Libérez les dons de l’Esprit !

pentecoteLa théologie chrétienne du Saint-Esprit est enracinée dans le judaïsme. Le terme Esprit est traduit par le mot hébreu (ruah) et même dans sa prononciation nous détectons le vent et la respiration de Dieu.  Le vent de Dieu, la respiration de Dieu sont des chemins qui se référent à la présence de Dieu. L’expression « Saint-Esprit » est utilisée seulement sept fois dans l’Ancien Testament, tandis que les termes « Esprit de Dieu » ou « Esprit du Seigneur » reviennent 67 fois dans les écritures hébraïques. Dans la première ligne du livre de la Genèse  1,1, l’Esprit de Dieu planait sur les premières eaux attendant le moment opportun de mettre de l’ordre dans ce chaos.

Jésus lui-même utilise l’image sensorielle du vent lors de sa conversation mystérieuse et nocturne avec Nicodème. Il parle au sujet de l’Esprit comme le vent qui souffle où il veut (cf. Jean 3). C’est aussi la première fonction de l’Esprit dans les Écritures : être la présence mystérieuse de Dieu dans l’histoire,  non réductible à la logique humaine ou terrestre.

La deuxième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est de mettre les choses en ordre. Le récit de la création de la Genèse (chapitre 1) révèle un Esprit descendant sur ce monde sans forme et sa descente produit le miracle de la création, la transformation du chaos en cosmos, du désordre en ordre, de l’anonymat en communauté.

La troisième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est donneuse de vie. Nous lisons dans Genèse 2,7: « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Comme résultat de cette respiration divine, la créature humaine est transformée en un être vivant, pas pour être simplement une créature mais un partenaire fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, avec qui et à qui Dieu parle et confie la responsabilité pour le monde.

La quatrième fonction du Saint-Esprit est d’être guide. Nous lisons dans Isaïe 11 « sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et crainte du Seigneur. ». La crainte du Seigneur n’est pas quelque chose  qui fait peur aux personnes mais peut être comprise comme notre capacité de s’exclamer « wow! » « merveilleux! » devant l’œuvre et la création de Dieu.

La cinquième fonction de l’Esprit est de guérir, exprimée si puissamment dans la prophétie d’Ézéchiel, 36, 26-27: «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles»  L’Esprit entre, recrée, restaure la santé et terrasse le péché. [Read more…]

Le départ de Jésus nous donne le pouvoir de réaliser le rêve de l’évangile

Réflexion biblique pour la fête de l’Ascensionascension-du-seigneur

Les paroles de l’ange aux «hommes de Galilée» dans la première lecture des Actes des Apôtres en la fête de l’Ascension du Seigneur (1,1-11) nous frappent de plein fouet et laissent peu de place au malentendu. «Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel?  Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel». Les disciples de Jésus reçoivent un dernier enseignement. « Ne restez pas à regarder fixement le futur. Ne vous souciez pas trop de l’heure de son retour.» Nous ne devons pas rester à contempler le ciel et ruminer le passé, au sujet duquel nous ne pouvons rien faire, sauf l’enterrer profondément dans les mains et le cœur de Dieu! Le Seigneur sera glorifié et il s’ensuit que ses disciples partageront aussi sa gloire. 

Lorsque Jésus disparut, il ne s’est pas simplement dissout dans l’air. Le jour de son Ascension, certains ont pu conclure qu’il s’est enlevé de lui-même dans une nouvelle forme d’exclusion divine. C’est exactement le cas inverse. En Dieu, Jésus est «ici» d’une nouvelle et spécifique manière.  C’est seulement dans la séparation physique de la scène historique que peut s’accomplir son union spirituelle avec tout le monde, en tout temps. Jésus a quitté le monde, à un moment donné, pour être disponible à tous,  pour toujours.  Il dut dissoudre les liens établis avec ses amis, pour être disponible à  tous. En Jésus, le futur a déjà commencé!

L’ Ascension selon Marc

Il existe des similitudes dans les récits de l’Ascension de Jésus dans les évangiles synoptiques – Marc, Matthieu et Luc. Dans chaque cas, Jésus donne à ses disciples la tâche de proclamer le message de l’Évangile au monde entier. Chez Marc et Matthieu, les disciples sont envoyés par Jésus pour baptiser et prêcher. Cependant chez Luc, l’engagement de baptiser n’y est pas mentionné.  A la place, Jésus commande aux disciples de retourner à Jérusalem pour attendre l’accomplissement de sa promesse d’envoyer l’Esprit Saint. Seuls les évangiles de Marc et de Luc rapportent l’Ascension de Jésus au ciel. L’Évangile de Matthieu se conclut avec la promesse de Jésus de rester avec ses disciples pour toujours.

Cette année, le texte d’évangile de l’Ascension (Marc 16, 15-20) est tiré de la conclusion de l’Évangile de Marc. Ce dernier chapitre de Marc contient plusieurs irrégularités évidentes pour de nombreux lecteurs. Le matin de Pâques de l’année B nous entendons proclamer l’histoire de la découverte du tombeau vide par les femmes, et la frayeur qui accompagne ces premiers témoins de la résurrection. Le verset 8 arrive comme conclusion abrupte alors que les femmes, saisies de frayeur, ne disent rien à personne. Cela peut très bien être la fin originale de l’Évangile de Marc, mais il est aussi possible que la fin plus complète ait été perdue.

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La bonté de Corneille et l’amitié de Jésus et Benoît

Réflexion biblique pour le 6e dimanche de Pâques

En ce 6e dimanche de Pâques, je souhaite offrir quelques réflexions sur la première lecture des Actes d’Apôtres (10, 25-26; 34-35; 44-48) et puis des pensées sur l’amitié à partir de l’évangile de Jean (15,9-17) et l’enseignement du pape Benoît XVI.

La profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée

Le christianisme exige que le croyant ne saisisse pas seulement pas simplement les principaux dogmes de la foi avec sa tête mais qu’il agisse aussi en fonction de ceux-ci, dans sa vie quotidienne. L’extraordinaire histoire de la conversion de Corneille, dans la première lecture illustre bien ce message. Il s’agit du plus long récit individuel des Actes des Apôtres. Le thème de ce récit est la compulsion divine : Pierre est le moins préparé à accepter Corneille dans la communauté chrétienne et il refuse même deux fois de l’admettre. Pierre doit se convertir avant qu’il puisse convertir Corneille. Il réalisa que les dons de Dieu sont pour ceux qui suivent la Parole de Dieu. Sa question : «Quelqu’un peut-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint?» (10,47) en écho à la question de l’Éthiopien et la réponse de Philippe dans l’histoire plus récente. «Qu’est-ce  qui empêche que je reçoive le baptême? (8,36)»

Les actions de Pierre avec Corneille ont eu des implications plus lointaines. D’abord frappé par la sincérité exceptionnelle, l’hospitalité et la profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée, Pierre s’exclama spontanément: «Mais, à moi, Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme… Dieu n’est pas partial.»

Cette affirmation a brisé les coutumes des siècles et même théologiques qu’Israël, seul peuple choisi par Dieu, séparé des autres nations comme sa part personnelle (cf. Dt 7,6-8 ; Ex 19, 5-6). Pierre dut baptiser la maisonnée de Corneille et il fut critiqué pour son approche «œcuménique» mais il répondit à ceux qui le critiquèrent : « Qui suis-je pour empêcher Dieu d’agir (11, 17) ? A ces mots ils se sont tus et commencèrent à glorifier Dieu (11,18).»

Paul, aussi, a trouvé la même manifestation spontanée de la foi au milieu des gentils et a ainsi délaré: «Maintenant, nous nous tournons vers les Gentils.» La controverse sur la loi allait persister pour un long moment si bien que Paul dédia à ce sujet son travail théologique le plus complet: la lettre aux Romains.

Je vous appelle amis…

Dans ce texte de l’évangile de St Jean (15,15) nous entendons les paroles puissantes: «Je ne vous appelle plus serviteurs … je vous appelle amis.» Nous ne sommes plus des serviteurs inutiles mais des amis! Le Seigneur nous appelle amis, il nous fait ses amis; il nous donne son amitié.

Jésus définit l’amitié de deux façons. Il n’y a pas de secrets entre amis. Le Christ nous transmet ce qu’il entend du Père; il nous donne sa pleine confiance et aussi la connaissance. Il nous révèle son visage, son cœur. Il montre sa tendresse pour nous, son amour passionné qui mène à la folie de la Croix. [Read more…]

Faire notre demeure en Jésus

Réflexion Biblique pour le cinquième dimanche de Pâques

Dans l’évangile de Jean (15,1-8) que nous lisons pour ce 5e dimanche de Pâques, on nous présente l’image de la vigne et des sarments pour exprimer la relation entre le Christ et ses disciples. À prime abord, cela nous paraît bien simple, mais en regardant de plus près, nous sommes soudainement remplis d’un sentiment de mystère, d’émerveillement et de beauté, nous laissant toujours l’envie d’en vouloir plus.

Les sarments d’une vigne ont une relation intime avec le vin, dépendant de lui à tout moment et ne formant qu’un seul organisme avec lui. Le vin qui peut être un produit un peu étranger dans nos climats du Nord, est un aliment naturel pour toute personne du Moyen- Orient, où beaucoup de familles possèdent une vigne, un figuier ou des oliviers dans leurs jardins.

Jésus raconte aux personnes qui le suivent qu’il est la vigne véritable et qu’elles sont les sarments dont le devoir est de porter du fruit en partageant sa vie:

«Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.»

Bien que les images du Christ comme roi et seigneur, enseignant, berger et juge ont leur propre importance car elles nous montrent comment nous sommes reliés au Christ, il est besoin de présenter d’autres images comme la vigne qui intègre le disciple dans la vie du Christ et le Christ dans la vie du disciple, dans une unité intime et une proximité que les autres images ne peuvent pas toujours apporter.

Le passage d’aujourd’hui est une des descriptions classiques de la spiritualité chrétienne authentique. L’image de la vigne, en nous invitant à approfondir notre vie spirituelle, situe cette quête personnelle dans le contexte plus grand de la famille de Dieu, s’étendant, à travers le temps, d’Abraham à l’époque actuelle et au-delà, à travers l’espace du Moyen Orient du premier siècle aux quatre coins de la terre aujourd’hui.

Si Jésus est la vigne, nous sommes appelés à «demeurer», à «vivre», à faire notre maison «en lui». Le texte de l’évangile nous met au défi : comment maintenir l’intimité avec le Dieu Vivant lorsque nous essayons d’obéir à notre vocation de porter du fruit pour le monde? Que signifie «demeurer», «habiter» dans la vigne, être attaché intimement à Jésus?

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Jésus le beau et noble berger

Réflexion biblique pour le quatrième dimanche de Pâques 

Images bibliques du Berger

bon_bergerDans la Bible et l’ancien Proche Orient, «berger» était un titre politique qui sous-entendait l’obligation des rois à s’occuper de leurs sujets. Ce titre dénote le souci total et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la bible. Dans l’ancien testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Ps 67, 7), le guide (Ps 22, 3), le mène vers la nourriture et l’eau (Ps 22, 2), le protège (Ps 22, 4) et porte ses petits (Is 40, 11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore démontre que tout le peuple est sous la protection de Dieu.

