

Par Sébastien Lacroix 

Le péché est sur toutes les lèvres dans l’Église cette semaine. D’abord dimanche, le responsable de la Pénitencerie apostolique parlait de « nouveaux péchés » reconnus par l’Église. La pollution, les manipulations génétiques et l’inaction face à la pauvreté se trouvent sur cette nouvelle liste. La notion de péché communautaire n’est pas nouvelle, et nous sommes de plus en plus sensibles aux répercussions de nos fautes communes et des dommages énormes causés à la nature et à ses habitants, i.e. nos frères et soeurs. Du même coup, nous brisons notre relation avec Dieu.

À cet effet, la Conférence des évêques du Canada, à travers sa Commission des affaires sociales, propose une réflexion aux catholiques du pays sur notre rapport à l’environnement. Pas parce que c’est à la mode et très en vogue, mais parce qu’il existe un lien direct entre foi et environnement. C’est ainsi que les évêques présentent d’abord la vision biblique de la création et de l’être humain en puisant dans le second récit de la création (Genèse 2) où Dieu place l’être humain dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder.

Cultiver, c’est développer et favoriser la croissance; garder, c’est assurer la pérennité des ressources. L’idée de « développement durable » est donc prescrite aux toutes premières pages de la Genèse. La terre est confiée à l’être humain comme un jardin dont il n’est pas propriétaire mais gérant.

« Le verdict est simple : nous n’avons pas été de bons gérants du « domaine » qui nous a été confié. »

Parmi les quatre signataires du document se trouve Mgr Bertrand Blanchet, qui prendra bientôt sa retraite de la chaire métropolitaine de Rimouski. Mgr Blanchet est à la fois homme d’Église et homme de la nature. Biologiste de formation (doctorat en foresterie), il est apparent que son influence transpire la réflexion proposée. En effet, non seulement les évêques appuient-ils leur réflexion sur des fondements bibliques et théologiques (Vatican II et Jean-Paul II), mais aussi des données scientifiques qui nous forcent à admettre l’évidence. L’harmonie a été brisée et il faut la restaurer.

Jean-Paul II nous l’a répété, la crise n’est pas seulement écologique, elle est morale et spirituelle. Or, une crise morale s’affronte par une conversion, c’est-à-dire un changement du regard, des attitudes et des comportements. Essentiellement, cette conversion aura pour objet les ruptures que nous avons créées avec la nature, avec notre prochain et avec Dieu. Elle visera à rétablir les liens avec eux, c’est-à-dire à susciter une réconciliation.

Les évêques nous invitent à retrouver le sens de la limite et même à vivre une certaine simplicité volontaire. Il ne s’agit de devenir des disciples de Serge Mongeau, mais bien de Jésus Christ qui nous a appris à vivre le dépouillement afin d’être plus libre… Les évêques du Canada n’ont pas eu peur d’employer un langage cru pour souligner l’urgence à laquelle nous faisons face. Alors que « nous avons préféré assurer notre confort et nos modes de vie d’enfants gâtés », les évêques abordent l’urgence comme une opportunité « de nous relancer sur les chemins de l’Évangile. »

Le document ne propose toutefois aucune solution tangible. On nous invite à passer de la parole aux actes sans nous dire comment procéder, ni quel geste poser. Chacun trouvera sa voie. Espérons que cet appel à la conversion venant de nos évêques saura persuader les catholiques de rétablir les liens brisés avec la nature, avec nos frères et soeurs et avec Dieu. En voyant la crise écologique sous cet angle, qui refusera de s’engager?

(Le texte complet est disponible sur le site de la Conférence des évêques catholiques du Canada)

« Seigneur, si seulement tu avais été là… »

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

Les thèmes forts de la mort et de la résurrection imprègnent la lecture de l’évangile du cinquième dimanche du carême (année A). Le récit de la résurrection de Lazare dans l’Évangile de Jean (Jn 11, 1-45) se situe peu de temps avant que Jésus soit capturé, jugé et crucifié. Cet événement a directement conduit à la condamnation de Jésus par ceux qui cherchaient à le tuer.

