Message de Télévision Sel + Lumière au sujet de Mgr Raymond Lahey

L’Église à travers le Canada est sous le choc suite aux révélations surprenantes au sujet de Mgr Raymond Lahey, ancien évêque du diocèse d’Antigonish. Comme vous le savez, Mgr Lahey est maintenant sous arrêt à Ottawa après avoir été inculpé pour possession de pornographie infantile. Mgr Lahey est bien connu des téléspectateurs de Sel + Lumière comme un pasteur doux et aimable, particulièrement sensible aux besoins de ceux et celles qui ont souffert d’abus sexuels. Ces mêmes victimes doivent, pour plusieurs, se sentir re-victimisées à la lumière des événements des derniers jours.

Nous partageons la tristesse, la souffrance et l’anxiété du diocèse d’Antigonish et de l’Église toute entière. Comme l’a bien dit Mgr Anthony Mancini, archevêque d’Halifax et administrateur apostolique d’Antigonish lors d’une conférence de presse aujourd’hui, « Ce n’est pas ce que notre communauté de foi est appelée à vivre ».

Mgr Mancini nous invite à apporter ce fardeau à l’eucharistie paroissiale, là où nous présentons tous nos soucis. Voilà comment nous pouvons continuer à être une communauté de foi pour et avec les autres en cette période difficile. Il ajoutait: « Nous traversons une expérience contemporaine de souffrance. Le mystère de notre foi porte sur la passion et la mort, mais d’abord et avant tout sur la résurrection, sans laquelle nous n’avons pas d’avenir ».

N’oublions jamais que n’importe quel matériel qui porte atteinte à la dignité de la femme, de l’homme ou de l’enfant en retirant la sexualité de son contexte de relations interpersonnelles signifiantes nie l’image du Créateur au sein de chacun de nous. Pour nous, la pornographie et la représentation de violence sadique ruinent la sexualité, désagrègent les relations humaines, exploitent des personnes – spécialement des femmes et des jeunes – sapent le mariage et la vie familiale, encouragent des comportements antisociaux et affaiblissent la fibre morale de la société toute entière.

Comme parents, professeurs, pasteurs et agents de pastorale, notre responsabilité première est d’enseigner – ouvertement et constamment – d’importantes vérités morales, incluant les vérités à propos de la morale sexuelle. Nous devons enseigner que la pornographie dégrade ceux et celles qui participent à sa production et désensibilise tous ceux qui sont pervertis à travers sa consommation. Nous dénonçons la pornographie parce que nous croyons qu’elle réduit le cadeau du Créateur qu’est la sexualité à un niveau qui est vide de dignité personnelle, d’engagement et de spiritualité.

Alors que nous vivons ce moment de délabrement et de vulnérabilité, nous sommes tous invités à la prière, au silence et à l’espoir. Prions ensemble pour Mgr Lahey, pour les prêtres et les gens d’Antigonish,pour les victimes d’abus sexuels et de pornographie. Nous sommes ensemble pour traverser cette crise.

Père Thomas Rosica, csb
Directeur général
Télévision Sel + Lumière

Sur l’importance de l’autocritique et de l’humilité

Réflexion biblique pour le 26e dimanche du temps ordinaire B

Les prophètes bibliques sont ceux qui ont reçu un appel divin à devenir messager et interprète de la Parole de Dieu. La parole qui rejoint le prophète l’oblige à parler. Alors, Amos demanda : « Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui ne prophétiserait? » (Amos 3,8) Jérémie est abattu face au message de souffrance qu’il n’arrivait pas à transmettre aux personnes qu’il aimait. Ce qui étouffe la parole : « Je me disais : Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. ”, Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir. » (Jérémie 20,9) Peu importe le format du message la vraie vison de Dieu, typiquement israélite, du prophète l’a imprégné au plus profond de sa pensée de sorte qu’il voit les choses selon le point de vue de Dieu et qu’il est convaincu qu’il les perçoit ainsi. L’obéissance à la Parole de Dieu est essentielle à la mission du prophète.

Pour faire de tout le peuple du SEIGNEUR, un peuple de prophètes!

Dans la première lecture d’aujourd’hui tirée du Livre des Nombres (11,25-29), Dieu a donné le don de prophétisme à certains, ce qui surprit Moïse. Plus tôt, il s’était plaint à Dieu soutenant qu’il lui était impossible de subvenir aux besoins d’Israël à lui seul dans le désert. Comme solution, Dieu promit de conférer cet esprit prophétique de Moïse à soixante-douze anciens. Bien qu’Eldad et Medad ne soient pas venus à la tente de la rencontre lorsque l’esprit de Dieu reposa  sur Moïse, ils reçurent tout de même ce don et se mirent à prophétiser.

