Joseph, authentique modèle de la paternité

Réflexion biblique à l’occasion de la fête de la Sainte Famille
par le père Thomas Rosica, c.s.b.
 
Dans les dernières lueurs de Noël, l’Église célèbre la fête de la Sainte Famille. Cette fin de semaine, nous sommes invités à réfléchir sur le don et le mystère de la vie ainsi que la bénédiction que représente en particulier la vie familiale. Dans l’évangile de Luc, la scène de la Présentation de l’enfant Jésus au temple à Jérusalem nous permet de rencontrer quatre individus qui embrassent la nouvelle vie de Jésus dans leurs bras : le vieux et fidèle Siméon, Anne, la sage prophétesse avancée en âge, et le jeune couple, Marie et Joseph, qui par obéissance fidèle offrent leur enfant au Seigneur. La belle prière de Siméon n’est rien de plus que l’anthologie de la prière de l’ancienne Israël :
 

Maintenant. O maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix car mes yeux ont vu le salut préparé à la face des peuples, lumière révélée aux nations et gloire de ton peuple Israël.  (Luc 2,29-32)
 
La scène entière de la Présentation, et les mots soigneusement choisis de la prière de Siméon soulèvent plusieurs questions pour nous : Comment puis-je voir la gloire de Dieu dans ma vie ? Ai-je soif de justice et de paix ? Quelles sont les nouvelles situations et quelles sont les personnes entrées dans ma vie dernièrement ? Comment suis-je lumière et salut pour les autres ?

Un zoom sur Joseph
 
Joseph le charpentier (Georges de la Tour)Aujourd’hui j’aimerais que l’on regarde plus attentivement la figure de Joseph, l’un des personnages de cette scène évangélique des plus touchantes : la Présentation. En nous penchant sur le père nourricier du Seigneur, nous découvrons un aperçu  du contexte de la famille de notre Sauveur.
 
Joseph est souvent dans l’ombre de la gloire du Christ et de la pureté de Marie. Mais, lui aussi, attend que Dieu lui parle pour lui répondre avec obéissance. Luc et Matthieu notent tous deux que Joseph descend de David, le plus grand roi d’Israël (Matthieu 1,18 et Luc 3, 23-38). L’Écriture nous donne une information essentielle sur Joseph: il était « un homme droit » (Matthieu 1, 18).
 
Joseph était un homme compatissant et attentionné. Lorsqu’il découvre que Marie était enceinte tout juste après leurs fiançailles, il savait que l’enfant n’était pas le sien mais il n’était pas encore conscient qu’il était le Fils de Dieu. Il projetait de rompre avec Marie selon la loi mais il était soucieux pour sa sécurité. Joseph était aussi un homme de foi, obéissant à ce que Dieu lui demandait sans connaître le dénouement. Quand l’ange lui apparut en songe pour lui dire la vérité au sujet de l’enfant que Marie portait, Joseph,  sans attendre et sans question ou souci de commérage, prit Marie pour femme. Lorsque l’ange revint encore pour l’avertir du danger, il quitta immédiatement ce qu’il avait, sa famille et ses amis, et s’enfuit dans un pays étranger avec sa femme et son bébé. Il attendit en Egypte jusqu’à ce que l’ange lui dise qu’il pouvait rentrer. (Matthieu 2, 13-23).
 
On nous a dit que Joseph était un charpentier-menuisier, un homme qui travaillait pour soutenir sa famille. Joseph n’était pas un homme riche, car lorsqu’il monta au temple avec Jésus pour la circoncision et la purification de Marie, il offrit en sacrifice 2 tourterelles ou une paire de pigeons, animaux autorisés seulement à ceux qui ne pouvaient payer un agneau.

Joseph nous révèle dans son humanité le rôle unique des pères de proclamer la vérité de Dieu par la parole et le devoir. Sa situation paradoxale de « père nourricier de Jésus » met l’emphase sur la paternité, qui est plus que le simple fait de génération biologique. Un homme est un père lorsqu’il s’investit lui-même dans la formation spirituelle et morale de ses enfants. Joseph est tout particulièrement conscient, comme tout père devrait l’être, qu’il servait en tant que représentant de Dieu le Père.

