En réponse à l’affaire Williamson

Hier après-midi, suite à de nombreux appels, courriels et lettres reçus au cours des derniers jours au bureau de Télévision Sel + Lumière principalement par des journalistes et des agences de presse, le père Thomas Rosica, directeur général de la Fondation catholique Sel et Lumière média a transmis la déclaration suivante.
 
Cela n’aide en rien l’Église lorsque des gens comme moi, avec une certaine expérience en communication à divers paliers dans l’Église, spécialement avec le Vatican, essaient de diminuer, de nier, de détourner ou d’ignorer la gravité de ce qui s’est passé dans l’affaire Mgr Williamson. Je ne remettrai jamais en question le désir du pape Benoît XVI de ramener l’unité au sein de l’Église. Le pape est d’abord et avant tout ‘pontifex’ : artisan de paix, il établit des ponts, il forge l’unité. Le geste de Benoît XVI envers les quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X était sincère, nécessaire et rempli d’espérance.

Je ne questionnerai pas non plus l’engagement ferme et sans équivoque du Pape et du Vatican d’entretenir un fructueux dialogue Juif-catholique. Les ponts qui ont été construits avec nos frères et sœurs juifs depuis les 50 dernières années sont solides. Les eaux qui coulent sous ces ponts montent et créent parfois des inondations, mais ils demeurent debout et survivront encore bien des tempêtes.

Dans cette crise, je remets toutefois en question le choix du moment et le processus de vérification de la part des structures vaticanes. Je questionne aussi l’absence d’un dialogue interne sérieux entre des éléments-clés du Vatican, des personnes qui prennent part à d’importantes décisions papales, comme celle dont il est ici question. S’il était nécessaire pour la Secrétairerie d’État d’émettre une note de clarification ce mercredi, il est malheureux qu’une telle note n’ait pas accompagné l’annonce initiale de la levée des excommunications la semaine dernière. La levée des excommunications aurait dû exiger des quatre évêques qu’ils professent explicitement et publiquement leur pleine adhérence aux enseignements de l’Église, au Concile Vatican II et à un enseignement cohérent de la Shoah.

Les personnes engagées dans le processus de prise de décisions autour et avec le Pape doivent être extrêmement circonspectes des nombreux aspects d’une annonce aussi complexe, incluant la négation de la Shoah par des membres de la Fraternité Saint Pie X et l’acceptation du Concile Vatican II. Les fonctionnaires du Vatican doivent également être conscients de la confusion qui pourrait et qui de fait, a été semée chez des catholiques, des chrétiens et des Juifs à travers le monde, et chez bien des gens qui ne comprennent pas ce qui est en jeu dans ce cas-ci.

Une grave erreur a été commise et est en voie d’être corrigée. Ce processus a engendré confusion, colère, frustration, incrédulité et douleur à l’échelle mondiale. Le Saint-Père a exprimé son sincère regret face à toute cette histoire. Son enseignement sur la Shoah et son affection pour le peuple juif ont été un cri de ralliement pour l’Église universelle.

Les crues ont encore une fois montées au cours de ce Pontificat dans le domaine du dialogue interreligieux et des communications de base sur des enjeux complexes. Ces eaux baissent mais ont laissé des dommages. Il est arrivé dans l’histoire de l’Église que des efforts et des gestes sincères pour l’unité aient l’effet contraire et créent beaucoup de douleur. À travers tout cela, l’Église révèle un visage humain et demande humblement pardon. Je continue de croire que l’Esprit Saint dirige l’Église. Le Vatican semble avoir compris, bien qu’un peu tard. Les ponts demeurent solides.

Tout cela est à la fois gênant, frustrant et pénible pour un prêtre comme moi qui a bien peu à dire dans tout cela. Je suis vraiment désolé pour toute la douleur que cette situation a causée. Nous allons maintenant reprendre le Chemin et œuvrer pour l’unité de l’Église et pour une paix et un respect profonds de nos frères et sœurs juifs.

Je souhaite sincèrement que le Vatican redouble d’ardeur dans le domaine des communications internes et externes. Le père Federico Lombardi, s.j. et son équipe du Bureau de presse du Saint-Siège, de la radio et de la télévision du Vatican ont fait tout ce qu’ils pouvaient. Le problème n’est pas à leur niveau.

Puissent ceux qui travaillent aux étages supérieurs du palais apostolique et dans divers départements de haut niveau au sein de la Curie tirer des leçons de cette erreur et permettre à l’Esprit de parler de nouveau à l’Église afin que nous fassions un meilleur travail pour raconter notre Histoire et annoncer la Parole, qu’importe la période, et pour que nous demandions pardon lorsque nous faisons des erreurs.

Thomas Rosica, c.s.b.
Directeur général
Fondation catholique Sel + Lumière média

Que le véritable noël commence…

La fête de la présentation de Jésus dans le temple de Jérusalem est célébrée le 2 février, le quarantième jour après la naissance de Jésus. Cette fête a marqué la fin du temps de Noël depuis le 5ème siècle. Le récit d’un antique pèlerin chrétien à Jérusalem dit que cette fête était célébrée avec la même joie et la même ferveur que Pâques.

Dans le récit évangélique qui marque cette fête, les figures extraordinaires des vieux Siméon et Anne dans le Temple, à côté de celles de Marie et Joseph, sont des icônes ou des fenêtres pour nous sur les Écritures hébraïques. Siméon et Anne portent à l’intérieur d’eux-mêmes l’espérance de leur peuple. Le vieil homme Siméon, tenant l’enfant, et la vieille femme, Anne, représentent chacun de nous confronté à la « nouveauté » de Dieu. Cette nouveauté de Dieu est comme un petit enfant devant nous. Nos  vieilles manières de faire les choses, nos peurs, nos jalousies, nos soucis, nos luttes pour le pouvoir et le prestige, sont confrontés avec la bonté de Dieu. Siméon prit l’enfant Jésus dans ses bras, en disant :

 Maintenant, ô Maître,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix,
selon ta parole.
Car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé à la face de tous les peuples :
lumière pour éclairer les nations païennes,
et gloire d’Israël ton peuple.