Lorsque Josué, l’assistant de Moïse, voulut taire cette prétendue rébellion contre l’autorité, Moïse répliqua: « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes! » (Nb 11,29) Moïse est content que l’esprit du prophétisme soit partagé avec ceux qui n’étaient pas présents au premier envoi des anciens. On reproche à Josué sa jalousie. L’autorité spirituelle peut engendrer de graves abus. Il doit être géré prudemment, humblement et avec dignité. Les leçons apprises nous communiquent que la capacité de Dieu à partager l’esprit n’est pas restreinte: Dieu seul en est la mesure. [Read more…]

‘Don Luigi’: Diplomate et Pasteur ‘sui generis’


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Père Thomas Rosica, c.s.b.,
Président-directeur général, Télévision Sel et Lumière

Hommage à Monseigneur Luigi Ventura, Nonce Apostolique au Canada 2001-2009

Ce matin le Pape Benoit XVI a nommé Monseigneur Luigi Ventura, actuel Nonce Apostolique au Canada comme Nonce Apostolique en France.  Ce grand pasteur et ami à la télévision Sel et Lumière au Canada a servi au Canada depuis september 2001.  Il a été un grand don et bénédiction pour l’Eglise canadienne et surtout pour les JMJ 2002 et la télévision Sel et Lumière.

Depuis les temps anciens, les papes ont envoyé des représentants, avec le titre de Légats, aux conciles généraux et locaux de l’Église. Ces légats étaient choisis parmi le clergé romain et les évêques d’Italie qui relevaient directement du Saint-Siège. À partir du 11e siècle, ces représentations étaient confiées à des cardinaux à cause de l’importance des missions. Ils portaient alors le titre de légat pontifical. Le nom de ‘nonce’ (du latin ‘nuntius’ qui signifie messager ou message),  était toutefois octroyé aux prélats, en général des évêques, à qui l’on confiait une négociation ou une mission à caractère particulier.

Les nonces apostoliques sont aujourd’hui les représentants personnels du Saint-Père auprès des différents pays du monde. Le rôle complexe et parfois inconnu des nonces s’opère à divers niveaux, le plus souvent en arrière plan, avec grande discrétion et humilité.

En premier lieu, le nonce assigné à un pays donné travaille de près avec les églises locales (les diocèses) et la conférence épiscopale nationale afin de renforcer les communications entre l’Église qui est dans ce pays, le Saint-Père et les différents dicastères romains. Les nonces apostoliques sont le rappel vivant de l’universalité de l’Église.

Ensuite, les nonces sont les représentants officiels du Saint-Siège auprès du gouvernement du pays auquel ils sont assignés. Les nonces servent de liaison officielle entre le pays où ils se trouvent et le Saint-Siège. Puisque leur mission leur permet d’avoir une vue d’ensemble sur plusieurs enjeux, les nonces jouent un rôle-clé dans l’orientation de l’Église catholique dans un pays donné.

Les nonces viennent et se succèdent. La plupart des gens ne peuvent jamais réellement connaître un nonce! Ce fut tout le contraire avec Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique au Canada de 2001 à 2009. Arrivé la veille du 11 septembre 2001, on lui colla, même avant son arrivée au Canada, le titre de ‘nuncio della GMG’ : le nonce de la Journée mondiale de la jeunesse 2002. Et c’est vraiment ce qu’il a été!

Luigi Ventura n’était pas n’importe quel diplomate envoyé chez nous. Il lui fallut peu de temps pour comprendre l’Église canadienne et répondre à ses besoins pastoraux. [Read more…]

Le sens de la Sagesse chrétienne

Réflexion biblique pour le vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire B

Dans  la première lecture d’aujourd’hui, l’image du juste du Livre de la Sagesse est  fondée sur  le quatrième chant du Serviteur  (Isaïe 52,13-52,12) ainsi qu’Isaïe 42,1 et le psaume 22,8. Bien que les rabbins de Palestine n’aient pas intégré le Livre de la Sagesse dans le canon,  ces Écrits auraient néanmoins influencé  les auteurs du Nouveau Testament qui dressent une  image précise  de Jésus, c’est-à-dire celle du juste qui fut injustement condamné.

