Jésus le beau et noble berger

Réflexion biblique pour le quatrième dimanche de Pâques 

Images bibliques du Berger

bon_bergerDans la Bible et l’ancien Proche Orient, «berger» était un titre politique qui sous-entendait l’obligation des rois à s’occuper de leurs sujets. Ce titre dénote le souci total et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la bible. Dans l’ancien testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Ps 67, 7), le guide (Ps 22, 3), le mène vers la nourriture et l’eau (Ps 22, 2), le protège (Ps 22, 4) et porte ses petits (Is 40, 11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore démontre que tout le peuple est sous la protection de Dieu.

L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme son berger. L’image du berger comme hôte se trouve aussi dans ce psaume que nous chérissons. Berger et hôte sont deux images avec le désert en arrière-plan car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La baguette, un peu comme un fouet, sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que le bâton est un instrument de support. Ils symbolisent le souci et la loyauté.

Le Nouveau Testament ne juge pas les bergers autrement : ils connaissent leurs brebis (Jn 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Lc 15, 4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jn 10, 11-12). Le berger est donc une figure pour représenter Dieu lui-même (Lc 15, 4ss). Jésus connaissait des bergers et éprouvait de la sympathie à leur égard. Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue que l’auteur établit la comparaison (Lc 15, 4ss et Mt 18, 12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et du rétablissement du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens envers ces derniers. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs d’après Luc que nous avons lu la semaine dernière est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples entêtés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve et la ramène au troupeau (15, 3-7).

Le dimanche du Bon Berger

En ce quatrième dimanche de pâques,  nous retrouvons le Bon Berger qui est réellement le beau et le noble, d’après le sens grec du terme, et qui connaît intimement son troupeau. Jésus connaissait des bergers et avait beaucoup de sympathie pour eux. Il s’appuie donc sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui. Ceux qui ont entendu Jésus clamé ce titre y voyaient plus que de la tendresse et de la compassion. On y trouve un tel degré d’amour que le berger est près à donner sa vie pour son troupeau. [Read more…]

Symphonie en quatre mouvements: La résurrection dans l’évangile de Luc

Réflexion Biblique pour le troisième dimanche de Pâques

emmaus1Je considère souvent que le chapitre 24 de l’évangile de Luc est une symphonie de la résurrection en quatre puissants mouvements a) le premier mouvement est le récit des femmes au tombeau, qui finit avec la visite de Pierre au tombeau pour vérifier leurs dires (vv.1-12). b) le deuxième raconte la grande histoire des deux disciples sur la route d’Emmaüs, culminant avec l’annonce de l’apparition du Seigneur à Pierre (vv.13-35) c) le troisième mouvement est l’apparition du Seigneur à ses disciples au repas, se terminant avec l’envoie en mission (vv.36-49) et le quatrième mouvement: l’ascension de Jésus au ciel (vv.50-52). 

Le plus connu de ces récits est l’épisode d’Emmaüs qui commence au verset 13. Il est différent des autres apparitions parce que le Seigneur disparaît au moment de la reconnaissance. Le récit d’Emmaüs (24,13-35) sert de pont entre le tombeau vide (24,1-12) et l’apparition de Jésus à ses disciples. (24, 36 et suiv.) immédiatement suivi du repas avec les disciples d’Emmaüs, leur reconnaissance de Jésus et leur retour en hâte à Jérusalem.

Cléophas et son compagnon s’éloignent de la ville où les événements décisifs sont arrivés vers un petit village sans importance. Ils n’ont pas cru au message de la résurrection, à cause du scandale de la croix. Bouleversés et découragés, ils sont incapables de noter un signe de libération dans cette mort, dans le tombeau vide, ou dans le message des apparitions de Jésus aux autres. A leurs yeux, soit la mission de Jésus a totalement échoué, soit ils sont eux-mêmes déçus dans leurs attentes au sujet de Jésus. Alors qu’ils marchaient avec Jésus en direction d’Emmaüs, ils ont senti leurs cœurs s’enflammer progressivement,  expérimentant ainsi le pouvoir de la résurrection dans leur cœur. La solution au problème de ces deux disciples n’était pas dans une réponse parfaitement logique.

Emmaüs au Synode

Le récit auquel le Synode sur la Parole de Dieu, en octobre 2008,  s’est le plus fréquemment référé, fut incontestablement celui des disciples sur le chemin d’Emmaüs (Luc 24,13-35). Citée par les cardinaux, évêques, experts et invités spéciaux, dans les nombreuses présentations venant de tous les coins de la terre, l’histoire d’Emmaüs nous prouve une fois encore qu’elle est un grand modèle ou paradigme pour la catéchèse, l’enseignement, l’étude de la Bible et par dessus tout pour la vie chrétienne.

Le motif du cheminement de l’histoire d’Emmaüs (et l’on peut dire du Synode entier sur la Parole de Dieu) n’est pas une histoire de distance entre Jérusalem et Emmaüs, mais bien du cheminement douloureux et progressif des paroles qui doivent descendre de la tête au cœur; de la venue de la foi, et une relecture d’une relation avec l’étranger qui est nul autre que le Seigneur Jésus. 

Manger et boire avec Jésus

L’évangile du troisième dimanche de Pâques (Année B) est la suite du récit d’Emmaüs, comment Dieu conduit les personnes à une expérience communautaire et de camaraderie, à table. Il y a plusieurs aspects dans ce récit : l’apparition de Jésus au milieu des disciples surpris et effrayés (36-43), les paroles au sujet de l’accomplissement des Ecritures et l’envoi des disciples (44-48). Plusieurs éléments, présents dans l’histoire d’Emmaüs sont plus qu’explicites. Les récits de Luc représentent aussi le Seigneur Ressuscité comme Celui qui reçoit l’hospitalité et la nourriture de ses disciples. C’est seulement après que les disciples ont invité l’Etranger à rester avec eux qu’ils peuvent le reconnaître. Ils ne sont pas capables de le reconnaitre pleinement sur la route, mais ils le reconnaissent à la fraction du pain. 

Manger à table est un acte qui révèle la profondeur humaine. La scène touchante où Jésus prend le pain et le poisson et le mange avec ses disciples nous renvoie à la maison, au fait que les fantômes ne mangent pas et rassure les disciples que le Ressuscité est présent au milieu d’eux. Aucune affirmation théologique ou dogmatique ne leur prouvera cela. Mais c’est plutôt la frappante humanité de Jésus à  table qui  les convainquera finalement qu’il est vivant.

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La présence du Christ ressuscité nous permet de faire la différence

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Réflexion biblique pour le dimanche de la Divine Miséricorde
par le Père Thomas Rosica, csb

19 avril 2009

Il existe un proverbe qui dit: « Si le cœur n’y est pas, les mains hésitent. »  Ceci semble avoir été écrit pour l’apôtre Thomas, dont l’évangile d’aujourd’hui raconte le récit familier qui nous fournit l’archétype du doute, du combat et de foi.

La première apparition du Seigneur ressuscité aux disciples dans saint Jean est à la fois intense et ciblée. C’est le soir, le premier jour de la semaine, les portes ont été verrouillées. Les disciples anxieux sont enfermés à l’intérieur. Un monde hostile et suspect les menace à l’extérieur. Jésus leur manque. Soudain, le ressuscité défie les portes closes, les cœurs fermés et la vision bouchée. Il apparaît simplement.  Doucement, jamais si doucement, il atteint l’apôtre démoralisé et blessé Thomas. Celui-ci met en hésitant son doigt dans les blessures de Jésus. C’est alors que l’amour l’envahit. Comment entendre ce récit sans penser au magnifique tableau du Caravage?