Joseph a protégé et a pourvu au bien-être de Jésus et de Marie. Il a donné son nom à Jésus, lui apprit comment prier, comment travailler et comment être un homme. Bien qu’aucun texte ou aucune parole ne lui soient attribués, nous pouvons être sûrs que Joseph prononça 2 des mots les plus importants quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ». Lorsque l’enfant restait au temple on nous dit que Joseph (avec Marie),  le cherchèrent pendant trois jours, tout angoissés.
 
La vie de Joseph nous rappelle qu’une maison ou une communauté n’est pas construite sur le pouvoir et l’avoir mais sur la bonté; pas sur les richesses mais sur la foi, la fidélité, la pureté et l’amour mutuel.

Les défis actuels de la paternité et de la masculinité ne peuvent être compris si on les sort de la culture dans laquelle nous baignons. Le manque de paternité a un effet profondément alarmant sur les enfants. Combien de jeunes gens aujourd’hui ont été affectés par la crise de la paternité ? Combien ont été privés d’un père ou d’un grand-père? Ce n’est pas pour rien que saint Joseph est patron de l’Église universelle et patron principal du Canada. S’il n’y avait jamais une époque qui ait besoin d’un modèle fort du rôle masculin et du rôle de père c’est bien la nôtre. La fête de la Sainte Famille est un jour très signifiant pour supplier saint Joseph de nous envoyer de bons pères qui seront de bons chefs de famille.

Joseph et Marie, plus que quiconque, furent les premiers à contempler la gloire de leur Unique et Seul qui venait du Père, plein de grâce et de vérité. Puisse saint Joseph faire de nous des bons prêtres, religieux et laïcs qui imiteront l’humble travailleur de Nazareth qui écoutait le Seigneur, conservait précieusement un cadeau qui n’était pas le sien, tout en montrant à Jésus comment le Verbe se fait chair et peut vivre parmi nous.

Un enfant nous est né …

Réflexion biblique pour Hanoukka et la naissance du Seigneur
par le père Thomas Rosica, c.s.b.
 

Chaque année, traditionnellement, durant l’Avent et Noël, j’assiste, ou du moins, j’écoute le Messie de Haendel. La semaine dernière, ma «Nuit du Messie» prit place, non dans une salle de concert ni dans une église mais à la maison. La partie chorale du cycle de la Nativité de l’œuvre de Haendel me bouleverse chaque fois que j’entends la prophétie d’Isaïe,  mise en musique de manière si glorieuse : «Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné et la souveraineté a été mise sur ses épaules et son nom est Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais et Prince-de-la-Paix» (Isaïe 9, 6). Ces paroles merveilleuses du prophète Isaïe composent la première lecture que nous entendons proclamer chaque année à la messe de la nuit de Noël.

Précédant immédiatement le chapitre 9, le témoignage d’Isaïe est construit sur un tableau effrayant d’obscurité et de désespoir qui descend sur les royaumes de Juda et du Nord d’Israël. Cette obscurité et ce désespoir ne furent toutefois pas les paroles finales du prophète. Précisément, sur ce pays une grande lumière a brillé. Le verset d’ouverture du chapitre 9 forme une transition après l’obscurité du chapitre précédent. «  Mais ce n’est plus l’obscurité pour le pays qui était dans l’angoisse. Dans un premier temps, le Seigneur a couvert d’opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, mais ensuite il a couvert de gloire la route de la mer, l’au-delà du Jourdain et le district des nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi. » 

La grande lumière qui vient de manière décisive dans cette profonde obscurité arrache le peuple de la confusion et du vide, de la violence et de la tyrannie de l’oppresseur. Sur les habitants du pays de l’ombre noire comme la mort, la lumière a brillé! Les symboles de l’oppression assyrienne, le joug qui pesait sur eux, le bâton de l’oppresseur qui meurtrissait leurs épaules doivent être brisée. Les vêtements de guerre nourriront les flammes. Une ère de paix succédera à la destruction des insignes de guerre.

L’enfant royal dont la naissance est si poétiquement annoncée possédera la sagesse de Salomon, la valeur et la piété de David, la vertu de Moïse et des patriarches. L’enfant dont on parle devrait vraisemblablement être le roi Ezéchias. Les rois contemporains de Juda avaient été très mal conseillés et étaient impuissants à arrêter la guerre.
 
Par le titre de « Merveilleux-Conseiller », le nouveau roi n’aura aucun besoin de conseillers semblables à ceux qui détournent du droit chemin le roi Achaz. « Père-à-jamais » décrit la qualité de son gouvernement. Les vertus de jugement, de justice et de rectitude que le trône de David soutient sont résumées dans le terme « shalom » (paix) dont la racine hébraïque signifie totalité, harmonie, accomplissement et achèvement. 