La première lecture d’aujourd’hui (Sg 2 ,12 et 17-20) peint un portrait des méchants qui veulent tendre un piège au juste. Une image qui risque de choquer les auditeurs.  D’autant plus que les actes et les pensées des méchants sont froides et délibérées: « Voyons si ses paroles sont vraies, regardons où il aboutira. Si ce juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et le délivrera de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un veillera sur lui.» (2, 17-20)

On attaque le juste puisque  son mode de vie réprouve celui des méchants : «il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu» (2,12).  On reconnaît  la fidélité du juste. Ainsi, la communauté qu’il partage avec Dieu n’est pas la cause de sa mort. Le juste, caractérisé par sa douceur et patience, est mis à l’épreuve, persécuté et même tué par les méchants, pleins d’assurance. Ils veulent à tout prix persécuter le juste, car sa vie et ses paroles mettent leurs faiblesses en évidence (2,12-16) et ils sont déterminés à éprouver les affirmations du juste (vv. 17-20). Par ses méfaits, les méchants suscitent la mort. [Read more…]

Affirmation, identité et objectif de la mission de Jésus

Réflexion biblique pour le 24e dimanche du temps ordinaire B

jesus_pierre_pecheLe récit de l’évangile de ce dimanche (Marc 8, 27-35) porte sur l’affirmation, l’identité et l’objectif de la mission de Jésus. Marc fait de cet épisode le cœur de son évangile. On le trouve immédiatement après le récit de la guérison de l’aveugle de Bethsaïde.

Cette restauration de la vue prépare la scène à la profession de foi de Pierre et au moment glorieux de la Transfiguration. La nature véritable de Jésus est graduellement révélée aux disciples. Leur cécité est guérie mais ils ne saisissent toujours pas pleinement le sens de ce qu’ils voient. À partir de ce moment, tous les éléments de l’évangile de Marc portent vers la crucifixion.

S’il y avait un «point tournant» dans la description du ministère public de Jésus que fait Marc, c’est bien l’évangile de ce dimanche. Au cours de mes études postuniversitaires en Israël dans les années 90, j’ai eu le privilège de travailler avec l’équipe archéologique qui effectuait les excavations à Césarée-de-Philippe, aujourd’hui appelé «Banias», qui réfère à «Paneas» ou au dieu grec Pan. Luxure et violence étaient monnaie courante dans ce lieu où était adoré ce dieu.

Au temps de Jésus, ce temple était reconnu comme le lieu d’un culte pour la fertilité très populaire. Nous sommes au nord d’Israël, à la frontière de la Syrie, au pied du majestueux mont Hébron. Jésus et ses disciples arrivent dans la région de Césarée-de-Philippe au cours d’un long périple qui les menait loin de chez eux.

Césarée-de-Philippe avait été construite par Philippe, une autre génération de la famille hérodienne. Il s’agissait d’une ville garnison pour l’armée romaine. Au cœur de ce lieu de culte païen au dieu grec, Jésus questionne ses disciples au sujet de son identité. Jésus demande ce que les autres disent de lui. Comment percevaient-ils son œuvre? Qui est-il selon eux? Probablement surpris par cette question, les disciples ratissent leurs souvenirs pour une conversation passée, une opinion ou une rumeur qui circulaient dans l’une des villes aux alentours du lac. Jésus lui-même est bien au courant de ce qu’on dit de lui et connaît trop bien les attitudes blessantes de ses propres concitoyens de Nazareth. [Read more…]

Pour une communication de qualité

Réflexion biblique pour le 23e dimanche du temps ordinaire B

03_7pr3a-isaiah-michelangelo-2Dans ce magnifique poème biblique du livre d’Isaïe 35,4-7 (la première lecture d’aujourd’hui), le prophète annonce que la captivité babylonienne tire à sa fin. L’exode du peuple de Dieu, esclave en Égypte, est devenu un modèle qui invite à réfléchir sur le salut et un symbole de cet important pèlerinage de la famille humaine vers Dieu. Le prophète Isaïe a fait la rencontre d’une communauté d’exilés à la mine abattue. Il réagit en leur rappelant des souvenirs joyeux de l’Exode hors d’Égypte.

Pourtant, un deuxième Exode se profile, symbolisé par la guérison accordée aux aveugles, aux boiteux et aux muets ainsi qu’une vie nouvelle pour les morts. Après avoir été libéré par Dieu, le peuple entier devra retourner,  par le désert, sur sa propre terre, lors d’un nouvel Exode. Selon la prophétie d’Isaïe qu’il n’y aura alors qu’une seule voie pure comme chemin vers la sainteté sur lequel le racheté devra marcher.

