Contemplant le visage de Jésus

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Réflexion biblique pour le cinquième dimanche de Carême Année B – 29 mars 2009

P. Thomas Rosica, csb

Le 5ième dimanche de carême (Année B) nous invite à fixer notre regard sur Jésus, le prêtre modèle, souffrant, compatissant et solidaire de l’humanité. Premièrement, considérons l’Évangile de Jean au chapitre 12 : l’apogée du ministère public de Jésus. C’est le dernier acte officiel avant les événements de sa passion, dimanche prochain. Il y a les gentils, les non-Juifs, qui cherchent Jésus pour la première fois. Ils ne viennent pas simplement pour lui jeter un regard, avoir une « audience générale » avec lui, mais plutôt pour le « voir ». Dans l’évangile de Jean, « voir » Jésus c’est l’équivalent de croire en lui. Quelle simple et cependant combien stupéfiante demande : «Monsieur, nous voudrions voir Jésus » Jn 12, 21.

Au travers de la totalité des Écritures, hommes et femmes ont désiré voir Dieu, contempler son apparence, sa beauté et sa gloire. Combien de fois dans les psaumes demandons-nous de voir la face de Dieu ? « Que ton visage illumine ton serviteur » (Ps 119, 135). Non seulement nous supplions de voir le visage de Dieu, mais il nous est demandé de le faire. « Cherchez ma face », dit le Seigneur (Ps 27,8). Nous ne pouvons pas faire semblant, il nous est demandé de chercher la face de Dieu. Puis, commencent les lamentations. « Ne me cache pas ta face » (Ps 102, 2). « Pourquoi caches-tu ton visage, Seigneur ? » (13,2). Nous supplions, nous cherchons mais nous ne pouvons pas trouver le visage de Dieu. Ensuite nous sommes éperdus. Moïse, parlant comme un ami parle à un ami, a demandé à Dieu de voir son visage. Mais Dieu lui a répondu : « Tu ne peux pas voir mon visage; car personne ne pourra voir mon visage et vivre » (Exode 33,20).

Quand nous demandons dans les psaumes à voir le visage de Dieu, nous demandons de voir réellement Dieu comme il est vraiment, de contempler les profondeurs de Dieu. Dans le dernier chapitre du dernier livre des Écritures, il est écrit : « Ils verront sa face » (Apocalypse 22,4). Nous voyons le visage de Dieu révélé dans la personne de Jésus de Nazareth. Désirons-nous voir le visage de Dieu souvent ? Où trouvons-nous sa face aujourd’hui ? Que faisons-nous lorsque finalement nous voyons le visage de Jésus ?

« Voir Jésus » dans le jardin des souffrances

L’auteur de la lettre aux Hébreux est rempli des pensées et de la théologie de Paul et de Jean, mais il contemple aussi l’agonie de Jésus dans le jardin en lien avec les sacrifices offerts au temple et la prêtrise selon les Écritures. L’Ancien Testament n’a jamais imaginé de demander au grand prêtre d’être comme ses frères et sœurs, mais était au contraire soucieux de le séparer des autres. Une attitude de compassion envers les pécheurs semblait être incompatible avec la prêtrise de l’Ancienne Alliance. De plus, aucun texte n’a jamais spécifié que le grand prêtre serait libre de tout péché.

L’épitre aux Hébreux (5, 7-9) nous présente un type différent de prêtrise, celle d’une extraordinaire compassion et solidarité. Durant sa vie terrestre, Jésus a partagé notre chair et sang, pleurant dans ses prières et versant des larmes silencieuses. Il a expérimenté toutes nos difficultés. Il est un homme éprouvé ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur , c’est seulement par cela qu’il a acquis une profonde capacité à compatir. C’est la seule sorte de prêtrise qui fait une différence, et cela en vaut la peine depuis toujours.

Que cette image de Jésus nous enseigne-t-elle aujourd’hui ? Loin de créer un abysse entre Jésus-Christ et nous-mêmes, nos propres épreuves quotidiennes et faiblesses sont devenus le lieu privilégié de notre rencontre avec lui, et non seulement avec lui, mais avec Dieu lui-même. La conséquence en est que dès aujourd’hui, pas l’un de nous peut se pencher sur une situation douloureuse sans trouver que Christ est, par ce fait, de notre côté. Jésus était « écouté à cause de son autorité ou sa pieuse soumission ». Et nous recevons la consolation que nous aussi pourrons être écouté à cause de notre propre persévérance dans la prière, notre respect devant Dieu et notre pieuse soumission à sa volonté pour nous

Voir Jésus dans la souffrance et la mort du pape Jean-Paul II

Nous lisons aujourd’hui dans ce passage d’évangile que le les Grecs s’adressent en premier à Philippe qui est du village de Bethsaïde au bord de la Mer de Galilée. « Philippe alla le dire à André, puis ensemble ils le dirent à Jésus» (Jn 12,22). Pour voir Jésus, l’un doit être conduit à lui par un apôtre. Le témoignage de ceux qui ont vécu avec lui, à ses cotés, nous le montre et nous ne pouvons rien faire sans ce témoignage.

Nous avons besoin des écrits apostoliques, spécialement des Évangiles, transmis par la tradition, de laquelle nos parents, prêtres, diacres, enseignants, catéchètes, prêcheurs et autres croyants sont les témoins et les porteurs de la Bonne Nouvelle. Combien important et nécessaire est-il de reconnaître ces personnes-clés dans nos vies qui sont des témoins vivants et des liens à la tradition et à la Bonne Nouvelle de Jésus ! L’une de ces personnes pour des millions de gens dans le monde était Karol Wojtyla, l’homme que nous connaissons comme Jean Paul II.

Il y a quatre ans cette semaine, le monde assistait publiquement à l’agonie et à la passion de ce successeur de Pierre. Alors que nous commémorons le 4e anniversaire de la mort de Jean-Paul II le 2 avril, je ne peux pas m’empêcher de rappeler ces jours si émouvants et voir combien il nous a révélé le visage de Dieu et l’image de Jésus crucifié.

L’une des plus puissantes leçons qu’il nous a enseignées dans le crépuscule de son pontificat fut que chacun doit souffrir, même le Vicaire du Christ. Plutôt que de cacher ses infirmités, comme la plupart des gens font, il a laissé le monde entier voir ce qui lui arrivait. Au dernier moment de sa vie, l’athlète était immobilisé, la voix bourrue si distinctive s’est tue et la main, qui a produit tant d’encycliques, incapable d’écrire. Mais rien ne fit faiblir Jean-Paul II, même la maladie dégradante cachée derrière un masque de Parkinson ou ultimement, son incapacité à parler et se mouvoir. Beaucoup croient que le plus puissant message qu’il prêcha fut quand les mots et les actions lui manquaient.
L’un des moments inoubliables et formateurs de ces derniers jours eut lieu la nuit du Vendredi saint 2005, pendant que le Pape, assis dans sa chapelle privée au Vatican, regardait le chemin de Croix, diffusé à la télévision, depuis le Colisée de Rome. À la station commémorant la mort du Seigneur, une caméra montra le Pape embrassant la croix dans ses mains avec sa joue tout contre le bois. Son acceptation de la souffrance et de la mort n’eurent pas besoin de mots. L’image parlait d’elle-même.