Le règne de ce nouveau roi permettra au peuple de vivre en harmonie avec Dieu, les autres et la nature. Il n’est donc pas surprenant que l’Eglise se soit appropriée l’exultation d’Isaïe, cette lumière et cette naissance royale, pour notre célébration de la naissance de Jésus.

Au cours des derniers mois, qui n’a pas senti profondément la noirceur et la mélancolie de notre monde ? Considérons les situations tragiques et violentes des terres que nous appelons « saintes ». Les Terres qui ont été foulées une fois par Dieu, les patriarches, les prophètes, et le Messie lui-même sont aujourd’hui des charniers. Songeons à l’incertitude et au désespoir qui sont apparus à cause de l’effondrement des structures économiques.  Ces sentiments de profonde obscurité et de mélancolie proviennent de nos tentatives d’agir comme des êtres isolés ou des îlots, au lieu de communautés de personnes soucieuses les unes des autres et de la souffrance de tant de peuples dans le monde.

Pendant ce temps, les juifs continuent de désirer la venue du Messie et les chrétiens célèbrent sa naissance dans l’histoire de l’humanité. Mais Juifs et Chrétiens sont aussi invités à aller au-delà des symboles et à se poser des questions plus profondes : comment continuons-nous à attendre et à actualiser le salut que le Messie va apporter ? Les textes prophétiques lus durant les fêtes de Hanoukka, de Noël et du temps de l’Avent sont de nouveaux appels à se rendre à la synagogue ou à l’église pour tendre la main à l’autre, pour se réengager à porter la lumière de Dieu aux nations, et pour se reconnaître les uns les autres comme partenaires de la construction du royaume de Dieu.
 
Tous deux, christianisme et Judaïsme, scellent leur culte dans une commune espérance. « Que ton règne vienne ». Et nous devons prononcer cette prière encore plus fort en ces jours d’ombres et de noirceur pour de nombreuses personnes dans le monde, spécialement pour les peuples d’Afghanistan, de l’Irak et de la Terre Sainte qui sont déchirées par la guerre, la haine, l’oppression, la tristesse et aussi pour ceux et celles qui vivent dans d’autres régions du monde souffrant de la guerre, de la pauvreté et de l’injustice.

Notre désir commun de voir les fruits du royaume du Messie nous invite, Chrétiens et Juifs, à la connaissance de notre communion les uns aux autres et à la reconnaissance de notre monde terriblement brisé.  Comme le pape Jean-Paul II et à présent le pape Benoît XVI nous l’ont enseigné à travers leurs paroles et leurs gestes,  rien ni personne ne peut nous arracher plus longtemps de cette profonde communion qui nous unit. Le «tikkun ha’olam», la guérison  du monde, sa réparation, sa restauration et sa rédemption, incluant la rédemption d’Israël, incarnée dans la personne de Jésus, dépend à présent de nous.

Comment résoudre le problème de Maria?

Réflexion biblique pour le 4e dimanche de l’Avent A
par le père Thomas Rosica, c.s.b.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (1, 6-8.19-28)

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

Résoudre le problème de « Maria von Trapp»

La comédie musicale « La mélodie du Bonheur » et moi avons le même âge : nous sommes tous deux de 1959, et cette adaptation au cinéma est le premier film que j’ai vu avec ma famille au milieu des années soixante. Dieu seul sait combien de fois je l’ai vue sur scène, au cinéma et à la télévision ! Depuis la mi-octobre, la comédie musicale de Rodgers et Hammerstein, « The Sound of Music », fait le bonheur du public au Princess of Whales Theatre à Toronto. Cette magnifique production a d’abord été présentée en Angleterre sous la direction d’Andrew Lloyd Weber. La version torontoise de ce grand spectacle rend justice à la comédie musicale qui, selon certains, renferme les plus grandes chansons d’amour de tous les temps.

L’une des chansons les plus mémorables de la pièce est « Maria », parfois connue sous le titre « Comment résoudre un problème comme Maria ? » Elle est brillamment chantée par soeur Berthe, soeur Sophia, soeur Margaretta et la mère abbesse à l’abbaye des bénédictines de Nonnberg à Salzbourg en Autriche. Les sœurs sont exaspérées par la jeune Maria qu’elles jugent trop frivole et trop superficielle pour la vie austère d’un monastère.

