Vivre les JMJ autrement

Il faut un certain courage pour participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse, surtout dans un pays comme l’Espagne : il fait très chaud, on peut manquer de l’eau, et on est loin de chez nous. Même les gens en bonne santé pourraient avoir des doutes face à l’idée de passer quelques semaines dans un pays chaud pour un évènement rassemblant plus d’un million de personnes.

Il y a un petit nombre de pèlerins pour lesquels vivre les JMJ en Espagne exige encore plus de courage : pour les pèlerins qui vivent avec des handicaps, la décision de participer aux JMJ cet été s’avère plus redoutable. Pourtant, malgré la chaleur et les immenses foules, quelques milliers de jeunes handicapés se sont inscrit aux JMJ.
La participation aux JMJ des jeunes handicapés révèle l’accueil de tout le monde manifesté par l’Église.
L’Évangile exige aux chrétiens une vie ouverte à tous : aux puissants et aux faibles, aux grands et aux petits. La présence des personnes vivant avec des handicaps n’est pas qu’un simple symbole ; elle découle de la logique même de l’Évangile, selon lequel Dieu offre sa vie à n’importe qui, peu importe son succès ou ses talents. Autrement dit, la valeur d’une personne n’est pas liée à son statut. Le plus les chrétiens accueillent les pauvres et les faibles, le plus ils se montrent vrais disciples du Christ. Ce n’est alors pas surprenant qu’il y aura des services spéciaux pour les jeunes handicapés pendant les JMJ.
À Madrid, par exemple, il y aura des catéchèses particulières pour des jeunes pèlerins sourds. Plusieurs diocèses et d’autres organismes charitables ont créé des groupes spécialisés pour adapter les activités des JMJ pour mieux répondre aux besoins des personnes handicapés.

Alors, quels que soient ses capacités ou ses talents, il y a une place cet été pour tout le monde à Madrid.

Messe d’inauguration des JMJ, mardi 16 août

La messe d’inauguration des JMJ sera présidée par Mgr Antonio Maria Rouco Varela, archevêque de Madrid.

Elle sera retransmise de la place de la Cibeles, à Madrid  mardi 16 août à 16h30

Prière pour les canadiens à Madrid mardi 16 août à 9h

Une prière pour les canadiens,  arrivés à Madrid, aura lieu mardi 16 août à 9h10 au Palacio de los Deportes.

Cette prière sera présidée par Mgr Terrence Prendergast,sj, archevêque d’Ottawa.

Des membres de Famille Marie-Jeunesse et le P. Robert Galea  animeront les chants. Des jeunes donneront leur témoignage.

L’ambassadeur du Canada en Espagne, M. Graham Shantz et le consul général d’Espagne au Canada, M. Francisco Pascual de la Parte seront présents.

Les JMJ, laboratoire de l’Eglise

A la veille des JMJ,  nous publions cet article du quotidien La Croix ; le père Thomas Rosica parle de l’importance du Chemin de Croix

« Les JMJ, laboratoire de l’Eglise

Du 16 au 21 août, un million et demi de jeunes sont attendus à Madrid, en Espagne, pour les 26es Journées mondiales de la jeunesse.

Dans un paysage catholique morose, marqué par la baisse de la pratique et des vocations, le succès de ce rassemblement autour du pape surprend.

Pour certains observateurs, le moment fut magique. Pour d’autres, incongru : en août 2008, sur l’immense pelouse aménagée dans la banlieue de Sydney, des centaines de milliers de jeunes se tiennent en silence.

Sur les écrans géants, disséminés un peu partout, une image fixe : le Saint Sacrement. Et devant, un homme âgé, Benoît XVI, recueilli. À l’écran, aucun autre mouvement. Pourtant, les jeunes se taisent, prient, ou regardent.

Mêler tradition et modernité

Cette scène s’était déjà produite trois ans plus tôt, à Cologne. Elle se répétera sans aucun doute à la fin de la veillée, samedi prochain, à Madrid. À elle seule, elle résume les JMJ, en même temps qu’elle livre l’une des clés de leur succès : ce curieux mélange de tradition (adoration du Saint Sacrement) et de modernité (un immense sit-in).

En somme, une forme de « religion postmoderne », pour reprendre l’expression de Michaela Pfadenhauer, professeur de sociologie au Karlsruhe Institute of Technology, qui a dirigé une étude sur les JMJ de Cologne (2005).