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Quelques heures avant sa mort, les derniers mots audibles du pape Jean-Paul II furent : « Laissez-moi aller à la maison du Père ». Dans l’intimité de la prière, alors que la messe était célébrée au pied de son lit et que les foules pleines de ferveur chantaient plus bas sur la place St-Pierre, il est mort à 21 h 37 le 2 avril. À travers sa passion publique, souffrance et mort, ce saint prêtre, successeur des Apôtres, et Serviteur de Dieu, nous a montré le visage de Jésus d’une manière remarquable.

Nicodème à la recherche de l’« âme de la théologie »

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Réflexion biblique pour le quatrième dimanche de Carême (Année B)

L’évangile du 3e dimanche de Carême (Année B) a pour caractéristique une conversation nocturne entre deux éminents professeurs de religion: d’une part un renommé « Maître en Israël » du nom de Nicodème et de l’autre, Jésus, que ce Nicodème appelle « Maître qui vient de la part de Dieu. »  Nicodème vint voir Jésus durant la nuit. Son rôle prééminent et sa position dans l’instance nationale appelée le Sanhédrin firent de lui le gardien de la grande tradition. Pour beaucoup, il était l’expert sur le sujet de Dieu !

Il est important de situer dans le contexte ce passage d’évangile de ce dimanche. La conversation entre Jésus et Nicodème est l’un des dialogues les plus significatifs du Nouveau Testament et cette visite secrète à Jésus la nuit suggère l’opacité de son incroyance. Cette visite et cette conversation sont enveloppées d’ambiguïté et le penchant de saint Jean pour les contrastes forts comme l’obscurité et la lumière peuvent être observés dans ce récit hautement symbolique.

Jésus parle à Nicodème du besoin d’expérimenter la présence de Dieu et de s’offrir à lui. Connaître Dieu, c’est beaucoup plus que de rassembler de l’information et des données théologiques à son sujet. En parlant de renaître d’en haut, Jésus ne signifie pas que nous devons rentrer dans le ventre de notre mère une deuxième fois, mais Jésus fait référence à une renaissance que seul l’Esprit de Dieu rend possible.

Le Fils de l’Homme, élevé pour nous guérir

Dans le texte de l’évangile du jour, Jésus dit à Nicodème et à tous ceux qui entendront ce récit dans les générations futures, que le Fils de l’Homme doit être élevé  pour que les gens puissent le contempler et trouver paix et guérison. Durant le séjour d’Israël dans le désert, les personnes furent affligées par un fléau : des serpents. Moïse a élevé un serpent sur un bâton et tous ceux qui le contemplaient recouvraient la santé. Tous deux, le serpent de bronze et Jésus crucifié, symbolisent le péché humain. Quand Jésus est « élevé »,  ce n’est pas seulement sa souffrance sur la croix qui est partagée. Le mot grec utilisé pour « élevé »  à une double signification : une élévation physique du sol comme la crucifixion ou une élévation spirituelle qui est une exultation.

Quelle leçon Nicodème nous enseigne-t-il aujourd’hui? Il nous alerte sur ce qui arrive quand on adhère à un système et que l’on essaie de « maîtriser  » la théologie, les Écritures, la tradition, les règles et les règlements. Il nous enseigne que les cours de religion et de théologie ne sont pas des substituts pour la foi et la croyance. Pour Nicodème, Dieu est plus que de l’information et des données. Dieu est  avant tout, un ami, un amant, un Seigneur et Sauveur, qui patiemment nous attend le jour, et même la nuit. Plutôt que d’approcher les Écritures comme quelque chose à maîtriser,  nous devons permettre à la Parole de Dieu de diriger nos vies.

Nous ne savons rien de plus au sujet de Nicodème, excepté que des mois après,  il est capable de différer l’inévitable affrontement entre Jésus et le Sanhédrin. Plus tard, Nicodème assiste Joseph d’Arimathie en récupérant le corps brisé de Jésus mort.    

Nicodème et le Synode récent sur la Parole de Dieu

Je ne peux m’empêcher de lire l’histoire de Nicodème à la lumière du récent Synode des évêques au Vatican sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise. J’ai eu le privilège de servir au Vatican en tant qu’attaché de presse pour les médias de langue anglaise couvrant ce Synode des évêques en octobre 2008 à Rome. L’expérience fut comparable à une retraite très dense à travers les Écritures et les documents du Concile Vatican II.

Au Synode, le Saint-Père et les évêques du monde ont parlé de l’impasse actuelle des études de l’Écriture,  causée souvent par l’atomisation et la dissection des Écritures et un manque d’intégration des études bibliques avec la foi, la liturgie et la vie spirituelle. Si les textes bibliques sont lus et enseignés seulement pour leur exactitude ou inexactitude historique et philologique, nous manquons l’occasion de lire la Bible comme un livre de foi, possession privilégiée d’une communauté vivante et priante. Nous courons le risque d’interprétations sélectives et relativistes de la Parole de Dieu.

Durant dix-huit années d’enseignement à l’école de théologie de l’université St-Michael de Toronto, de nombreux étudiants m’ont confié que leurs cours d’Écritures étaient « sans âme », séparés de la réalité de l’Église et non reliés à sa vie liturgique. Leurs commentaires simples, mais significatifs, ont mis l’accent sur l’un des thèmes importants évoqués durant le Synode des évêques sur la Parole de Dieu.

Le 14 octobre 2008, le pape Benoît XVI a partagé de profondes réflexions sur ce sujet. Dans un discours bref et clair à toute l’assemblée du Vatican, le Pape a abordé l’un des thèmes les plus importants qui émergeaient durant ce synode. Quand l’exégèse biblique catholique est coupée de la communauté de foi vivante dans l’Église, l’exégèse est réduite à de l’historiographie et rien de plus. L’herméneutique de la foi disparait. Nous réduisons chaque chose aux origines humaines et pouvons tout expliquer simplement. Nous refusons ultimement Celui duquel les Écritures parlent, Celui dont la présence se trouve au travers des mots.

Se référant à « Dei Verbum,  » la constitution dogmatique sur la révélation divine, le Pape a réaffirmé sans équivoque l’importance de la méthode historico-critique qui trouve ses racines en Jean 1, 14, le Verbe s’est fait chair. Rien qui puisse nous aider à comprendre le texte biblique ne saurait être exclu en autant que l’intention des différentes approches et leurs limites soient clairement observées.

Durant tout le temps où le Pape a parlé, la figure de Nicodème du Nouveau Testament était dans mon esprit, ainsi que d’autres nombreuses personnalités, guidées par Jésus au-delà des théories, systèmes et structures dans la rencontre avec le Dieu vivant qui est la Parole parmi nous. Nicodème avait certainement une somme de savoir sans fin, et il a développé un grand système de religion dans lequel Dieu est catégorisé et analysé. Jésus ne lui dit pas que cela est mal ou même indésirable. Il lui dit simplement que ce n’est pas assez.