L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme son berger. L’image du berger comme hôte se trouve aussi dans ce psaume que nous chérissons. Berger et hôte sont deux images avec le désert en arrière-plan car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La baguette, un peu comme un fouet, sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que le bâton est un instrument de support. Ils symbolisent le souci et la loyauté.

Le Nouveau Testament ne juge pas les bergers autrement : ils connaissent leurs brebis (Jn 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Lc 15, 4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jn 10, 11-12). Le berger est donc une figure pour représenter Dieu lui-même (Lc 15, 4ss). Jésus connaissait des bergers et éprouvait de la sympathie à leur égard. Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue que l’auteur établit la comparaison (Lc 15, 4ss et Mt 18, 12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et du rétablissement du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens envers ces derniers. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs d’après Luc que nous avons lu la semaine dernière est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples entêtés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve et la ramène au troupeau (15, 3-7).

Le dimanche du Bon Berger

En ce quatrième dimanche de pâques,  nous retrouvons le Bon Berger qui est réellement le beau et le noble, d’après le sens grec du terme, et qui connaît intimement son troupeau. Jésus connaissait des bergers et avait beaucoup de sympathie pour eux. Il s’appuie donc sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui. Ceux qui ont entendu Jésus clamé ce titre y voyaient plus que de la tendresse et de la compassion. On y trouve un tel degré d’amour que le berger est près à donner sa vie pour son troupeau. [Read more…]

Symphonie en quatre mouvements: La résurrection dans l’évangile de Luc

Réflexion Biblique pour le troisième dimanche de Pâques

emmaus1Je considère souvent que le chapitre 24 de l’évangile de Luc est une symphonie de la résurrection en quatre puissants mouvements a) le premier mouvement est le récit des femmes au tombeau, qui finit avec la visite de Pierre au tombeau pour vérifier leurs dires (vv.1-12). b) le deuxième raconte la grande histoire des deux disciples sur la route d’Emmaüs, culminant avec l’annonce de l’apparition du Seigneur à Pierre (vv.13-35) c) le troisième mouvement est l’apparition du Seigneur à ses disciples au repas, se terminant avec l’envoie en mission (vv.36-49) et le quatrième mouvement: l’ascension de Jésus au ciel (vv.50-52). 

Le plus connu de ces récits est l’épisode d’Emmaüs qui commence au verset 13. Il est différent des autres apparitions parce que le Seigneur disparaît au moment de la reconnaissance. Le récit d’Emmaüs (24,13-35) sert de pont entre le tombeau vide (24,1-12) et l’apparition de Jésus à ses disciples. (24, 36 et suiv.) immédiatement suivi du repas avec les disciples d’Emmaüs, leur reconnaissance de Jésus et leur retour en hâte à Jérusalem.

Cléophas et son compagnon s’éloignent de la ville où les événements décisifs sont arrivés vers un petit village sans importance. Ils n’ont pas cru au message de la résurrection, à cause du scandale de la croix. Bouleversés et découragés, ils sont incapables de noter un signe de libération dans cette mort, dans le tombeau vide, ou dans le message des apparitions de Jésus aux autres. A leurs yeux, soit la mission de Jésus a totalement échoué, soit ils sont eux-mêmes déçus dans leurs attentes au sujet de Jésus. Alors qu’ils marchaient avec Jésus en direction d’Emmaüs, ils ont senti leurs cœurs s’enflammer progressivement,  expérimentant ainsi le pouvoir de la résurrection dans leur cœur. La solution au problème de ces deux disciples n’était pas dans une réponse parfaitement logique.

Emmaüs au Synode

Le récit auquel le Synode sur la Parole de Dieu, en octobre 2008,  s’est le plus fréquemment référé, fut incontestablement celui des disciples sur le chemin d’Emmaüs (Luc 24,13-35). Citée par les cardinaux, évêques, experts et invités spéciaux, dans les nombreuses présentations venant de tous les coins de la terre, l’histoire d’Emmaüs nous prouve une fois encore qu’elle est un grand modèle ou paradigme pour la catéchèse, l’enseignement, l’étude de la Bible et par dessus tout pour la vie chrétienne.

Le motif du cheminement de l’histoire d’Emmaüs (et l’on peut dire du Synode entier sur la Parole de Dieu) n’est pas une histoire de distance entre Jérusalem et Emmaüs, mais bien du cheminement douloureux et progressif des paroles qui doivent descendre de la tête au cœur; de la venue de la foi, et une relecture d’une relation avec l’étranger qui est nul autre que le Seigneur Jésus. 

Manger et boire avec Jésus

L’évangile du troisième dimanche de Pâques (Année B) est la suite du récit d’Emmaüs, comment Dieu conduit les personnes à une expérience communautaire et de camaraderie, à table. Il y a plusieurs aspects dans ce récit : l’apparition de Jésus au milieu des disciples surpris et effrayés (36-43), les paroles au sujet de l’accomplissement des Ecritures et l’envoi des disciples (44-48). Plusieurs éléments, présents dans l’histoire d’Emmaüs sont plus qu’explicites. Les récits de Luc représentent aussi le Seigneur Ressuscité comme Celui qui reçoit l’hospitalité et la nourriture de ses disciples. C’est seulement après que les disciples ont invité l’Etranger à rester avec eux qu’ils peuvent le reconnaître. Ils ne sont pas capables de le reconnaitre pleinement sur la route, mais ils le reconnaissent à la fraction du pain. 

