La Fille aînée de l’Église rentre-t-elle au bercail?

Par Sébastien Lacroix

Le Président français a été reçu avec tous les honneurs aujourd’hui à Rome. (Pour en savoir plus, regarder l’édition du 20 décembre de Zoom).  Il s’y trouvait pour recevoir son titre de chanoine d’honneur de la Basilique Saint-Jean de Latran. Dans un discours prononcé dans la Salle de la signature du palais du Latran, le président Sarkozy a fait référence à la laïcité française et aux rapports entre l’État, les religions et le spirituel.

Le Québec regarde toujours la France comme un modèle, entre autres en ce qui à trait à la laïcité. Nous présentons ici certains propos tiré du discours de Nicolas Sarkozy. Peut-être peuvent-ils jeter une nouvelle lumière sur les bouleversements que traversent la société québécoise.

Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, de religion, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les citoyens français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et oserais-je le dire, une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

(…)

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard des cultes. Chaque fois qu’elle a fait un pas vers les religions, qu’il s’agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu’elle agissait, allez, parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique. Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes et injustes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refusant de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative, en répugnant à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique, en n’accordant aucune valeur aux diplômes de théologie, considérant qu’elle ne doit pas s’intéresser à la formation des ministres du culte.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.

Ainsi, cent ans après la loi de 1905, la France semble vouloir trouver un équilibre entre une laïcité ouverte et des institutions religieuses et des croyants qui insulffe un vent d’espérance. Télévision Sel + Lumière diffusera le discours du Président de la France au palais du Latran immédiatement après Zoom à 19h35 et 23h35 ce soir et à 7h05 vendredi matin. Le discours est également disponible sur le site de l’ambassade de France près le Saint-Siège.

Lumière, joie et espoir dans nos déserts en ce temps de l’Avent

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

 

La première lecture d’Isaïe [35,1-10] du troisième dimanche ‘Gaudete’ de l’Avent met en lumière le grand paradoxe qui est au coeur de l’Avent.  Le prophète capture le paradoxe de la désolation et de la célébration comme nul autre poète n’a su le faire. Scrutant la surface aride du sud du désert du Néguev, il a eu une vision de la nouvelle création de Dieu. Écoutez quelques-uns des désirs et espoirs d’Isaïe exprimés sur le mode lyrique:

Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie !  On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu… Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie.

Des eaux jailliront dans le désert, des torrents dans la steppe. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif en sources jaillissantes.  Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leurs visages ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s’enfuiront. 

Dans cette magnifique pièce de poésie biblique, le prophète Isaïe annonce la fin de la captivité babylonienne. Délivré et sauvé par Dieu, tout le peuple devra retourner dans ses propres terres par le chemin du désert : un nouvel exode.  Le chemin, le désert, l’eau et la joie sont plus que de simples coïncidences. Isaïe prophétise qu’il devrait n’y avoir qu’un seul chemin de pureté et qu’il sera appelé le chemin de la sainteté sur lequel les sauvés devront marcher. Au milieu du désert des torrents jailliront. Imaginez cette scène incroyable… une autoroute d’abondance et de joie dans de tels endroits déserts et sans espoir.

Les voies du désert étaient profondément ancrées dans le coeur d’Israël et de Jésus, et ce doit être de même pour chacun de nous qui formons la nouvelle Israël de Dieu, l’Église. Le chemin d’Israël dans le désert est aussi le chemin pour chacun de nous. Nous rencontrons Dieu au milieu de nos déserts de péché, d’égoïsme, de désespoir, d’isolement et de cynisme.  Et au milieu de nos déserts, nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos coeurs et lui permettons de faire fleurir nos propres déserts.

Comment survivre au milieu de nos propres déserts?  Comment avons-nous résisté à transformer nos propres zones désertiques en lieux de vie abondante? Comment nous sommes-nous cachés derrière les barrières qui nous séparent les uns des autres? Combien souvent nous sommes nous écartés du chemin de paix dans nos propres égoïsmes, nos manques de charité et notre désespoir? 

Combien de temps nous sommes-nous laissés bombarder par des images et des voix de ténèbres, de ruines et de désespoir, sans pouvoir voir la beauté, la vérité et l’espérance qui sont au centre du message chrétien et de la vie catholique. 