Dans le Temple, Siméon et Anne nous engagent à considérer les moyens que nous mettons en œuvre pour le changement et la vie nouvelle au milieu de nous. Sommes-nous prêts à prendre l’enfant dans nos bras, à l’accueillir, à préparer une chambre pour lui dans nos vies ? Laisserons-nous entrer cette nouveauté dans nos vies, ou allons-nous essayer de mettre l’ancien et le nouveau ensemble en espérant que la nouveauté de Dieu ne nous causera qu’un dérangement minimal ? Ces nouvelles réalités nous font-elles peur ? Comment sommes-nous lumière et salut pour les autres? Comment voyons-nous la gloire de Dieu dans nos vies? Sommes-nous assoiffés de justice et paix ? Quelles sont les situations et les nouvelles personnes qui sont entrées dans nos vies ces derniers temps ?

Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), la carmélite allemande juive qui est morte dans le camp de concentration d’Auschwitz, a écrit ces mots à propos de la présentation de notre Seigneur dans le Temple de Jérusalem :

Les mystères chrétiens sont un tout indivisible. Si nous sommes immergés dans l’un d’eux, nous sommes conduits à tous les autres. Ainsi le chemin conduit inévitablement de Bethléem au Golgotha, de la crèche jusqu’à la croix. Lorsque la bienheureuse Vierge porta l’enfant au Temple, Siméon a prophétisé que son âme serait transpercée par une épée, que l’enfant provoquera la chute et le relèvement d’un grand nombre et qu’il sera un signe de contradiction. Sa prophétie annonçait la Passion, la lutte entre la lumière et les ténèbres qui avait déjà commencé devant la crèche.

Célébrer véritablement le mystère de Noël signifie nous immerger nous-mêmes dans tous les mystères du Christ. La vraie compréhension de Noël commence quand nous accompagnons l’enfant Jésus à Bethléem, à Nazareth, à Capharnaüm et jusqu’à Jérusalem. La prophétie de Siméon a en effet annoncé la passion, la lutte entre la lumière et les ténèbres qui commence devant la crèche à Bethléem. Mais en tant que Chrétiens, nous avons la consolation et la certitude que cette « lumière brille dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » (Jn 1, 5). Permettez-moi de vous laisser avec cette prière de la communauté de Shaker :

Quand le chant des anges s’éloigne,
quand l’étoile dans le ciel est passée,
quand les rois sont rentrés chez eux,
quand les bergers sont retournés avec leurs troupeaux
quand Siméon et Anne sont allés vers leur Maître dans la paix,
alors, l’œuvre de Noël commence :
pour trouver les perdus, pour guérir les brisés,
pour libérer les prisonniers, pour reconstruire les nations,
pour apporter la paix à tous les peuples,
pour mettre de la musique dans les cœurs.

Il n’est pas trop tard pour laisser la véritable oeuvre de Noël commencer dans nos vies et dans notre monde.

Ce baptême qui nous permet de faire une différence

par le père Thomas Rosica, c.s.b.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc (1, 7-11)

Jean Baptiste proclamait dans le désert : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » Or, à cette époque, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. Au moment où il sortait de l’eau, Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : «C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour.» 

Noël est passé et les Mages, revenus dans leurs pays par un autre chemin, ont maintenant disparu à l’horizon. La fête du Baptême du Seigneur semble clore pour de bon le temps de Noël qui en réalité se termine le 2 février lors de la Fête de la Présentation du Seigneur. Le moment est venu de nous poser des questions difficiles sur ce que nous avons vécu à l’occasion des célébrations de la Nativité.

Il est terrible de voir que Noël est pour beaucoup la religion d’une seule nuit, aussi belle et brillante soit-elle. L’incarnation de Jésus est réduite à la nostalgie, aux traditions et aux fêtes culturelles. Pourtant, Jésus n’est pas un météore. Il ne suffit pas de se rendre à la mangeoire et d’y rester planter là : il faut en revenir. En acceptant ce que signifie l’occupant de la mangeoire, nous devons vivre à sa suite, en optant pour ce qui peut être un nouveau chemin, remettant en question des suppositions et des habitudes, poursuivant notre route avec la conviction que quelque chose a changé. Quelqu’un a fait une énorme différence dans nos vies et a littéralement changé le cours de l’histoire.

L’épiphanie du Christ, de Jésus qui inaugure sa mission divine sur terre, est pleinement accomplie avec le Baptême du Seigneur que nous célébrons. Le très beau texte de la prière du soir de la Liturgie des heures y va d’un très beau texte : « « Aujourd’hui l’étoile a conduit les mages vers la crèche ; aujourd’hui l’eau fut changée en vin aux noces de Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver ». Chaque événement est accompagné d’une théophanie, par un signe saisissant de l’intervention divine : l’étoile, l’eau en vin, la voix venue du ciel et la colombe. Aujourd’hui, nous sommes témoins du baptême du Seigneur en qui nous sommes nous-mêmes baptisés.»

L’apparition de Jean le Baptiste dans l’évangile de ce dimanche semble nous renvoyer au temps de l’Avent… pour regarder attentivement le témoignage du Baptiste et de Jésus, et pour prendre certaines décisions concernant nos vies et notre avenir. Le premier récit du Baptême de Jésus qui se trouve dans les Écritures est rapporté dans Marc. Les premiers mots de sa proclamation détournent l’attention de lui-même vers « Celui qui vient derrière moi, Celui qui est plus fort que moi » (v. 7). La prédication de Jean est à la fois décapante et attirante. Toute la mission de Jean était une préparation à la venue du Messie. Lorsque le temps fut venu, Jean conduisit ses propres disciples à Jésus et le désigna à eux comme le Messie, la Vraie Lumière, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

Jésus fut attiré vers Jean et accepta d’être baptisé parce qu’il s’identifiait totalement à sa condition humaine. Il a ressenti notre peine et notre besoin d’être lavé de notre culpabilité et de nos péchés. Par son baptême par Jean dans les eaux du Jourdain, Jésus nous ouvre la possibilité d’accepter notre condition humaine et de nous lier à Dieu. Nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus. Le Ciel s’ouvre au-dessus de nous dans ce sacrement et plus nous vivons en lien avec Jésus la réalité de notre baptême, plus le Ciel s’ouvrira au-dessus de nous.

Alors que j’étudiais à Rome, j’ai découvert un récit de l’Église primitive très à-propos pour cette fête du Baptême du Seigneur. Au cours du troisième siècle, Cyprien de Carthage écrivit à son ami Donatien: «Le monde dans lequel nous vivons est mauvais Donat. Mais au centre de ce monde j’ai découvert un groupe de gens saints et tranquilles. Ce sont des gens qui ont trouvé un bonheur qui est mille fois plus joyeux que tous les plaisirs de nos vies de pécheurs. Ces gens sont méprisés et persécutés, mais cela ne leur importe pas. Ils sont chrétiens, Donat, et je suis l’un d’eux.» 