Jésus fut informé de la maladie de son ami Lazare et il n’est pas allé le guérir. En fait il est arrivé plusieurs jours après la mort de Lazare. Il donnait à ses disciples des leçons au long de la route sur la lumière. Leçons incompréhensibles dans le contexte de la grave maladie et de la mort mais compréhensibles avec la lumière apportée par la résurrection de Lazare et du Christ.

Combien de fois avons-nous comme Marthe et Marie, lâché ces mêmes mots de douleur: « Seigneur, si seulement tu avais été là, mon frère, ou ma sœur, ou ma mère, ou mon père, ou mon ami ne serait pas mort. » Quel genre de Dieu terrible permettrait aux tragédies de prendre place dans notre monde ?  L’évangile du jour nous dit quel genre de Dieu nous avons… un Dieu qui « gémit dans l’esprit et qui fut troublé ; un Dieu qui a pleuré sur la tombe de son ami Lazare et un Dieu qui est profondément ému par la commotion et le chagrin de tant d’amis de Marthe, Marie et Lazare. La fine pointe de toute la Bible se trouve dans ce récit évangélique : « Jésus pleura » (Jn 11, 35).

Jésus nous révèle un Dieu qui est avec nous dans la souffrance, le deuil et la mort… un Dieu qui pleure avec nous. Dieu n’intervient pas pour prévenir les tragédies et les souffrances de la vie, parce que Dieu nous aime trop. Si Dieu le faisait, alors Dieu ne serait pas Dieu. Et nous ne serions pas l’être humain libre que nous sommes. Si nous avions un Dieu qui  se précipitait pour prévenir les tragédies humaines et les souffrances de la vie, la religion et la foi seraient tout simplement réduites à une forme de magie ou de destin, et nous serions des pions impuissants sur l’échiquier d’un dieu lunatique. Où est Dieu dans les drames humains ? Dieu est là au milieu de tout cela, en pleurs. Tel est notre Dieu.

Juste avant sa mort et sa résurrection, Jésus proclame les mots qui forment le cœur de l’Évangile d’aujourd’hui : « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11, 25). L’évêque du quatrième siècle Grégoire de Naziance (328-389) parle du miracle de Béthanie qui préfigure la mort et la résurrection de Jésus. Saint Grégoire écrit :

“Il prie, mais il entend nos prières. Il pleure, mais il met fin aux larmes.
Il demande où Lazare a été déposé, parce qu’il était un être humain ;
et il ressuscite Lazare, parce qu’Il est Dieu.
Comme un mouton il est mené à l’abattage
mais il est le pasteur d’Israël et maintenant du monde entier.
Il est meurtri et blessé,
mais il guérit de toute maladie et de toute infirmité.
Il est relevé et cloué à l’arbre,
mais par l’arbre de vie il nous renouvelle…
Il donne sa vie,
mais il a le pouvoir de la reprendre ;
et le voile est déchiré, pour que les mystérieuses portes du ciel soient ouvertes ;
Les pierres se fendent, les morts se lèvent.
Il meurt, mais il donne la vie, et sa mort détruit la mort.
Il est enterré, mais il ressuscite. »

Seul Celui qui est entré dans le royaume de la mort et qui a affronté la mort dans la bataille, peut donner la vie à ceux qui sont morts. Jean rapporte la résurrection de Lazare comme un signe qui transforme la tragédie en Espérance. La maladie et la mort de Lazare sont une occasion pour la manifestation de la gloire de Dieu. En tant que chrétiens, nous n’espérons pas échapper à la mort ; mais nous l’approchons avec la foi en la résurrection.
 