Qui est ce Thomas? Avec beaucoup d’autres disciples masculins, il se tient devant la croix, sans comprendre. Tous ses rêves sont accrochés à la croix avec son ami. Tous ses espoirs sont anéantis. Au fil des ans, j’en suis venu à considérer Thomas comme l’un des plus grands et des plus honnêtes amis intimes de Jésus et non l’éternel sceptique, le rebelle, l’entêté que la tradition chrétienne a souvent peint. Jeune, je n’ai jamais aimé être appelé «  Thomas l’incrédule », simplement parce que j’aimais poser des questions! Je nourrissais l’espoir secret que je portais ce prénom à cause de Thomas d’Aquin, More, Becket ou Villanova. Mais ma mère précisait que c’était l’apôtre qu’ils avaient choisi pour moi!

Le combat de Thomas et le nôtre

Que faisons-nous lorsque tout ce sur quoi nous avions misé s’écroule devant nos yeux, soudainement écrasé par des institutions puissantes et sans nom? Que faisons-nous quand notre première réaction, dans un moment de crise, est de fuir devant les foules en furie? Telles devaient être les questions de la plupart des disciples, Thomas inclus, qui ont soutenu et suivi Jésus de Nazareth durant ces trois années de ministère.

L’incrédule, le poseur de questions, Thomas qui sommeille en chacun de nous
peut être touché. Nous avons à répondre de nos blessures  et de celles des autres. Même dans notre faiblesse, nous avons à nous exposer au souffle de l’Esprit pour que nos blessures soient guéries et nos peurs dépassées.
Avec Thomas  nous croirons quand notre main tremblante atteint finalement tout hésitante le Seigneur dans la communauté de foi. Les mots adressés à Thomas nous sont donnés : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu! »
Longtemps auparavant, saint Grégoire le Grand a dit de Thomas,  « Si, en touchant les plaies du corps de son Maître, Thomas peut nous aider à dépasser les blessures de l’incrédulité, le doute de Thomas nous est plus utile que la foi de tous les apôtres. »

Des siècles après Thomas, nous lui sommes toujours reconnaissants pour son honnêteté et son combat.  Bien que nous ayons peu d’informations sur les origines et le passé de ce disciple, nous avons un indice sur son identité, dans l’étymologie de son nom en grec, Didymous, qui signifie « Jumeau ». Qui était l’autre moitié de Thomas? Qui était son jumeau?  Peut-être pouvons-nous le contempler en nous regardant dans un miroir. L’autre moitié de Thomas se situe dans toute personne combattant la souffrance de l’incroyance, du doute et du désespoir et qui a laissé la présence de Jésus ressuscité faire l’immense différence.

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Le silence et le courage des témoins de la résurrection

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Réflexion biblique sur les Évangiles de Pâques
par le Père Thomas Rosica, csb

12 avril 2009

Pâques est la promesse que la mort nous visitera tous. Mais plus important encore, c’est l’assurance que la mort n’est pas le dernier mot. La résurrection de Jésus nous amène à se rappeler, des plus sombres moments de chagrin ou plus petits défis quotidien, combien Dieu nous réconforte et nous donne la force de persévérer. Le mystère de Pâques nous donne une nouvelle identité et un nouveau nom: nous sommes sauvés, racheté, renouvelés, nous sommes chrétiens, et nous n’avons plus besoin d’avoir peur ou de désespérer.

À travers les lectures prenantes des Écritures de ce Triduum (spécialement les Évangiles de la Veillée Pascale et du matin de Pâques), nous observons ce que signifie la résurrection. Mais comment pouvons-nous donner expression à la conquête de la mort et l’abîme de l’enfer? Nous devons honnêtement admettre qu’il n’y a pas de mots. Nous nous tournons donc vers l’expérience des femmes au tombeau du récit de Marc de la résurrection et du témoignage de Marie-Madeleine, témoin du Christ Vivant, pour trouver des images et des mots pour décrire ce qui est arrivé.

Le silence des femmes

L’Évangile de Marc pour la Veillée Pascale (16, 1-8) nous laisse perplexe. Nous lisons qu’après avoir découvert que le tombeau de Jésus était ouvert et vide, puis entendu le message angélique de la résurrection et d’une rencontre future avec Lui en Galilée, les femmes « sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Est-ce possible que les Évangiles de Marc se terminent vraiment avec 16, 8? Les premiers compilateurs bibliques chrétiens, confus par une telle fin, offrirent deux autres fins plus conventionnelles à l’Évangile; la plus longue d’entre elles est imprimée dans la plupart des bibles comme Marc 16, 9-20. Néanmoins, la question demeure: Que pouvons nous dire à propos d’un récit de la résurrection où Jésus Vivant n’apparaît jamais? Comment Marc est si différent du chef-d’œuvre du chapitre de Luc sur la résurrection (24) ou des portraits très développés par Jean des premiers témoins de la résurrection (20-21)?

Plutôt que de rejeter l’étrangeté de la fin de l’Évangile de Marc, réfléchissons avec soin sur ce qu’elle nous offre. Premièrement, nous n’avons jamais vu le Christ Vivant en personne. Nous voici plutôt devant une scène intrigante: il est tôt le matin, il fait encore sombre, et les femmes arrivent au tombeau pour une mission presque impossible. Le tombeau est déjà ouvert et elles sont accueillies par quelqu’un venu du Ciel qui leur commande « …allez dire aux disciples et à Pierre “Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

La peur et le tremblement accompagnant les femmes les empêchent de dire à personnes ce qu’elles ont vu. De quoi ont-elles peur? En restant silencieuses, est-ce qu’elles désobéissent au message de l’ange « Allez dire… » ? Que devons-nous comprendre du silence de ces femmes?

Le récit de la résurrection de Marc contient un énoncé initial, sommaire des enseignements de l’Église dans l’Évangile: « Ne vous effrayez pas. » (16, 6). On demande au lecteur d’abandonner toutes peurs. Deuxièmement, on dit au lecteur: « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n’est pas ici; voyez l’endroit où on l’avait déposé. » (16, 6).

La crucifixion du Seigneur Jésus n’était pas le moment final, définitif de sa vie. Comme chrétiens, notre foi n’est pas basée sur un homme crucifié et mort ou sur un tombeau vide, mais sur un Seigneur bien Vivant qui habite au milieu de nous avec une toute nouvelle présence. « Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. » (16, 7). Le message de la résurrection nous est donné. L’événement est simplement trop grand pour être présenté dans de simples mots!

Le récit de la résurrection de Marc est construit pour nous déranger – pour défaire la voie facile qui nous fait oublier que l’appel aux disciples et l’appel de la croix. À travers l’Évangile tout entière, nous sommes invités à regarder nos vies sous l’ombre de la croix.

Les femmes vont au tombeau, attirées inconsciemment par le puissant et invitant mystère de Dieu qui leur sera révélé bientôt. Elles s’enfuirent loin du tombeau ( 16, 8 ) bouleversées par le formidable message de la résurrection de Jésus. Face à cette plutôt incroyable nouvelle de la résurrection de Jésus crucifié, la fuite silencieuse et craintive des femmes est non seulement compréhensible, mais aussi très approprié.

N’est pas la même chose pour vous et moi? Quand faisant face à la fascinante puissance de Dieu à l’ouvrage dans nos vies, ramenant à la vie ces parties mortes de nos existences and restituant nos espoirs anéantis et nos esprits torturés, une réponse de silence et de peur, d’émerveillement et d’étonnement est aussi compréhensible, et à certains moments appropriés, même pour nous.

Le témoignage de Marie-Madeleine

Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marthe et Lazare), et cette femme pénitente sans nom qui parfuma les pieds de Jésus (Luc 7, 36-48) sont parfois identifiées par certains comme étant la même femme. De là et de la déclaration que Jésus avait sorti hors de Marie Madeleine sept démons (Luc 8, 2), est venu la tradition que Marie-Madeleine avait été une prostituée. Mais en réalité, nous ne savons rien de ses péchés ou de ses faiblesses. Ils auraient pu être un désordre physique inexplicable, une maladie mentale ou n’importe quoi qui aurait pu mettre en danger son intégrité de l’esprit ou du corps.