Lorsque les Autrichiens d’un certain âge parlent de « Maria » à Salzbourg, ils pensent à la « Gottesmutter », la Mère du Seigneur ! Les étrangers, en particulier les nord-américains, qui débarquent à Salzbourg, parlent en général d’une autre Marie : Maria Augusta Kutschera, qui deviendra Maria Augusta von Trapp, enseignante à l’école abbatiale après la 1ère Guerre mondiale et sur la vie de laquelle est basé le film « La mélodie du bonheur ».

Cette Maria a conféré à l’abbaye une renommée internationale, à la grande consternation de certaines religieuses ! Je me suis rendu plusieurs fois à l’abbaye de Nonnberg quand j’étudiais l’allemand en Bavière et j’ai parlé avec quelques sœurs, parmi les plus anciennes, de l’impact de la « Mélodie du bonheur » sur leur vie. La prieure m’a dit qu’il n’y avait aucune plaque commémorative de Maria von Trapp et de ses escapades, ni au couvent, ni dans tout Salzbourg ! Une religieuse âgée m’a lancé, avec un sourire,  « Das ist nur Hollywood ! » (Tout ça n’est qu’Hollywood !).

Maria von Trapp a suivi le capitaine et sa petite famille de choristes à travers les Alpes autrichiennes. Ensemble, ils ont fui un régime néo-païen intrinsèquement mauvais qui voulait nier l’existence de Dieu et de son peuple élu. Certains diront que la famille von Trapp vécut heureuse dans le Vermont, aux Etats-Unis, et que sa réputation musicale est maintenue grâce au film et à une comédie musicale qui enchantent les spectateurs. Les collines continuent à vivre de leur musique.

Résoudre le problème de « Maria von Nazareth »

Le récit évangélique de l’Annonciation présente une autre Marie, la grande héroïne des récits de Noël, Marie de Nazareth, celle qui a accepté d’être le lien entre Dieu et l’humanité. Elle est le disciple par excellence qui fait découvrir la bonté et l’humanité de Dieu. Elle a reçu et accueilli la Parole de Dieu dans sa plénitude, sans savoir comment l’histoire allait se terminer. Elle ne comprenait pas toujours cette Parole tout au long de la vie de Jésus, mais elle avait confiance et revenait toujours à la réponse initiale qu’elle avait donnée à l’ange. Elle conservait toutes ses choses et les méditait dans son cœur, littéralement (Lc 2, 19). C’est au Calvaire qu’elle saisit l’ampleur de la responsabilité de son « oui ». Nous avons aussi appris, à travers les quelques passages de l’Écriture à son sujet, qu’elle était une femme de compassion, à la foi profonde, et qu’elle était attentive aux besoins des autres.

Le « problème » de Marie de Nazareth a débuté lorsqu’elle accueillit un étrange visiteur céleste du nom de Gabriel. La jeune femme de Nazareth était extrêmement perturbée d’apprendre qu’elle porterait un fils qui serait Sauveur et Fils du Très-Haut.

« Comment cela sera-t-il, Marie demanda-t-elle à l’ange, puisque je ne connais pas d’homme ? »

L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu ».

Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » L’ange la quitta et aussitôt, la mélodie commença : Magnificat anima mea Dominum, ce qui allait devenir le refrain d’une mélodie qui allait remplir le monde de bonheur d’âge en âge.

Marie a reçu un message qui l’a projetée sur une trajectoire qui va bien au-delà du petit village de Nazareth et cette petite bande de terre appelée Israël et Palestine au Moyen-Orient. Le « oui » de Marie allait avoir un impact sur le monde entier, et changer le cours de l’histoire.

Marie de Nazareth a accepté son « problème » et l’a résolu à travers son obéissance, sa fidélité, sa confiance, son espoir et sa joie silencieuse. Au moment de cette annonce à Nazareth, elle ne pouvait pas deviner la fin brutale qu’allait connaître l’enfant qu’elle portait. Ce n’est que sur une colline au Calvaire, bien des années plus tard, qu’elle ferait l’expérience de la pleine responsabilité de son « oui » qui changea l’histoire de l’humanité.