Depuis mes années d’études à l’Institut pontifical biblique de Rome,  j’ai porté cette petite prière de saint Bonaventure dans ma poche. Les mots viennent de son « Itinerarium Mentis in Deum » (Itinéraire de l’âme vers Dieu) invitant les chrétiens à reconnaître leur insuffisance à « la lecture sans repentir, la connaissance sans dévotion, la recherche sans étincelle d’émerveillement, la prudence sans capacité de sentir la joie, l’action séparée de la religion, l’apprentissage  coupé de l’amour, l’intelligence sans humilité, l’étude non soutenue par la grâce divine, la pensée sans la sagesse inspirée par Dieu. »

Ces paroles servent de mesure et de guide pour chacun de nous, quand nous étudions la théologie et la Parole de Dieu et permettons à la Parole de diriger nos vies. Que notre savoir, apprentissage, science et intelligence nous mènent humblement, jour et nuit, à la rencontre de Jésus-Christ, le but ultime de notre itinéraire.

Soyons remplis par une joie brûlante pour la maison du Seigneur

Réflexion du 3e dimanche de carême

 


Dans les textes de ce troisième dimanche de carême, je voudrais mettre l’accent sur deux images puissantes présentes dans ces textes: celle de Jésus purifiant le Temple de Jérusalem et du message de saint Paul au sujet de la croix de Jésus-Christ.

Les deux actions purificatrices de compréhension de la croix de Jésus et Paul peuvent nous être d’une grande aide alors que nous grandissons dans notre connaissance et amour de Jésus-Christ en cette saison de carême.

Le récit de Jean de la purification du temple de Jésus est très différent des autres récits évangéliques (de cette histoire dramatique). Dans les évangiles synoptiques, cette scène prend place à la fin de la procession du dimanche des Rameaux dans la ville sainte. Avec des gens l’acclamant triomphalement, Jésus entra dans la zone du temple, non pas pour rendre hommage, mais pour mettre au défi le temple et ses chefs. Il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs et les tables de ceux qui vendaient des oiseaux et animaux pour le sacrifice. Quel enseignement! Jésus cita les Écritures: « L’Écriture ne dit-elle pas : Ma maison s’appellera maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » [Marc 11, 17, Isaïe 56, 6-7, Jérémie 7, 11].

Dans le quatrième évangile, la purification du temple prend place au début du ministère de Jésus et non au commencement des événements entourant les derniers jours de sa vie. Les mots et actions surprenantes de Jésus au temple, qu’elles soient du récit synoptique ou du récit de Jean, ont pris un nouveau sens pour les générations futures de chrétiens. « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Le temple n’est pas un centre commercial ou un centre d’achat mais bien une place sainte du Père. Comme les prophètes avant lui, Jésus essaya de réveiller les cœurs de son peuple. Les disciples de Jésus se rappellèrent qu’il leur a dit au Temple les mots du psaume 68, 10: « L’amour de ta maison m’a perdu. » J’ai souvent compris la signification de ce verset comme: « Je suis rempli d’un amour brûlant pour cette maison. » Quand le magnifique Temple de Jérusalem avait été détruit par les Romains, juifs et chrétiens pleurèrent ensemble cette perte, et les disciples de Jésus se rappelèrent de cet incident dans le temple. Maintenant, ils peuvent y voir un nouveau sens; c’était un signe que le vieux temple était terminé, mais qu’un nouveau temple allait être construit. Ce nouveau temple ne serait pas de pierre, de bois et d’or. Il serait un temple vivant de personnes saintes [1 épître de Pierre 2, 4-6; Éphésiens 2, 19-22].

Jésus extrême

Un aspect intriguant de l’Évangile du jour est le portrait d’un Jésus fâché au temple avec la scène de purification qui exprime deux extrêmes dans notre propre image du Seigneur. Certaines personnes espèrent un autrement passif Jésus en révolutionnaire whip-cracking le fouet à la main.

D’autres voudraient exciser toute qualité humaine de Jésus et peindre un très docile, au caractère fade, qui souriait, gardait silence et choisissait de ne jamais brasser la cage. Les erreurs de ces vieux extrêmes, cependant, ne justifient pas un nouvel extrémisme.

Jésus n’était pas exclusivement, même pas principalement concerné avec des réformes sociales. Plutôt, il était rempli d’une dévotion profonde et d’un amour brûlant pour son Père et les choses de son Père. Il voulait former de nouvelles personnes, créées à l’image de Dieu, (qui sont) soutenues par son amour et partager cet amour aux autres. Les disciples et apôtres de Jésus le reconnaissent comme une figure passionnée – une figure qui était engagée vers la vie, prête à la perdre pour la vérité et la fidélité.

Nous laissons-nous tenter par ces deux extrêmes dans notre compréhension et notre relation avec Jésus? Sommes-nous passionnés à propos de quelque chose dans nos vies aujourd’hui? Sommes-nous remplis d’un amour profond et brûlant pour les choses de Dieu et de son Fils, Jésus?

Le message de la croix

En écrivant aux gens de Corinthe, Paul notait plusieurs désordres et scandales qui étaient présents. Une communion et unité véritable étaient menacées par des groupes et des divisions internes qui compromettaient sérieusement l’unité du Corps du Christ. Plutôt que d’en appeler avec des mots de sagesse théologiques ou philosophiques complexes pour résoudre des difficultés, Paul annonce le Christ à cette communauté: le Christ crucifié. La force de Paul n’est pas trouvée ne réside pas dans une langue persuasive, mais plutôt, paradoxalement, dans la faiblesse de quelqu’un qui a confiance seulement dans la « puissance du Seigneur » (1 Corinthiens 2, 1-4).

Dans la première lettre de saint Paul aux Corinthiens [1 Cor 18, 22-25], nous entendons parler « le langage de la croix est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. » Pour saint Paul, la croix représente le centre de cette théologie: dire croix signifie salvation comme une grâce donnée à toute créature.

Le message simple de la croix de Paul est scandale et folie. Il déclare le tout fermement avec ces mots: « Le message de la croix est folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, c’est la parole de Dieu. C’était la volonté de Dieu à travers la folie de la proclamation pour sauver ceux qui ont la foi. Alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. »

Le « scandale » et la « folie » de la croix sont précisément dans le fait qu’il semblait n’y avoir qu’échec, tristesse et défaite, et c’est précisément là qu’est toute la puissance de l’amour sans limite de Dieu. La croix est l’expression de l’amour et l’amour est la puissance véritable qui nous est révélée dans cette apparente faiblesse.Saint Paul l’a expérimentée même dans sa propre chair, et il nous en donne témoignage dans plusieurs passages de son aventure spirituelle, qui est devenue un point de départ important pour chaque disciple de Jésus: « Il m’a dit, « Ma grâce te suffit, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12, 9); et même « Dieu a choisi ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose » (I Corinthiens 1, 28).
L’apôtre des gentils s’identifie à un tel degré avec le Christ qu’il a aussi, même au milieu de tant d’épreuves, vécu dans la foi du Fils de Dieu qui l’aima et qui se donna à lui pour ses péchés et ceux de tous les hommes(Galates 1, 4; 2, 20).