Vivre l’Avent, c’est accueillir la Lumière et permettre à son éclat et  à la saveur de l’Évangile de briller dans nos ténèbres, nos désespoirs et nos doutes. Avec le don de Télévision Sel et Lumière, l’Église du Canada a reçu un merveilleux cadeau qui s’étend maintenant à tout le pays grâce au premier réseau de télévision catholique, maintenant disponible d’un océan à l’autre.  Sel et Lumière communique la Bonne Nouvelle du Christ à travers le travail positif que l’Église accomplit en Son nom via les médias. 

Alors que nous continuons à désirer et attendre le Christ, ne perdons pas espoir en cours de route. Que l’exemple de Jean le Baptiste nous donne la force et le courage nécessaire pour transformer nos déserts en jardins, notre vide en expériences catholiques riches de sens. Pendant cette troisième semaine de l’Avent, permettez à Dieu de faire fleurir vos déserts intérieurs alors que vous faites l’expérience de la Télévision Sel + Lumière.

Un chrétien a l’audace d’annoncer Jésus-Christ

Ce matin à Rome, le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a présenté une note doctrinale concernant certains aspects de l’évangélisation. Le document daté du 3 décembre vise à rappeler aux catholiques quelques principes essentiels de la proclamation de l’évangile dans le monde moderne, en élucidant certaines implications anthropologiques, ecclésiologiques et oecuméniques liées à cette question.

Évangéliser ne signifie pas simplement enseigner une doctrine mais plutôt annoncer l’évangile de Jésus Christ par la paroles et par les actes, c’est-à-dire se faire instrument de sa présence dans le monde (par. 2).

Le paragraphe 3 nous permet de comprendre les raisons qui ont poussées à la rédaction de cette note: 

…on note de nos jours une confusion sans cesse grandissante, qui induit beaucoup de personnes à ne pas écouter et à laisser sans suite le commandement missionnaire du Seigneur (cf. Mt 28, 19). Toute tentative de convaincre d’autres personnes sur des questions religieuses est souvent perçue comme une entrave à la liberté. Il serait seulement licite d’exposer ses idées et d’inviter les personnes à agir selon leur conscience, sans favoriser leur conversion au Christ et à la foi catholique : on affirme qu’il suffit d’aider les hommes à être plus hommes, ou plus fidèles à leur religion, ou encore qu’il suffit de former des communautés capables d’oeuvrer pour la justice, la liberté, la paix, la solidarité. En outre, certains soutiennent qu’on ne devrait pas annoncer le Christ à celui qui ne le connaît pas, ni favoriser son adhésion à l’Église, puisqu’il serait possible d’être sauvé même sans une connaissance explicite du Christ et sans une incorporation formelle à l’Église.

Quatre éléments-clés ressortent de ce texte. D’abord, on y dénonce un faux sens de la justice sociale et de la rectitude politique. Il ne suffit pas d’aider les gens à être ‘plus humain’ ou plus fidèle à leur propre religion ni de lutter pour un monde de justice, de liberté, de paix et de solidarité. De plus, certains soutiennent que le Christ ne devrait pas être annoncé à ceux qui ne le connaissent pas, qu’on ne devrait inviter les gens à joindre l’Église puisque le salut serait possible même sans une connaissance explicite du Christ et sans faire partie de son Église. La personne qui connait le Christ est appelé à l’annoncer.

Deuxièmement, la note rappelle qu’on ne peut détacher le Royaume de Dieu de l’Église. L’extension de l’Église dans l’histoire, qui constitue la finalité de la mission, est un service rendu à la présence de Dieu à travers son Royaume. L’Église est donc le véhicule de la présence de Dieu et pour cela l’instrument d’une vraie humanisation de l’homme et du monde (par. 9).

En matière d’oecuménisme, la note explique que le dialogue entre chrétiens n’enlève pas le droit ni la responsabilité de proclamer la plénitude de la foi catholique aux autres chrétiens, qui sont libres de l’accueillir ou non.

Enfin, ce document apporte certainement d’importantes clarifications sur le sens et l’objectif de l’évangélisation. Nombre de catholiques se questionnent quant à la nécessité d’annoncer Jésus Christ et la foi catholique, certains affirmant même que d’annoncer la plénitude de la Révélation masquerait une attitude d’intolérance et constituerait un danger.

Cette note de la CDF est à-propos alors que beaucoup de cathos se réfugient derrière le voile de l’accueil, de la tolérance et de l’ouverture. Cette note créera certainement moins de vague que celle parue cet été qui réaffirmait que l’Église du Christ ne se trouve pleinement que dans l’Église catholique. Il ne s’agit pas d’une tape sur les doigts mais bien d’un rappel à ne pas oublier ce qui est essentiel.