Marie-Madeleine est mentionnée dans les Évangiles comme étant la galiléenne qui suivit Jésus et Ses disciples, le servit, et qui, selon chacun des évangélistes, fut présente à Sa crucifixion et Son enterrement, et alla au tombeau le dimanche de Pâques pour parfumer Son corps.

Jésus vivait dans une société androcentriste. Les femmes étaient des propriétés, premièrement de leur père, puis de leur mari; elles n’avaient pas le droit de témoigner, elles ne pouvaient pas étudier la Torah. Dans cette atmosphère restrictive, Jésus agit sans animosité, acceptant les femmes, les honorant, les respectant, et en chérissant leur amitié. Il voyagea avec elles, les touchant et les guérissant, les aimant et les laissant l’aimer.

Dans notre Évangile du dimanche de Pâques (Jean 20, 1-18), nous regardons une nouvelle fois cette scène d’un tôt matin où la tristesse règne alors que Marie-Madeleine pleure incontrôlablement à la tombe de son ami Jésus. Nous entendons de nouveau cette conversation: « Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? » « Seigneur, si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le prendre. Jésus dit lui dit, « Marie! » Elle se tourna et Lui dit en hébreu, « Rabbouni! » – ce qui signifie maître. » « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Marie-Madeleine alla annoucer aux disciples, « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. » (Jean 20, 15-18)

À cause de son incroyable message et mission, Marie-Madeleine était appelée avec raison « Apostola Apostolorum » (Apôtre des apôtres) chez les premiers chrétiens, parce qu’elle avait été la première à voir le Seigneur Vivant et à annoncer Sa Résurrection aux autres apôtres.

Pour Jésus, les femmes étaient les égales des hommes pour pouvoir pénétrer les grandes vérités religieuses, les vivre et les annoncer aux autres. Il n’y a pas de code secret à propos de cette histoire qui est encore une merveilleuse bonne nouvelle plus de 2 000 ans plus tard. Alléluia, Alléluia, Alléluia!

Embrasser l’authentique « Science de la Croix »

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Réflexions bibliques du Vendredi saint
par le Père Thomas Rosica, csb
10 Avril 2009

 

Chaque année le Vendredi saint, nous lisons la Passion selon saint Jean. Tout au long de cet envoûtant et émouvant récit, il y a une emphase sur la souveraineté de Jésus jusque dans sa mort. Comme nous contemplons le mystère de Jésus crucifié, nous apprenons de sa souffrance et sa mort combien importante était la place de cette personne au milieu de nous. Nous sommes invités à prendre conscience de la mort tragique de Jésus dans le contexte de nos propres épreuves, douleurs et morts. La croix de Jésus est un message, une parole pour nous. Un signe de contradiction, un signe de victoire, et nous contemplons la croix et répondons dans la foi au message de vie qui en découle, un message qui apporte guérison et réconciliation. Comme la Croix est élevée, d’une façon étrange et mystérieuse, nous la regardons et trouvons force et espoir au milieu de nos propres luttes.

 

Ecce Homo « Voici l’Homme »

Jésus crucifié est le symbole de ce que l’humanité fait de la bonté: nous la tuons. Ce n’est pas le diable qui nous fait peur mais la bonté. Dans la Passion de saint Jean, Ponce Pilate présente Jésus au peuple avec les mots : « Voici l’Homme » (Jean 19,5) Quelle incroyable expression pour décrire le paradoxe de la personne et de la mission du Fils de Dieu !

 

Ecce Homo – Il a tellement bien intégré notre humanité qu’il était pleinement homme et vraiment un modèle pour chacun en nous montrant comment être pleinement humain pour être authentiquement saint.

 

Ecce Homo – Qui a vécu pour les autres, les guérissant, les rétablissant et les aimant pour la vie.

 

Ecce Homo – Qui a eu le courage de choisir des femmes comme disciples et amies proches.

 

Ecce Homo – Qui a revendiqué avoir une relation unique, personnelle, avec le Dieu d’Israël qu’il a appelé « Abba ».

 

Ecce Homo – Qui est venu dans le monde comme celui qui est sans péché le juste, le parfait, le saint, et ses semblables, les humains l’ont tué. À la fin, nous détruisons et tuons l’être humain parfait, celui que nous avons tant désiré et aimé.

Depuis le tout début de nos vies, nous sommes dans les ténèbres animés de cette force auto-destructrice, ce péché fondamental d’être insensible à la bonté humaine. N’est-ce pas ce que nous voulons dire quand nous parlons de péché originel, cette capacité illimitée en nous pour l’auto-destruction et la haine de soi ?

 

Dans sa mort, Jésus nous sort de nous-mêmes.

 

Dans les Synoptiques, Jésus est arraché de sa famille, de ses disciples et amis qui n’ont plus l’occasion de le revoir jusqu’à ce qu’il surgisse de la mort. Mais les choses sont différentes dans l’Évangile de Jean où Jésus a l’opportunité de dire adieu, au moins à sa mère et à l’un de ses disciples, réunis au pied de sa croix. Avant de mourir sur la Croix, Jésus charge son disciple bien-aimé de prendre soin de sa mère et sa mère de s’occuper de ce disciple.
« Voici ton fils, Voici ta mère ! » Jésus nous tourne hors de nous-mêmes vers les personnes avec lesquelles nous n’avons pas de liens de sang, les identifiant comme nos mères, pères, sœurs ou frères spirituels.

A travers sa mort, Jésus fait tomber les barrières entre les personnes et crée une nouvelle famille grâce au pouvoir qui coule de sa mort pour l’humanité. Même l’inclinaison de sa tête au moment de sa mort peut être interprétée comme un signe dans leur direction. La vie jaillit de la mort de Jésus, pour ceux qui le suivent.

 

La Science de la Croix

 

En ce jour, la mort de Jésus nous invite tous, spécialement les chrétiens et les juifs, au nom de notre communion les uns avec les autres, à une reconnaissance de cette terrible destruction du monde.
Rien ni personne ne peut nous éloigner plus longtemps de cette communion. Rien ne peut enlever notre sentiment d’appartenance, en participant et en étant les bénéficiaires de la rencontre salvatrice de Dieu avec Israël et avec le monde brisé, qui se produit dans la crucifixion de Jésus, que nous, chrétiens, croyons être le fils d’Israël et Fils de Dieu.

 

Vendredi saint, souvenons-nous d’une femme juive, Édith Stein, qui a aimé la Croix et a embrassé sa contradiction et son mystère tout au long de sa vie. Il y a une merveilleuse sculpture en bronze, grandeur nature d’Édith Stein au centre de la ville allemande de Cologne, près du séminaire de l’archidiocèse. La sculpture représente Édith Stein à trois moments critiques de sa vie. Le premier quand elle est jeune, philosophe juive et professeure, étudiante d’Edmond Husserl. Édith est représentée en profonde méditation avec une étoile de David appuyée contre son genou.
La deuxième représentation de la jeune femme montre Edith divisée en deux. L’artiste montre son visage et sa tête presque divisés. Elle est passée du judaïsme à l’agnosticisme et même à l’athéisme. Une recherche douloureuse de la vérité.