Alors que nous nous rappelons du baptême de Jésus au Jourdain, faisons écho aux paroles de Cyprien: «Nous aussi, nous sommes des leurs.» Notre propre baptême nous invite à songer au passé avec reconnaissance, à accepter l’avenir avec espérance et le présent avec une crainte mêlée d’émerveillement. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, nous sommes invités au banquet du Seigneur, somptueusement étalé devant nous. Notre partage de l’eucharistie nous lie à nos frère et sœurs qui ont été plongés dans la vie du Christ par les eaux du baptême. Prions afin que la grâce de notre baptême nous aide à être lumière pour les autres et pour notre monde, et qu’elle nous donne le courage d’y faire une différence. 
 

Les nations viendront vers la lumière…

Réflexion biblique pour la Solennité de l’Épiphanie 
par le père Thomas Rosica, c.s.b.
 
Les lectures de la liturgie de l’Epiphanie ont de quoi nous secouer! Considérons la scène de la prophétie d’Isaïe. Les Gentils viennent de lieux lointains, attirés par la splendeur de Jérusalem, apportant des cadeaux et portant tendrement les fils et filles de la Cité Sainte ! Même si la noirceur avait pu envelopper le peuple, la gloire du Seigneur permet à la lumière d’éclater et de briller comme une aube nouvelle.  Quelle manière adaptée pour décrire ce que nous venons tout juste de célébrer à Noël !
 
Dans l’évangile de Matthieu (2, 1-12), l’histoire de mages nous révèle le combat inévitable que la manifestation de Dieu dans le Christ implique pour le monde. En lisant l’histoire soigneusement, nous réalisons que nous sommes loin d’un conte pour enfants, nous sommes plutôt au cœur d’une tragique histoire d’adultes. Les lignes de combats sont tracées et les forces se préparent. Un enfant est né au même moment qu’un dirigeant aveuglé par le pouvoir sème la mort. Jésus était une menace pour Hérode et pour eux : pour le trône d’un seul, pour les empires religieux des autres.

Dans leurs pays lointains, les mages bénéficiaient d’un niveau de vie princier, mais il leur manquait quelque chose – ils étaient insatisfaits. Ils souhaitaient courir des risques pour trouver ce que leur vision leur avait montré. Contrairement aux bergers, les mages ont dû faire un long voyage ; ils ont dû affronter l’adversité pour atteindre leur but. Les bergers aussi connaissaient l’adversité et cela les avait préparés à entendre le message des anges. Mais une fois leur peur surmontée, ils avaient simplement «traversé Bethléem » pour rencontrer l’enfant Christ.

Les mages eux, avaient eu un voyage difficile pour arriver à Bethléem. C’était tout sauf la scène du pèlerinage sentimental que nous voyons souvent dans nos crèches ! Les mages n’étaient pas seulement des saints visionnaires ou de saugrenus personnages religieux ; ils voulaient parier leur argent, leur temps et leur énergie, et peut-être même leurs vies, pour trouver quelqu’un qui apporterait la vraie paix.

Les mages n’étaient pas complètement perdus  en arrivant à Jérusalem – la ville n’arrêta pas leur pèlerinage. En fait à Jérusalem, ils furent redirigés vers Bethléem. Ces hommes de l’Est, étrangers au vrai sens du mot, furent guidés non seulement par leur propre sagesse et leur connaissance des astres, mais ils furent aidés par les Ecritures hébraïques  qui forment à présent l’Ancien Testament. Le sens de ceci est important. Le Christ appelle tous les peuples de toutes les nations à le suivre. Les Gentils aussi bien que les Juifs. On pourrait dire que Jérusalem et l’Ancien Testament sont en quelque sorte un point de départ pour ces pèlerins sur leur chemin de foi en Jésus Christ. Les gens de cette grande ville, et même Hérode lui-même, furent des instruments pour guider les mages au Christ.
 
Qu’est-ce que cela signifie pour nos propres pèlerinages vers la vérité aujourd’hui ? Plus que le fait évident que l’Ancien Testament doit avoir une part centrale dans notre marche vers le Christ, ne devrait-il pas signifier aussi que nos propres villes, avec toute leur confusion et leur ambiguïté, peuvent aussi servir comme point de départ pour notre cheminement de foi ?

Au centre de ce récit évangélique rempli de contrastes se trouve un bébé, couché, Jésus de Bethléem qui est Joie.  Hérode a peur de cette « Grande joie pour tous les peuples ». Dans l’évangile de Matthieu, nous ne savons pas ce qui est arrivé aux mages lorsqu’ils retournèrent dans leur pays natal, mais nous pouvons être sûrs qu’ils étaient des hommes transformés. Ils découvrirent à Jérusalem et à Bethléem, qu’il n’y a plus un Dieu de ce pays ou d’un autre, ou un oracle proféré en un lieu lointain, mais un Dieu et un Sauveur qui devient chair et sang pour toute l’humanité. Et le Sauveur est joie.

À la fin, les mages sont allés leur chemin et parce qu’ils refusèrent d’être séduits par le cynisme, parce qu’ils s’autorisaient eux-mêmes à être surpris par cette grande joie, l’étoile à laquelle ils étaient liés, réapparut. Ce n’est pas seulement le récit de la naissance de Jésus, mais c’est aussi et toujours un récit pour notre temps. Quand nous avons trouvé notre joie durable au milieu du cynisme, du désespoir et de l’indifférence, la seule chose à faire est de s’agenouiller et d’adorer.

Gaspar, Melchior et Balthasar, bénissez nos cœurs et nos maisons de votre paix et de votre humilité ! Lorsque nous entendons les voix des vieux rois de la mort, de la peur et du cynisme, que nous ayons le courage d’aller notre propre chemin… nous réjouissant parce que, nous aussi, nous avons vu et nous avons fait l’expérience de la gloire de la venue du Seigneur.
 