« Ce qui a contribué au succès, c’est la combinaison passionnante entre la capacité d’unir le traditionnel, liturgique, ecclésial, avec le moderne, la culture de l’événement. »

« Méga-événement »

De fait, tous les ingrédients du « méga événement » sont là : les JMJ donnent lieu à une scénographie marquée par un grand professionnalisme, avec un sens certain du marketing.

« Pour les autres rassemblements catholiques, ce sont les participants qui organisent. Là, on invite des professionnels, de grandes agences de communication », note encore la sociologue allemande.

En témoigne le chemin de croix, un des temps forts des JMJ. À Toronto, en 2002, il s’est dressé grâce à un système d’écrans géants sur les gratte-ciel de la ville, dans les rues, faisant appel par des images, parfois à la limite du supportable, à l’émotion et l’univers des jeunes générations.

Pourtant, « ce chemin de croix est resté dans toutes les mémoires », comme le rappelle le P. Thomas Rosica, qui fut directeur national des JMJ canadiennes : « Il est parvenu à créer une vraie émotion dans une ville très froide comme Toronto. » [Read more…]

L’âme de Madrid

Présentation multilingue de Madrid et des JMJ 2011

L’Eglise en Espagne : Quelques chiffres

Puisque le regard des catholiques va se tourner vers l’Espagne pour les journées mondiales de la jeunesse en ce mois d’août, le Vatican vient de communiquer les statistiques pour l’Église en Espagne. Les Espagnols sont majoritairement catholiques et, à travers les écoles, les hôpitaux, et d’autres institutions sociales, l’Église se montre très engagée pour le bien-être de la société espagnole. Voici les statistiques :

Pour 505.992 km2 et 46.073.000 habitants, l’Espagne compte 42.470.000 catholiques (92,18 %). L’Église dispose de 70 circonscriptions, de 22.890 paroisses, 126 évêques, 24.778 prêtres, 1.866 séminaristes, 1.258 postulants, 54.184 religieux, 2.826 laïcs consacrés et 99.581 catéchistes.

L’éducation catholique, de la maternelle à l’université, compte 1.461.899 élèves et étudiants, en 5.535 structures. L’Église dirige 77 hôpitaux, 54 dispensaires, 1 léproserie, 803 maisons de retraite, 391 orphelinats et garderies, 293 centres pour la famille et la protection de la vie, 3.323 centres sociaux spécialisés et 632 autres structures variées.

–Source : Vatican Information Service

Hymne des JMJ 2011

L’hymne des JMJ de Madrid « Firme en la Fé » « En Christ notre Foi » écrit par Mgr Cesar Franco, évêque coordinateur des JMJ 2011 est mis en musique par le P. Enrique Vazquez.
Il s’inspire du verset de l’épitre aux Colossiens que le pape Benoit XVI a choisi pour thème de ces JMJ 2011

Voici les paroles en français
EN CHRIST NOTRE FOI !
Traduction : Juan José Alva / Adaptation : Marie-Antoinette Noury (SNPLS)

En Christ notre foi ! En Christ notre foi !

Cheminons dans le Seigneur qui nous fait vivre,
Christ, notre Joie !
Seigneur, gloire à Toi ! Seigneur, gloire à Toi !
Compagnon sur notre route,
Ô Christ, gloire à Toi ! (bis)

1. Amour qui prends racine en notre terre,
Amour qui tends les bras et nous relèves,
Ton Corps est pain rompu qui nous rassemble,
Ton Sang versé est signe de l’Alliance,
Jésus, Toi notre frère,
Ami qui nous libères,
Christ et Seigneur, affermis notre foi !
Affermis notre foi !

2. Pardon qui purifies et transfigures,
Pardon qui cicatrises nos blessures,
Ta main veut soulager notre faiblesse,
Marchons sous ton regard plein de tendresse,
Jésus, Toi notre frère,
Ami qui nous libères,
Christ et Seigneur, affermis notre foi !
Affermis notre foi !

3. Sauveur qui nous invites à l’espérance,
Sauveur qui t’es chargé de nos souffrances,
Ton Cœur ouvert est source de l’eau vive,
Répands sur nous le Souffle qui anime,
Jésus, Toi notre frère,
Ami qui nous libères,
Christ et Seigneur, affermis notre foi !
Affermis notre foi !