Manger à table est un acte qui révèle la profondeur humaine. La scène touchante où Jésus prend le pain et le poisson et le mange avec ses disciples nous renvoie à la maison, au fait que les fantômes ne mangent pas et rassure les disciples que le Ressuscité est présent au milieu d’eux. Aucune affirmation théologique ou dogmatique ne leur prouvera cela. Mais c’est plutôt la frappante humanité de Jésus à  table qui  les convainquera finalement qu’il est vivant.

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La présence du Christ ressuscité nous permet de faire la différence

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Réflexion biblique pour le dimanche de la Divine Miséricorde
par le Père Thomas Rosica, csb

19 avril 2009

Il existe un proverbe qui dit: « Si le cœur n’y est pas, les mains hésitent. »  Ceci semble avoir été écrit pour l’apôtre Thomas, dont l’évangile d’aujourd’hui raconte le récit familier qui nous fournit l’archétype du doute, du combat et de foi.

La première apparition du Seigneur ressuscité aux disciples dans saint Jean est à la fois intense et ciblée. C’est le soir, le premier jour de la semaine, les portes ont été verrouillées. Les disciples anxieux sont enfermés à l’intérieur. Un monde hostile et suspect les menace à l’extérieur. Jésus leur manque. Soudain, le ressuscité défie les portes closes, les cœurs fermés et la vision bouchée. Il apparaît simplement.  Doucement, jamais si doucement, il atteint l’apôtre démoralisé et blessé Thomas. Celui-ci met en hésitant son doigt dans les blessures de Jésus. C’est alors que l’amour l’envahit. Comment entendre ce récit sans penser au magnifique tableau du Caravage?

Qui est ce Thomas? Avec beaucoup d’autres disciples masculins, il se tient devant la croix, sans comprendre. Tous ses rêves sont accrochés à la croix avec son ami. Tous ses espoirs sont anéantis. Au fil des ans, j’en suis venu à considérer Thomas comme l’un des plus grands et des plus honnêtes amis intimes de Jésus et non l’éternel sceptique, le rebelle, l’entêté que la tradition chrétienne a souvent peint. Jeune, je n’ai jamais aimé être appelé «  Thomas l’incrédule », simplement parce que j’aimais poser des questions! Je nourrissais l’espoir secret que je portais ce prénom à cause de Thomas d’Aquin, More, Becket ou Villanova. Mais ma mère précisait que c’était l’apôtre qu’ils avaient choisi pour moi!

Le combat de Thomas et le nôtre

Que faisons-nous lorsque tout ce sur quoi nous avions misé s’écroule devant nos yeux, soudainement écrasé par des institutions puissantes et sans nom? Que faisons-nous quand notre première réaction, dans un moment de crise, est de fuir devant les foules en furie? Telles devaient être les questions de la plupart des disciples, Thomas inclus, qui ont soutenu et suivi Jésus de Nazareth durant ces trois années de ministère.

L’incrédule, le poseur de questions, Thomas qui sommeille en chacun de nous
peut être touché. Nous avons à répondre de nos blessures  et de celles des autres. Même dans notre faiblesse, nous avons à nous exposer au souffle de l’Esprit pour que nos blessures soient guéries et nos peurs dépassées.
Avec Thomas  nous croirons quand notre main tremblante atteint finalement tout hésitante le Seigneur dans la communauté de foi. Les mots adressés à Thomas nous sont donnés : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu! »
Longtemps auparavant, saint Grégoire le Grand a dit de Thomas,  « Si, en touchant les plaies du corps de son Maître, Thomas peut nous aider à dépasser les blessures de l’incrédulité, le doute de Thomas nous est plus utile que la foi de tous les apôtres. »

Des siècles après Thomas, nous lui sommes toujours reconnaissants pour son honnêteté et son combat.  Bien que nous ayons peu d’informations sur les origines et le passé de ce disciple, nous avons un indice sur son identité, dans l’étymologie de son nom en grec, Didymous, qui signifie « Jumeau ». Qui était l’autre moitié de Thomas? Qui était son jumeau?  Peut-être pouvons-nous le contempler en nous regardant dans un miroir. L’autre moitié de Thomas se situe dans toute personne combattant la souffrance de l’incroyance, du doute et du désespoir et qui a laissé la présence de Jésus ressuscité faire l’immense différence.

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Le silence et le courage des témoins de la résurrection

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Réflexion biblique sur les Évangiles de Pâques
par le Père Thomas Rosica, csb

12 avril 2009

Pâques est la promesse que la mort nous visitera tous. Mais plus important encore, c’est l’assurance que la mort n’est pas le dernier mot. La résurrection de Jésus nous amène à se rappeler, des plus sombres moments de chagrin ou plus petits défis quotidien, combien Dieu nous réconforte et nous donne la force de persévérer. Le mystère de Pâques nous donne une nouvelle identité et un nouveau nom: nous sommes sauvés, racheté, renouvelés, nous sommes chrétiens, et nous n’avons plus besoin d’avoir peur ou de désespérer.

À travers les lectures prenantes des Écritures de ce Triduum (spécialement les Évangiles de la Veillée Pascale et du matin de Pâques), nous observons ce que signifie la résurrection. Mais comment pouvons-nous donner expression à la conquête de la mort et l’abîme de l’enfer? Nous devons honnêtement admettre qu’il n’y a pas de mots. Nous nous tournons donc vers l’expérience des femmes au tombeau du récit de Marc de la résurrection et du témoignage de Marie-Madeleine, témoin du Christ Vivant, pour trouver des images et des mots pour décrire ce qui est arrivé.