Aujourd’hui, alors que nous contemplons l’amour brûlant de Jésus pour les choses de son Père, et le mystère salvifique de sa croix, prions ces mots:

Ô Dieu, que ta folie est sage et ta faiblesse est forte,
par le travail de ta grâce dans la discipline du Carême
purifie le temple de ton Église et le sanctuaire de nos cœurs.
Que nous soyons remplis d’un amour brûlant pour ta maison,
et que l’obéissance à tes commandements
nous absorbe et nous entoure sur ce chemin du Carême.
Nous demandons cela à travers Jésus-Christ, l’homme de la Croix, puissance et sagesse,
le Seigneur qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, toujours et à jamais. Amen.

Moriah, Thabor et Calvaire: Quand l’obscurité peut être éblouissante

Réflexion biblique pour le 2e dimanche de carême 

 

Moriah. Sinaï. Nébo. Carmel. Horeb. Gilboa. Garizim. Mont des Béatitudes. Thabor. Hermon. Sion. Mont des Oliviers. Golgotha. Même si nous n’avons jamais visité les terres de la bible, nous sommes tous familiers avec ces montagnes bibliques et les grands événements de l’histoire du salut qui ont eu lieu là-bas. Les montagnes sont souvent utilisées dans la bible pour mettre en scène des rencontres importantes entre Dieu et son peuple.

Les lectures de l’Ancien testament et de l’évangile d’aujourd’hui ont lieu sur deux montagnes importantes: les Monts Moriah et Thabor. Les deux lectures nous laissent entrevoir Dieu et son Fils Jésus, notre Sauveur. Considérons d’abord l’histoire du sacrifice d’Isaac par son père Abraham tel que raconté dans Genèse 22, 1-19. En hébreu, on appelle ce récit l’Akedah, déformation du mot araméen qui signifie promis/obligatoire. Il provoque le scandale dans les esprits modernes : quelle sorte de Dieu peut demander à un père de tuer son propre fils?

Combien de voix païennes troublaient Abraham à ce moment? Que ferait un père de notre époque s’il était appelé à sacrifier son unique fils à Dieu? Il passerait pour un fou même s’il ne faisait que considérer la chose – il serait ainsi un infidèle aux yeux de Dieu. Quel récit poignant! « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en sacrifice… alors Abraham se leva de bon matin». Parce qu’Abraham a écouté le messager du Seigneur, son fils unique fut épargné. » Ainsi, le sacrifice d’Isaac n’est pas un symbole de mort mais un symbole de vie puisqu’on interdit à Abraham de sacrifier son fils.

Ce qui s’est passé sur le Mont Moriah trouve écho dans ce qui s’est produit au sommet du Thabor et du Calvaire dans le Nouveau Testament. Les trois montagnes sont des lieux significatifs dans la bible. À leur sommet, Dieu ne nous abandonne jamais dans notre désespoir et notre terreur les plus profonds. Dieu est avec nous dans le calme et dans la tempête, le jour comme la nuit. Ces monts nous enseignent que c’est uniquement lorsque nous sommes prêts à lâcher prise sur ce que nous aimons et chérissons le plus en cette vie que nous pouvons espérer recevoir au-delà que ce que nous pouvons rêver. C’est seulement à cet instant que nous ferons l’expérience de la résurrection, de la guérison et de la vie nouvelle.

Jésus eut besoin de la lumière de l’expérience du sommet de la montagne dans sa propre vie. Alors qu’il annonçait sa passion à venir, il eut besoin du Mont Thabor pour lui donner la force de descendre dans la vallée du Jourdain et monter vers Jérusalem. Depuis ce temps, le scénario est le même pour tous les disciples. Ceux qui suivent Jésus doivent gravir la montagne pour entrevoir le mystère de la présence de Dieu dans le monde et dans nos vies. Néanmoins, le récit de la Transfiguration de Jésus d’après Marc nous rappelle qu’il ne suffit pas de contempler le mystère. Les disciples sont sommés d’écouter Jésus, le Bien-aimé de Dieu, et d’ensuite retourner à leur routine quotidienne en bas, dans la vallée. 

Le récit évangélique de la Transfiguration nous permet de porter un regard sur nos propres expériences au sommet de la montagne. Comment ces expériences ont-elles jetées un peu de lumière sur nos ténèbres? Que seraient nos vies sans ces expériences au sommet? Combien de fois nous tournons-nous vers ces moments significatifs pour trouver force, courage et perspective? Comment cette expérience au sommet de la montagne nous permet-elle d’écouter avec plus d’attention la voix de Dieu qui nous appelle à la fidélité et à l’authenticité de notre manière de croire? Il nous est souvent difficile de voir la gloire du Christ lorsque nous sommes en bas, dans la vallée.  

Tant de voix nous bombardent que nous avons de la difficulté à écouter la voix de Dieu. Nous pouvons seulement écouter Jésus et le contempler dans sa gloire lorsque nous avons gravi une montagne comme le Thabor, le Mont de la Transfiguration. Nous parviendrons à voir Jésus et commencerons à le comprendre lorsque nous irons avec d’autres au sommet de la montagne. Seul, nous ne pourrons voir le Christ transfiguré.

Les voies du désert…

Réflexion biblique pour le premier dimanche de Carême B

Est-ce qu’il y a vraiment quelqu’un qui attend le carême avec impatience? Qu’est-ce qui nous attire dans le carême? Quels aspects de cette démarche nous mettent à l’épreuve? Pour nous aider, les textes de l’Écriture de ce temps liturgique ont été soigneusement choisis pour rejouer l’histoire du salut sous nos yeux.

Nous commençons avec Jésus dans le désert… l’Évangile du premier dimanche de carême. Le désert, le soleil et les affres de la faim et de la soif conjurent le démon sur Lui. Marc présente Jésus aux prises avec le pouvoir de Satan, seul et silencieux dans le désert. La tentation de Jésus au désert mentionnée dans Marc ne parle pas des trois tentations ni du fait que Jésus aurait jeûné. Pour Marc, la tentation de Jésus s’inscrit dans la lutte entre le bien et le mal, entre Dieu et Satan.

L’expérience de Jésus au désert soulève pour nous d’importantes questions. Quelles sont certaines expériences de «désert» dans ma vie? Quel désert suis-je en train de traverser en ce moment? Comment vivre à travers mes propres déserts? Quand et comment puis-je trouver des moments de réflexion et de contemplation au cœur d’une vie qui va trop vite? Ai-je été courageux et persistant dans ma lutte contre les démons? Comment ai-je résisté à transformer mes déserts en zones de vie et de joie?

Dans Matthieu et Luc, le prince du mal tente de détourner Jésus de la Foi et de l’intégrité au cœur de sa mission messianique. Mais si Israël a échoué dans le désert, Jésus n’échoua pas. Son lien avec son Père était trop fort pour que les démons puissent le briser.