4. Visage de l’amour de notre Père,
Visage qui révèles la Lumière,
Ta mort en Croix délivre des ténèbres
La chair que tu recrées par le baptême.
Jésus, Toi notre frère,
Ami qui nous libères,
Christ et Seigneur, affermis notre foi !
Affermis notre foi !

5. Ta gloire est l’avenir de tous les hommes,
Ta gloire que la grâce en nous façonne.
Ton Corps est devenu la pierre d’angle,
L’Église où tu accueilles un peuple immense,
Jésus, Toi notre frère,
Ami qui nous libères,
Christ et Seigneur, affermis notre foi !
Affermis notre foi !

6. Chemin où nous marchons avec Marie,
Chemin où, jeunes, nous cherchons la Vie,
Ta Pâque est le sommet de notre Histoire,
Que toute langue chante ta victoire !
Jésus, Toi notre frère,
Ami qui nous libères,
Christ et Seigneur, affermis notre foi !
Affermis notre foi !

Les JMJ d’hier à aujourd’hui

Les Journées Mondiales de la Jeunesse approchent à grand pas! Bientôt, des jeunes du monde entier seront rassemblés en Espagne pour rencontrer Jésus Christ. Déjà les préparations sont en cours pour assurer que les JMJ à Madrid soient des jours profonds de prières, de catéchèse, et de fraternité. Sel+Lumière vous aidera à vous préparer pour ce grand évènement d’Église. Suivez l’horaire des JMJ, regardez des vidéos des JMJ précédents, et apprenez toutes les nouvelles sur Madrid 2011.

Que sont les JMJ?

Une initiative de Jean-Paul II, les Journées Mondiales de la Jeunesse ont été voulues comme des journées de rassemblement pour des jeunes du monde entier. Rassemblant principalement des jeunes catholiques, mais aussi des chrétiens d’autres confessions, ainsi que des personnes qui sont en quête spirituelle, les JMJ offrent aux gens de tous les coins du monde l’opportunité de prier ensemble, de recevoir une formation catéchétique, et de rencontrer le pape. Pendant deux semaines, les jeunes partagent les richesses de la culture et de la vie de l’Église dans le pays choisi comme lieu des JMJ, permettant aux pèlerins d’approfondir leur foi en rencontrant des jeunes catholiques provenant de plusieurs pays. Bref, les JMJ mettent les jeunes catholiques en contact avec la dimension globale de l’Église, ce qui les permet aussi de donner une plus grande vie à l’Église universelle.

L’histoire des JMJ

Deux grands événements ont déclenché les Journées Mondiales de la Jeunesse. Le premier est le fruit d’une invitation que Jean-Paul II a lancée en 1984 aux jeunes de se rassembler à Rome pour célébrer un jubilé spécial pour la jeunesse. Près de 300,000 jeunes ont répondu à cette invitation. Au cours de la célébration, Jean-Paul II a confié aux pèlerins la « Croix de l’Année Sainte », qui est devenue la croix portée par les jeunes pendant chaque JMJ.

L’ONU a déclaré 1985 l’année internationale de la jeunesse. Une autre grande rencontre fut organisée le Dimanche des Rameaux, rassemblant 350 000 jeunes sur la place Saint Pierre. Suite au succès de ces deux événements, Jean-Paul II a institué les JMJ à tous les ans, avec des grands rassemblements planifiés tous les 2 ou 3 ans.

Les JMJ suivantes furent célébrées à Buenos Aires (1987), St-Jacques de Compostelle (1989), Czestochowa (1991), Denver (1993), Manille (1995), Paris (1997), Rome (2000), Toronto (2002), Cologne (2005), Sydney (2008).

Madrid 2011

Plus d’un million et demi de jeunes sont attendus à Madrid, la capitale nationale de l’Espagne. Benoît XVI a choisi comme thème un verset de la lettre de Saint Paul aux Colossiens : « Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi » (Col 2,7). Avec ce verset, le pape veut enseigner aux jeunes que Dieu offre à ses disciples la force et l’espérance; être disciple du Christ signifie avoir un sens à la vie et un compagnon de route.

Les jeunes vont commencer leur pèlerinage à Madrid le 10 août par les Journées en diocèses, qui permettront aux pèlerins de rencontrer les habitants de l’Espagne et de partager leur culture et leur foi dans les paroisses, les écoles et les familles. Après cinq jours dans les diocèses, les pèlerins vont se rassembler à Madrid le 16 août pour vivre des journées marquées par des liturgies, des catéchèses, le chemin de croix, et la présence du Saint Père. Les JMJ culmineront à la Veillée de prière et à la messe de clôture célébrées par Benoît XVI.