Dans le désert, l’eau jaillira. Le pouvoir rédempteur de Dieu rejoint les personnes affaiblies afin de guérir tous les maux qui frappent l’humanité. Ainsi, Isaïe souligne les afflictions guéries par Dieu : « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors, le boiteux bondira, et la bouche du muet criera de joie.»

Isaïe prédit cette vie nouvelle en abondance que Matthieu propose dans sa conception de la guérison «d’un sourd-muet» (Marc 7, 31-37). Dans l’Évangile de Marc, ce récit de la guérison du sourd-muet nous incite à prendre en considération certains points importants qui, dans le Nouveau Testament, portent sur la maladie et la souffrance. Les malades dans la Bible sont ceux qui se sont éloignés du droit chemin ou qui se sont simplement écartés de l’état d’intégrité et de plénitude humaine. Jésus les guérit en les rétablissant, ainsi les lépreux sont purifiés, les aveugles peuvent voir, les muets parlent, etc.

Nous possédons peu d’information sur la façon dont Jésus accomplissait ses guérisons. Jésus n’a certainement pas fait de miracles d’un coup de baguette magique ou par pichenette. L’homme guérit par Jésus était sourd et muet, de ce fait il lui était impossible de communiquer avec les autres, d’entendre sa propre voix ou encore, d’exprimer ses sentiments et de faire valoir ses besoins. Au moment de la guérison du sourd, Jésus pousse un soupir en lui touchant les oreilles. Ce qui nous indique qu’il s’unissait à la souffrance des gens et qu’il s’associait profondément à leurs malheurs afin qu’ils deviennent son propre fardeau. [Read more…]

Sous l’emprise de la superficialité

 Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire B

Combien de fois avez-vous entendu, ou peut-être  vous vous êtes vous-même exclamés: «un tel est pharisien.» « Ils sont tombés dans le pharisaïsme. » L’Évangile d’aujourd’hui  (Mt 7,1-8; 14-15, 21-23) nous offre une bonne occasion de comprendre le rôle des pharisiens dans le judaïsme, et pourquoi leur comportement suscitait de fortes émotions chez  Jésus et les autres. Qui étaient les pharisiens à l’époque de Jésus et  qui sont leurs contemporains actuels?

st-jean-baptistePermettez-moi de simplifier  un sujet  très compliqué afin de faciliter la compréhension de  l’Évangile d’aujourd’hui. Les pharisiens tentaient  de faire vivre la Loi en chaque juif  par  le biais  d’interprétations adaptées aux divers aspects du quotidien.  Les doctrines des pharisiens ne s’opposent pas à celles du Christianisme. À l’époque, les pharisiens  étaient le «parti conservateur »  du judaïsme. Ils se conformaient strictement à la Torah et au Talmud et ils affichaient une  grande moralité.  Ils étaient également chefs d’une majorité juive et ils étaient vénérés par leurs adeptes en raison de leur ferveur et  de leur dévouement. Ainsi, l’opposition était formée du parti des saducéens, le « parti libéral» du judaïsme qui était bien apprécié d’une minorité de la classe supérieure.

Dans Matthieu (3, 7-10), on fait mention des pharisiens lorsqu’eux et les saducéens sont condamnés par Jean le Baptiste : « Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?» Pourquoi Jean le Baptiste dirait-il que les pharisiens qui affichaient la moralité, la ferveur et la religiosité étaient une engeance de vipères?

De même, Jésus réserva ses propos les plus durs pour les pharisiens. Dans Matthieu  (16,6), Jésus  les avertit : «Méfiez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens.» De quoi devaient se méfier les disciples? Devaient-ils se méfier des immoralités des pharisiens et des saducéens? [Read more…]

« Voulez-vous partir, vous aussi? »

Réflexion biblique pour le 21e dimanche du temps ordinaire B

Dans l’évangile de ce dimanche (Jean 6, 60-69), nous entendons les diverses réactions des disciples au discours de Jésus entendu au cours des dernières semaines: le discours sur le Pain de vie.  Jésus offre du pain, mais ce pain n’est pas comme la manne que Dieu a donnée au peuple au désert; ce pain, c’est lui-même, sa vie même, et ceux qui en mangent « vivront éternellement. » Comme c’est souvent le cas dans l’évangile de Jean, des mots simples comme pain et vie débordent de sens théologique. Des siècles de théologie de l’eucharistie et de réflexions nous offrent une clé pour comprendre ces mots. Il faut toutefois savoir que ces paroles, prononcées à l’origine, ont causé bien des maux de tête et ont probablement offensé certaines gens. Saisissant bien l’humeur de son auditoire, Jésus dit : « Cela vous heurte? »

Le défi lancé par Jésus marque un point tournant du quatrième évangile. Non seulement nous dit-on que l’un de ceux qui suivaient Jésus allait le trahir, on apprend également que « beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » Le groupe devient plus petit alors que les enjeux deviennent plus importants. Malgré l’explication de Jésus, certain choisissent de s’en aller et ainsi révoquent leur loyauté. Jean se sert ici du mot disciples  pour ceux qui tournent leur dos. Ceux-ci n’étaient pas que de simples auditeurs de Jésus : ils étaient des disciples qui le connaissaient et étaient, fort probablement, connus de lui.