Dans la première tentation au désert, Jésus résiste au mal, non pas en niant la dépendance de l’homme à l’égard de la nourriture, mais plutôt en mettant la vie humaine et sa finalité en perspective. Ceux qui suivent Jésus ne peuvent pas devenir dépendant des choses de ce monde. Quand nous sommes plus dépendants des choses matérielles que de Dieu, nous cédons à la tentation et au péché.

La deuxième tentation porte sur l’adoration du diable plutôt que de Dieu. Jésus rappelle une fois encore que Dieu est plus fort que le mal. Ceci est important à entendre pour nous, surtout lorsque nos tentations semblent nous dominer, quand tout autour de nous semble indiquer l’échec, l’ombre, l’obscurité et le mal. En fin de compte, c’est Dieu qui est en charge de notre destinée.

Dans la troisième tentation, le diable demande une révélation ou une manifestation de l’amour de Dieu pour Jésus. Jésus lui répond en disant qu’il n’avait à prouver à personne que Dieu l’aimait.

La tentation est tout ce qui nous rend petit, laid et méchant. La tentation utilise les stratégies les plus rusées que le mal puisse imaginer. Plus le diable nous contrôle, moins nous voulons reconnaître qu’il se bat pour dominer chaque millimètre de cette Terre. Jésus ne l’a pas laissé s’en tirer comme ça. Au tout début de sa campagne pour ce monde et pour chacun de nous, Jésus s’est ouvertement confronté à l’ennemi. Il a commencé sa lutte en utilisant le pouvoir de l’Écriture pendant une nuit de doute, de confusion et de tentation. Nous ne devons jamais oublier l’exemple de Jésus, ainsi nous ne serons jamais séduits pas les tromperies du diable.

De Jésus nous apprenons que Dieu est présent et qu’il nous soutient au milieu de l’épreuve, de la tentation et même du péché. Nous nous rendons compte que nous devons avoir un espace spirituel dans nos vies où nous pouvons nous dépouiller de ce qui est faux et qui s’accroche à nous et ainsi respirer de la vie nouvelle et repartir de nouveau. Nous en venons à croire que Dieu peut prendre notre espérance asséchée pour la rendre florissante. Tels sont les enseignements du désert. C’est pourquoi nous avons besoin, même dans les activités de la vie quotidienne, de moments de prière, de silence et d’écoute de la voix de Dieu.

Nous rencontrons Dieu au milieu des déserts de notre péché, de l’égoïsme, de la jalousie, de l’efficacité, de l’isolement, du cynisme et du désespoir. Et en plein milieu du désert nous entendons ce que Dieu fera si nous lui ouvrons nos cœurs et si nous le suivons pour rendre notre propre désert fleurissant. Les voies du désert étaient profondément ancrées dans le cœur de Jésus, et cela doit être de même pour tous ceux et celles qui le suivent.

En réponse à l’affaire Williamson

Hier après-midi, suite à de nombreux appels, courriels et lettres reçus au cours des derniers jours au bureau de Télévision Sel + Lumière principalement par des journalistes et des agences de presse, le père Thomas Rosica, directeur général de la Fondation catholique Sel et Lumière média a transmis la déclaration suivante.
 
Cela n’aide en rien l’Église lorsque des gens comme moi, avec une certaine expérience en communication à divers paliers dans l’Église, spécialement avec le Vatican, essaient de diminuer, de nier, de détourner ou d’ignorer la gravité de ce qui s’est passé dans l’affaire Mgr Williamson. Je ne remettrai jamais en question le désir du pape Benoît XVI de ramener l’unité au sein de l’Église. Le pape est d’abord et avant tout ‘pontifex’ : artisan de paix, il établit des ponts, il forge l’unité. Le geste de Benoît XVI envers les quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X était sincère, nécessaire et rempli d’espérance.

Je ne questionnerai pas non plus l’engagement ferme et sans équivoque du Pape et du Vatican d’entretenir un fructueux dialogue Juif-catholique. Les ponts qui ont été construits avec nos frères et sœurs juifs depuis les 50 dernières années sont solides. Les eaux qui coulent sous ces ponts montent et créent parfois des inondations, mais ils demeurent debout et survivront encore bien des tempêtes.

Dans cette crise, je remets toutefois en question le choix du moment et le processus de vérification de la part des structures vaticanes. Je questionne aussi l’absence d’un dialogue interne sérieux entre des éléments-clés du Vatican, des personnes qui prennent part à d’importantes décisions papales, comme celle dont il est ici question. S’il était nécessaire pour la Secrétairerie d’État d’émettre une note de clarification ce mercredi, il est malheureux qu’une telle note n’ait pas accompagné l’annonce initiale de la levée des excommunications la semaine dernière. La levée des excommunications aurait dû exiger des quatre évêques qu’ils professent explicitement et publiquement leur pleine adhérence aux enseignements de l’Église, au Concile Vatican II et à un enseignement cohérent de la Shoah.

Les personnes engagées dans le processus de prise de décisions autour et avec le Pape doivent être extrêmement circonspectes des nombreux aspects d’une annonce aussi complexe, incluant la négation de la Shoah par des membres de la Fraternité Saint Pie X et l’acceptation du Concile Vatican II. Les fonctionnaires du Vatican doivent également être conscients de la confusion qui pourrait et qui de fait, a été semée chez des catholiques, des chrétiens et des Juifs à travers le monde, et chez bien des gens qui ne comprennent pas ce qui est en jeu dans ce cas-ci.

Une grave erreur a été commise et est en voie d’être corrigée. Ce processus a engendré confusion, colère, frustration, incrédulité et douleur à l’échelle mondiale. Le Saint-Père a exprimé son sincère regret face à toute cette histoire. Son enseignement sur la Shoah et son affection pour le peuple juif ont été un cri de ralliement pour l’Église universelle.

Les crues ont encore une fois montées au cours de ce Pontificat dans le domaine du dialogue interreligieux et des communications de base sur des enjeux complexes. Ces eaux baissent mais ont laissé des dommages. Il est arrivé dans l’histoire de l’Église que des efforts et des gestes sincères pour l’unité aient l’effet contraire et créent beaucoup de douleur. À travers tout cela, l’Église révèle un visage humain et demande humblement pardon. Je continue de croire que l’Esprit Saint dirige l’Église. Le Vatican semble avoir compris, bien qu’un peu tard. Les ponts demeurent solides.

Tout cela est à la fois gênant, frustrant et pénible pour un prêtre comme moi qui a bien peu à dire dans tout cela. Je suis vraiment désolé pour toute la douleur que cette situation a causée. Nous allons maintenant reprendre le Chemin et œuvrer pour l’unité de l’Église et pour une paix et un respect profonds de nos frères et sœurs juifs.

Je souhaite sincèrement que le Vatican redouble d’ardeur dans le domaine des communications internes et externes. Le père Federico Lombardi, s.j. et son équipe du Bureau de presse du Saint-Siège, de la radio et de la télévision du Vatican ont fait tout ce qu’ils pouvaient. Le problème n’est pas à leur niveau.

Puissent ceux qui travaillent aux étages supérieurs du palais apostolique et dans divers départements de haut niveau au sein de la Curie tirer des leçons de cette erreur et permettre à l’Esprit de parler de nouveau à l’Église afin que nous fassions un meilleur travail pour raconter notre Histoire et annoncer la Parole, qu’importe la période, et pour que nous demandions pardon lorsque nous faisons des erreurs.