Je conclus avec les mots de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein), cette grande mystique Carmélite et amoureuse de la Croix, qui écrivit si merveilleusement au sujet des mystères de Noël : Ceux qui sont agenouillés devant le berceau sont des personnages de lumière : les enfants innocents, les bergers confiants, les rois humbles, Etienne, le disciple enthousiaste, et Jean le disciple de l’amour, tous ceux qui ont suivi l’appel du Seigneur. Ils sont opposés par la nuit de l’obstination incompréhensible et l’aveuglement : les scribes, qui connaissent en vérité quand et où le Sauveur du monde doit naître, mais qui ne tireront pas la conclusion : « Allons à Bethléem ». Le roi Hérode, qui tuerait le Seigneur de la Vie. Les chemins se séparent devant l’Enfant dans la crèche…

Certains choisiront le chemin de la vie, d’autres celui de la mort. Aujourd’hui, alors que nous laissons la crèche de notre Roi nouveau-né et Seigneur, prenons le temps de nous engager de nouveau  pour la vie qui est le cœur et la joie de Noël.

Joseph, authentique modèle de la paternité

Réflexion biblique à l’occasion de la fête de la Sainte Famille
par le père Thomas Rosica, c.s.b.
 
Dans les dernières lueurs de Noël, l’Église célèbre la fête de la Sainte Famille. Cette fin de semaine, nous sommes invités à réfléchir sur le don et le mystère de la vie ainsi que la bénédiction que représente en particulier la vie familiale. Dans l’évangile de Luc, la scène de la Présentation de l’enfant Jésus au temple à Jérusalem nous permet de rencontrer quatre individus qui embrassent la nouvelle vie de Jésus dans leurs bras : le vieux et fidèle Siméon, Anne, la sage prophétesse avancée en âge, et le jeune couple, Marie et Joseph, qui par obéissance fidèle offrent leur enfant au Seigneur. La belle prière de Siméon n’est rien de plus que l’anthologie de la prière de l’ancienne Israël :
 

Maintenant. O maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix car mes yeux ont vu le salut préparé à la face des peuples, lumière révélée aux nations et gloire de ton peuple Israël.  (Luc 2,29-32)
 
La scène entière de la Présentation, et les mots soigneusement choisis de la prière de Siméon soulèvent plusieurs questions pour nous : Comment puis-je voir la gloire de Dieu dans ma vie ? Ai-je soif de justice et de paix ? Quelles sont les nouvelles situations et quelles sont les personnes entrées dans ma vie dernièrement ? Comment suis-je lumière et salut pour les autres ?

Un zoom sur Joseph
 
Joseph le charpentier (Georges de la Tour)Aujourd’hui j’aimerais que l’on regarde plus attentivement la figure de Joseph, l’un des personnages de cette scène évangélique des plus touchantes : la Présentation. En nous penchant sur le père nourricier du Seigneur, nous découvrons un aperçu  du contexte de la famille de notre Sauveur.
 
Joseph est souvent dans l’ombre de la gloire du Christ et de la pureté de Marie. Mais, lui aussi, attend que Dieu lui parle pour lui répondre avec obéissance. Luc et Matthieu notent tous deux que Joseph descend de David, le plus grand roi d’Israël (Matthieu 1,18 et Luc 3, 23-38). L’Écriture nous donne une information essentielle sur Joseph: il était « un homme droit » (Matthieu 1, 18).
 
Joseph était un homme compatissant et attentionné. Lorsqu’il découvre que Marie était enceinte tout juste après leurs fiançailles, il savait que l’enfant n’était pas le sien mais il n’était pas encore conscient qu’il était le Fils de Dieu. Il projetait de rompre avec Marie selon la loi mais il était soucieux pour sa sécurité. Joseph était aussi un homme de foi, obéissant à ce que Dieu lui demandait sans connaître le dénouement. Quand l’ange lui apparut en songe pour lui dire la vérité au sujet de l’enfant que Marie portait, Joseph,  sans attendre et sans question ou souci de commérage, prit Marie pour femme. Lorsque l’ange revint encore pour l’avertir du danger, il quitta immédiatement ce qu’il avait, sa famille et ses amis, et s’enfuit dans un pays étranger avec sa femme et son bébé. Il attendit en Egypte jusqu’à ce que l’ange lui dise qu’il pouvait rentrer. (Matthieu 2, 13-23).
 
On nous a dit que Joseph était un charpentier-menuisier, un homme qui travaillait pour soutenir sa famille. Joseph n’était pas un homme riche, car lorsqu’il monta au temple avec Jésus pour la circoncision et la purification de Marie, il offrit en sacrifice 2 tourterelles ou une paire de pigeons, animaux autorisés seulement à ceux qui ne pouvaient payer un agneau.

Joseph nous révèle dans son humanité le rôle unique des pères de proclamer la vérité de Dieu par la parole et le devoir. Sa situation paradoxale de « père nourricier de Jésus » met l’emphase sur la paternité, qui est plus que le simple fait de génération biologique. Un homme est un père lorsqu’il s’investit lui-même dans la formation spirituelle et morale de ses enfants. Joseph est tout particulièrement conscient, comme tout père devrait l’être, qu’il servait en tant que représentant de Dieu le Père.

Joseph a protégé et a pourvu au bien-être de Jésus et de Marie. Il a donné son nom à Jésus, lui apprit comment prier, comment travailler et comment être un homme. Bien qu’aucun texte ou aucune parole ne lui soient attribués, nous pouvons être sûrs que Joseph prononça 2 des mots les plus importants quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ». Lorsque l’enfant restait au temple on nous dit que Joseph (avec Marie),  le cherchèrent pendant trois jours, tout angoissés.
 
La vie de Joseph nous rappelle qu’une maison ou une communauté n’est pas construite sur le pouvoir et l’avoir mais sur la bonté; pas sur les richesses mais sur la foi, la fidélité, la pureté et l’amour mutuel.

Les défis actuels de la paternité et de la masculinité ne peuvent être compris si on les sort de la culture dans laquelle nous baignons. Le manque de paternité a un effet profondément alarmant sur les enfants. Combien de jeunes gens aujourd’hui ont été affectés par la crise de la paternité ? Combien ont été privés d’un père ou d’un grand-père? Ce n’est pas pour rien que saint Joseph est patron de l’Église universelle et patron principal du Canada. S’il n’y avait jamais une époque qui ait besoin d’un modèle fort du rôle masculin et du rôle de père c’est bien la nôtre. La fête de la Sainte Famille est un jour très signifiant pour supplier saint Joseph de nous envoyer de bons pères qui seront de bons chefs de famille.