La troisième représentation décrit Édith Stein en tant que Sr Thérèse Bénédicte de la Croix et elle tient dans ses bras le Christ crucifié: “Thérèse bénie par la Croix” comme le nom l’indique. Elle est passée du judaïsme au christianisme en passant par l’athéisme. Dans sa biographie, se trouve un moment poignant de la période critique de sa vie, à Breslau, quand elle va sortir du judaïsme. Avant son entrée officielle au Carmel de Cologne, elle a dû affronter sa mère juive. Sa mère dit à sa fille: « Édith, ne penses-tu pas que tu puisses être religieuse aussi dans la foi juive? »
Édith lui répondit: «  Bien sûr, quand vous n’avez rien connu d’autre. » Alors désespérée, sa mère lui a répliqué : « Et toi, pourquoi le sais-tu ? Je ne veux rien dire contre lui. Il était certainement un homme très bon, mais pourquoi est-il devenu Dieu? »
Les dernières semaines chez elle et au moment de la séparation furent très pénibles. Il était impossible de faire comprendre son choix à sa mère, même un peu. Édith écrivit: « et cependant je franchis le seuil de la maison du Seigneur dans une profonde paix. »
Comme Édith Stein, nous rencontrons Jésus et sa Croix, et nous avons connu quelque chose d’autre. Nous avons rencontré Quelqu’un d’autre: L’Homme de la Croix. Nous n’avons pas d’autre alternative que d’aller à lui. Après son entrée au Carmel, Édith continua d’écrire un grand ouvrage sur la Croix, « La Science de la Croix ». Elle et sa sœur furent déportées de Cologne à Echt en Hollande et elles partirent avec d’autres juifs pour Auschwitz où elles furent brulées par le diabolique régime nazi, le 9 août 1942.

 

En ce Vendredi saint nous nous rassemblons en tant que communauté chrétienne autour du « Voici l’Homme – Ecce Homo » et nous contemplons Jésus qui prend tous nos péchés et manquements pour que nous puissions expérimenter la paix et la réconciliation avec Celui qui l’envoie. Si nous n’avons pas vraiment rencontré et adopté l’Homme de la Croix, nos efforts sont vains. La validité de tous nos efforts est déterminée par notre actualisation de Jésus en Croix chaque jour, en laissant le Mystère Pascal transfigurer nos vies. La Croix de Jésus nous enseigne que tout ce qui aurait pu rester de laideur et de souvenirs passés est transformé en beauté, espoir et vie nouvelle.

En ce Vendredi saint, que la Croix soit notre vraie science, notre réconfort en ces temps troublés, notre refuge face au danger, notre sauvegarde dans le cheminement de notre vie, jusqu’à ce que le Seigneur nous accueille dans sa maison céleste. Continuons de nous marquer quotidiennement du signe de la croix, et d’être plus conscient de ce que nous faisons et professons vraiment avec ce signe :

 

« Au nom du Père »
Nous touchons nos esprits parce que nous savons si peu comment créer un monde de justice, de paix et d’espoir.

 

« Au nom du Fils »
Nous touchons le centre de notre corps pour accepter nos peurs et douleurs de notre propre passage de mort à la vie.  

 

« Au nom de l’Esprit »
Nous touchons notre cœur pour rappeler qu’au centre de la Croix de Jésus, le cœur vulnérable de Dieu peut nous apporter guérison et salut 

 

Lecture des Écritures
Isaïe 52, 13 ; 53, 12; Psaume 31,2 ; 6, 12-13, 15-16, 17, 25; Hébreux 4,14-16; 5,7-9; Jean 18,1 ; 19,42

Vérité et pieds nus du Jeudi saint

Dernière Cène

Réflexion biblique pour le Jeudi saint
par le père Thomas Rosica, csb
9 avril 2009

Dans les deux traditions juive et chrétienne, manger et fêter sont beaucoup plus qu’une simple façon d’alimenter le corps, de goûter certains mets ou de célébrer un événement. Manger et festoyer sont devenus pour les deux traditions des rencontres avec des réalités transcendantes, une union avec le divin. Dans le Nouveau Testament, le propre ministère de Jésus se passe très souvent à table durant les repas. Certains disent que nous sommes toujours en train de manger avec Jésus dans les Évangiles!

Jésus assiste à de nombreux repas tout au long des 4 Évangiles: avec Lévis et ses collègues de bureau, avec Simon le Pharisien, avec Lazare et ses sœurs à Béthanie, avec Zachée et la foule à Jéricho, avec des parias et des centurions, avec des foules sur les collines de Galilée et chez ses disciples.

C’est finalement durant le dernier repas que Jésus nous laisse son cadeau le plus précieux: l’Eucharistie. La lecture des Écritures le Jeudi saint nous enracine profondément dans notre passé juif; célébrer la Pâque avec le peuple juif, recevant de saint Paul ce qui lui a été transmis, c’est-à-dire le banquet eucharistique tout en regardant Jésus carrément en face quand il s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds en humble service. Au lieu de nous présenter l’un des récits de l’évangile synoptique de l’institution de l’Eucharistie, l’Église nous offre l’attitude dérangeante du Maître agenouillé devant ses amis, lavant leurs pieds en geste d’humilité et de service.

Imaginez la scène! Comme Jésus noue une serviette autour de sa taille, prend un pichet d’eau, s’abaisse et commence à laver les pieds des disciples, il enseigne à ses amis que la libération et la nouvelle vie s’atteignent non en présidant au-dessus des multitudes de trônes royaux, ni par la quantité de sacrifices sanglants offerts sur les autels du temps, mais en marchant avec le marginal et le pauvre et en les servant comme celui qui lave les pieds au cours du voyage.

Durant cette nuit sainte de l’« institution », lorsque Jésus but la coupe de son sang et s’abaissa pour laver les pieds, il instaura une nouvelle et dynamique alliance commune entre ses disciples et nous.  C’est comme si l’histoire entière du salut se terminait cette nuit, juste quand cela commence; avec les pieds nus et la voix de Dieu nous parlant à travers sa propre chair et sang: « Ce que j’ai fait pour vous, vous devez le faire aussi. » Le lavement des pieds est l’intégrale de la dernière Cène. C’est la manière de Jean de dire à ceux qui suivent Jésus tout au long des âges: « Vous devez vous souvenir de son sacrifice dans la messe, mais vous devez aussi vous souvenir de sa demande d’aller servir le monde. »

Au la dernière Cène, Jésus nous enseigne que la vraie autorité dans l’Église vient de l’acte de servir, de donner notre vie pour nos amis. Sa vie est une fête pour le pauvre et les pécheurs. Cela doit être la même chose pour ceux qui reçoivent le corps du Seigneur et son sang. Nous devenons ce que nous recevons dans ce repas et nous imitons Jésus dans ses actes de libération, ses mots de guérison et ses gestes d’humble service. De l’Eucharistie doit jaillir un certain style de vie communautaire, une authentique empathie pour nos voisins et pour les étrangers.

En définitive, la célébration de l’Eucharistie nous projette toujours vers l’avant, comme nous le professons dans l’anamnèse après la consécration durant la messe: « Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, jusqu’à ton retour dans la gloire. »

Le pouvoir transformateur d’un repas

Chaque année au moment du Jeudi saint, j’essaie de prendre le temps de regarder l’un de mes films préférés, Le Festin de Babette. C’est une histoire d’ouverture des cœurs dans une petite communauté puritaine sur la côte norvégienne grâce à la générosité d’une cuisinière française.

Le film dirigé par Gabriel Axel, a reçu le prix en 1986 pour le meilleur film étranger et sa fidèle adaptation de la nouvelle de 1958 d’Isaac Dinesen Babettes gæstebud. Il a été nommé « icône cinématographique de l’Eucharistie » parce qu’il explore l’amour et la générosité dans le contexte d’un repas ainsi que la capacité du repas à transformer les vies.

Voici l’intrigue. Au 19e siècle au Danemark, deux sœurs vivent dans un village isolé avec leur père, pasteur honorable d’une petite église protestante qui est pratiquement une secte tournée sur elle-même. Bien qu’elles aient, chacune leur tour, eu la possibilité de quitter le village, les sœurs ont choisi de rester avec leur père, de le servir ainsi que l’église.  Après quelques années, une jeune réfugiée, Babette, frappe à leur porte, les supplie de la prendre et s’engage à travailler pour elles comme servante, maîtresse de maison, cuisinière. Babette arrive avec une lettre d’un chanteur français qui avait passé du temps dans cette région, était tombé amoureux d’une des sœurs puis était parti, déçu. La lettre recommande Babette à ces « bonnes personnes » et mentionne qu’elle peut cuisiner. Durant une douzaine d’années, Babette cuisine très simplement des repas auxquels les sœurs sont accoutumées.