S’il n’y a pas de plaque pour commémorer la rencontre du destin avec Maria von Trapp à l’abbaye de Nonnberg, il existe une petite plaque pour commémorer la rencontre qui a changé la vie de Marie de Nazareth dans son village natal. Au cœur de ce qui est aujourd’hui la ville de Nazareth en Galilée se dresse l’énorme basilique de l’Annonciation, construite à l’endroit même où aurait habité Marie. Une petite plaque est fixée sur l’autel de la salle qui ressemble à une grotte pour commémorer le lieu où Marie reçut un message de l’ange Gabriel lui disant qu’elle allait concevoir et enfanter un fils et qu’elle lui donnerait le nom de Jésus (Lc 1, 31). L’inscription latine dit : Verbum caro hic factum est (Ici, le Verbe s’est fait chair).

Je me souviens encore de ce que j’ai ressenti lorsque je me suis agenouillé devant cet autel pour la première fois en 1988. Cette inscription dans la grotte de l’Annonciation est profonde, grandiose, et peut renouveler la face de la terre. La parole : Verbum caro hic factum est ne se trouve pas sur une plaque votive dans les caves de l’église de la Nativité à Bethléem, ni sur les ruines du Temple ou dans un bureau touristique du gouvernement, à Jérusalem. Elle est posée sur un autel au plus profond de l’imposante structure de l’église de l’Annonciation. C’est là que « le Verbe s’est fait chair… » C’est là que l’histoire a changé, parce que Marie a dit oui.

Ces mots peuvent-ils s’appliquer à nos propres vies, à nos familles, communautés et églises : « Ici le Verbe s’est fait chair » ? Savons-nous comment écouter la Parole de Dieu, la méditer et en vivre chaque jour ? Mettons-nous cette parole en pratique dans nos vies quotidiennes ? Sommes-nous remplis de foi, d’espérance et d’amour, témoignant par notre vie et nos paroles ? Que de mots forts pour parler des chrétiens : leurs paroles deviennent chair !

Aussi beaux et entraînants que soient les airs de Marie de Salzbourg, la musique d’une autre Marie, celle de Nazareth dépassera toujours tout ce que j’ai entendu. 

Se souvenir des merveilles de Dieu dans l’Histoire

Réflexion du premier dimanche de l’Avent
par le Père Thomas Rosica, c.s.b.

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc (13, 33-37)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment. Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

Cette fin de semaine l’Eglise entre dans le temps liturgique de l’Avent. Les chrétiens proclament que le Messie est déjà venu et que le règne de Dieu est « à notre portée » L’Avent ne change pas Dieu. L’Avent approfondit notre désir que Dieu fera ce que les prophètes ont annoncé. Nous prions pour que Dieu cède à notre besoin de voir et de sentir la promesse de salut ici et maintenant.

Pendant ce temps de désir et d’attente du Seigneur, nous sommes invités à prier et à approfondir la Parole de Dieu, mais nous sommes avant tout appelés à devenir un reflet de la lumière du Christ, qui est en vérité le Christ lui-même. Toutefois, nous savons tous combien il est difficile de refléter la lumière du Christ spécialement quand nous devenons pleins de désillusions, habitués à l’ombre de la vie du monde ou remplis de la médiocrité du vide de la vie. L’Avent nous rappelle que nous devons être prêts à rencontrer le Seigneur à tout moment de notre vie. Comme une alarme réveille un propriétaire, l’avent éveille les chrétiens qui sont en danger de s’endormir dans le quotidien.

Qu’attendons-nous de la vie et pour qui? Cette année, pour quelles vertus ou quels cadeaux prions-nous? Désirons-nous guérir ou nous réconcilier dans nos relations brisées ? Au coeur de nos obscurités, de nos tristesses et de nos secrets,  quel sens désirons-nous avoir ? Comment voulons-nous vivre les promesses de notre baptême ? Quelles qualités de Jésus allons-nous chercher dans no propres vies en cet Avent ? Très souvent, les choses, les qualités, les cadeaux ou les personnes nous révèlent ce que nous sommes réellement. Dis-moi qui tu attends et je te dirai qui tu es! L’Avent est le temps pour ouvrir les yeux, se recentrer, faire attention, garder la perspective sur la présence de Dieu dans le monde et dans nos vies.

Au premier dimanche de l’Avent, dans la première lecture du prophète Isaïe le Tout-Puissant redonne espoir au cœur et à l’âme d’Israël ; il façonne Israël et intervient de nouveau comme un potier modèle sa poterie.