Le silence des femmes

L’Évangile de Marc pour la Veillée Pascale (16, 1-8) nous laisse perplexe. Nous lisons qu’après avoir découvert que le tombeau de Jésus était ouvert et vide, puis entendu le message angélique de la résurrection et d’une rencontre future avec Lui en Galilée, les femmes « sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Est-ce possible que les Évangiles de Marc se terminent vraiment avec 16, 8? Les premiers compilateurs bibliques chrétiens, confus par une telle fin, offrirent deux autres fins plus conventionnelles à l’Évangile; la plus longue d’entre elles est imprimée dans la plupart des bibles comme Marc 16, 9-20. Néanmoins, la question demeure: Que pouvons nous dire à propos d’un récit de la résurrection où Jésus Vivant n’apparaît jamais? Comment Marc est si différent du chef-d’œuvre du chapitre de Luc sur la résurrection (24) ou des portraits très développés par Jean des premiers témoins de la résurrection (20-21)?

Plutôt que de rejeter l’étrangeté de la fin de l’Évangile de Marc, réfléchissons avec soin sur ce qu’elle nous offre. Premièrement, nous n’avons jamais vu le Christ Vivant en personne. Nous voici plutôt devant une scène intrigante: il est tôt le matin, il fait encore sombre, et les femmes arrivent au tombeau pour une mission presque impossible. Le tombeau est déjà ouvert et elles sont accueillies par quelqu’un venu du Ciel qui leur commande « …allez dire aux disciples et à Pierre “Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

La peur et le tremblement accompagnant les femmes les empêchent de dire à personnes ce qu’elles ont vu. De quoi ont-elles peur? En restant silencieuses, est-ce qu’elles désobéissent au message de l’ange « Allez dire… » ? Que devons-nous comprendre du silence de ces femmes?

Le récit de la résurrection de Marc contient un énoncé initial, sommaire des enseignements de l’Église dans l’Évangile: « Ne vous effrayez pas. » (16, 6). On demande au lecteur d’abandonner toutes peurs. Deuxièmement, on dit au lecteur: « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n’est pas ici; voyez l’endroit où on l’avait déposé. » (16, 6).

La crucifixion du Seigneur Jésus n’était pas le moment final, définitif de sa vie. Comme chrétiens, notre foi n’est pas basée sur un homme crucifié et mort ou sur un tombeau vide, mais sur un Seigneur bien Vivant qui habite au milieu de nous avec une toute nouvelle présence. « Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. » (16, 7). Le message de la résurrection nous est donné. L’événement est simplement trop grand pour être présenté dans de simples mots!

Le récit de la résurrection de Marc est construit pour nous déranger – pour défaire la voie facile qui nous fait oublier que l’appel aux disciples et l’appel de la croix. À travers l’Évangile tout entière, nous sommes invités à regarder nos vies sous l’ombre de la croix.

Les femmes vont au tombeau, attirées inconsciemment par le puissant et invitant mystère de Dieu qui leur sera révélé bientôt. Elles s’enfuirent loin du tombeau ( 16, 8 ) bouleversées par le formidable message de la résurrection de Jésus. Face à cette plutôt incroyable nouvelle de la résurrection de Jésus crucifié, la fuite silencieuse et craintive des femmes est non seulement compréhensible, mais aussi très approprié.

N’est pas la même chose pour vous et moi? Quand faisant face à la fascinante puissance de Dieu à l’ouvrage dans nos vies, ramenant à la vie ces parties mortes de nos existences and restituant nos espoirs anéantis et nos esprits torturés, une réponse de silence et de peur, d’émerveillement et d’étonnement est aussi compréhensible, et à certains moments appropriés, même pour nous.

Le témoignage de Marie-Madeleine

Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marthe et Lazare), et cette femme pénitente sans nom qui parfuma les pieds de Jésus (Luc 7, 36-48) sont parfois identifiées par certains comme étant la même femme. De là et de la déclaration que Jésus avait sorti hors de Marie Madeleine sept démons (Luc 8, 2), est venu la tradition que Marie-Madeleine avait été une prostituée. Mais en réalité, nous ne savons rien de ses péchés ou de ses faiblesses. Ils auraient pu être un désordre physique inexplicable, une maladie mentale ou n’importe quoi qui aurait pu mettre en danger son intégrité de l’esprit ou du corps.

Marie-Madeleine est mentionnée dans les Évangiles comme étant la galiléenne qui suivit Jésus et Ses disciples, le servit, et qui, selon chacun des évangélistes, fut présente à Sa crucifixion et Son enterrement, et alla au tombeau le dimanche de Pâques pour parfumer Son corps.

Jésus vivait dans une société androcentriste. Les femmes étaient des propriétés, premièrement de leur père, puis de leur mari; elles n’avaient pas le droit de témoigner, elles ne pouvaient pas étudier la Torah. Dans cette atmosphère restrictive, Jésus agit sans animosité, acceptant les femmes, les honorant, les respectant, et en chérissant leur amitié. Il voyagea avec elles, les touchant et les guérissant, les aimant et les laissant l’aimer.

Dans notre Évangile du dimanche de Pâques (Jean 20, 1-18), nous regardons une nouvelle fois cette scène d’un tôt matin où la tristesse règne alors que Marie-Madeleine pleure incontrôlablement à la tombe de son ami Jésus. Nous entendons de nouveau cette conversation: « Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? » « Seigneur, si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le prendre. Jésus dit lui dit, « Marie! » Elle se tourna et Lui dit en hébreu, « Rabbouni! » – ce qui signifie maître. » « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Marie-Madeleine alla annoucer aux disciples, « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. » (Jean 20, 15-18)

À cause de son incroyable message et mission, Marie-Madeleine était appelée avec raison « Apostola Apostolorum » (Apôtre des apôtres) chez les premiers chrétiens, parce qu’elle avait été la première à voir le Seigneur Vivant et à annoncer Sa Résurrection aux autres apôtres.