Benoît XVI en Croatie

Si la visite d’un pape donne l’occasion de célébrer l’Église universelle, elle est davantage l’occasion pour souligner la façon particulière dont une église locale incarne l’Évangile. Dans le cas de la Croatie, qui accueillera le pape Benoît XVI cette fin de semaine, la culture de ce petit pays de l’Europe de l’Est sera mise en avant-plan.
Deux évènements vont donner le ton à cette brève visite en Croatie du Pape :
– la Journée nationale des Familles catholiques croates, rassemblement qui donnera l’opportunité au président du Conseil pontifical de la famille, le cardinal Ennio Antonelli, d’accompagner le Pape. Toujours soucieux des besoins des familles, Benoît XVI va offrir des paroles de soutien aux familles participant à cette célébration.
– l’entrée imminente de la Croatie dans l’Union Européenne, permettra à Benoît XVI de parler d’un des thèmes les plus préoccupants: la relation entre la foi chrétienne et la culture européenne. Depuis de nombreuses années, Joseph Ratzinger n’a pas hésité à souligner la contribution importante de la foi chrétienne à la culture des pays d’Europe. On pourrait même dire que pour Ratzinger, les valeurs de l’universalité, la tolérance, et les droits de l’homme, toutes des valeurs fortement privilégiés par les européens, sont indissociables du christianisme qui leur a donné naissance. En visitant ce pays chrétien pour la troisième fois, la première comme Pape, Benoît XVI va rappeler aux croates la contribution positive de la foi chrétienne à leur propre culture. Lors de la visite au Vatican du nouvel ambassadeur de la Croatie le 11 avril dernier, le pape a encouragé les croates à « ne pas avoir peur de revendiquer avec détermination le respect de sa propre histoire et de sa propre identité religieuse et culturelle. »

Pour mieux souligner son message, Benoît XVI va évoquer quelques grandes figures croates qui ont contribué de façon exceptionnelle à l’avancement de la culture. Roger Joseph Boskovic (1711-1787), jésuite, scientifique qui a eu beaucoup d’influence dans les domaines des mathématiques, la physique, l’astronomie, l’architecture et la philosophie. Il a parcouru les grandes villes européennes en partageant ses idées avec les scientifiques de son époque. Le pape parlera aussi de Ivan Merz (1896-1928), jeune laïc cultivé, qui fut un universitaire. Né en 1896 dans une famille libérale mais peu catholique, Merz commence des études de droit et de philosophie à l’université de Vienne avant d’être envoyé au front comme soldat lors de la Première Guerre mondiale. Après la guerre, il continua ses études, cette fois-ci en Lettres, à Vienne et ensuite à Paris, à la Sorbonne et à l’Institut catholique. Il obtient son doctorat à Zagreb avec une thèse intitulée : L’influence de la liturgie sur les écrivains français, de Chateaubriand à nos jours. Passionné pour la culture française, Merz contribua beaucoup à répandre les valeurs de cette culture en Croatie. À l’âge de vingt-sept ans, Merz fait vœu de chasteté et se consacre à l’enseignement de la jeunesse croate pendant son temps libre. Le pape Jean-Paul II parlait de Merz comme « l’apôtre des jeunes d’aujourd’hui ». Avec des figures comme Boskovic et Merz évoquant le souvenir de la contribution de la Croatie à la culture d’Europe, Benoît XVI encouragera les jeunes croates à apprécier et à partager les richesses de leur culture, toujours en s’efforçant de répondre aux questions inspirées par leur foi chrétienne.

En plus de nombreuses rencontres, le Pape participera à deux grands rassemblements:
samedi en après-midi, Benoît XVI rencontrera des représentants de la société, de la culture, ainsi que des membres d’autres confessions chrétiennes.
Le soir, Benoît XVI sur la grande place de Zagreb participera a une grande veillée avec des jeunes. Après les lectures bibliques et témoignages, le Pape s’adressera aux jeunes. La soirée se terminera par un temps d’adoration.
Dimanche matin sera un des grands moments de la visite : la grande messe pour la Journée nationale des Familles présidée par Benoît XVI à l’hippodrome, un stade qui peut accueillir des milliers de personnes. Le soir, le Pape présidera les vêpres avec les évêques, les prêtres, les religieux et religieuses, et les séminaristes de la Croatie.
Cette visite apostolique de Benoît XVI dans un pays très majoritairement catholique (90%) mettra donc l’accent sur le rôle des familles dans la transmission de la foi et interpellera tous les chrétiens désireux de vivre pleinement l’évangile dans le monde contemporain.