Joseph et Marie, plus que quiconque, furent les premiers à contempler la gloire de leur Unique et Seul qui venait du Père, plein de grâce et de vérité. Puisse saint Joseph faire de nous des bons prêtres, religieux et laïcs qui imiteront l’humble travailleur de Nazareth qui écoutait le Seigneur, conservait précieusement un cadeau qui n’était pas le sien, tout en montrant à Jésus comment le Verbe se fait chair et peut vivre parmi nous.

Un enfant nous est né …

Réflexion biblique pour Hanoukka et la naissance du Seigneur
par le père Thomas Rosica, c.s.b.
 

Chaque année, traditionnellement, durant l’Avent et Noël, j’assiste, ou du moins, j’écoute le Messie de Haendel. La semaine dernière, ma «Nuit du Messie» prit place, non dans une salle de concert ni dans une église mais à la maison. La partie chorale du cycle de la Nativité de l’œuvre de Haendel me bouleverse chaque fois que j’entends la prophétie d’Isaïe,  mise en musique de manière si glorieuse : «Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné et la souveraineté a été mise sur ses épaules et son nom est Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais et Prince-de-la-Paix» (Isaïe 9, 6). Ces paroles merveilleuses du prophète Isaïe composent la première lecture que nous entendons proclamer chaque année à la messe de la nuit de Noël.

Précédant immédiatement le chapitre 9, le témoignage d’Isaïe est construit sur un tableau effrayant d’obscurité et de désespoir qui descend sur les royaumes de Juda et du Nord d’Israël. Cette obscurité et ce désespoir ne furent toutefois pas les paroles finales du prophète. Précisément, sur ce pays une grande lumière a brillé. Le verset d’ouverture du chapitre 9 forme une transition après l’obscurité du chapitre précédent. «  Mais ce n’est plus l’obscurité pour le pays qui était dans l’angoisse. Dans un premier temps, le Seigneur a couvert d’opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, mais ensuite il a couvert de gloire la route de la mer, l’au-delà du Jourdain et le district des nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi. » 

La grande lumière qui vient de manière décisive dans cette profonde obscurité arrache le peuple de la confusion et du vide, de la violence et de la tyrannie de l’oppresseur. Sur les habitants du pays de l’ombre noire comme la mort, la lumière a brillé! Les symboles de l’oppression assyrienne, le joug qui pesait sur eux, le bâton de l’oppresseur qui meurtrissait leurs épaules doivent être brisée. Les vêtements de guerre nourriront les flammes. Une ère de paix succédera à la destruction des insignes de guerre.

L’enfant royal dont la naissance est si poétiquement annoncée possédera la sagesse de Salomon, la valeur et la piété de David, la vertu de Moïse et des patriarches. L’enfant dont on parle devrait vraisemblablement être le roi Ezéchias. Les rois contemporains de Juda avaient été très mal conseillés et étaient impuissants à arrêter la guerre.
 
Par le titre de « Merveilleux-Conseiller », le nouveau roi n’aura aucun besoin de conseillers semblables à ceux qui détournent du droit chemin le roi Achaz. « Père-à-jamais » décrit la qualité de son gouvernement. Les vertus de jugement, de justice et de rectitude que le trône de David soutient sont résumées dans le terme « shalom » (paix) dont la racine hébraïque signifie totalité, harmonie, accomplissement et achèvement. 

Le règne de ce nouveau roi permettra au peuple de vivre en harmonie avec Dieu, les autres et la nature. Il n’est donc pas surprenant que l’Eglise se soit appropriée l’exultation d’Isaïe, cette lumière et cette naissance royale, pour notre célébration de la naissance de Jésus.

Au cours des derniers mois, qui n’a pas senti profondément la noirceur et la mélancolie de notre monde ? Considérons les situations tragiques et violentes des terres que nous appelons « saintes ». Les Terres qui ont été foulées une fois par Dieu, les patriarches, les prophètes, et le Messie lui-même sont aujourd’hui des charniers. Songeons à l’incertitude et au désespoir qui sont apparus à cause de l’effondrement des structures économiques.  Ces sentiments de profonde obscurité et de mélancolie proviennent de nos tentatives d’agir comme des êtres isolés ou des îlots, au lieu de communautés de personnes soucieuses les unes des autres et de la souffrance de tant de peuples dans le monde.

Pendant ce temps, les juifs continuent de désirer la venue du Messie et les chrétiens célèbrent sa naissance dans l’histoire de l’humanité. Mais Juifs et Chrétiens sont aussi invités à aller au-delà des symboles et à se poser des questions plus profondes : comment continuons-nous à attendre et à actualiser le salut que le Messie va apporter ? Les textes prophétiques lus durant les fêtes de Hanoukka, de Noël et du temps de l’Avent sont de nouveaux appels à se rendre à la synagogue ou à l’église pour tendre la main à l’autre, pour se réengager à porter la lumière de Dieu aux nations, et pour se reconnaître les uns les autres comme partenaires de la construction du royaume de Dieu.
 
Tous deux, christianisme et Judaïsme, scellent leur culte dans une commune espérance. « Que ton règne vienne ». Et nous devons prononcer cette prière encore plus fort en ces jours d’ombres et de noirceur pour de nombreuses personnes dans le monde, spécialement pour les peuples d’Afghanistan, de l’Irak et de la Terre Sainte qui sont déchirées par la guerre, la haine, l’oppression, la tristesse et aussi pour ceux et celles qui vivent dans d’autres régions du monde souffrant de la guerre, de la pauvreté et de l’injustice.

Notre désir commun de voir les fruits du royaume du Messie nous invite, Chrétiens et Juifs, à la connaissance de notre communion les uns aux autres et à la reconnaissance de notre monde terriblement brisé.  Comme le pape Jean-Paul II et à présent le pape Benoît XVI nous l’ont enseigné à travers leurs paroles et leurs gestes,  rien ni personne ne peut nous arracher plus longtemps de cette profonde communion qui nous unit. Le «tikkun ha’olam», la guérison  du monde, sa réparation, sa restauration et sa rédemption, incluant la rédemption d’Israël, incarnée dans la personne de Jésus, dépend à présent de nous.

Comment résoudre le problème de Maria?