Pour Jésus, les femmes étaient les égales des hommes pour pouvoir pénétrer les grandes vérités religieuses, les vivre et les annoncer aux autres. Il n’y a pas de code secret à propos de cette histoire qui est encore une merveilleuse bonne nouvelle plus de 2 000 ans plus tard. Alléluia, Alléluia, Alléluia!

Embrasser l’authentique « Science de la Croix »

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Réflexions bibliques du Vendredi saint
par le Père Thomas Rosica, csb
10 Avril 2009

 

Chaque année le Vendredi saint, nous lisons la Passion selon saint Jean. Tout au long de cet envoûtant et émouvant récit, il y a une emphase sur la souveraineté de Jésus jusque dans sa mort. Comme nous contemplons le mystère de Jésus crucifié, nous apprenons de sa souffrance et sa mort combien importante était la place de cette personne au milieu de nous. Nous sommes invités à prendre conscience de la mort tragique de Jésus dans le contexte de nos propres épreuves, douleurs et morts. La croix de Jésus est un message, une parole pour nous. Un signe de contradiction, un signe de victoire, et nous contemplons la croix et répondons dans la foi au message de vie qui en découle, un message qui apporte guérison et réconciliation. Comme la Croix est élevée, d’une façon étrange et mystérieuse, nous la regardons et trouvons force et espoir au milieu de nos propres luttes.

 

Ecce Homo « Voici l’Homme »

Jésus crucifié est le symbole de ce que l’humanité fait de la bonté: nous la tuons. Ce n’est pas le diable qui nous fait peur mais la bonté. Dans la Passion de saint Jean, Ponce Pilate présente Jésus au peuple avec les mots : « Voici l’Homme » (Jean 19,5) Quelle incroyable expression pour décrire le paradoxe de la personne et de la mission du Fils de Dieu !

 

Ecce Homo – Il a tellement bien intégré notre humanité qu’il était pleinement homme et vraiment un modèle pour chacun en nous montrant comment être pleinement humain pour être authentiquement saint.

 

Ecce Homo – Qui a vécu pour les autres, les guérissant, les rétablissant et les aimant pour la vie.

 

Ecce Homo – Qui a eu le courage de choisir des femmes comme disciples et amies proches.

 

Ecce Homo – Qui a revendiqué avoir une relation unique, personnelle, avec le Dieu d’Israël qu’il a appelé « Abba ».

 

Ecce Homo – Qui est venu dans le monde comme celui qui est sans péché le juste, le parfait, le saint, et ses semblables, les humains l’ont tué. À la fin, nous détruisons et tuons l’être humain parfait, celui que nous avons tant désiré et aimé.

Depuis le tout début de nos vies, nous sommes dans les ténèbres animés de cette force auto-destructrice, ce péché fondamental d’être insensible à la bonté humaine. N’est-ce pas ce que nous voulons dire quand nous parlons de péché originel, cette capacité illimitée en nous pour l’auto-destruction et la haine de soi ?

 

Dans sa mort, Jésus nous sort de nous-mêmes.

 

Dans les Synoptiques, Jésus est arraché de sa famille, de ses disciples et amis qui n’ont plus l’occasion de le revoir jusqu’à ce qu’il surgisse de la mort. Mais les choses sont différentes dans l’Évangile de Jean où Jésus a l’opportunité de dire adieu, au moins à sa mère et à l’un de ses disciples, réunis au pied de sa croix. Avant de mourir sur la Croix, Jésus charge son disciple bien-aimé de prendre soin de sa mère et sa mère de s’occuper de ce disciple.
« Voici ton fils, Voici ta mère ! » Jésus nous tourne hors de nous-mêmes vers les personnes avec lesquelles nous n’avons pas de liens de sang, les identifiant comme nos mères, pères, sœurs ou frères spirituels.

A travers sa mort, Jésus fait tomber les barrières entre les personnes et crée une nouvelle famille grâce au pouvoir qui coule de sa mort pour l’humanité. Même l’inclinaison de sa tête au moment de sa mort peut être interprétée comme un signe dans leur direction. La vie jaillit de la mort de Jésus, pour ceux qui le suivent.

 

La Science de la Croix

 

En ce jour, la mort de Jésus nous invite tous, spécialement les chrétiens et les juifs, au nom de notre communion les uns avec les autres, à une reconnaissance de cette terrible destruction du monde.
Rien ni personne ne peut nous éloigner plus longtemps de cette communion. Rien ne peut enlever notre sentiment d’appartenance, en participant et en étant les bénéficiaires de la rencontre salvatrice de Dieu avec Israël et avec le monde brisé, qui se produit dans la crucifixion de Jésus, que nous, chrétiens, croyons être le fils d’Israël et Fils de Dieu.

 

Vendredi saint, souvenons-nous d’une femme juive, Édith Stein, qui a aimé la Croix et a embrassé sa contradiction et son mystère tout au long de sa vie. Il y a une merveilleuse sculpture en bronze, grandeur nature d’Édith Stein au centre de la ville allemande de Cologne, près du séminaire de l’archidiocèse. La sculpture représente Édith Stein à trois moments critiques de sa vie. Le premier quand elle est jeune, philosophe juive et professeure, étudiante d’Edmond Husserl. Édith est représentée en profonde méditation avec une étoile de David appuyée contre son genou.
La deuxième représentation de la jeune femme montre Edith divisée en deux. L’artiste montre son visage et sa tête presque divisés. Elle est passée du judaïsme à l’agnosticisme et même à l’athéisme. Une recherche douloureuse de la vérité.