Jésus: l’homme de nos rêves et de nos espoirs

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.

Le temps de l’Avent c’est la saison des prophètes de l’Ancien Testament… leurs paroles sont l’épanouissement d’une longue tradition israélite d’espérance pour la justice, paix et communion avec Dieu qui est le Père et Créateur de l’humanité. Après la mort des prophètes, même si leurs paroles semblaient déjà avoir été accomplies, elles ont été transmises et sont devenues le véhicule à travers lequel la communauté exprimait ses espoirs, ses rêves et ses aspirations.

Considérons la vision prophétique d’Isaïe.  La promesse d’un sauveur est une étonnante nouvelle pour le peuple qui était désespéré d’un sauveur. En Isaïe, lorsque le roi Achaz fut démis par des forces étrangères, il chercha à faire alliance avec un des rois étrangers. Mais Isaïe conseilla la confiance en Dieu et non pas en un gouvernement extérieur. Isaïe promit alors la naissance d’un enfant appelé Emmanuel, « Dieu avec nous. » Dans l’histoire de Matthieu, l’enfant Emmanuel est Jésus, Dieu avec nous, celui qui sauvera le peuple de ses péchés.

Une partie de cette étonnante surprise de cette annonce du sauveur est son inclusivité. D’un côté, Jésus est un juif descendant d’Abraham, Isaac et Jacob, un homme d’ascendance royal descendant du renommé Roi David. D’un autre côté, le salut incarné en Jésus s’étend au-delà du peuple d’Israël pour inclure les nations païennes.

À un point donné de l’histoire, un groupe de juifs qui s’identifiait à la longue et riche tradition prophétique d’Israël, ont rencontré dans la chair un homme nommé Jésus de Nazareth.  Leur expérience de cet homme remarquable a transformé leurs vies dans une perspective profonde et significative. Ils ne seront jamais plus les même à cause de lui. Qu’est-ce que ce groupe de disciples et de croyants a t il dit de Jésus? « Il est l’homme de nos rêves! En lui, tous les espoirs et aspirations de notre peuple ont trouvé leur accomplissement. » De ce point de vue nous pouvons dire que les textes prophétiques  de l’ancien testament parlait tous de Jésus. Ce genre d’affirmation ne peut être vérifiée par une étude historique neutre ou par l’analyse critique des textes. Seulement ceux qui ont partagé les rêves et les visions d’Israël et ont fait l’expérience de Jésus dans leur vie, comme le firent les premiers chrétiens, peuvent proclamer que Jésus est vraiment «l’homme de nos rêves».

Réjouissions-nous de cette bonne nouvelle et cette grande joie pour tout le peuple.  Rendons grâce à Dieu pour les rêves et les espoirs d’Israël qui nous ont été transmises par les prophètes –rêves et espoirs qui sont au coeur de l’histoire de Noël chaque année.

Pour le religieux sur la place publique

Par Sébastien Lacroix

L’Assemblée des évêques catholiques du Québec a présenté cet après-midi son mémoire devant la Commission Bouchard-Taylor. Son président, Mgr Martin Veillette, a demandé que soit respectée la place de la religion dans l’espace public et que soit assuré aux immigrants un accueil authentique par la société québécoise. L’AECQ dit souhaiter que l’Etat adopte une attitude positive par rapport aux églises et mouvements religieux en vue du bien commun de la société.

Les évêques ont rappelé  que promouvoir une politique d’immigration implique d’être capable de reconnaître l’apport positif des immigrants et d’avoir la volonté de faire des ajustements pour favoriser leur insertion dans la société d’accueil. Il faut, affirme les évêques, aller au-delà d’une approche individualiste pour évoquer des valeurs de solidarité, de justice sociale, de partage des richesses, qui plongent leurs racines dans l’histoire de ce pays. Le mémoire des évêques du Québec est disponible sur le site de l’AECQ. 

On ne se surprendra pas des questions posées par le commissaire Bouchard aux évêques. La question de la place des femmes a d’abord été soulevée. Mgr Veillette a affirmé à cet effet que les femmes occupent toute la place qu’elles peuvent avoir. Il a insisté que ces décisions relevaient non seulement du pape, mais de l’ensemble des évêques qui se réunissent en concile. L’évêque de Trois-Rivières a toutefois laissé ouverte la porte à un changement de position de l’Église, à tout le moins des évêques du Québec à ce sujet.