Réflexion biblique pour le 4e dimanche de l’Avent A
par le père Thomas Rosica, c.s.b.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean (1, 6-8.19-28)

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » A cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

Résoudre le problème de « Maria von Trapp»

La comédie musicale « La mélodie du Bonheur » et moi avons le même âge : nous sommes tous deux de 1959, et cette adaptation au cinéma est le premier film que j’ai vu avec ma famille au milieu des années soixante. Dieu seul sait combien de fois je l’ai vue sur scène, au cinéma et à la télévision ! Depuis la mi-octobre, la comédie musicale de Rodgers et Hammerstein, « The Sound of Music », fait le bonheur du public au Princess of Whales Theatre à Toronto. Cette magnifique production a d’abord été présentée en Angleterre sous la direction d’Andrew Lloyd Weber. La version torontoise de ce grand spectacle rend justice à la comédie musicale qui, selon certains, renferme les plus grandes chansons d’amour de tous les temps.

L’une des chansons les plus mémorables de la pièce est « Maria », parfois connue sous le titre « Comment résoudre un problème comme Maria ? » Elle est brillamment chantée par soeur Berthe, soeur Sophia, soeur Margaretta et la mère abbesse à l’abbaye des bénédictines de Nonnberg à Salzbourg en Autriche. Les sœurs sont exaspérées par la jeune Maria qu’elles jugent trop frivole et trop superficielle pour la vie austère d’un monastère.

Lorsque les Autrichiens d’un certain âge parlent de « Maria » à Salzbourg, ils pensent à la « Gottesmutter », la Mère du Seigneur ! Les étrangers, en particulier les nord-américains, qui débarquent à Salzbourg, parlent en général d’une autre Marie : Maria Augusta Kutschera, qui deviendra Maria Augusta von Trapp, enseignante à l’école abbatiale après la 1ère Guerre mondiale et sur la vie de laquelle est basé le film « La mélodie du bonheur ».

Cette Maria a conféré à l’abbaye une renommée internationale, à la grande consternation de certaines religieuses ! Je me suis rendu plusieurs fois à l’abbaye de Nonnberg quand j’étudiais l’allemand en Bavière et j’ai parlé avec quelques sœurs, parmi les plus anciennes, de l’impact de la « Mélodie du bonheur » sur leur vie. La prieure m’a dit qu’il n’y avait aucune plaque commémorative de Maria von Trapp et de ses escapades, ni au couvent, ni dans tout Salzbourg ! Une religieuse âgée m’a lancé, avec un sourire,  « Das ist nur Hollywood ! » (Tout ça n’est qu’Hollywood !).

Maria von Trapp a suivi le capitaine et sa petite famille de choristes à travers les Alpes autrichiennes. Ensemble, ils ont fui un régime néo-païen intrinsèquement mauvais qui voulait nier l’existence de Dieu et de son peuple élu. Certains diront que la famille von Trapp vécut heureuse dans le Vermont, aux Etats-Unis, et que sa réputation musicale est maintenue grâce au film et à une comédie musicale qui enchantent les spectateurs. Les collines continuent à vivre de leur musique.

Résoudre le problème de « Maria von Nazareth »

Le récit évangélique de l’Annonciation présente une autre Marie, la grande héroïne des récits de Noël, Marie de Nazareth, celle qui a accepté d’être le lien entre Dieu et l’humanité. Elle est le disciple par excellence qui fait découvrir la bonté et l’humanité de Dieu. Elle a reçu et accueilli la Parole de Dieu dans sa plénitude, sans savoir comment l’histoire allait se terminer. Elle ne comprenait pas toujours cette Parole tout au long de la vie de Jésus, mais elle avait confiance et revenait toujours à la réponse initiale qu’elle avait donnée à l’ange. Elle conservait toutes ses choses et les méditait dans son cœur, littéralement (Lc 2, 19). C’est au Calvaire qu’elle saisit l’ampleur de la responsabilité de son « oui ». Nous avons aussi appris, à travers les quelques passages de l’Écriture à son sujet, qu’elle était une femme de compassion, à la foi profonde, et qu’elle était attentive aux besoins des autres.

Le « problème » de Marie de Nazareth a débuté lorsqu’elle accueillit un étrange visiteur céleste du nom de Gabriel. La jeune femme de Nazareth était extrêmement perturbée d’apprendre qu’elle porterait un fils qui serait Sauveur et Fils du Très-Haut.

« Comment cela sera-t-il, Marie demanda-t-elle à l’ange, puisque je ne connais pas d’homme ? »

L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu ».

Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » L’ange la quitta et aussitôt, la mélodie commença : Magnificat anima mea Dominum, ce qui allait devenir le refrain d’une mélodie qui allait remplir le monde de bonheur d’âge en âge.

Marie a reçu un message qui l’a projetée sur une trajectoire qui va bien au-delà du petit village de Nazareth et cette petite bande de terre appelée Israël et Palestine au Moyen-Orient. Le « oui » de Marie allait avoir un impact sur le monde entier, et changer le cours de l’histoire.

Marie de Nazareth a accepté son « problème » et l’a résolu à travers son obéissance, sa fidélité, sa confiance, son espoir et sa joie silencieuse. Au moment de cette annonce à Nazareth, elle ne pouvait pas deviner la fin brutale qu’allait connaître l’enfant qu’elle portait. Ce n’est que sur une colline au Calvaire, bien des années plus tard, qu’elle ferait l’expérience de la pleine responsabilité de son « oui » qui changea l’histoire de l’humanité.

S’il n’y a pas de plaque pour commémorer la rencontre du destin avec Maria von Trapp à l’abbaye de Nonnberg, il existe une petite plaque pour commémorer la rencontre qui a changé la vie de Marie de Nazareth dans son village natal. Au cœur de ce qui est aujourd’hui la ville de Nazareth en Galilée se dresse l’énorme basilique de l’Annonciation, construite à l’endroit même où aurait habité Marie. Une petite plaque est fixée sur l’autel de la salle qui ressemble à une grotte pour commémorer le lieu où Marie reçut un message de l’ange Gabriel lui disant qu’elle allait concevoir et enfanter un fils et qu’elle lui donnerait le nom de Jésus (Lc 1, 31). L’inscription latine dit : Verbum caro hic factum est (Ici, le Verbe s’est fait chair).

Je me souviens encore de ce que j’ai ressenti lorsque je me suis agenouillé devant cet autel pour la première fois en 1988. Cette inscription dans la grotte de l’Annonciation est profonde, grandiose, et peut renouveler la face de la terre. La parole : Verbum caro hic factum est ne se trouve pas sur une plaque votive dans les caves de l’église de la Nativité à Bethléem, ni sur les ruines du Temple ou dans un bureau touristique du gouvernement, à Jérusalem. Elle est posée sur un autel au plus profond de l’imposante structure de l’église de l’Annonciation. C’est là que « le Verbe s’est fait chair… » C’est là que l’histoire a changé, parce que Marie a dit oui.