Thomas Rosica, c.s.b.
Directeur général
Fondation catholique Sel + Lumière média

Que le véritable noël commence…

La fête de la présentation de Jésus dans le temple de Jérusalem est célébrée le 2 février, le quarantième jour après la naissance de Jésus. Cette fête a marqué la fin du temps de Noël depuis le 5ème siècle. Le récit d’un antique pèlerin chrétien à Jérusalem dit que cette fête était célébrée avec la même joie et la même ferveur que Pâques.

Dans le récit évangélique qui marque cette fête, les figures extraordinaires des vieux Siméon et Anne dans le Temple, à côté de celles de Marie et Joseph, sont des icônes ou des fenêtres pour nous sur les Écritures hébraïques. Siméon et Anne portent à l’intérieur d’eux-mêmes l’espérance de leur peuple. Le vieil homme Siméon, tenant l’enfant, et la vieille femme, Anne, représentent chacun de nous confronté à la « nouveauté » de Dieu. Cette nouveauté de Dieu est comme un petit enfant devant nous. Nos  vieilles manières de faire les choses, nos peurs, nos jalousies, nos soucis, nos luttes pour le pouvoir et le prestige, sont confrontés avec la bonté de Dieu. Siméon prit l’enfant Jésus dans ses bras, en disant :

 Maintenant, ô Maître,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix,
selon ta parole.
Car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé à la face de tous les peuples :
lumière pour éclairer les nations païennes,
et gloire d’Israël ton peuple.

Dans le Temple, Siméon et Anne nous engagent à considérer les moyens que nous mettons en œuvre pour le changement et la vie nouvelle au milieu de nous. Sommes-nous prêts à prendre l’enfant dans nos bras, à l’accueillir, à préparer une chambre pour lui dans nos vies ? Laisserons-nous entrer cette nouveauté dans nos vies, ou allons-nous essayer de mettre l’ancien et le nouveau ensemble en espérant que la nouveauté de Dieu ne nous causera qu’un dérangement minimal ? Ces nouvelles réalités nous font-elles peur ? Comment sommes-nous lumière et salut pour les autres? Comment voyons-nous la gloire de Dieu dans nos vies? Sommes-nous assoiffés de justice et paix ? Quelles sont les situations et les nouvelles personnes qui sont entrées dans nos vies ces derniers temps ?

Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), la carmélite allemande juive qui est morte dans le camp de concentration d’Auschwitz, a écrit ces mots à propos de la présentation de notre Seigneur dans le Temple de Jérusalem :

Les mystères chrétiens sont un tout indivisible. Si nous sommes immergés dans l’un d’eux, nous sommes conduits à tous les autres. Ainsi le chemin conduit inévitablement de Bethléem au Golgotha, de la crèche jusqu’à la croix. Lorsque la bienheureuse Vierge porta l’enfant au Temple, Siméon a prophétisé que son âme serait transpercée par une épée, que l’enfant provoquera la chute et le relèvement d’un grand nombre et qu’il sera un signe de contradiction. Sa prophétie annonçait la Passion, la lutte entre la lumière et les ténèbres qui avait déjà commencé devant la crèche.

Célébrer véritablement le mystère de Noël signifie nous immerger nous-mêmes dans tous les mystères du Christ. La vraie compréhension de Noël commence quand nous accompagnons l’enfant Jésus à Bethléem, à Nazareth, à Capharnaüm et jusqu’à Jérusalem. La prophétie de Siméon a en effet annoncé la passion, la lutte entre la lumière et les ténèbres qui commence devant la crèche à Bethléem. Mais en tant que Chrétiens, nous avons la consolation et la certitude que cette « lumière brille dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » (Jn 1, 5). Permettez-moi de vous laisser avec cette prière de la communauté de Shaker :

Quand le chant des anges s’éloigne,
quand l’étoile dans le ciel est passée,
quand les rois sont rentrés chez eux,
quand les bergers sont retournés avec leurs troupeaux
quand Siméon et Anne sont allés vers leur Maître dans la paix,
alors, l’œuvre de Noël commence :
pour trouver les perdus, pour guérir les brisés,
pour libérer les prisonniers, pour reconstruire les nations,
pour apporter la paix à tous les peuples,
pour mettre de la musique dans les cœurs.

Il n’est pas trop tard pour laisser la véritable oeuvre de Noël commencer dans nos vies et dans notre monde.

Ce baptême qui nous permet de faire une différence

par le père Thomas Rosica, c.s.b.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc (1, 7-11)

Jean Baptiste proclamait dans le désert : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » Or, à cette époque, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. Au moment où il sortait de l’eau, Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : «C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour.» 

Noël est passé et les Mages, revenus dans leurs pays par un autre chemin, ont maintenant disparu à l’horizon. La fête du Baptême du Seigneur semble clore pour de bon le temps de Noël qui en réalité se termine le 2 février lors de la Fête de la Présentation du Seigneur. Le moment est venu de nous poser des questions difficiles sur ce que nous avons vécu à l’occasion des célébrations de la Nativité.

Il est terrible de voir que Noël est pour beaucoup la religion d’une seule nuit, aussi belle et brillante soit-elle. L’incarnation de Jésus est réduite à la nostalgie, aux traditions et aux fêtes culturelles. Pourtant, Jésus n’est pas un météore. Il ne suffit pas de se rendre à la mangeoire et d’y rester planter là : il faut en revenir. En acceptant ce que signifie l’occupant de la mangeoire, nous devons vivre à sa suite, en optant pour ce qui peut être un nouveau chemin, remettant en question des suppositions et des habitudes, poursuivant notre route avec la conviction que quelque chose a changé. Quelqu’un a fait une énorme différence dans nos vies et a littéralement changé le cours de l’histoire.

L’épiphanie du Christ, de Jésus qui inaugure sa mission divine sur terre, est pleinement accomplie avec le Baptême du Seigneur que nous célébrons. Le très beau texte de la prière du soir de la Liturgie des heures y va d’un très beau texte : « « Aujourd’hui l’étoile a conduit les mages vers la crèche ; aujourd’hui l’eau fut changée en vin aux noces de Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver ». Chaque événement est accompagné d’une théophanie, par un signe saisissant de l’intervention divine : l’étoile, l’eau en vin, la voix venue du ciel et la colombe. Aujourd’hui, nous sommes témoins du baptême du Seigneur en qui nous sommes nous-mêmes baptisés.»