Au bout des 12 ans de service dans cette famille, Babette gagne à la loterie française, un prix de 10 000 francs. Au même moment, les sœurs planifient de célébrer les 100 ans de leur père, le fondateur de leur petite secte chrétienne. Elles s’attendent à ce que Babette les quitte avec son argent, au contraire à leur grande surprise, elle leur offre de cuisiner un repas pour cet anniversaire. Bien que les deux sœurs soient secrètement inquiètes au sujet de ce que Babette, une catholique et une étrangère, pourrait bien faire, elles l’autorisent à aller de l’avant. Babette utilise juste la petite ouverture, une modeste célébration, pour cuisiner une tempête et les dégâts du naufrage dans la vie des sœurs et avec leur communauté par une outrageuse générosité.

Dieu est toujours prêt, cherchant la plus petite ouverture, dans un sens, priant pour que nous le remerciions avec joie d’accepter son offrande! La vie du Christ commence avec le plus petit mouvement de notre part, juste l’allusion d’une ouverture et Dieu fait un pas et nous submerge par sa réponse. Quand nous acceptons, Dieu prend en main la cuisine, nous inondant de grâce sur grâce. Les plus grands mets français ne sont rien comparés aux cadeaux que Dieu nous a accordés, spécialement dans le don ultime de Lui-même dans l’Eucharistie.

À la fin, le festin de Babette produit des effets étonnants. Les membres de la communauté se sont réconciliés les uns avec les autres. Les invités au Festin de Babette ont rencontré le divin et reçu en plénitude à travers l’acte physique de manger. «Le festin de Babette » est un chef d’œuvre qui peut nous aider à explorer la divine générosité divine à travers l’image d’un repas, sa qualité transformante, ses gestes de service humble et aimant et ses fruits de réconciliation et de pardon qui prennent place autour de la table. Pas étonnant que ce film me rappelle un autre repas qui prit place dans une chambre haute à Jérusalem des siècles auparavant.

Les lectures pour ce Jeudi Saint: Exode 12,1-8, 11-14, Psaume 116, 1 Corinthiens 11, 23-26; Jean 13, 1-15

La Passion de Jésus est notre raison d’espérer

Dimanche des Rameaux

Réflexion biblique pour le Dimanche des Rameaux 5 Avril 2009
Père Thomas Rosica, csb

La Passion, la souffrance, la mort et la résurrection du Seigneur sont ces thèmes qui nous unissent en tant que peuple chrétien en Église durant la Semaine sainte. Cette année au dimanche des Rameaux, nous écoutons attentivement le récit des dernières heures sur terre de Jésus dans la Passion chez Marc.

Ce récit nous frappe par ses contrastes. Lorsque nous entendons à nouveau cette histoire émouvante, la Passion de Jésus pénètre l’engourdissement de nos vies. Cette semaine en particulier, nous avons une occasion privilégiée d’apprendre à partir de ce qui est arrivé à Jésus et de découvrir non seulement l’identité de ceux qui l’ont jugé, condamné et tué voilà bien longtemps, mais aussi de ce qui a tué Jésus. Le cercle vicieux de violence, brutalité, haine et jalousie continuent de Le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine. 

Zoom sur le récit de la passion dans Marc

Le compte rendu de Marc (Marc 11,1-10) de l’entrée de Jésus à Jérusalem est la version la plus réservée de cet événement dans le Nouveau Testament. Pour certaines raisons, l’évangéliste donne un rôle plus important à l’âne dans ce récit. C’était la coutume pour les pèlerins d’entrer à Jérusalem à pied. Seuls les rois et les gouverneurs traversaient la ville, le plus souvent sur de grands chars et chevaux, avec des processions ostentatoires, pour bien marquer leur présence. Jésus, roi d’une différente sorte, choisit de rentrer dans la ville, non sur un majestueux étalon, mais sur le dos d’une jeune bête de somme.

En étant conduit à travers la ville sur le dos d’un âne, Jésus vient comme un roi dont la règle n’est pas d’être servi, mais de servir. Son royaume n’est pas construit sur le pouvoir, mais sur la compassion et le service généreux. L’âne que Jésus monte nous renvoie aux paroles du prophète ancien Zacharie, qui annonce la scène 500 ans avant: « Fille de Sion, réjouis-toi, éclate en cris de joie, vois ton roi qui vient vers toi, triomphant et victorieux, humble et monté sur un âne… »

Dans le récit de la Passion de Marc, nous sommes témoins de l’angoisse de Jésus, totalement abandonné par ses amis et disciples. Jésus est résigné à son sort. Il ne répond pas à Judas quand il le trahit, ou à Pilate durant son interrogatoire. Dans Marc, Pilate ne fait pas d’effort pour le sauver, alors que ce procureur romain le fait dans les 3 autres évangiles.

Tout au long de son Évangile, Marc présente l’échec total des disciples à pourvoir tout support à Jésus ou même à comprendre ce qui arrive. L’énigmatique jeune disciple qui fuit nu dans la nuit quand Jésus est arrêté est un symbole puissant dans l’évangile de Marc sur ceux qui le suivaient, qui ont laissé famille et amis derrière eux pour suivre Jésus. Maintenant que le torchon brule, ils laissent tout derrière eux, mais pour fuir loin de Lui.

Quand nous nous remémorons les événements de cette première Semaine sainte, de la chambre haute à Gethsémani, du jugement rendu par Pilate au Golgotha, de la croix au tombeau vide, Jésus change complètement notre monde et son système de valeurs. Il nous apprend que la vraie autorité est trouvée dans le service dévoué et la générosité aux autres : la grandeur est centrée dans l’humilité, le juste et aimant sera exalté par Dieu à l’heure de Dieu

Point de vue sur la passion de Marc à travers les lunettes de la fidélité

Au milieu des récits de Marc de trahison et de violence, l’évangéliste insère une dramatique histoire d’une exquise fidélité. Quand Jésus visite Simon le lépreux à Béthanie sur les pentes du Mont des Oliviers, une femme anonyme brise puis ouvre une jarre en albâtre d’un parfum couteux et enduit la tête de Jésus d’une bonne, royale et biblique manière (14, 3-9). Comme le parfum de l’huile remplit la pièce, ceux qui sont avec Jésus sont choqués du geste extravagant de cette femme. Mais Jésus prend sa défense. Elle a accompli un acte de vraie fidélité et d’amour. Il leur dit, «elle a parfumé d’avance mon corps pour mon ensevelissement » (14, 8). A cause de cela, Jésus fait cette promesse, on fera mémoire d’elle partout où l’Evangile sera prêché (14, 9). Cette femme est la seule dans tout le Nouveau Testament à recevoir tous ces honneurs.

Tandis que ses disciples masculins manifestent clairement un palmarès d’échec, de trahison et d’abandon, cette femme anonyme incarne l’audace, le courage, l’amour et la fidélité. Quel exemple! Bien qu’elle ne puisse pas comprendre pleinement le sens de son acte symbolique et prophétique de l’onction, ni l’opportunité de son action, elle ne désire simplement qu’être avec lui et lui exprimer son attention et son amour prodigue.

Est-ce que ce n’est pas cela que chacun de nous est appelé à faire durant la Semaine sainte en particulier? N’est-ce pas aimer Jésus et être attentif à lui tout au long des mouvements tragiques finaux de la symphonie de sa vie terrestre, et au milieu de tous de ces déboires, échecs et trahisons de nos propres vies?  Nos vies doivent être comme la jarre de parfum dispendieux de cette femme, qui est versé si copieusement sur le Seigneur dans les derniers moments de sa vie sur terre.

Qui, sinon le Sauveur condamné?