Dans la seconde lecture, écrivant à sa communauté bien-aimée de Corinthe, Paul attend ‘Le Jour du Seigneur”, quand le Seigneur Jésus nous sera révélé pour sauver ceux qu’il a appelés. Dans l’évangile du premier dimanche de l’Avent, Marc décrit les serviteurs de la maison en train de veiller dans l’attente du retour soudain du maître. Il s’agit d’une image de ce que nous devons faire tout au long de l’année mais spécialement durant le temps de l’Avent.

Notre propre baptême est une part dans la mission royale et messianique de Jésus. Chaque personne qui prend part à cette mission en partage aussi les responsabilités royales, en particulier, le soin des affligés et des blessés. L’Avent donne la merveilleuse opportunité de réaliser les promesses et engagements de notre baptême.

Le cardinal Joseph Ratzinger a écrit” Le but de l’année liturgique est de se souvenir, de réveiller la mémoire du Coeur afin de pouvoir discerner l’étoile de l’espérance. Voilà la belle tâche de l’Avent : réveiller en nous toutes les merveilles de bonté et d’ouvrir ainsi les portes de l’espoir.

En ce temps de l’Avent permettez-moi de vous suggérer de mettre fin à une querelle. Faites la paix. Cherchez un ami oublié. Enlevez le soupçon et remplacez-le par la confiance. Ecrivez une lettre d’amour. Partagez quelques trésors. Répondez doucement même si vous aimeriez répondre brutalement. Encouragez un jeune à avoir confiance en lui. Gardez une promesse. Trouvez le temps. Prenez du temps. Ne soyez pas rancunier Pardonnez à un ennemi. Célébrez le sacrement de la réconciliation. Ecoutez davantage les autres. Excusez-vous si vous avez tort. Soyez bon même si vous n’avez pas tort! Essayez de comprendre. Ne soyez pas envieux. Examinez les exigences que vous avez pour les autres. Appréciez. Soyez bon, soyez doux. Riez un peu. Riez un peu plus. Méritez la confiance. Ne soyez pas malicieux. Soyez reconnaissants. Allez à l’église. Restez à l’église un peu plus longtemps que d’habitude. Faites plaisir à un enfant. Contemplez la beauté et la merveille de la terre. Dites votre amour. Dites-le encore une fois. Dites-le même plus fort. Dites-le tranquillement.

Réjouissez-vous car le Seigneur est proche!

Jean Paul II: L’homme qui venait d’une terre lointaine

Il nous a appris à ne pas avoir peur

Journal du père Thomas Rosica au Synode des Évêques

Jeudi dernier,  un autre anniversaire fut célébré à Rome et au Vatican dans le cadre l’occasion de la douzième assemblée ordinaire du Synode des Évêques au Vatican.

Je me souviens très bien cette nuit-la, iI y a 30 ans – le 16 octobre, 1978. J’étais un étudiant universitaire de 19 ans, je conduisais de l’universite vers la maison, quand les cardinaux de l’Église catholique romaine ont élu le cardinal Karol Wojtyla 264ème successeur de l’apôtre Pierre. La radio annonçait qu’il y avait une fumée blanche dans l’air romain ce soir-là. Après les tristes événements des semaines précédentes à Rome, l’attente était dans mon air nord américain. Je n’aurais jamais cru que je connaîtrais un jour cet homme, que je le servirais et que je tâcherais de l’imiter.

Ce premier soir, en 1978, Jean-Paul II resta debout sur la loge de la Basilique Saint Pierre et ouvra ses bras, son cœur et son esprit au monde. Son refrain deviendrait: “N’ayez pas peur! Ouvrez grand les portes au Seigneur!” Pendant ce synode, le nom et la mémoire de Jean-Paul II ont été évoqués des douzaines de fois par les pères synodaux, surtout concernant ses fameuses lettres, “Redemptoris Missio” et “Novo Millennio Ineunte.”

Il n’y a pas beaucoup d’endroits sur la planète qui n’aient pas été touchés par le pape Jean-Paul II. Il a ouvert les portes à des milliers de cœurs humains, apportant aux femmes et hommes de toute race, nation et culture, un message d’espoir; un message nous disant que la dignité humaine est enracinée dans l’idée que l’être humain est créé à l’image de Dieu. Il était l’exégèse vivante des Évangiles. Il pratiquait ce qu’il prêchait.

Les derniers jours

Fin mars et début avril 2005 nous avons été inondés de mots, d’histoires, d’images et de cérémonies très profondes qui arrivent à nous de cet endroit. Nous avons appris encore une fois lors des derniers moments et de la mort du pape Jean Paul II combien il était grand parmi nous et pour le monde entier.