Quand la République a peur des sectes…

Par Benoît Lévêque, séminariste en stage à Télévision Sel + Lumière

Le débat sur les sectes qui a agité durant quelques jours les politiciens français à la suite des déclarations d’Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président de la République, a donné l’opportunité d’ouvrir un débat trop souvent occulté. En réalité, la question n’est pas de savoir s’il faut interdire ou autoriser les sectes, même si la campagne en vue des élections municipales de dimanche prochain prête à ce raccourci, mais plutôt de déterminer précisément ce qu’est une secte.

A l’origine le terme n’a pas une connotation négative mais il désigne communément les organisations philosophiques ou religieuses manipulatrices et possiblement dangereuses pour leurs membres et pour la société. Selon quels motifs peut-on dissoudre un groupe, une association qui se réunit autour de croyances communes ?

Le premier article de la Constitution de 1958 précise que la France « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». C’est donc très clair, les français peuvent adhérer à la religion ou à la secte de leur choix pourvu qu’ils ne portent pas atteinte à l’ordre public. La République laïque ne sachant pas distinguer ce qui est religieux de ce qui ne l’est pas ; son point d’appui ce sont les dérives sectaires. Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, a adressé une circulaire aux préfets le 25 février ordonnant de repérer les faits pénalement répréhensibles en précisant que l’arsenal juridique est « suffisant pour sanctionner les dérives sectaires ». La réalité, c’est que l’appréciation du problème n’est pas la même dans les différentes composantes de l’administration chargée de cette mission. Par exemple, le bureau des cultes du ministère de l’Intérieur reconnaît les Témoins de Jéhovah comme une religion alors que la Mivilitudes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires les considère comme fauteurs de trouble à l’ordre public. Il faut noter que ces deux institutions sont sous la responsabilité du même gouvernement. Ces divergences viennent sans doute d’un angle d’approche différent. Alors que les services du ministère de l’Intérieur se fient aux données judiciaires et policières qui relativisent l’importance des troubles à l’ordre public répréhensibles au vu du nombre de condamnations, la Mivilitudes qui travaille avec des groupes parlementaires et avec les associations d’aide aux victimes se montre beaucoup plus prompte à dénoncer la dangerosité de certains groupes. Ceci vaut à cette organisation d’être dénoncée par la Cour Européenne des droits de l’homme ou dans des rapports de l’ONU pour atteinte à la liberté de croyance. En effet, des groupes sont accusés de dérives sectaires selon des présomptions sérieuses mais qui relèvent de l’arbitraire.

Les catholiques ne peuvent que se féliciter de la vigilance de l’État à l’endroit des organisations déviantes qui prospèrent dans le milieu de la santé comme dans celui de l’entreprise. Mais depuis quelques années, la radicalisation des mouvements laïques ou « libres penseurs » dans la lutte contre les sectes inquiète. Le fait que les « experts » puissent déterminer si tel groupe ou telle communauté religieuse est une secte, est contesté par des religieux aussi bien que par des chercheurs qui mettent en doute le bien fondé des classements. La première version de la loi de lutte contre les dérives sectaires votée en 2001 donnait de larges possibilités pour les victimes présumées de se retourner contre les groupes religieux dont elles avaient fait partie. Avec l’objectif de rendre la vie des sectes plus difficile, la loi aurait aussi considérablement gêné les religions qui auraient été confrontées à des enquêtes judiciaires et policières pour déterminer si une personne a cru de son plein gré ou si elle a été endoctrinée.

Les anticléricaux qui luttent contre la présence des religions dans la sphère publique, trouvent dans les associations de lutte contre les dérives sectaires le lieu idéal pour poursuivre leur combat contre « les croyances qui aliènent les citoyens ». Ces « libres penseurs » se retrouvent alors dans le rôle des inquisiteurs qu’ils ont tant dénoncé.

L’aveugle-né ou comment fixer son regard sur la Lumière

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.,

 

Dès le début de l’évangile de Jean, la question de l’origine est soulevée. Qui était Jésus? Qui l’a envoyé? Quelle école rabbinique a-t-il fréquentée? D’où tire-t-il son savoir? Où a-t-il appris à enfreindre la loi de Dieu? Ce sont de telles questions qui marquent le récit de la guérison de l’aveugle du quatrième évangile (Jn 9, 1-41).