Plusieurs ont été surpris que le mémoire de l’AECQ ne fasse aucune allusion au cours d’Éthique et de culture religieuse qui débutera en septembre prochain dans les écoles du Québec. Les évêques du Québec étudient présentement la version finale du programme et feront connaître leur avis en mars prochain, après leur plénière annuel. D’ici là, « rien n’empêche un évêque de faire connaître sa position personnelle sur le sujet. » Il sera intéressant de suivre la réflexion des évêques à ce sujet, surtout depuis que l’opposition officielle à Québec a demandé un moratoire sur le cours d’Éthique et de culture religieuse au primaire en exigeant que le Ministère de l’Éducation revoit son contenu pour qu’il reflète la réalité québécoise et l’importance de l’héritage religieux au Québec.  Plusieurs parents catholiques se tourneront-ils vers l’ADQ pour défendre leur droit de choisir le type d’éducation donnée à leurs enfants? Chose certaine, il faut moins de temps à l’ADQ pour reviser un programme scolaire qu’aux évêques du Québec.

Enfin, monsieur Bouchard n’a pas manqué de retourner sur la lettre ouverte du cardinal Ouellet qui demandait pardon à la société québécoise pour tout le mal causé par l’Église. Le commissaire voulait savoir si l’AECQ avait l’intention de faire quelque chose de semblable. Mgr Veillette a retracé l’initiative personnelle de l’archevêque de Québec à l’initiative du pape Jean-Paul II à l’occasion du jubilé de l’an 2000 et a affirmé que les évêques ne se sont pas parlé en vue de faire une déclaration ou une demande commune. Le cardinal Jean-Claude Turcotte a par la suite pris la parole affirmant que le geste de son confrère était courageux mais soulève aussi des questions. Pour l’archevêque de Montréal, il faut bien réfléchir avant de faire une telle sortie publique.

Les trois représentants de l’AECQ ont présenté de bons points à la Commission. Ils ont toutefois montré patte blanche et se sont bien gardé d’insister sur certains aspects de l’enseignement de l’Église catholique  qui ne passe tout simplement pas auprès de plusieurs Québécois. Mais qui a dit que pour vivre ensemble il fallait éviter de faire des vagues?

En la Fête de l’Immaculée Conception et du 150e des Apparitions de Lourdes

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

Lourdes continue à être pour moi et pour beaucoup une icône prépondérante de l’évangélisation et un témoignage vivant pour l’Évangile de la Vie. Il existe très peu de lieux de pèlerinages dans le monde où il est possible de faire l’expérience du mystère de la Croix et de la signification de la souffrance rédemptrice qui sont au coeur de la vie chrétienne. Lourdes en fait partie.

J’étais étudiant lorsque je suis allé pour la première fois à Lourdes en 1978. Je venais de finir mon programme universitaire d’été en Bretagne. Brancardier transportant de nombreux malades à la Grotte et aux piscines, j’ai alors découvert une histoire extraordinaire encore fort méconnue de nos jours, particulièrement en Amérique du Nord.

La Grotte des Apparitions où Bernadette a rencontré la Mère de Dieu est véritablement un lieu saint. Chaque fois que je suis allé à Lourdes au cours des vingt-cinq dernières années, j’ai aimé toujours plus cette terre sacrée. La petite ville sise dans les Pyrénées françaises est un des lieux de pèlerinages les plus connus dans le monde catholique. Bien que cachée dans un coin reculé de la France, la ville de Lourdes a une vocation universelle pour l’humanité entière. Elle vit sa vocation depuis 1858 quand Marie de Nazareth, elle-même modèle de discrétion et d’humilité, s’est adressée à une autre de ses humbles soeurs dans la foi, Bernadette Soubirous.

Marie et Bernadette ont toutes les deux été envoyées par Dieu, chacune à une époque et à un endroit spécifiques, pour porter un message d’espoir à l’humanité dans l’attente. Et le scepticisme initial des autorités ecclésiales locales a même servi de période de purification du magnifique message de Lourdes, lequel continue de résonner dans le monde entier. Lourdes est une invitation constante pour l’humanité, car nous sommes des pèlerins dans un cheminement de foi.