Télévision Sel + Lumière retransmettra la veillée de prière samedi 4 juin à 16h30 et la messe dimanche 5 juin à 15h30.

Comme le Christ pour les disciples d’Emmaüs, Jean-Paul II a porté durant vingt-sept ans un regard éclairé par la révélation et la vie sacramentelle sur chaque homme et sur l’histoire des peuples de la terre.

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris a prononcé cette homélie lors de la messe d’action de grâces pour la béatification du pape Jean-Paul II à  Notre-Dame de Paris
Samedi 7 mai 2011
Evocation du pape Jean-Paul II en lien avec la rencontre des pèlerins d’Emmaus.
La voici dans sa version intégrale.
« Comme le Christ pour les disciples d’Emmaüs, Jean-Paul II a porté durant vingt-sept ans un regard éclairé par la révélation et la vie sacramentelle sur chaque homme et sur l’histoire des peuples de la terre. ( Ac 2, 14.22b-33 ; Ps 15, 1-2a.5.7-10.2b.11 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35)
« Frères et Soeurs,
Rassemblés pour rendre grâce à Dieu pour la béatification du Pape Jean Paul II, nous venons d’entendre l’Évangile des disciples d’Emmaüs qui peut nous aider à méditer sur le sens des événements que nous venons de vivre.
Ces deux disciples qui font route tristement vers Emmaüs ont été témoins de ce qui vient de se dérouler à Jérusalem. Ils ont vu le Christ condamné, exécuté, mis en croix, enfermé dans son tombeau. Ils ont recueilli le témoignage des femmes qui ont trouvé le sépulcre vide, et celui des disciples qui sont allés vérifier. Cependant, tous ces événements sont restés à leurs yeux sans effet. Ils attendaient que Jésus rétablisse le Royaume d’Israël et ils doivent constater qu’il n’a rien rétabli du tout, et que l’aventure est terminée. Il s’agit maintenant de regagner ses pénates et de reprendre la vie ordinaire.
Soudain, chemine entre eux un compagnon de route dont ils ne connaissent pas le nom. Celui-ci les fait parler, les écoute, mais surtout il les introduit dans l’intelligence des événements qu’ils viennent de traverser (et qui restaient pour eux énigmatiques), à partir des Écritures, de Moïse, de la Loi et des prophètes. Plus encore, une fois à l’auberge, au moment de la fraction du pain, lorsqu’il fait les gestes et dit les paroles qui avaient marqué le dernier repas, ils comprennent brusquement que ce compagnon de marche mystérieux n’était autre que le Seigneur lui-même : « Alors leurs yeux s’ouvrir et ils comprirent tout ce qui était arrivé » (Lc 24, 31).
A travers ce récit condensé, l’évangile de saint Luc ouvre pour nous une réflexion très profonde : cette route de Jérusalem à Emmaüs est à la fois la route de l’humanité et la route de l’Église. L’une avec l’autre, comme les deux compagnons, elles cheminent au long de l’histoire, sans toujours comprendre le sens des événements auxquels elles sont mêlées.
Certes, elles voient, elles savent beaucoup de choses, elles reçoivent l’information sur tout ce qui se passe. Mais bien souvent, la portée des événements, leur enjeu réel et le mystère qui les habite, restent cachés à leurs yeux.
Dans la succession des siècles, nous sommes comme les disciples d’Emmaüs, les témoins attristés de ce qui nous apparait bien souvent comme une victoire de la mort sur la vie. Les disciples d’Emmaüs sont, comme nous, les témoins désabusés qui croyaient que le Christ allait changer le monde et qui voient que le monde continu à vivre comme avant.
Comme les disciples d’Emmaüs, nous sommes des esprits lents à croire, non que nous soyons particulièrement rétifs ou bornés, mais parce que nous avons besoin d’être éclairés sur le sens de ce qui advient. Cette lumière sur les événements ne nous vient pas d’un surcroit d’informations, mais de la parole de Dieu mise en rapport avec l’histoire des hommes, et du signe sacramentel de la présence du Christ à l’humanité.