La guérison de l’aveugle est racontée en seulement deux versets alors que la controverse entourant la guérison s’étend sur trente-neuf versets. La controverse occupe toute la place! En guise de réponse aux questions sur l’origine de Jésus, celui qui était aveugle répond : « J’étais aveugle et maintenant je vois. » L’aveugle passe des ténèbres à la lumière : il voit Jésus en tant qu’homme, puis comme un prophète, il confesse à la fin que Jésus est le Fils de Dieu. Les Pharisiens semblent d’abord accepter la guérison de l’aveugle, ils commencent ensuite à douter pour finalement nier les origines célestes de Jésus. La simplicité de l’aveugle confond les sages. Ils finissent par refuser de voir, et se rendent eux-mêmes aveugles. Il est facile de s’identifier aux Pharisiens : ils tentaient simplement de faire ce pour quoi beaucoup d’entre-nous sont aujourd’hui formés : observer, analyser, décrire et expliquer des phénomènes. 

Celui qui était autrefois aveugle ne connaissait pas tout le jargon pour interpréter son salut. Il n’était pas non plus pieux dans le sens traditionnel du terme ni respectueux des anciens. Il savait toutefois qu’auparavant, il était dans la noirceur et que maintenant, le monde entier était baigné de soleil. Voilà ce qu’il admit : « je sais une chose ». Comme si la chose la plus insignifiante qu’il puisse connaître était la personne qui l’avait sauvé!
 
L’homme qui a maintenant retrouvé la vue ne s’élance pas avec une connaissance particulière mais plutôt avec reconnaissance. Jésus est celui qui lui a donné la vie, qui l’a arraché de sa noirceur, qui lui a donné courage et espoir. Jésus est la clé, c’est Lui! L’aveugle n’est pas le seul à reconnaître Jésus. Les descendants spirituels de l’aveugle sont légions à travers l’histoire!

Des tentatives pour résoudre la question de la souffrance et de la mort ont bien souvent amené plus de souffrance que la douleur et l’angoisse à l’origine de ce questionnement. « Pourquoi moi? Pourquoi la souffrance? À qui la faute? Est-ce que la souffrance peut avoir un sens? Qui est à la source de cela? Pourquoi un tel mal doit-il exister? Pourquoi suis-je puni ainsi? » Nous utilisons souvent la métaphore de l’aveugle pour décrire notre inabilité à saisir le sens de la souffrance que nous endurons.

Si nous lisons cette histoire comme rien d’autre qu’une comédie satirique, nous manquons l’essentiel de la dernière scène, lorsque Jésus et l’aveugle guéri discutent devant la synagogue. La profession de foi de cet homme a une conséquence terrible pour lui et pour chacun de nous : il est rejeté de la synagogue. Il est coupé de la Torah, de sa famille, de la célébration du Sabbath et de la certitude de la loi, tout cela parce qu’il a fixé directement la lumière. C’était ce même regard fixe qui lui a amené une forme de guérison et une vision étranges.

Même aujourd’hui, plusieurs d’entre-nous sont très réticents à reconnaître la source de notre salut, le porteur d’espoir, la cause de notre joie. Nous avons peur de le nommer, craignant ce que les autres vont dire. Où est-ce  parce que nous ne sommes pas convaincus que Jésus est la clé?

Si je suis un jour près du ciel, je voudrais avoir une longue discussion avec les vedettes des évangiles de ces trois semaines de carême. La Samaritaine   (Jean 4), l’aveugle (Jean 9), et Lazare (Jean 11). Ils sont bénis car ils ont été renouvelés par les paroles personnelles du Christ, ses gestes consolateurs, son regard aimant et ses mots compatissants. Je voudrais leur poser à chacun trois questions : « D’où venait cet homme? Qu’avez vous senti lorsque vous l’avez regardé en face? Lorsqu’il vous a parlé‚ comment saviez-vous que c’était Lui?