Alors que la dévotion mariale est toujours très forte dans l’Église, l’Immaculée Conception est un dogme complexe qui a intéressé bien plus les théologiens que les simples fidèles. Beaucoup pensent encore à tort que l’Immaculée Conception se réfère à la conception du Christ. En fait, elle se réfère à la croyance selon laquelle Marie, par une grâce divine spéciale, est restée vierge de péché depuis le moment où elle a été conçue. La principale pierre d’achoppement pour de nombreux catholiques est le péché originel. Aujourd’hui, nous sommes de moins en moins conscients du péché originel. Et sans cette conscience, l’Immaculée Conception n’a pas de sens. Avec le dogme de l’Immaculée Conception, Dieu était présent et vivant dans la vie de Marie dès le premier instant. La grâce de Dieu est plus grande que le péché, elle triomphe sur le péché et la mort.

Quand nous honorons la Mère de Dieu avec le titre « d’Immaculée Conception », nous reconnaissons en elle un modèle de pureté, d’innocence, de confiance, de curiosité enfantine, de vénération et de respect, vivant paisiblement avec la conscience claire que la vie n’est pas simple. Il est rare de trouver à la fois vénération et sophistication, idéalisme et réalisme, pureté, innocence et passion, dans une même personne comme c’est le cas chez Marie. Nous avons tous en nous de la nostalgie pour l’innocence, la pureté, la fraîcheur et la confiance. Si nous perdons ces valeurs, nous devenons cyniques, désillusionnés, avec une tristesse qui découle justement du fait d’avoir et d’avoir eu nos yeux ouverts sur la connaissance sans l’innocence. Nous avons besoin de garder vives en nous cette innocence et cette expérience. Marie, Mère de Dieu nous enseigne comment faire simplement cela. Avec Marie, nous avons l’image de l’humanité et de la divinité en nous. Dieu se sent vraiment bien en notre présence et nous en celle de Dieu.

Les touristes passent rapidement d’un lieu à l’autre, mais ces lieux passent lentement à travers les pèlerins, et les changent pour toujours. Je suis l’un de ces pèlerins reconnaissant envers Lourdes et dont la vie a été changée et continue à être changée chaque fois que je visite ce lieu saint. Au 150e anniversaire des Apparitions de la Vierge à Lourdes, remercions Dieu pour les grâces, les bénédictions, les messages et tout ce que signifie Lourdes. Tout cela contribue à faire de nombreux miracles dans le monde entier aujourd’hui encore.

Jacques Hébert (1923-2007): un pillier pour les jeunes

Par Sébastien Lacroix

Le Canada est en deuil ce matin suite au décès d’un de ses grands citoyens. Peut-être sursauterez-vous chers amis lecteurs de ce blogue en lisant ces lignes, mais je suis un grand admirateur de Jacques Hébert. Je ne veux pas ici faire l’éloge du laïciste, certain diront anticlérical, qu’il était. Non. Monsieur Hébert était un humaniste, un assoiffé de justice et un homme de grands principes. Mais pour des milliers de jeunes Canadiens dont je suis, Jacques Hébert fut avant tout un père. Je ne parle pas ici d’un préfet de discipline, bien qu’il fut le whip de notre Chambre Haute, mais plutôt de quelqu’un qui donne tout ce qu’il peut à sa progéniture afin qu’elle vole de ses propres ailes.

C’est après mes études au Cégep de Sherbrooke que je suis parti avec Jeunesse Canada Monde pour le Manitoba et Cuba. Le choc des cultures fut plus brutal pour moi dans les Prairies que dans l’île de Fidel. Je parlais mieux l’espagnol que l’anglais et je ne connaissais presque rien de la culture anglophone de mon pays. Un monde de possibilités s’est alors ouvert à moi. 

En 2005, j’eus la chance de me joindre à une délégation de dignitaires et d’anciens participants pour une visite officielle à Cuba dans le cadre du 10e anniversaire du programme là-bas et susciter l’intérêt de donneurs potentiels. Jacques Hébert conduisait la délégation, lui qui était respecté et adoré par beaucoup de Cubains.  Il savait très bien qu’en mêlant tout ce beau monde et en allant rencontrer les participants au programme JCM cette année-là, quelque chose allait se passer. Notre semaine fut extraordinaire parce qu’à l’échelle humaine. Et c’est là que j’ai appris que chaque rencontre que nous faisons est importante.  Jeunesse Canada Monde et Katimavik sont fondés sur la rencontre des mondes, celle entre personnes d’horizons différents. Jacques Hébert fut un artisan de paix. 