À la fin du Chemin de croix au Colisée de Rome, le Vendredi saint de l’année jubilaire 2000, le pape Jean-Paul II a parlé avec des paroles émouvantes et puissantes:

« Qui, sinon le sauveur condamné peut pleinement comprendre la souffrance de ceux qui sont injustement condamnés? 

Qui, s’il n’est pas le roi méprisé et humilié, peut rencontrer les attentes des hommes et femmes laissés pour compte qui vivent sans espoir ou dignité ?

Qui, sauf le fils de Dieu crucifié peut connaître la douleur et la solitude de tant de vies bouleversées et sans futur? »

Quel sauveur nous avons! Il comprend vraiment notre condition humaine.

Il marche avec nous et partage nos peines, solitudes et souffrance. Comment répondons-nous à tant d’amour mystérieux  et de solidarité authentique? Le dimanche de la Passion nous invite à avoir ce que Paul appelle « l’attitude de Jésus-Christ » (Philippiens 2, 6-11) dans sa Passion et sa mort. « Se vider » nous-mêmes, de nos propres intérêts, des peurs et besoins pour l’amour des autres. Puissions nous rejoindre ceux qui sont blessés pour les guérir et réconforter ceux qui désespèrent autour de nous en dépit de nos propres désaveux et trahisons.

Pendant les liturgies touchantes de la Semaine sainte, il nous sera donné la grâce spéciale de soutenir avec joie et espoir le mépris et le rejet, l’humiliation et la souffrance. De cette façon, la Passion de Jésus devient une raison d’espérer et un moment de grâce pour nous tous quand nous cherchons le règne de Dieu dans nos propres vies, même si cette recherche peut être solitaire et douloureuse.  La Semaine sainte nous donne la consolation et la conviction que nous ne sommes pas seuls.

Contemplant le visage de Jésus

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Réflexion biblique pour le cinquième dimanche de Carême Année B – 29 mars 2009

P. Thomas Rosica, csb

Le 5ième dimanche de carême (Année B) nous invite à fixer notre regard sur Jésus, le prêtre modèle, souffrant, compatissant et solidaire de l’humanité. Premièrement, considérons l’Évangile de Jean au chapitre 12 : l’apogée du ministère public de Jésus. C’est le dernier acte officiel avant les événements de sa passion, dimanche prochain. Il y a les gentils, les non-Juifs, qui cherchent Jésus pour la première fois. Ils ne viennent pas simplement pour lui jeter un regard, avoir une « audience générale » avec lui, mais plutôt pour le « voir ». Dans l’évangile de Jean, « voir » Jésus c’est l’équivalent de croire en lui. Quelle simple et cependant combien stupéfiante demande : «Monsieur, nous voudrions voir Jésus » Jn 12, 21.

Au travers de la totalité des Écritures, hommes et femmes ont désiré voir Dieu, contempler son apparence, sa beauté et sa gloire. Combien de fois dans les psaumes demandons-nous de voir la face de Dieu ? « Que ton visage illumine ton serviteur » (Ps 119, 135). Non seulement nous supplions de voir le visage de Dieu, mais il nous est demandé de le faire. « Cherchez ma face », dit le Seigneur (Ps 27,8). Nous ne pouvons pas faire semblant, il nous est demandé de chercher la face de Dieu. Puis, commencent les lamentations. « Ne me cache pas ta face » (Ps 102, 2). « Pourquoi caches-tu ton visage, Seigneur ? » (13,2). Nous supplions, nous cherchons mais nous ne pouvons pas trouver le visage de Dieu. Ensuite nous sommes éperdus. Moïse, parlant comme un ami parle à un ami, a demandé à Dieu de voir son visage. Mais Dieu lui a répondu : « Tu ne peux pas voir mon visage; car personne ne pourra voir mon visage et vivre » (Exode 33,20).

Quand nous demandons dans les psaumes à voir le visage de Dieu, nous demandons de voir réellement Dieu comme il est vraiment, de contempler les profondeurs de Dieu. Dans le dernier chapitre du dernier livre des Écritures, il est écrit : « Ils verront sa face » (Apocalypse 22,4). Nous voyons le visage de Dieu révélé dans la personne de Jésus de Nazareth. Désirons-nous voir le visage de Dieu souvent ? Où trouvons-nous sa face aujourd’hui ? Que faisons-nous lorsque finalement nous voyons le visage de Jésus ?

« Voir Jésus » dans le jardin des souffrances

L’auteur de la lettre aux Hébreux est rempli des pensées et de la théologie de Paul et de Jean, mais il contemple aussi l’agonie de Jésus dans le jardin en lien avec les sacrifices offerts au temple et la prêtrise selon les Écritures. L’Ancien Testament n’a jamais imaginé de demander au grand prêtre d’être comme ses frères et sœurs, mais était au contraire soucieux de le séparer des autres. Une attitude de compassion envers les pécheurs semblait être incompatible avec la prêtrise de l’Ancienne Alliance. De plus, aucun texte n’a jamais spécifié que le grand prêtre serait libre de tout péché.

L’épitre aux Hébreux (5, 7-9) nous présente un type différent de prêtrise, celle d’une extraordinaire compassion et solidarité. Durant sa vie terrestre, Jésus a partagé notre chair et sang, pleurant dans ses prières et versant des larmes silencieuses. Il a expérimenté toutes nos difficultés. Il est un homme éprouvé ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur , c’est seulement par cela qu’il a acquis une profonde capacité à compatir. C’est la seule sorte de prêtrise qui fait une différence, et cela en vaut la peine depuis toujours.

Que cette image de Jésus nous enseigne-t-elle aujourd’hui ? Loin de créer un abysse entre Jésus-Christ et nous-mêmes, nos propres épreuves quotidiennes et faiblesses sont devenus le lieu privilégié de notre rencontre avec lui, et non seulement avec lui, mais avec Dieu lui-même. La conséquence en est que dès aujourd’hui, pas l’un de nous peut se pencher sur une situation douloureuse sans trouver que Christ est, par ce fait, de notre côté. Jésus était « écouté à cause de son autorité ou sa pieuse soumission ». Et nous recevons la consolation que nous aussi pourrons être écouté à cause de notre propre persévérance dans la prière, notre respect devant Dieu et notre pieuse soumission à sa volonté pour nous

Voir Jésus dans la souffrance et la mort du pape Jean-Paul II

Nous lisons aujourd’hui dans ce passage d’évangile que le les Grecs s’adressent en premier à Philippe qui est du village de Bethsaïde au bord de la Mer de Galilée. « Philippe alla le dire à André, puis ensemble ils le dirent à Jésus» (Jn 12,22). Pour voir Jésus, l’un doit être conduit à lui par un apôtre. Le témoignage de ceux qui ont vécu avec lui, à ses cotés, nous le montre et nous ne pouvons rien faire sans ce témoignage.

Nous avons besoin des écrits apostoliques, spécialement des Évangiles, transmis par la tradition, de laquelle nos parents, prêtres, diacres, enseignants, catéchètes, prêcheurs et autres croyants sont les témoins et les porteurs de la Bonne Nouvelle. Combien important et nécessaire est-il de reconnaître ces personnes-clés dans nos vies qui sont des témoins vivants et des liens à la tradition et à la Bonne Nouvelle de Jésus ! L’une de ces personnes pour des millions de gens dans le monde était Karol Wojtyla, l’homme que nous connaissons comme Jean Paul II.

Il y a quatre ans cette semaine, le monde assistait publiquement à l’agonie et à la passion de ce successeur de Pierre. Alors que nous commémorons le 4e anniversaire de la mort de Jean-Paul II le 2 avril, je ne peux pas m’empêcher de rappeler ces jours si émouvants et voir combien il nous a révélé le visage de Dieu et l’image de Jésus crucifié.