Une prière pour voir

Que le Seigneur Jésus touche nos yeux,
Comme il toucha ceux de l’aveugle.
Alors nous pourrons voir ces choses qui sont invisibles.
Qu’Il ouvre nos yeux afin que nous fixions notre regard non pas sur les réalités présentes, mais sur les bénédictions à venir.
Qu’Il ouvre les yeux de notre cœur pour contempler Dieu qui est Esprit,
Par Jésus-Christ le Seigneur, à qui appartiennent la puissance et la gloire pour toute l’éternité. Amen.
-Origène(185-253)

“Seigneur donne-moi de cette eau, que je n’aie plus jamais soif”

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

Le Mont Garizim près du puit de Jacob est situé dans le centre d’Israël dans la ville biblique de Sichem, appelée aujourd’hui Naplouse. C’est la rencontre de Jésus avec la Samaritaine qui a rendu ce puit célèbre dans la tradition chrétienne. Plusieurs choses semblent anormales dans cette scène du puit de Jacob. Tout d’abord, le puit est un espace public accessible aux hommes et aux femmes, mais ils ne devraient pas être là en même temps.

Pourquoi cette femme vient-elle au puit à midi? Probablement parce que les femmes de son village l’évitent à cause de son comportement honteux (elle a eu cinq maris et elle vie maintenant avec un autre homme qui n’est pas son mari vv. 16-18). Elle parle avec un homme étranger en public. Elle admet même cette incongruité : « Comment toi, un juif, tu me demande à boire, à moi une Samaritaine ? » (v. 9). Pour un homme, parler à une femme laissée à elle-même sur une place publique, est très suspect. Les disciples sont profondément choqués (une fois de plus) par le comportement de Jésus.

La femme, surprise, a demandé à Jésus s’il pensait qu’il était plus grand que «notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » (Jn 4, 12). Au cours du dialogue avec la Samaritaine, Jésus révèle qu’il est en fait plus grand que le patriarche Jacob. Et que lui, Jésus, inaugure une nouvelle alliance, un nouveau culte et une nouvelle révélation. La Samaritaine est invitée par Jésus à voir à un tout autre niveau : il y a l’eau et puis il y a l’eau vive ; le pain et la nourriture qui vient de Dieu ; Jacob et Jésus ; le Messie annoncé et Jésus ; des idées sur le culte et le culte véritable ;  la liste est longue…

La Samaritaine est la personne de l’Évangile de Jean qui a été catéchisée avec le plus d’attention et d’intensité. Cette femme, à qui Jésus a révélé la vérité sur sa vie, a laissé sa cruche d’eau et est allée dans la ville pour inviter les gens à venir voir Jésus : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » Cela ne prendrait-il pas sens pour nous qui avons déjà fait l’expérience de la foi, et puis maintenant, pour tout ce que nous faisons de le but de persuader les autres à venir à LUI, la source ?

Si vous avez déjà connu la famine ou la sécheresse, vous savez quelle bénédiction l’eau peut être. Si pendant des mois ou des années il n’a pas plu, la terre asséchée se fissure et la poussière étouffe toute créature vivante. Quand la pluie tombe sur cette terre désolée, il s’agit d’un don de Dieu. Elle rafraîchit le sol. Une odeur rafraîchissante surgit de la terre, et en quelques jours, le désert se transforme en paradis fleurissant. Nous sommes souvent comme une terre sans eau. Dieu tient prête pour nous, une eau merveilleuse et rafraîchissante. « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif ».

Se repentir, c’est reconnaître nos besoins vitaux au milieu du désert, c’est faire tomber les barrières qui existent entre nous, c’est trouver l’eau vive qui va réellement désaltérer notre soif.
 