Ces mots peuvent-ils s’appliquer à nos propres vies, à nos familles, communautés et églises : « Ici le Verbe s’est fait chair » ? Savons-nous comment écouter la Parole de Dieu, la méditer et en vivre chaque jour ? Mettons-nous cette parole en pratique dans nos vies quotidiennes ? Sommes-nous remplis de foi, d’espérance et d’amour, témoignant par notre vie et nos paroles ? Que de mots forts pour parler des chrétiens : leurs paroles deviennent chair !

Aussi beaux et entraînants que soient les airs de Marie de Salzbourg, la musique d’une autre Marie, celle de Nazareth dépassera toujours tout ce que j’ai entendu. 

Se souvenir des merveilles de Dieu dans l’Histoire

Réflexion du premier dimanche de l’Avent
par le Père Thomas Rosica, c.s.b.

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc (13, 33-37)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment. Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

Cette fin de semaine l’Eglise entre dans le temps liturgique de l’Avent. Les chrétiens proclament que le Messie est déjà venu et que le règne de Dieu est « à notre portée » L’Avent ne change pas Dieu. L’Avent approfondit notre désir que Dieu fera ce que les prophètes ont annoncé. Nous prions pour que Dieu cède à notre besoin de voir et de sentir la promesse de salut ici et maintenant.

Pendant ce temps de désir et d’attente du Seigneur, nous sommes invités à prier et à approfondir la Parole de Dieu, mais nous sommes avant tout appelés à devenir un reflet de la lumière du Christ, qui est en vérité le Christ lui-même. Toutefois, nous savons tous combien il est difficile de refléter la lumière du Christ spécialement quand nous devenons pleins de désillusions, habitués à l’ombre de la vie du monde ou remplis de la médiocrité du vide de la vie. L’Avent nous rappelle que nous devons être prêts à rencontrer le Seigneur à tout moment de notre vie. Comme une alarme réveille un propriétaire, l’avent éveille les chrétiens qui sont en danger de s’endormir dans le quotidien.

Qu’attendons-nous de la vie et pour qui? Cette année, pour quelles vertus ou quels cadeaux prions-nous? Désirons-nous guérir ou nous réconcilier dans nos relations brisées ? Au coeur de nos obscurités, de nos tristesses et de nos secrets,  quel sens désirons-nous avoir ? Comment voulons-nous vivre les promesses de notre baptême ? Quelles qualités de Jésus allons-nous chercher dans no propres vies en cet Avent ? Très souvent, les choses, les qualités, les cadeaux ou les personnes nous révèlent ce que nous sommes réellement. Dis-moi qui tu attends et je te dirai qui tu es! L’Avent est le temps pour ouvrir les yeux, se recentrer, faire attention, garder la perspective sur la présence de Dieu dans le monde et dans nos vies.

Au premier dimanche de l’Avent, dans la première lecture du prophète Isaïe le Tout-Puissant redonne espoir au cœur et à l’âme d’Israël ; il façonne Israël et intervient de nouveau comme un potier modèle sa poterie.

Dans la seconde lecture, écrivant à sa communauté bien-aimée de Corinthe, Paul attend ‘Le Jour du Seigneur”, quand le Seigneur Jésus nous sera révélé pour sauver ceux qu’il a appelés. Dans l’évangile du premier dimanche de l’Avent, Marc décrit les serviteurs de la maison en train de veiller dans l’attente du retour soudain du maître. Il s’agit d’une image de ce que nous devons faire tout au long de l’année mais spécialement durant le temps de l’Avent.

Notre propre baptême est une part dans la mission royale et messianique de Jésus. Chaque personne qui prend part à cette mission en partage aussi les responsabilités royales, en particulier, le soin des affligés et des blessés. L’Avent donne la merveilleuse opportunité de réaliser les promesses et engagements de notre baptême.

Le cardinal Joseph Ratzinger a écrit” Le but de l’année liturgique est de se souvenir, de réveiller la mémoire du Coeur afin de pouvoir discerner l’étoile de l’espérance. Voilà la belle tâche de l’Avent : réveiller en nous toutes les merveilles de bonté et d’ouvrir ainsi les portes de l’espoir.

En ce temps de l’Avent permettez-moi de vous suggérer de mettre fin à une querelle. Faites la paix. Cherchez un ami oublié. Enlevez le soupçon et remplacez-le par la confiance. Ecrivez une lettre d’amour. Partagez quelques trésors. Répondez doucement même si vous aimeriez répondre brutalement. Encouragez un jeune à avoir confiance en lui. Gardez une promesse. Trouvez le temps. Prenez du temps. Ne soyez pas rancunier Pardonnez à un ennemi. Célébrez le sacrement de la réconciliation. Ecoutez davantage les autres. Excusez-vous si vous avez tort. Soyez bon même si vous n’avez pas tort! Essayez de comprendre. Ne soyez pas envieux. Examinez les exigences que vous avez pour les autres. Appréciez. Soyez bon, soyez doux. Riez un peu. Riez un peu plus. Méritez la confiance. Ne soyez pas malicieux. Soyez reconnaissants. Allez à l’église. Restez à l’église un peu plus longtemps que d’habitude. Faites plaisir à un enfant. Contemplez la beauté et la merveille de la terre. Dites votre amour. Dites-le encore une fois. Dites-le même plus fort. Dites-le tranquillement.

Réjouissez-vous car le Seigneur est proche!

Jean Paul II: L’homme qui venait d’une terre lointaine

Il nous a appris à ne pas avoir peur

Journal du père Thomas Rosica au Synode des Évêques

Jeudi dernier,  un autre anniversaire fut célébré à Rome et au Vatican dans le cadre l’occasion de la douzième assemblée ordinaire du Synode des Évêques au Vatican.

Je me souviens très bien cette nuit-la, iI y a 30 ans – le 16 octobre, 1978. J’étais un étudiant universitaire de 19 ans, je conduisais de l’universite vers la maison, quand les cardinaux de l’Église catholique romaine ont élu le cardinal Karol Wojtyla 264ème successeur de l’apôtre Pierre. La radio annonçait qu’il y avait une fumée blanche dans l’air romain ce soir-là. Après les tristes événements des semaines précédentes à Rome, l’attente était dans mon air nord américain. Je n’aurais jamais cru que je connaîtrais un jour cet homme, que je le servirais et que je tâcherais de l’imiter.