La troisième représentation décrit Édith Stein en tant que Sr Thérèse Bénédicte de la Croix et elle tient dans ses bras le Christ crucifié: “Thérèse bénie par la Croix” comme le nom l’indique. Elle est passée du judaïsme au christianisme en passant par l’athéisme. Dans sa biographie, se trouve un moment poignant de la période critique de sa vie, à Breslau, quand elle va sortir du judaïsme. Avant son entrée officielle au Carmel de Cologne, elle a dû affronter sa mère juive. Sa mère dit à sa fille: « Édith, ne penses-tu pas que tu puisses être religieuse aussi dans la foi juive? »
Édith lui répondit: «  Bien sûr, quand vous n’avez rien connu d’autre. » Alors désespérée, sa mère lui a répliqué : « Et toi, pourquoi le sais-tu ? Je ne veux rien dire contre lui. Il était certainement un homme très bon, mais pourquoi est-il devenu Dieu? »
Les dernières semaines chez elle et au moment de la séparation furent très pénibles. Il était impossible de faire comprendre son choix à sa mère, même un peu. Édith écrivit: « et cependant je franchis le seuil de la maison du Seigneur dans une profonde paix. »
Comme Édith Stein, nous rencontrons Jésus et sa Croix, et nous avons connu quelque chose d’autre. Nous avons rencontré Quelqu’un d’autre: L’Homme de la Croix. Nous n’avons pas d’autre alternative que d’aller à lui. Après son entrée au Carmel, Édith continua d’écrire un grand ouvrage sur la Croix, « La Science de la Croix ». Elle et sa sœur furent déportées de Cologne à Echt en Hollande et elles partirent avec d’autres juifs pour Auschwitz où elles furent brulées par le diabolique régime nazi, le 9 août 1942.

 

En ce Vendredi saint nous nous rassemblons en tant que communauté chrétienne autour du « Voici l’Homme – Ecce Homo » et nous contemplons Jésus qui prend tous nos péchés et manquements pour que nous puissions expérimenter la paix et la réconciliation avec Celui qui l’envoie. Si nous n’avons pas vraiment rencontré et adopté l’Homme de la Croix, nos efforts sont vains. La validité de tous nos efforts est déterminée par notre actualisation de Jésus en Croix chaque jour, en laissant le Mystère Pascal transfigurer nos vies. La Croix de Jésus nous enseigne que tout ce qui aurait pu rester de laideur et de souvenirs passés est transformé en beauté, espoir et vie nouvelle.

En ce Vendredi saint, que la Croix soit notre vraie science, notre réconfort en ces temps troublés, notre refuge face au danger, notre sauvegarde dans le cheminement de notre vie, jusqu’à ce que le Seigneur nous accueille dans sa maison céleste. Continuons de nous marquer quotidiennement du signe de la croix, et d’être plus conscient de ce que nous faisons et professons vraiment avec ce signe :

 

« Au nom du Père »
Nous touchons nos esprits parce que nous savons si peu comment créer un monde de justice, de paix et d’espoir.

 

« Au nom du Fils »
Nous touchons le centre de notre corps pour accepter nos peurs et douleurs de notre propre passage de mort à la vie.  

 

« Au nom de l’Esprit »
Nous touchons notre cœur pour rappeler qu’au centre de la Croix de Jésus, le cœur vulnérable de Dieu peut nous apporter guérison et salut 

 

Lecture des Écritures
Isaïe 52, 13 ; 53, 12; Psaume 31,2 ; 6, 12-13, 15-16, 17, 25; Hébreux 4,14-16; 5,7-9; Jean 18,1 ; 19,42

Vérité et pieds nus du Jeudi saint

Dernière Cène

Réflexion biblique pour le Jeudi saint
par le père Thomas Rosica, csb
9 avril 2009

Dans les deux traditions juive et chrétienne, manger et fêter sont beaucoup plus qu’une simple façon d’alimenter le corps, de goûter certains mets ou de célébrer un événement. Manger et festoyer sont devenus pour les deux traditions des rencontres avec des réalités transcendantes, une union avec le divin. Dans le Nouveau Testament, le propre ministère de Jésus se passe très souvent à table durant les repas. Certains disent que nous sommes toujours en train de manger avec Jésus dans les Évangiles!

Jésus assiste à de nombreux repas tout au long des 4 Évangiles: avec Lévis et ses collègues de bureau, avec Simon le Pharisien, avec Lazare et ses sœurs à Béthanie, avec Zachée et la foule à Jéricho, avec des parias et des centurions, avec des foules sur les collines de Galilée et chez ses disciples.

C’est finalement durant le dernier repas que Jésus nous laisse son cadeau le plus précieux: l’Eucharistie. La lecture des Écritures le Jeudi saint nous enracine profondément dans notre passé juif; célébrer la Pâque avec le peuple juif, recevant de saint Paul ce qui lui a été transmis, c’est-à-dire le banquet eucharistique tout en regardant Jésus carrément en face quand il s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds en humble service. Au lieu de nous présenter l’un des récits de l’évangile synoptique de l’institution de l’Eucharistie, l’Église nous offre l’attitude dérangeante du Maître agenouillé devant ses amis, lavant leurs pieds en geste d’humilité et de service.