 

Sept heures du matin dans un hôtel du centre-ville…

Par Sébastien Lacroix

Sept heures du matin dans un grand hôtel du centre-ville de Toronto. Une centaine d’hommes et de femmes en complet étaient réunis pour entendre un conférencier leur dire d’être attentifs… au Seigneur! L’archevêque de Toronto lui-même avait lancé l’invitation aux gens d’affaires. La rencontre, organisé presqu’à l’impromptu, consistait en la célébration de la messe suivie d’un déjeuner-conférence sur le sens du carême. Quelques gens de S+L ont aidé à la logistique de l’événement et j’ai ainsi pu être témoin de cette rencontre entre Mgr Thomas Collins et des gens pour qui chaque minute compte.

Et ils n’ont pas perdu leur temps ce matin! Le message de Mgr Collins était simple et efficace. Le carême est un temps qui nous est donnés pour être plus attentif au Seigneur, comme Samuel qui fini par répondre : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » L’archevêque a comparé les gens d’affaires à une roue. Plus la roue tourne vite, disait-il ce matin, et plus elle doit être attachée solidement à son centre. Pour que cette attache soit solide – i.e. pour nous rapprocher de Dieu – le carême nous propose la prière, le jeûne et l’aumône. L’archevêque a suscité beaucoup d’intérêt lorsqu’il a invité les gens à faire usage du sacrement du pardon, ‘comme une auto a besoin d’un changement d’huile’ ou ‘comme on doit sortir les déchets de sa maison’…

On sentait ce matin que Mgr Collins s’intègre très bien à son diocèse et à la métropole – utilisant des métaphores à saveur locale ou en soulevant des enjeux-clés du diocèse. Une période de questions à la fin de la conférence a permis au chef de l’Église catholique à Toronto de faire un portrait très juste de la situation de bien des paroisses, et pas seulement à Toronto : que ce sont souvent les mêmes gens qui font tout en paroisse, au risque de se brûler. Ceux-là se plaignent qu’il n’y a pas de nouvelle gens qui s’implique alors que les nouveaux se plaignent justement que ce sont toujours les mêmes qui font tout. Le problème est là et Mgr Collins veut susciter la participation de plus de gens dans les activités des communautés chrétiennes.

D’autres pasteurs pourraient s’inspirer des gestes et paroles de Thomas Collins. En anglais, l’expression ‘to reach out’ englobe bien ce que nous sommes appelés à faire, « aller vers », sortir de notre amorphisme ou de notre léthargie, et d’aller de l’avant pour relever les défis qui nous attendent. Les gens qui étaient à ce premier déjeuner ce matin ont été touché par leur rencontre avec leur archevêque parce qu’il est allé à leur rencontre. Et ils ont retenu que le chemin des Cendres à la Lumière nous conduit sur le chemin de la Liberté.

Thabor et Golgotha: Quand l’obscurité peut être éblouissante.

Par le père Thomas Rosica, C.S.B. 

L’impressionnante histoire de la Transfiguration du Seigneur est au cœur de l’Évangile du second dimanche de carême. Nous ne pouvons que spéculer sur ce qui se cache derrière cette histoire –  l’un des évangiles les plus mystérieux et l’une des visions les plus impressionnantes (Mc 9, 2-9 ; Mt 17, 1-8 ; Lc 9, 28-36). Pierre, Jacques et Jean ont fait une expérience bouleversante avec le Seigneur au Mont Thabor. Après la nuit de la tentation et les ténèbres du Golgotha, les rayons glorieux de la transfiguration jaillissent. Sous leurs yeux, Jésus qu’ils avaient connu et avec qui ils avaient marché fut transfiguré. Son visage était radieux, ses vêtements resplendissaient d’une lumière blanche. À ses côté, enveloppé dans la gloire, se tenaient Moïse, le puissant libérateur qui avait sortit Israël de l’esclavage, Élie, le plus grand des prophètes d’Israël.