L’apparition de Jean le Baptiste dans l’évangile de ce dimanche semble nous renvoyer au temps de l’Avent… pour regarder attentivement le témoignage du Baptiste et de Jésus, et pour prendre certaines décisions concernant nos vies et notre avenir. Le premier récit du Baptême de Jésus qui se trouve dans les Écritures est rapporté dans Marc. Les premiers mots de sa proclamation détournent l’attention de lui-même vers « Celui qui vient derrière moi, Celui qui est plus fort que moi » (v. 7). La prédication de Jean est à la fois décapante et attirante. Toute la mission de Jean était une préparation à la venue du Messie. Lorsque le temps fut venu, Jean conduisit ses propres disciples à Jésus et le désigna à eux comme le Messie, la Vraie Lumière, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

Jésus fut attiré vers Jean et accepta d’être baptisé parce qu’il s’identifiait totalement à sa condition humaine. Il a ressenti notre peine et notre besoin d’être lavé de notre culpabilité et de nos péchés. Par son baptême par Jean dans les eaux du Jourdain, Jésus nous ouvre la possibilité d’accepter notre condition humaine et de nous lier à Dieu. Nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus. Le Ciel s’ouvre au-dessus de nous dans ce sacrement et plus nous vivons en lien avec Jésus la réalité de notre baptême, plus le Ciel s’ouvrira au-dessus de nous.

Alors que j’étudiais à Rome, j’ai découvert un récit de l’Église primitive très à-propos pour cette fête du Baptême du Seigneur. Au cours du troisième siècle, Cyprien de Carthage écrivit à son ami Donatien: «Le monde dans lequel nous vivons est mauvais Donat. Mais au centre de ce monde j’ai découvert un groupe de gens saints et tranquilles. Ce sont des gens qui ont trouvé un bonheur qui est mille fois plus joyeux que tous les plaisirs de nos vies de pécheurs. Ces gens sont méprisés et persécutés, mais cela ne leur importe pas. Ils sont chrétiens, Donat, et je suis l’un d’eux.» 

Alors que nous nous rappelons du baptême de Jésus au Jourdain, faisons écho aux paroles de Cyprien: «Nous aussi, nous sommes des leurs.» Notre propre baptême nous invite à songer au passé avec reconnaissance, à accepter l’avenir avec espérance et le présent avec une crainte mêlée d’émerveillement. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, nous sommes invités au banquet du Seigneur, somptueusement étalé devant nous. Notre partage de l’eucharistie nous lie à nos frère et sœurs qui ont été plongés dans la vie du Christ par les eaux du baptême. Prions afin que la grâce de notre baptême nous aide à être lumière pour les autres et pour notre monde, et qu’elle nous donne le courage d’y faire une différence. 
 

Les nations viendront vers la lumière…

Réflexion biblique pour la Solennité de l’Épiphanie 
par le père Thomas Rosica, c.s.b.
 
Les lectures de la liturgie de l’Epiphanie ont de quoi nous secouer! Considérons la scène de la prophétie d’Isaïe. Les Gentils viennent de lieux lointains, attirés par la splendeur de Jérusalem, apportant des cadeaux et portant tendrement les fils et filles de la Cité Sainte ! Même si la noirceur avait pu envelopper le peuple, la gloire du Seigneur permet à la lumière d’éclater et de briller comme une aube nouvelle.  Quelle manière adaptée pour décrire ce que nous venons tout juste de célébrer à Noël !
 
Dans l’évangile de Matthieu (2, 1-12), l’histoire de mages nous révèle le combat inévitable que la manifestation de Dieu dans le Christ implique pour le monde. En lisant l’histoire soigneusement, nous réalisons que nous sommes loin d’un conte pour enfants, nous sommes plutôt au cœur d’une tragique histoire d’adultes. Les lignes de combats sont tracées et les forces se préparent. Un enfant est né au même moment qu’un dirigeant aveuglé par le pouvoir sème la mort. Jésus était une menace pour Hérode et pour eux : pour le trône d’un seul, pour les empires religieux des autres.

Dans leurs pays lointains, les mages bénéficiaient d’un niveau de vie princier, mais il leur manquait quelque chose – ils étaient insatisfaits. Ils souhaitaient courir des risques pour trouver ce que leur vision leur avait montré. Contrairement aux bergers, les mages ont dû faire un long voyage ; ils ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur but. Les bergers aussi connaissaient l’adversité et cela les avait préparés à entendre le message des anges. Mais une fois leur peur surmontée, ils avaient simplement «traversé Bethléem » pour rencontrer l’enfant Christ.

Les mages eux, avaient eu un voyage difficile pour arriver à Bethléem. C’était tout sauf la scène du pèlerinage sentimental que nous voyons souvent dans nos crèches ! Les mages n’étaient pas seulement des saints visionnaires ou de saugrenus personnages religieux ; ils voulaient parier leur argent, leur temps et leur énergie, et peut-être même leurs vies, pour trouver quelqu’un qui apporterait la vraie paix.

Les mages n’étaient pas complètement perdus  en arrivant à Jérusalem – la ville n’arrêta pas leur pèlerinage. En fait à Jérusalem, ils furent redirigés vers Bethléem. Ces hommes de l’Est, étrangers au vrai sens du mot, furent guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ils furent aidés par les Ecritures hébraïques  qui forment à présent l’Ancien Testament. Le sens de ceci est important. Le Christ appelle tous les peuples de toutes les nations à le suivre. Les Gentils aussi bien que les Juifs. On pourrait dire que Jérusalem et l’Ancien Testament sont en quelque sorte un point de départ pour ces pèlerins sur leur chemin de foi en Jésus Christ. Les gens de cette grande ville, et même Hérode lui-même, furent des instruments pour guider les mages au Christ.
 
Qu’est-ce que cela signifie pour nos propres pèlerinages vers la vérité aujourd’hui ? Plus que le fait évident que l’Ancien Testament doit avoir une part centrale dans notre marche vers le Christ, ne devrait-il pas signifier aussi que nos propres villes, avec toute leur confusion et leur ambiguïté, peuvent aussi servir comme point de départ pour notre cheminement de foi ?

Au centre de ce récit évangélique rempli de contrastes se trouve un bébé, couché, Jésus de Bethléem qui est Joie.  Hérode a peur de cette « Grande joie pour tous les peuples ». Dans l’évangile de Matthieu, nous ne savons pas ce qui est arrivé aux mages lorsqu’ils retournèrent dans leur pays natal, mais nous pouvons être sûrs qu’ils étaient des hommes transformés. Ils découvrirent à Jérusalem et à Bethléem, qu’il n’y a plus un Dieu de ce pays ou d’un autre, ou un oracle proféré en un lieu lointain, mais un Dieu et un Sauveur qui devient chair et sang pour toute l’humanité. Et le Sauveur est joie.

À la fin, les mages sont allés leur chemin et parce qu’ils refusèrent d’être séduits par le cynisme, parce qu’ils s’autorisaient eux-mêmes à être surpris par cette grande joie, l’étoile à laquelle ils étaient liés, réapparut. Ce n’est pas seulement le récit de la naissance de Jésus, mais c’est aussi et toujours un récit pour notre temps. Quand nous avons trouvé notre joie durable au milieu du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de s’agenouiller et d’adorer.

Gaspar, Melchior et Balthasar, bénissez nos cœurs et nos maisons de votre paix et de votre humilité ! Lorsque nous entendons les voix des vieux rois de la mort, de la peur et du cynisme, que nous ayons le courage d’aller notre propre chemin… nous réjouissant parce que, nous aussi, nous avons vu et nous avons fait l’expérience de la gloire de la venue du Seigneur.
 