Merci Monsieur Hébert d’avoir offert le monde aux jeunes.

Le sens de l’Avent

Par Benoît Lévêque

En ce temps de l’Avent, je vous propose une lettre pastorale écrite par saint Charles Borromée alors qu’il était archevêque de Milan.  Saint Charles Borromée est le fils cadet d’une noble famille italienne et le neveu d’un pape, on lui confie très jeune des missions au service de l’Église. Créé cardinal à 22 ans, il collabore efficacement à la reprise du Concile de Trente, interrompu depuis huit ans. Au moment de la mort subite de son frère aîné, alors qu’il pourrait quitter l’Eglise pour la charge de chef d’une grande famille, il demande à devenir prêtre. Devenu archevêque de Milan, il crée des séminaires pour la formation d’une nouvelle génération de prêtres. Il construit des hôpitaux et destine les richesses de sa famille au service des pauvres ; il défend les droits de l’Église contre les puissants et il soigne lui-même les pestiférés quand la peste ravage Milan en 1576. Il meurt dans son diocèse en 1584, à 46 ans, épuisé par les fatigues et les austérités.

Voici, mes bien-aimés, ce temps célébré avec tant de ferveur, et, comme dit l’Esprit Saint, temps de la faveur divine, période de salut, de paix et de réconciliation temps jadis désiré très ardemment par les voeux et les aspirations instantes des anciens prophètes et patriarches, et qui a été vu enfin par le juste Siméon avec une joie débordante! Puisqu’il a toujours été célébré par l’Église avec tant de ferveur, nous-mêmes devons aussi le passer religieusement dans les louanges et les actions de grâce adressées au Père éternel pour la miséricorde qu’il a manifestée dans ce mystère.

Oui, par cet avènement de son Fils unique, en vertu de son immense amour pour nous, pécheurs, il l’a envoyé alors pour nous délivrer de la tyrannie et de l’empire du démon, nous inviter à aller au ciel, nous faire pénétrer dans les mystères célestes, nous montrer la Vérité en personne, nous former à la pureté des moeurs, nous donner les germes des vertus, nous enrichir des trésors de sa grâce et enfin nous adopter pour ses fils et pour héritiers de la vie éternelle.

Du fait que ce mystère est revécu chaque année par l’Église, nous sommes exhortés à rappeler sans cesse le souvenir de tant d’amour envers nous. Cela nous enseigne aussi que l’avènement du Christ n’a pas profité seulement à ceux qui vivaient à l’époque du Sauveur, mais que sa vertu devait être communiquée aussi à nous tous; du moins si nous voulons, par le moyen de la foi et des sacrements, accueillir la grâce qu’il nous a méritée et diriger notre vie selon cette grâce en lui obéissant.

L’Église nous demande encore de comprendre ceci: de même qu’il est venu au monde une seule fois en s’incarnant, de même, si nous enlevons tout obstacle de notre part, il est prêt à venir à nous de nouveau, à toute heure et à tout instant, pour habiter spirituellement dans nos coeurs avec l’abondance de ses grâces.

Aussi l’Église, comme une mère très affectueuse et très préoccupée de notre salut, à l’occasion de ce temps, nous enseigne, par des hymnes, des cantiques, et par toutes les paroles et les rites que lui a inspirés le Saint-Esprit, comment accueillir avec gratitude un si grand bienfait et comment nous enrichir de ses fruits. Ainsi notre âme se disposera à l’avènement du Christ avec autant de soin que s’il devait encore venir au monde, et de la manière même dont les pères de l’Ancien Testament, par leurs paroles comme par leurs exemples, nous ont appris à les imiter.

Saint Charles Borromée

L’Avent réveille les chrétiens en danger de sommeiller

Par le père Thomas Rosica, c.s.b.,
Directeur-général de la Télévision Sel et Lumière

C’est déjà le temps de l’Avent! Pendant ce temps de désir et d’attente, nous sommes invités à prier et à réfléchir à la Parole de Dieu, mais surtout, à devenir un reflet de la lumière du Christ. Mais nous savons tous combien il est difficile d’être miroir de la lumière du Christ, particulièrement quand nous sommes désabusés de la vie, nous nous sommes habitués à l’existence ombragée du monde ou nous avons cultivé la médiocrité et le vide. L’Avent nous rappelle que nous devons être prêts à rencontrer le Christ à chaque moment de notre vie. Comme une alarme de sécurité réveille le propriétaire de la maison, l’Avent réveille les chrétiens qui sont en danger de sommeiller dans leur propre vie.