Imaginez la scène! Comme Jésus noue une serviette autour de sa taille, prend un pichet d’eau, s’abaisse et commence à laver les pieds des disciples, il enseigne à ses amis que la libération et la nouvelle vie s’atteignent non en présidant au-dessus des multitudes de trônes royaux, ni par la quantité de sacrifices sanglants offerts sur les autels du temps, mais en marchant avec le marginal et le pauvre et en les servant comme celui qui lave les pieds au cours du voyage.

Durant cette nuit sainte de l’« institution », lorsque Jésus but la coupe de son sang et s’abaissa pour laver les pieds, il instaura une nouvelle et dynamique alliance commune entre ses disciples et nous.  C’est comme si l’histoire entière du salut se terminait cette nuit, juste quand cela commence; avec les pieds nus et la voix de Dieu nous parlant à travers sa propre chair et sang: « Ce que j’ai fait pour vous, vous devez le faire aussi. » Le lavement des pieds est l’intégrale de la dernière Cène. C’est la manière de Jean de dire à ceux qui suivent Jésus tout au long des âges: « Vous devez vous souvenir de son sacrifice dans la messe, mais vous devez aussi vous souvenir de sa demande d’aller servir le monde. »

Au la dernière Cène, Jésus nous enseigne que la vraie autorité dans l’Église vient de l’acte de servir, de donner notre vie pour nos amis. Sa vie est une fête pour le pauvre et les pécheurs. Cela doit être la même chose pour ceux qui reçoivent le corps du Seigneur et son sang. Nous devenons ce que nous recevons dans ce repas et nous imitons Jésus dans ses actes de libération, ses mots de guérison et ses gestes d’humble service. De l’Eucharistie doit jaillir un certain style de vie communautaire, une authentique empathie pour nos voisins et pour les étrangers.

En définitive, la célébration de l’Eucharistie nous projette toujours vers l’avant, comme nous le professons dans l’anamnèse après la consécration durant la messe: « Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, jusqu’à ton retour dans la gloire. »

Le pouvoir transformateur d’un repas

Chaque année au moment du Jeudi saint, j’essaie de prendre le temps de regarder l’un de mes films préférés, Le Festin de Babette. C’est une histoire d’ouverture des cœurs dans une petite communauté puritaine sur la côte norvégienne grâce à la générosité d’une cuisinière française.

Le film dirigé par Gabriel Axel, a reçu le prix en 1986 pour le meilleur film étranger et sa fidèle adaptation de la nouvelle de 1958 d’Isaac Dinesen Babettes gæstebud. Il a été nommé « icône cinématographique de l’Eucharistie » parce qu’il explore l’amour et la générosité dans le contexte d’un repas ainsi que la capacité du repas à transformer les vies.

Voici l’intrigue. Au 19e siècle au Danemark, deux sœurs vivent dans un village isolé avec leur père, pasteur honorable d’une petite église protestante qui est pratiquement une secte tournée sur elle-même. Bien qu’elles aient, chacune leur tour, eu la possibilité de quitter le village, les sœurs ont choisi de rester avec leur père, de le servir ainsi que l’église.  Après quelques années, une jeune réfugiée, Babette, frappe à leur porte, les supplie de la prendre et s’engage à travailler pour elles comme servante, maîtresse de maison, cuisinière. Babette arrive avec une lettre d’un chanteur français qui avait passé du temps dans cette région, était tombé amoureux d’une des sœurs puis était parti, déçu. La lettre recommande Babette à ces « bonnes personnes » et mentionne qu’elle peut cuisiner. Durant une douzaine d’années, Babette cuisine très simplement des repas auxquels les sœurs sont accoutumées.

Au bout des 12 ans de service dans cette famille, Babette gagne à la loterie française, un prix de 10 000 francs. Au même moment, les sœurs planifient de célébrer les 100 ans de leur père, le fondateur de leur petite secte chrétienne. Elles s’attendent à ce que Babette les quitte avec son argent, au contraire à leur grande surprise, elle leur offre de cuisiner un repas pour cet anniversaire. Bien que les deux sœurs soient secrètement inquiètes au sujet de ce que Babette, une catholique et une étrangère, pourrait bien faire, elles l’autorisent à aller de l’avant. Babette utilise juste la petite ouverture, une modeste célébration, pour cuisiner une tempête et les dégâts du naufrage dans la vie des sœurs et avec leur communauté par une outrageuse générosité.

Dieu est toujours prêt, cherchant la plus petite ouverture, dans un sens, priant pour que nous le remerciions avec joie d’accepter son offrande! La vie du Christ commence avec le plus petit mouvement de notre part, juste l’allusion d’une ouverture et Dieu fait un pas et nous submerge par sa réponse. Quand nous acceptons, Dieu prend en main la cuisine, nous inondant de grâce sur grâce. Les plus grands mets français ne sont rien comparés aux cadeaux que Dieu nous a accordés, spécialement dans le don ultime de Lui-même dans l’Eucharistie.

À la fin, le festin de Babette produit des effets étonnants. Les membres de la communauté se sont réconciliés les uns avec les autres. Les invités au Festin de Babette ont rencontré le divin et reçu en plénitude à travers l’acte physique de manger. «Le festin de Babette » est un chef d’œuvre qui peut nous aider à explorer la divine générosité divine à travers l’image d’un repas, sa qualité transformante, ses gestes de service humble et aimant et ses fruits de réconciliation et de pardon qui prennent place autour de la table. Pas étonnant que ce film me rappelle un autre repas qui prit place dans une chambre haute à Jérusalem des siècles auparavant.

Les lectures pour ce Jeudi Saint: Exode 12,1-8, 11-14, Psaume 116, 1 Corinthiens 11, 23-26; Jean 13, 1-15