« Voulez-vous partir, vous aussi? »

Alors Jésus appelle les Douze et leur lance directement la question : « Voulez-vous partir, vous aussi? » Pierre agit ici comme porte-parole, comme il le fait dans les autres évangiles: « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Bien que les paroles soient différentes, cet échange est pareil à la confession de Pierre à Césarée de Philippe. À cet endroit, Jésus demande: « Pour vous, qui suis-je? » – ce à quoi Pierre répond : « Tu es le Messie » (Marc 8, 27-30). Dans les deux cas, le miracle de la multiplication sert de toile de fond à la question cruciale : qui est vraiment Jésus? [Read more…]

Nous sommes ce que nous mangeons

Réflexion biblique pour le 20e dimanche du temps ordinaire B

eucharistieAu chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean (vv 41-51), Jésus parle de lui comme «le pain vivant descendu du ciel» et invite ceux qui l’écoutent à manger de ce pain – c’est-à-dire, de croire en lui. Il promet que ceux qui font ainsi auront la vie éternelle. Jésus se compare à la manne descendue du ciel pour soutenir le peuple d’Israël au désert. Cette image forte éveille certainement la mémoire du peuple d’Israël.

Puis dans Jean 6, 51 Jésus dit: «Le pain que je donnerai c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» Alors ceux qui l’entendaient se sont demandés: «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?» Ont-ils répondu ainsi pour donner une chance à Jésus de s’expliquer? Sûrement, se sont-ils dits, Jésus voulait dire autre chose. Après tout, manger la chair de quelqu’un apparaît dans la Bible comme métaphore pour de grandes hostilités (Ps 27, 2; Za 11, 9). Boire du sang était perçu comme une abomination interdite par la loi de Dieu (Gn 9, 4; Lv 3,17; Dt 12:23).

Néanmoins, Jésus répond à la question en expliquant sa déclaration initiale de manière explicite: «Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.» Aucun juif qui observe la loi ne songerait à manger de la chair. On peut alors se demander: «Pourquoi Jésus ne pouvait pas continuer d’utiliser des termes agréables tels que ‘demeurer’, ‘habiter’, ‘révéler’… Prônait-il le cannibalisme avec des images et un langage aussi frappants? [Read more…]

Cette nourriture qui fortifie Élie est aussi la nôtre

Réflexion biblique pour le 19e dimanche du temps ordinaire B

J’ai toujours aimé lire le cycle du livre des Rois avec Élie. Le chapitre 18 du premier livre dresse un portrait d’Élie en tant que prophète invincible qui s’élève contre les rois et prophètes, mais reste pleinement humain à travers son périple! La première lecture de ce dimanche tirée de 1 Rois 19 nous présente un grand prophète qui est également vulnérable, pris par la peur et le découragement. 

Situons d’abord ce récit du premier livre des Rois. Au chapitre 19, nous voyons les retombées de la brillante victoire d’Élie contre Jézabel et les prêtres de Baal au sommet du mont Carmel. Alors qu’il aurait dû être triomphant, Élie reçoit un message lui révélant les intentions meurtrières de Jézabel, et il prend peur (v. 3). Élie est persécuté à cause de sa fidélité et pour demander l’obéissance au Dieu unique: une telle loyauté menaçait des pouvoirs qui avaient leurs propres idées sur les individus ou objets que l’on devait adorer.

L’ardent prophète d’Israël fuit immédiatement vers le Sud dans le désert du Néguev. Son humeur est à la défaite et à la désolation. Après tout ce qu’il avait fait pour le Dieu d’Israël, sa victoire lui semblait bien éphémère. On ne lui avait pas donné la protection divine promise. Il voulait tout simplement mourir: « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie: je ne vaux pas mieux que mes pères.» Là, dans le désert aride, Élie s’assied à l’ombre d’un buisson et demande la mort à Dieu. Il manifeste ainsi son découragement face à son peu de succès à encourager les Israélites à être fidèles à Dieu. [Read more…]