L’une des plus puissantes leçons qu’il nous a enseignées dans le crépuscule de son pontificat fut que chacun doit souffrir, même le Vicaire du Christ. Plutôt que de cacher ses infirmités, comme la plupart des gens font, il a laissé le monde entier voir ce qui lui arrivait. Au dernier moment de sa vie, l’athlète était immobilisé, la voix bourrue si distinctive s’est tue et la main, qui a produit tant d’encycliques, incapable d’écrire. Mais rien ne fit faiblir Jean-Paul II, même la maladie dégradante cachée derrière un masque de Parkinson ou ultimement, son incapacité à parler et se mouvoir. Beaucoup croient que le plus puissant message qu’il prêcha fut quand les mots et les actions lui manquaient.
L’un des moments inoubliables et formateurs de ces derniers jours eut lieu la nuit du Vendredi saint 2005, pendant que le Pape, assis dans sa chapelle privée au Vatican, regardait le chemin de Croix, diffusé à la télévision, depuis le Colisée de Rome. À la station commémorant la mort du Seigneur, une caméra montra le Pape embrassant la croix dans ses mains avec sa joue tout contre le bois. Son acceptation de la souffrance et de la mort n’eurent pas besoin de mots. L’image parlait d’elle-même.

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Quelques heures avant sa mort, les derniers mots audibles du pape Jean-Paul II furent : « Laissez-moi aller à la maison du Père ». Dans l’intimité de la prière, alors que la messe était célébrée au pied de son lit et que les foules pleines de ferveur chantaient plus bas sur la place St-Pierre, il est mort à 21 h 37 le 2 avril. À travers sa passion publique, souffrance et mort, ce saint prêtre, successeur des Apôtres, et Serviteur de Dieu, nous a montré le visage de Jésus d’une manière remarquable.

Nicodème à la recherche de l’« âme de la théologie »

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Réflexion biblique pour le quatrième dimanche de Carême (Année B)

L’évangile du 3e dimanche de Carême (Année B) a pour caractéristique une conversation nocturne entre deux éminents professeurs de religion: d’une part un renommé « Maître en Israël » du nom de Nicodème et de l’autre, Jésus, que ce Nicodème appelle « Maître qui vient de la part de Dieu. »  Nicodème vint voir Jésus durant la nuit. Son rôle prééminent et sa position dans l’instance nationale appelée le Sanhédrin firent de lui le gardien de la grande tradition. Pour beaucoup, il était l’expert sur le sujet de Dieu !

Il est important de situer dans le contexte ce passage d’évangile de ce dimanche. La conversation entre Jésus et Nicodème est l’un des dialogues les plus significatifs du Nouveau Testament et cette visite secrète à Jésus la nuit suggère l’opacité de son incroyance. Cette visite et cette conversation sont enveloppées d’ambiguïté et le penchant de saint Jean pour les contrastes forts comme l’obscurité et la lumière peuvent être observés dans ce récit hautement symbolique.

Jésus parle à Nicodème du besoin d’expérimenter la présence de Dieu et de s’offrir à lui. Connaître Dieu, c’est beaucoup plus que de rassembler de l’information et des données théologiques à son sujet. En parlant de renaître d’en haut, Jésus ne signifie pas que nous devons rentrer dans le ventre de notre mère une deuxième fois, mais Jésus fait référence à une renaissance que seul l’Esprit de Dieu rend possible.

Le Fils de l’Homme, élevé pour nous guérir

Dans le texte de l’évangile du jour, Jésus dit à Nicodème et à tous ceux qui entendront ce récit dans les générations futures, que le Fils de l’Homme doit être élevé  pour que les gens puissent le contempler et trouver paix et guérison. Durant le séjour d’Israël dans le désert, les personnes furent affligées par un fléau : des serpents. Moïse a élevé un serpent sur un bâton et tous ceux qui le contemplaient recouvraient la santé. Tous deux, le serpent de bronze et Jésus crucifié, symbolisent le péché humain. Quand Jésus est « élevé »,  ce n’est pas seulement sa souffrance sur la croix qui est partagée. Le mot grec utilisé pour « élevé »  à une double signification : une élévation physique du sol comme la crucifixion ou une élévation spirituelle qui est une exultation.

Quelle leçon Nicodème nous enseigne-t-il aujourd’hui? Il nous alerte sur ce qui arrive quand on adhère à un système et que l’on essaie de « maîtriser  » la théologie, les Écritures, la tradition, les règles et les règlements. Il nous enseigne que les cours de religion et de théologie ne sont pas des substituts pour la foi et la croyance. Pour Nicodème, Dieu est plus que de l’information et des données. Dieu est  avant tout, un ami, un amant, un Seigneur et Sauveur, qui patiemment nous attend le jour, et même la nuit. Plutôt que d’approcher les Écritures comme quelque chose à maîtriser,  nous devons permettre à la Parole de Dieu de diriger nos vies.

Nous ne savons rien de plus au sujet de Nicodème, excepté que des mois après,  il est capable de différer l’inévitable affrontement entre Jésus et le Sanhédrin. Plus tard, Nicodème assiste Joseph d’Arimathie en récupérant le corps brisé de Jésus mort.    

Nicodème et le Synode récent sur la Parole de Dieu

Je ne peux m’empêcher de lire l’histoire de Nicodème à la lumière du récent Synode des évêques au Vatican sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise. J’ai eu le privilège de servir au Vatican en tant qu’attaché de presse pour les médias de langue anglaise couvrant ce Synode des évêques en octobre 2008 à Rome. L’expérience fut comparable à une retraite très dense à travers les Écritures et les documents du Concile Vatican II.

Au Synode, le Saint-Père et les évêques du monde ont parlé de l’impasse actuelle des études de l’Écriture,  causée souvent par l’atomisation et la dissection des Écritures et un manque d’intégration des études bibliques avec la foi, la liturgie et la vie spirituelle. Si les textes bibliques sont lus et enseignés seulement pour leur exactitude ou inexactitude historique et philologique, nous manquons l’occasion de lire la Bible comme un livre de foi, possession privilégiée d’une communauté vivante et priante. Nous courons le risque d’interprétations sélectives et relativistes de la Parole de Dieu.

Durant dix-huit années d’enseignement à l’école de théologie de l’université St-Michael de Toronto, de nombreux étudiants m’ont confié que leurs cours d’Écritures étaient « sans âme », séparés de la réalité de l’Église et non reliés à sa vie liturgique. Leurs commentaires simples, mais significatifs, ont mis l’accent sur l’un des thèmes importants évoqués durant le Synode des évêques sur la Parole de Dieu.

Le 14 octobre 2008, le pape Benoît XVI a partagé de profondes réflexions sur ce sujet. Dans un discours bref et clair à toute l’assemblée du Vatican, le Pape a abordé l’un des thèmes les plus importants qui émergeaient durant ce synode. Quand l’exégèse biblique catholique est coupée de la communauté de foi vivante dans l’Église, l’exégèse est réduite à de l’historiographie et rien de plus. L’herméneutique de la foi disparait. Nous réduisons chaque chose aux origines humaines et pouvons tout expliquer simplement. Nous refusons ultimement Celui duquel les Écritures parlent, Celui dont la présence se trouve au travers des mots.

Se référant à « Dei Verbum,  » la constitution dogmatique sur la révélation divine, le Pape a réaffirmé sans équivoque l’importance de la méthode historico-critique qui trouve ses racines en Jean 1, 14, le Verbe s’est fait chair. Rien qui puisse nous aider à comprendre le texte biblique ne saurait être exclu en autant que l’intention des différentes approches et leurs limites soient clairement observées.

Durant tout le temps où le Pape a parlé, la figure de Nicodème du Nouveau Testament était dans mon esprit, ainsi que d’autres nombreuses personnalités, guidées par Jésus au-delà des théories, systèmes et structures dans la rencontre avec le Dieu vivant qui est la Parole parmi nous. Nicodème avait certainement une somme de savoir sans fin, et il a développé un grand système de religion dans lequel Dieu est catégorisé et analysé. Jésus ne lui dit pas que cela est mal ou même indésirable. Il lui dit simplement que ce n’est pas assez.