Cette période de 2005 était une époque extraordinaire d’évangélisation, de catéchèse et d’éducation pour l’Église universelle. Jean-Paul II était un bestseller dans la vie et aussi dans la mort. Le quotidien du Vatican, L’Osservatore Romano, avait visé jsute le mercredi après la mort de Jean-Paul II avec un grand titre  pour l’édition quotidienne italienne  qui était normalement consacrée à l’audience générale du pape. Le titre était « Che Udienza! » (Quelle audience!) alors que 600 000 personnes sont passées en silence dans la basilique du Vatican pour prier auprès du corps de Jean-Paul II.

Un moment inoubliable

Jeudi matin alors que j’étais assis dans la chapelle de la Domus Sanctae Marthae dans la Cité du Vatican avant de me rendre vers le palais du Synode plusieurs moments et images me sont venus à l’esprit concernant l’homme qui a conquis le monde il y a 30 ans. Une en particulier, loin des caméras et des médias, a été cause de gratitude tranquille à Dieu. Cela eu lieu en juin 2001, pendant le weekend de Corpus Christi et la fête des pères au Canada. [Read more…]

Shalom, cardinal Lustiger!

Le cardinal Jean-Marie Lustiger de Paris est décédé dimanche soir le 5 août après une longue lutte contre le cancer. Il avait 80 ans. Le cardinal Lustiger était pour moi un extraordinaire ami et mentor, et un grand ami de la Journée mondiale de la jeunesse 2002 et de Télévision Sel + Lumière.  Aaron Lustiger est né en 1926 d’une famille juive polonaise en 1926. En 1937, il réalisa ce en quoi consistait le régime Nazi et décida de devenir catholique. Sa mère Gisèle fut déportée au camp de concentration de Auschwitz en 1943 pour y mourir avec des millions d’autres juifs pendant l’holocauste. Son père Charles a refusé d’accepter la conversion de son fils pendant de nombreuses années.

J’ai rencontré pour la première fois le cardinal en 1980, lorsque j’étais postulant chez les Basiliens et enseignait au Collège basilien du Sacré-Coeur à Annonay, France. Il venait tout juste d’être nommé évêque d’Orléans en France après avoir servi plusieurs années comme aumônier d’université à Paris.  En 1981, le pape Jean-Paul II nomme Lustiger archevêque de Paris et l’élève au cardinalat en 1983.
Le nouveau cardinal et moi sommes restés en contact tout au long de mes études vers la prêtrise et ensuite en Écriture Sainte à Rome et à Jérusalem. Notre amitié prit une nouvelle tournure en 1999 lorsque les évêques du Canada me confièrent la direction des Journées mondiales de la jeunesse 2002. Le cardinal m’invita à Paris pour me montrer les archives des JMJ de 1997. Nous avons discutés des nombreux aspects des JMJ, et avec Mgr Michel Dubost (directeur de la JMJ 1997), nous avons parcouru plusieurs dossiers, livres, etc. afin que je puisse saisir l’ampleur de ce projet.

Lorsqu j’étais à Rome pour des réunions au cours des deux années qui suivirent, le cardinal Lustiger se trouvait également dans la ville éternelle. Nous avons pu nous rencontrer à chaque fois et il m’a ainsi donné d’excellents  conseils couvrant Presque tous les aspects des JMJ. Chaque conseil qu’il m’a offert fut non seulement d’une grande aide, mais s’est aussi avéré vrai.

En mai 2002, il me fit venir à Paris pour participer à la très populaire messe du Dimanche soir à la cathédrale Notre-Dame. Nous avons alors prêché devant une cathédrale bondée de jeunes venus de toute l’Île de France.J’ai invité le cardinal une semaine avant le début de la JMJ 2002 afin qu’il participe à un rassemblement spécial de jeunes prêtres et séminaristes au Séminaire St. Peter à London. Le cardinal était l’un des conférencier invité à cet important rassemblement.

En novembre 2002, j’étais de nouveau l’invité du cardinal à Paris. Nous avons alors pu parler de la proposition de lancer une télévision catholique, Télivision Sel + Lumière, au Canada. Le cardinal a fondé Radio Notre-Dame et KTO TV à Paris. Il m’a fortement incité d’accepter ce nouveau défi et m’a assuré de la pleine coopération de la télé et de la radio catholique avec la nouvelle chaîne canadienne.