Sur la sainte montagne, Pierre, Jacques et Jean discutaient avec Jésus au sujet de sa mort et de sa résurrection qui devaient avoir lieu à Jérusalem. Les trois disciples étaient complètement confus et émerveillés. Pierre essaya maladroitement de dire quelques mots. « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; laisse nous dresser trois tentes, une pour toi, une pour Élie et une pour Moïse. » Mais tout à coup, venant d’un nuage translucide, une voix semblable au tonnerre, la voix de Dieu : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ».

L’expérience de la transfiguration de Jésus nous donne l’opportunité d’examiner nos propres expériences sur la montagne. Comment de telles expériences mettent-elle en lumière l’ombre et l’obscurité de la vie. Que seraient nos vies sans ces expériences dans les hauteurs ? Combien de fois nous sommes-nous tournés vers ces expériences, petites mais importantes pour trouver force et courage ? Lorsque nous redescendons dans la vallée, il nous est difficile de voir la gloire du Christ.

Quand Jésus se mit en route pour son « exode », et que ses disciples ont vu ce que cela signifiait pour lui – quand il ont vu son visage lumineux ensanglanté, sous les crachats et ses vêtements resplendissants déchirés, leurs souvenirs en lambeaux – ils ont du penser que la gloire était remise en question. Son visage n’était pas lumineux et resplendissant sur la croix. Pas de char de feu envoyé par l’Esprit pour l’éloigner de là. Aucune musique de tonalité glorieuse et victorieuse n’a résonné sur le Golgotha. Et nous pourrions très bien nous demander : Pourquoi Dieu a-t-il caché toute la gloire sur le Mont Thabor, où personne ne pouvait le voir ? Pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas réservée pour la croix ?

Jésus est mort d’une façon très semblable à ceux qui sont mort de chaque côté de lui, l’un d’eux lui demandant de le sauver de ce qui lui arrivait, l’autre demandant à Jésus de ne pas l’oublier lorsqu’il serait au paradis. Jésus n’a rien pu faire pour celui qui voulait être délivré, mais il a donné une réelle faveur à celui que la tradition a appelé « Dismas », ce qui signifie celui qui meurt.

Il lui dit que la noirceur était éclatante et qu’au bout se trouvait le paradis pour chacun d’eux. Jésus avait appris cela au Mont Tabor, alors que la lumière jaillit pour montrer à Jésus de quoi il était fait.

Le Mont Tabor est en réalité une fenêtre ouverte sur notre futur. Le sens profond de la Transfiguration nous assure que nos l’opacité de nos corps sera un jour transformée en lumière. Mais Tabor nous enseigne également quelque chose du présent, en soulignant ce que nos corps sont déjà : le temple de l’Esprit.

Le message le plus réconfortant de la Transfiguration est probablement pour ceux et celles qui souffrent et ceux qui observent la déformation de leur propre corps et le corps de gens qu’ils aiment. «  Il transfigurera nos misérables corps, les conformant à son corps glorieux. » Les corps humiliés par la maladie et la mort seront rachetés. Même Jésus sera défiguré au cours de la Passion, mais il s’élèvera dans son corps glorieux dans lequel il vivra pour l’éternité et, c’est ce que la foi nous enseigne, avec lequel il nous retrouvera lorsque nous quitterons cette vie.

Nous devons ainsi traverser les ténèbres avant que la lumière nous enveloppe. Avant que les cieux s’ouvrent à nous, il nous faut marcher dans la boue et la saleté. Nous devons faire l’expérience des deux montagnes, Tabor et Golgotha, afin de voir la Gloire de Dieu.  La transfiguration nous enseigne que la mort faisait partie de la vie lumineuse de Dieu et qu’il est impossible de la contourner, il faut la traverser. Elle nous rappelle également que l’obscurité qui nous fait peur peut aussi être éclatante et resplendissante. Dans les moments de transfiguration, Dieu pénètre les régions dures, incrédules et même troublées de notre être avec lesquelles nous ne savons pas quoi faire et laisse sur elles l’empreinte de son visage, dans toute la gloire et la splendeur de sa beauté.