Depuis mes années d’études à l’Institut pontifical biblique de Rome,  j’ai porté cette petite prière de saint Bonaventure dans ma poche. Les mots viennent de son « Itinerarium Mentis in Deum » (Itinéraire de l’âme vers Dieu) invitant les chrétiens à reconnaître leur insuffisance à « la lecture sans repentir, la connaissance sans dévotion, la recherche sans étincelle d’émerveillement, la prudence sans capacité de sentir la joie, l’action séparée de la religion, l’apprentissage  coupé de l’amour, l’intelligence sans humilité, l’étude non soutenue par la grâce divine, la pensée sans la sagesse inspirée par Dieu. »

Ces paroles servent de mesure et de guide pour chacun de nous, quand nous étudions la théologie et la Parole de Dieu et permettons à la Parole de diriger nos vies. Que notre savoir, apprentissage, science et intelligence nous mènent humblement, jour et nuit, à la rencontre de Jésus-Christ, le but ultime de notre itinéraire.

Soyons remplis par une joie brûlante pour la maison du Seigneur

Réflexion du 3e dimanche de carême

 


Dans les textes de ce troisième dimanche de carême, je voudrais mettre l’accent sur deux images puissantes présentes dans ces textes: celle de Jésus purifiant le Temple de Jérusalem et du message de saint Paul au sujet de la croix de Jésus-Christ.

Les deux actions purificatrices de compréhension de la croix de Jésus et Paul peuvent nous être d’une grande aide alors que nous grandissons dans notre connaissance et amour de Jésus-Christ en cette saison de carême.

Le récit de Jean de la purification du temple de Jésus est très différent des autres récits évangéliques (de cette histoire dramatique). Dans les évangiles synoptiques, cette scène prend place à la fin de la procession du dimanche des Rameaux dans la ville sainte. Avec des gens l’acclamant triomphalement, Jésus entra dans la zone du temple, non pas pour rendre hommage, mais pour mettre au défi le temple et ses chefs. Il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs et les tables de ceux qui vendaient des oiseaux et animaux pour le sacrifice. Quel enseignement! Jésus cita les Écritures: « L’Écriture ne dit-elle pas : Ma maison s’appellera maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » [Marc 11, 17, Isaïe 56, 6-7, Jérémie 7, 11].

Dans le quatrième évangile, la purification du temple prend place au début du ministère de Jésus et non au commencement des événements entourant les derniers jours de sa vie. Les mots et actions surprenantes de Jésus au temple, qu’elles soient du récit synoptique ou du récit de Jean, ont pris un nouveau sens pour les générations futures de chrétiens. « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Le temple n’est pas un centre commercial ou un centre d’achat mais bien une place sainte du Père. Comme les prophètes avant lui, Jésus essaya de réveiller les cœurs de son peuple. Les disciples de Jésus se rappellèrent qu’il leur a dit au Temple les mots du psaume 68, 10: « L’amour de ta maison m’a perdu. » J’ai souvent compris la signification de ce verset comme: « Je suis rempli d’un amour brûlant pour cette maison. » Quand le magnifique Temple de Jérusalem avait été détruit par les Romains, juifs et chrétiens pleurèrent ensemble cette perte, et les disciples de Jésus se rappelèrent de cet incident dans le temple. Maintenant, ils peuvent y voir un nouveau sens; c’était un signe que le vieux temple était terminé, mais qu’un nouveau temple allait être construit. Ce nouveau temple ne serait pas de pierre, de bois et d’or. Il serait un temple vivant de personnes saintes [1 épître de Pierre 2, 4-6; Éphésiens 2, 19-22].

Jésus extrême

Un aspect intriguant de l’Évangile du jour est le portrait d’un Jésus fâché au temple avec la scène de purification qui exprime deux extrêmes dans notre propre image du Seigneur. Certaines personnes espèrent un autrement passif Jésus en révolutionnaire whip-cracking le fouet à la main.

D’autres voudraient exciser toute qualité humaine de Jésus et peindre un très docile, au caractère fade, qui souriait, gardait silence et choisissait de ne jamais brasser la cage. Les erreurs de ces vieux extrêmes, cependant, ne justifient pas un nouvel extrémisme.

Jésus n’était pas exclusivement, même pas principalement concerné avec des réformes sociales. Plutôt, il était rempli d’une dévotion profonde et d’un amour brûlant pour son Père et les choses de son Père. Il voulait former de nouvelles personnes, créées à l’image de Dieu, (qui sont) soutenues par son amour et partager cet amour aux autres. Les disciples et apôtres de Jésus le reconnaissent comme une figure passionnée – une figure qui était engagée vers la vie, prête à la perdre pour la vérité et la fidélité.

Nous laissons-nous tenter par ces deux extrêmes dans notre compréhension et notre relation avec Jésus? Sommes-nous passionnés à propos de quelque chose dans nos vies aujourd’hui? Sommes-nous remplis d’un amour profond et brûlant pour les choses de Dieu et de son Fils, Jésus?

Le message de la croix

En écrivant aux gens de Corinthe, Paul notait plusieurs désordres et scandales qui étaient présents. Une communion et unité véritable étaient menacées par des groupes et des divisions internes qui compromettaient sérieusement l’unité du Corps du Christ. Plutôt que d’en appeler avec des mots de sagesse théologiques ou philosophiques complexes pour résoudre des difficultés, Paul annonce le Christ à cette communauté: le Christ crucifié. La force de Paul n’est pas trouvée ne réside pas dans une langue persuasive, mais plutôt, paradoxalement, dans la faiblesse de quelqu’un qui a confiance seulement dans la « puissance du Seigneur » (1 Corinthiens 2, 1-4).

Dans la première lettre de saint Paul aux Corinthiens [1 Cor 18, 22-25], nous entendons parler « le langage de la croix est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. » Pour saint Paul, la croix représente le centre de cette théologie: dire croix signifie salvation comme une grâce donnée à toute créature.

Le message simple de la croix de Paul est scandale et folie. Il déclare le tout fermement avec ces mots: « Le message de la croix est folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, c’est la parole de Dieu. C’était la volonté de Dieu à travers la folie de la proclamation pour sauver ceux qui ont la foi. Alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. »

Le « scandale » et la « folie » de la croix sont précisément dans le fait qu’il semblait n’y avoir qu’échec, tristesse et défaite, et c’est précisément là qu’est toute la puissance de l’amour sans limite de Dieu. La croix est l’expression de l’amour et l’amour est la puissance véritable qui nous est révélée dans cette apparente faiblesse.Saint Paul l’a expérimentée même dans sa propre chair, et il nous en donne témoignage dans plusieurs passages de son aventure spirituelle, qui est devenue un point de départ important pour chaque disciple de Jésus: « Il m’a dit, « Ma grâce te suffit, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12, 9); et même « Dieu a choisi ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose » (I Corinthiens 1, 28).
L’apôtre des gentils s’identifie à un tel degré avec le Christ qu’il a aussi, même au milieu de tant d’épreuves, vécu dans la foi du Fils de Dieu qui l’aima et qui se donna à lui pour ses péchés et ceux de tous les hommes(Galates 1, 4; 2, 20).

Aujourd’hui, alors que nous contemplons l’amour brûlant de Jésus pour les choses de son Père, et le mystère salvifique de sa croix, prions ces mots:

Ô Dieu, que ta folie est sage et ta faiblesse est forte,
par le travail de ta grâce dans la discipline du Carême
purifie le temple de ton Église et le sanctuaire de nos cœurs.
Que nous soyons remplis d’un amour brûlant pour ta maison,
et que l’obéissance à tes commandements
nous absorbe et nous entoure sur ce chemin du Carême.
Nous demandons cela à travers Jésus-Christ, l’homme de la Croix, puissance et sagesse,
le Seigneur qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, toujours et à jamais. Amen.