Ce premier soir, en 1978, Jean-Paul II resta debout sur la loge de la Basilique Saint Pierre et ouvra ses bras, son cœur et son esprit au monde. Son refrain deviendrait: “N’ayez pas peur! Ouvrez grand les portes au Seigneur!” Pendant ce synode, le nom et la mémoire de Jean-Paul II ont été évoqués des douzaines de fois par les pères synodaux, surtout concernant ses fameuses lettres, “Redemptoris Missio” et “Novo Millennio Ineunte.”

Il n’y a pas beaucoup d’endroits sur la planète qui n’aient pas été touchés par le pape Jean-Paul II. Il a ouvert les portes à des milliers de cœurs humains, apportant aux femmes et hommes de toute race, nation et culture, un message d’espoir; un message nous disant que la dignité humaine est enracinée dans l’idée que l’être humain est créé à l’image de Dieu. Il était l’exégèse vivante des Évangiles. Il pratiquait ce qu’il prêchait.

Les derniers jours

Fin mars et début avril 2005 nous avons été inondés de mots, d’histoires, d’images et de cérémonies très profondes qui arrivent à nous de cet endroit. Nous avons appris encore une fois lors des derniers moments et de la mort du pape Jean Paul II combien il était grand parmi nous et pour le monde entier.

Cette période de 2005 était une époque extraordinaire d’évangélisation, de catéchèse et d’éducation pour l’Église universelle. Jean-Paul II était un bestseller dans la vie et aussi dans la mort. Le quotidien du Vatican, L’Osservatore Romano, avait visé jsute le mercredi après la mort de Jean-Paul II avec un grand titre  pour l’édition quotidienne italienne  qui était normalement consacrée à l’audience générale du pape. Le titre était « Che Udienza! » (Quelle audience!) alors que 600 000 personnes sont passées en silence dans la basilique du Vatican pour prier auprès du corps de Jean-Paul II.

Un moment inoubliable

Jeudi matin alors que j’étais assis dans la chapelle de la Domus Sanctae Marthae dans la Cité du Vatican avant de me rendre vers le palais du Synode plusieurs moments et images me sont venus à l’esprit concernant l’homme qui a conquis le monde il y a 30 ans. Une en particulier, loin des caméras et des médias, a été cause de gratitude tranquille à Dieu. Cela eu lieu en juin 2001, pendant le weekend de Corpus Christi et la fête des pères au Canada. [Read more…]

Shalom, cardinal Lustiger!

Le cardinal Jean-Marie Lustiger de Paris est décédé dimanche soir le 5 août après une longue lutte contre le cancer. Il avait 80 ans. Le cardinal Lustiger était pour moi un extraordinaire ami et mentor, et un grand ami de la Journée mondiale de la jeunesse 2002 et de Télévision Sel + Lumière.  Aaron Lustiger est né en 1926 d’une famille juive polonaise en 1926. En 1937, il réalisa ce en quoi consistait le régime Nazi et décida de devenir catholique. Sa mère Gisèle fut déportée au camp de concentration de Auschwitz en 1943 pour y mourir avec des millions d’autres juifs pendant l’holocauste. Son père Charles a refusé d’accepter la conversion de son fils pendant de nombreuses années.

J’ai rencontré pour la première fois le cardinal en 1980, lorsque j’étais postulant chez les Basiliens et enseignait au Collège basilien du Sacré-Coeur à Annonay, France. Il venait tout juste d’être nommé évêque d’Orléans en France après avoir servi plusieurs années comme aumônier d’université à Paris.  En 1981, le pape Jean-Paul II nomme Lustiger archevêque de Paris et l’élève au cardinalat en 1983.
Le nouveau cardinal et moi sommes restés en contact tout au long de mes études vers la prêtrise et ensuite en Écriture Sainte à Rome et à Jérusalem. Notre amitié prit une nouvelle tournure en 1999 lorsque les évêques du Canada me confièrent la direction des Journées mondiales de la jeunesse 2002. Le cardinal m’invita à Paris pour me montrer les archives des JMJ de 1997. Nous avons discutés des nombreux aspects des JMJ, et avec Mgr Michel Dubost (directeur de la JMJ 1997), nous avons parcouru plusieurs dossiers, livres, etc. afin que je puisse saisir l’ampleur de ce projet.

Lorsqu j’étais à Rome pour des réunions au cours des deux années qui suivirent, le cardinal Lustiger se trouvait également dans la ville éternelle. Nous avons pu nous rencontrer à chaque fois et il m’a ainsi donné d’excellents  conseils couvrant Presque tous les aspects des JMJ. Chaque conseil qu’il m’a offert fut non seulement d’une grande aide, mais s’est aussi avéré vrai.

En mai 2002, il me fit venir à Paris pour participer à la très populaire messe du Dimanche soir à la cathédrale Notre-Dame. Nous avons alors prêché devant une cathédrale bondée de jeunes venus de toute l’Île de France.J’ai invité le cardinal une semaine avant le début de la JMJ 2002 afin qu’il participe à un rassemblement spécial de jeunes prêtres et séminaristes au Séminaire St. Peter à London. Le cardinal était l’un des conférencier invité à cet important rassemblement.

En novembre 2002, j’étais de nouveau l’invité du cardinal à Paris. Nous avons alors pu parler de la proposition de lancer une télévision catholique, Télivision Sel + Lumière, au Canada. Le cardinal a fondé Radio Notre-Dame et KTO TV à Paris. Il m’a fortement incité d’accepter ce nouveau défi et m’a assuré de la pleine coopération de la télé et de la radio catholique avec la nouvelle chaîne canadienne.

Il me manquera beaucoup. Tous à Sel + Lumière ont une dette de gratitude envers lui pour son intérêt, son encouragement et sa grande collaboration avec nous. Sa vie est un symbole de l’unité inhérente entre juifs et chrétiens. Je suis confiant qu’il intercèdera maintenant pour chacun de nous à Sel + Lumière, et continuera de réconcilier juifs et chrétiens en nous donnant le courage, l’intégrité et la vérité qui nous permettent d’œuvrer ensemble pour la justice et la paix.

Shalom Père Lustiger!  Adieu Eminence!  Merci beaucoup cher ami, pour ce précieux don de ton amitié fidèle et ton grand dévouement pendant ces 27 dernières années!  Maintenant nous te demandons humblement, “prie pour nous.”