D’une certaine façon, pendant les vingt-sept années de son pontificat, Jean Paul II a sans cesse cherché à donner l’interprétation profonde des événements du monde. Inlassablement, année après année, continent après continent, pays après pays, il a repris la lecture de l’histoire des hommes à la lumière de la révélation divine, et dans la célébration du sacrement du Christ. Là où d’autres ne voyaient que tel ou tel aspect plus frappant, plus perceptible et bien souvent plus désespérant, il portait sur l’aventure humaine un regard de foi et d’espérance ce qui lui donnait non pas de galvaniser les foules, mais d’éveiller les coeurs. A propos de la situation — qui semblait réellement sans issue
— de la Pologne dans les années 80, de l’avenir potentiel de l’empire soviétique en Europe centrale, des dynamismes de liberté qui pouvaient s’épanouir au coeur de l’Amérique latine, de l’avenir du continent Africain ou de la vitalité de la foi dans les vieilles chrétientés, jamais il ne s’est laissé enfermer dans la fatalité des diagnostics. Là où beaucoup d’analystes, de politiques, ou même de pasteurs ne voyaient qu’une impasse,_là où déjà on repliait les étals _en pensant que tout était fini, il se dressait pour annoncer que les épreuves à travers lesquelles nous passions et les défilés étroits où il nous fallait progresser, ne conduisaient pas vers le vide et la mort mais vers la résurrection et la vie.
Ainsi, le tournant de l’an 2000, qui aurait pu n’être qu’une date symbolique et sans grande signification particulière, est devenu dans sa visée pastorale un moment décisif qui, d’une certaine façon, a permis de secouer l’Église et de l’inviter à relire les deux millénaires précédents, non pas comme une suite d’événements incohérents mais comme le déroulement d’un processus de grâce par lequel l’Esprit Saint préparait au coeur de l’humanité un appel à la conversion, à la repentance et à l’espérance.
C’est ainsi que, pèlerin parmi les pèlerins à travers le monde, il a visité tous les peuples de la Terre, non pas pour constater la vitalité forte ou faible de telle ou telle église, mais pour déchiffrer à travers la situation diverses des chrétiens et des sociétés, l’invitation et la promesse que Dieu lançait à l’humanité. A partir de Moïse, de la Loi, des prophètes, et dans le signe sacramentel de l’Eucharistie, il révélait comment Dieu construit une histoire sainte à travers le déroulement banal et ordinaire de la vie des hommes. Jean Paul II n’a pas cherché à prouver une capacité visionnaire particulière, mais il a manifesté la puissance à l’oeuvre de la foi. Dans la contemplation du mystère du Christ mort et ressuscité et dans la communion quotidienne à ce mystère, il puisait la lumière pour manifester l’oeuvre de l’Esprit de Dieu à travers l’histoire des hommes. Il portait en lui la conviction qu’en dépit de ce que les événements pouvaient avoir de graves et parfois d’atroces ou d’inimaginables, il y toujours un chemin pour accueillir la miséricorde et la puissance de Dieu. C’est ainsi que lors de la célébration du grand Jubilé, il nous a invité à relire les grandes étapes de l’histoire de l’Église, non pas pour susciter des regrets a posteriori, mais pour nous faire comprendre que, dans la foi, Dieu conduisait son peuple infailliblement selon le plan de son amour, y compris à travers nos erreurs et nos péchés. Dans cette confiance absolue dans la puissance de la miséricorde de Dieu (dont il a établi la fête le premier dimanche après Pâques), il puisait le regard d’amour et de confiance qu’il portait sur l’humanité. Si tant d’hommes et de femmes ont reconnu en lui un personnage exceptionnel, c’est d’abord parce qu’ils ont perçu de manière certaine qu’il les aimait complètement, totalement, tels qu’ils étaient, avec leurs péchés, leurs erreurs, leurs limites, et en discernant en chacun d’eux la vocation extraordinaire de pouvoir devenir vraiment des enfants de Dieu dans le Christ.
Que le Bienheureux Jean Paul II intercède pour que nous portions un regard de foi et d’espérance sur l’histoire du monde. Qu’il nous aide à échapper à la pression du jugement immédiat. Qu’il prie pour que nous puissions découvrir à la fraction du pain que Celui que nous ne voyons pas est présent à l’histoire des hommes. Amen. »