Après quoi ou après qui attendons-nous dans la vie? Dis-moi qui tu attends et je te dirai qui tu es. Pour quelles vertus ou grâces prions-nous cette année? Désirons-nous la guérison et la réconciliation dans nos relations brisées? Quelle signification et compréhension désirons-nous avoir au milieu de notre propre obscurité, tristesse et mystère? Comment vivons-nous nos promesses baptismales? Quelles qualités de Jésus cherchons-nous dans nos propres vies pour cet Avent? Plusieurs fois, des petites choses, des qualités, des dons ou les gens que nous croisons nous font prendre conscience de ce que nous sommes vraiment. L’Avent est un temps pour ouvrir nos yeux, s’unir dans la foi, prêter attention et garder la perspective de la présence de Dieu dans le monde et dans nos propres vies.

Notre propre baptême est une part de la mission messianique de Jésus. Tous ceux qui partagent cette mission partage aussi des responsabilités royales, particulièrement le soin des affligés et des blessés. L’Avent est une merveilleuse occasion pour «activer » notre promesse baptismale et notre engagement en tant que baptisé. Cette année pour l’Avent, nous nous efforçons d’être le sel, cette saveur qui donne du goût et un sens à la vie chrétienne. Nous désirons être lumière « reflétant la brillance du Christ » à tous ceux et celles que nous rencontrons chaque jour.

Cette année pour l’Avent, permettez-moi de vous suggérer de rétablir les liens après une querelle. Construisez la paix.
Recherchez un ami oublié. Mettez de côté le soupçon et remplacez-le par la confiance. Écrivez une lettre d’amour.
Partagez quelques trésors.
Donnez une réponse aimable bien que vous vouliez répondre durement. Encouragez un jeune à croire en lui.
Manifestez votre fidélité dans la parole et dans l’action.
Tenez une promesse. Trouvez et donnez-vous du temps.
Laisser tomber une rancune. Pardonnez à un ennemi.
Célébrez le Sacrement du Pardon. Soyez plus à l’écoute.
Présentez des excuses si vous avez eu tort.
Soyez aimable même si vous vous sentez mal!
Essayez de comprendre. Méprisez l’envie.
Portez attention aux exigences que vous avez envers les autres.
Pensez d’abord à quelqu’un d’autre. Appréciez.
Soyez aimable, et doux. Riez un peu. Riez un peu plus.
Méritez la confiance. Armez-vous contre la malice.
Décriez la suffisance. Faites preuve d’une gratitude formelle.
Allez à l’église. Accordez-vous un petit moment à l’église plus long que d’habitude. Réjouissez le cœur d’un enfant.
Prenez le plaisir dans la beauté et l’étonnement de la terre.
Parlez de votre amour. Parlez en toujours et encore.
Parlez de cela même plus fort. Parlez de cela tranquillement. Réjouissez-vous, car le Seigneur est proche!
Je vous souhaite un joyeux temps de l’Avent! Restez des nôtres pendant ce temps liturgique fort afin que vous puissez vous rappelez de la raison pour cette saison!

LETTRE ENCYCLIQUE
SPE SALVI
DU SOUVERAIN PONTIFE
BENOÎT XVI
AUX ÉVÊQUES
AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES
AUX PERSONNES CONSACRÉES
ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS
SUR L’ESPÉRANCE CHRÉTIENNE

Introduction

1. « SPE SALVI facti sumus » – dans l’espérance nous avons tous été sauvés, dit saint Paul aux Romains et à nous aussi (Rm 8, 24). Selon la foi chrétienne, la « rédemption », le salut n’est pas un simple donné de fait. La rédemption nous est offerte en ce sens que nous a été donnée l’espérance, une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent: le présent, même un présent pénible, peut être vécu et accepté s’il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu’il peut justifier les efforts du chemin. Maintenant, une question s’impose immédiatement: mais de quel genre d’espérance s’agit-il pour pouvoir justifier l’affirmation selon laquelle, à partir d’elle, et simplement parce qu’elle existe, nous sommes rachetés? Et de quel genre de certitude est-il question?

Texte complet

Ne manquez pas Zoom ce vendredi alors que nous résumerons pour vous le contenu de l’encyclique de Benoît XVI publié ce matin.

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