Il me manquera beaucoup. Tous à Sel + Lumière ont une dette de gratitude envers lui pour son intérêt, son encouragement et sa grande collaboration avec nous. Sa vie est un symbole de l’unité inhérente entre juifs et chrétiens. Je suis confiant qu’il intercèdera maintenant pour chacun de nous à Sel + Lumière, et continuera de réconcilier juifs et chrétiens en nous donnant le courage, l’intégrité et la vérité qui nous permettent d’œuvrer ensemble pour la justice et la paix.

Shalom Père Lustiger!  Adieu Eminence!  Merci beaucoup cher ami, pour ce précieux don de ton amitié fidèle et ton grand dévouement pendant ces 27 dernières années!  Maintenant nous te demandons humblement, “prie pour nous.”

Les piliers de notre Église

Par le père Thomas Rosica, C.S.B.

Directeur général, Télévision Sel + Lumière 

 

Pierre et Paul se séparentL’Église célèbre le 29 juin la fête de deux grands apôtres en les personnes de Pierre et Paul. Selon la tradition, les deux apôtres furent enlevés de leur cellule dans la prison Mamertino de Rome puis séparés dans la matinée du 29 juin de l’an 64 A.D. De nombreux artistes se sont penchés sur leurs adieux en représentant la dernière étreinte des deux amis. La légende dorée rapporte leur dernier échange :Paul dit à Pierre : «La paix soit avec toi, pierre angulaire des églises et berger des brebis et des agneaux du Christ ! » Et Pierre à Paul : « Vas en paix, prêcheur vertueux, médiateur et leader du salut du juste ! »

Pierre fut conduit au cirque de Néron où il fut crucifié à l’envers alors que Paul fut emmené à l’extrémité est de la ville connue sous le nom de Tre Fontane. Ce nom rappelle la légende de la décapitation de saint Paul, dont la tête aurait rebondi trois fois sur le sol, créant ainsi trois fontaines d’eau.De part leur basilique respective, le lien entre les deux saints est également évident. L’empereur Constantin a construit les six premières églises chrétiennes à Rome entre 313 et 328 dont la basilique Saint-Pierre et la basilique Saint-Paul-hors-les-murs. Cinq de ces églises faisaient face à l’Est, ce qui était commun à cette époque. Saint-Paul était orientée vers l’Ouest afin que, d’une extrémité à l’autre de la ville, les deux basiliques veillent sur les brebis de leur ville. Je me demande si les deux s’aimaient en tant qu’amis? En temps normal, Pierre et Paul se seraient probablement évités.

Pierre était pécheur sur la mer de Galilée et Paul un intellectuel formé par la tradition grecque. Jésus les a réunis afin qu’ils soient signe pour son église au sein de laquelle des êtres humains de tous horizons trouveraient un nouvel endroit qu’ils considéreraient chez eux.  Le périple de Pierre passa de la faiblesse du reniement à une fidélité solide comme le roc. Il nous a donné l’ultime témoignage de la croix. Le pèlerinage de Paul lui, passe de la persécution aveugle au feu de l’annonce d’une Bonne Nouvelle. Ensemble, ils ont œuvré pour bâtir l’église. Ensemble, ils ont rendu témoignage au Christ et ensemble ils ont souffert la mort de leur Seigneur. Paul mourut par l’épée alors que Pierre fut crucifié la tête en bas. Ce qui les unissait transcendait toute différence. Pour eux, avoir un aperçu de la véritable identité de Jésus amenait de nouvelles exigences et de nouvelles responsabilités.

Pierre et Paul nous ont appris la grandeur de l’engagement chrétien.

Être avec Pierre signifie préserver l’unité de l’église chrétienne.Échanger avec Paul signifie proclamer la Parole de Dieu à l’état pur.Leur passion était de proclamer l’évangile du Christ.Ils s’étaient engagés à créer une place pour chacun au sein de l’église du Christ et leur loyauté fut valide jusqu’à la mort. Ils n’avaient pas peur. Quels sont, selon nous, nos responsabilités et nos engagements face à notre déclaration de foi en Jésus? Pierre et Paul sont pour nous des fondations solides, ils sont des piliers de notre Église. Prions afin d’avoir ne serait-ce qu’un peu de leur audace, leur génie, leur force, leur courage et leur engagement dans nos propres vies.