Je conclus avec les mots de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), cette grande mystique Carmélite et amoureuse de la Croix, qui écrivit si merveilleusement au sujet des mystères de Noël : Ceux qui sont agenouillés devant le berceau sont des personnages de lumière : les enfants innocents, les bergers confiants, les rois humbles, Etienne, le disciple enthousiaste, et Jean le disciple de l’amour, tous ceux qui ont suivi l’appel du Seigneur. Ils sont opposés par la nuit de l’obstination incompréhensible et l’aveuglement : les scribes, qui connaissent en vérité quand et où le Sauveur du monde doit naître, mais qui ne tireront pas la conclusion : « Allons à Bethléem ». Le roi Hérode, qui tuerait le Seigneur de la Vie. Les chemins se séparent devant l’Enfant dans la crèche…

Certains choisiront le chemin de la vie, d’autres celui de la mort. Aujourd’hui, alors que nous laissons la crèche de notre Roi nouveau-né et Seigneur, prenons le temps de nous engager de nouveau  pour la vie qui est le cœur et la joie de Noël.

Joseph, authentique modèle de la paternité

Réflexion biblique à l’occasion de la fête de la Sainte Famille
par le père Thomas Rosica, c.s.b.
 
Dans les dernières lueurs de Noël, l’Église célèbre la fête de la Sainte Famille. Cette fin de semaine, nous sommes invités à réfléchir sur le don et le mystère de la vie ainsi que la bénédiction que représente en particulier la vie familiale. Dans l’évangile de Luc, la scène de la Présentation de l’enfant Jésus au temple à Jérusalem nous permet de rencontrer quatre individus qui embrassent la nouvelle vie de Jésus dans leurs bras : le vieux et fidèle Siméon, Anne, la sage prophétesse avancée en âge, et le jeune couple, Marie et Joseph, qui par obéissance fidèle offrent leur enfant au Seigneur. La belle prière de Siméon n’est rien de plus que l’anthologie de la prière de l’ancienne Israël :
 

Maintenant. O maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix car mes yeux ont vu le salut préparé à la face des peuples, lumière révélée aux nations et gloire de ton peuple Israël.  (Luc 2,29-32)
 
La scène entière de la Présentation, et les mots soigneusement choisis de la prière de Siméon soulèvent plusieurs questions pour nous : Comment puis-je voir la gloire de Dieu dans ma vie ? Ai-je soif de justice et de paix ? Quelles sont les nouvelles situations et quelles sont les personnes entrées dans ma vie dernièrement ? Comment suis-je lumière et salut pour les autres ?

Un zoom sur Joseph
 
Joseph le charpentier (Georges de la Tour)Aujourd’hui j’aimerais que l’on regarde plus attentivement la figure de Joseph, l’un des personnages de cette scène évangélique des plus touchantes : la Présentation. En nous penchant sur le père nourricier du Seigneur, nous découvrons un aperçu  du contexte de la famille de notre Sauveur.
 
Joseph est souvent dans l’ombre de la gloire du Christ et de la pureté de Marie. Mais, lui aussi, attend que Dieu lui parle pour lui répondre avec obéissance. Luc et Matthieu notent tous deux que Joseph descend de David, le plus grand roi d’Israël (Matthieu 1,18 et Luc 3, 23-38). L’Écriture nous donne une information essentielle sur Joseph: il était « un homme droit » (Matthieu 1, 18).
 
Joseph était un homme compatissant et attentionné. Lorsqu’il découvre que Marie était enceinte tout juste après leurs fiançailles, il savait que l’enfant n’était pas le sien mais il n’était pas encore conscient qu’il était le Fils de Dieu. Il projetait de rompre avec Marie selon la loi mais il était soucieux pour sa sécurité. Joseph était aussi un homme de foi, obéissant à ce que Dieu lui demandait sans connaître le dénouement. Quand l’ange lui apparut en songe pour lui dire la vérité au sujet de l’enfant que Marie portait, Joseph,  sans attendre et sans question ou souci de commérage, prit Marie pour femme. Lorsque l’ange revint encore pour l’avertir du danger, il quitta immédiatement ce qu’il avait, sa famille et ses amis, et s’enfuit dans un pays étranger avec sa femme et son bébé. Il attendit en Egypte jusqu’à ce que l’ange lui dise qu’il pouvait rentrer. (Matthieu 2, 13-23).
 
On nous a dit que Joseph était un charpentier-menuisier, un homme qui travaillait pour soutenir sa famille. Joseph n’était pas un homme riche, car lorsqu’il monta au temple avec Jésus pour la circoncision et la purification de Marie, il offrit en sacrifice 2 tourterelles ou une paire de pigeons, animaux autorisés seulement à ceux qui ne pouvaient payer un agneau.

Joseph nous révèle dans son humanité le rôle unique des pères de proclamer la vérité de Dieu par la parole et le devoir. Sa situation paradoxale de « père nourricier de Jésus » met l’emphase sur la paternité, qui est plus que le simple fait de génération biologique. Un homme est un père lorsqu’il s’investit lui-même dans la formation spirituelle et morale de ses enfants. Joseph est tout particulièrement conscient, comme tout père devrait l’être, qu’il servait en tant que représentant de Dieu le Père.

Joseph a protégé et a pourvu au bien-être de Jésus et de Marie. Il a donné son nom à Jésus, lui apprit comment prier, comment travailler et comment être un homme. Bien qu’aucun texte ou aucune parole ne lui soient attribués, nous pouvons être sûrs que Joseph prononça 2 des mots les plus importants quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ». Lorsque l’enfant restait au temple on nous dit que Joseph (avec Marie),  le cherchèrent pendant trois jours, tout angoissés.
 
La vie de Joseph nous rappelle qu’une maison ou une communauté n’est pas construite sur le pouvoir et l’avoir mais sur la bonté; pas sur les richesses mais sur la foi, la fidélité, la pureté et l’amour mutuel.

Les défis actuels de la paternité et de la masculinité ne peuvent être compris si on les sort de la culture dans laquelle nous baignons. Le manque de paternité a un effet profondément alarmant sur les enfants. Combien de jeunes gens aujourd’hui ont été affectés par la crise de la paternité ? Combien ont été privés d’un père ou d’un grand-père? Ce n’est pas pour rien que saint Joseph est patron de l’Église universelle et patron principal du Canada. S’il n’y avait jamais une époque qui ait besoin d’un modèle fort du rôle masculin et du rôle de père c’est bien la nôtre. La fête de la Sainte Famille est un jour très signifiant pour supplier saint Joseph de nous envoyer de bons pères qui seront de bons chefs de famille.

Joseph et Marie, plus que quiconque, furent les premiers à contempler la gloire de leur Unique et Seul qui venait du Père, plein de grâce et de vérité. Puisse saint Joseph faire de nous des bons prêtres, religieux et laïcs qui imiteront l’humble travailleur de Nazareth qui écoutait le Seigneur, conservait précieusement un cadeau qui n’était pas le sien, tout en montrant à Jésus comment le Verbe se fait chair et peut vivre parmi nous.