Ce n’est jamais assez tant qu’on ne l’a pas donné

Dix-septième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 29 juillet 2018

La lecture de l’Ancien Testament de ce dimanche, tirée de 2 Rois 4, 42-44, est un prélude approprié à la multiplication des pains et des poissons d’après Jean (6, 1-21). L’auteur du Livre des Rois nous parle de l’un des serviteurs d’Élisée qui doutait que vingt pains d’orge étaient suffisants pour nourrir cent personnes. Élisée avait confiance en la promesse du Seigneur et demanda à son serviteur d’obéir. Le miracle qui suivit donna raison à la confiance d’Élisée. Le nombre de gens nourris est toutefois modeste par rapport aux 5000 nourris dans l’évangile de Jean !

Le pain est un symbole de la personne et de l’œuvre de Jésus dans le grand enseignement eucharistique de Jean au chapitre 6. Ce thème reviendra dans les lectures des quatre prochaines semaines. L’évangile de ce dimanche est le merveilleux récit de la multiplication des pains et des poissons d’après Jean. Les diverses versions de la multiplication des pains et des poissons, deux dans Marc et Matthieu et un dans Luc et Jean, nous indiquent l’intérêt de l’église primitive pour les rassemblements eucharistiques (voir par ex. Marc 6, 41 ; 8, 6 ; 14, 22). Elles ramènent également au signe du pain dans Exode 16, Deutéronome 8, 3-16 ; les psaumes 78, 24-25 et 105, 40 et le Livre de la Sagesse (16, 20-21). L’événement miraculeux que rapportent les quatre évangélistes laisse entrevoir la vie du Royaume de Dieu comme un banquet présidé par le Messie.

Les points de vue des évangélistes sur ce miracle

Les lecteurs de Marc voient cet incident comme une anticipation de la Dernière Cène (14, 22) et le banquet messianique, deux événement célébrés lors des eucharisties de cette communauté.

L’ajout du nombre de personnes présentes et nourries dans l’évangile de Matthieu est très significatif. Le nombre total a pu osciller entre vingt et trente milles personnes. Le miracle se répète également en 15, 38. Le nombre de gens nourris donne à ce récit un caractère social unique.

Luc établit un lien entre le récit de Jésus qui nourrit la foule et la prédication de ce dernier sur sa passion et ses instructions sur la manière de porter son fardeau quotidien (9, 18-27). Célébrer l’eucharistie en mémoire de Jésus (22, 19), c’est partager non seulement sa mission (9, 1-6), mais aussi son dévouement et sa destinée, symbolisés par la croix. Dans l’évangile de Luc, l’eucharistie nous nourrit et nous renforce pour poursuivre notre route.

Des touches johanniques uniques

Le récit de la multiplication dans Jean est un élément central de l’enseignement de Jésus sur le Pain de Vie (6, 1-15). Le récit de Jésus marchant sur les eaux suit immédiatement cette histoire. Le lac de Tibériade, lieu précisé au début du récit, est aussi le lieu d’apparition du Seigneur ressuscité (21, 1-3).

Comme les autres récits de miracles d’après Jean, l’initiative de ce miracle repose clairement sur Jésus. Philippe ne perçoit pas que la question de Jésus est en fait un appel à sa foi. Il fait simplement référence à la somme qu’il faudrait pour nourrir la foule. Jésus  taquine Philippe en l’invitant à avoir de grands rêves et un meilleur espoir plutôt que de les réduire à la réalité. Aux versets 14-15, la foule réagit correctement et reconnaît Jésus comme le grand Prophète messianique. Ces hommes et femmes ne comprennent toutefois pas ce qu’ils sont vraiment en train de dire. La vraie nature de la royauté de Jésus, qui n’est pas celle de libérateur de la nation, sera révélée seulement lors de son procès (18, 33-37 ; 19, 12-15).

Le rôle du jeune garçon est aussi une touche unique au récit de Jean. Ce que la raison humaine n’osait pas espérer est devenu réalité avec Jésus grâce à la générosité d’un jeune garçon.

Jésus, pain vivant venu du ciel

La multiplication des pains est une image durable de l’eucharistie. Jésus voulut prendre cet humble don de quelques pains et poissons pour nourrir une multitude, et davantage (il en resta douze paniers !), La logique humaine nous fait dire souvent : « Nous n’avons rien que cinq pains et deux poissons. » Jésus nous demande de prendre ses maigres provisions et, avec la confiance et la générosité des disciples de tous les âges, de les étirer le plus possible. « Ce ne sera jamais assez jusqu’à ce que l’on commence à le donner. »

Pour le croyant, Jésus est bien plus qu’un faiseur de miracle : il est lui-même nourriture céleste. Le croyant n’aura plus jamais faim ni soif. Comme le pain nourrit la vie, Jésus nourrira tous ceux et celles qui viendront à lui avec foi. Reconnaître Jésus comme le pain de vie est l’ultime expression de l’amour de Dieu dans la mort et la glorification du Christ.

Prolonger le miracle dans le temps

Lorsque je relis les récits miraculeux de la multiplication des pains et des poissons, il me vient à l’esprit les mots de Jean-Paul II dans sa lettre apostolique Dies Domini – sur la sanctification du dimanche, en 1998. Ces paroles émouvantes illustrent ce qui est au cœur du miracle des pains et des poissons et nous met au défi de mettre l’eucharistie en acte dans notre vie quotidienne :

Les appels des Apôtres trouvèrent rapidement un écho dès les premiers siècles et ils firent vibrer de vigoureux accents dans la prédication des Pères de l’Église. Saint Ambroise adressait des paroles brûlantes aux riches qui prétendaient remplir leurs obligations religieuses en fréquentant l’église sans partager leurs biens avec les pauvres et même en les opprimant: « Entends-tu, homme riche, ce que dit le Seigneur Dieu? Et tu viens à l’église non pour donner quelque chose au pauvre, mais pour le lui enlever? ». Saint Jean Chrysostome n’était pas moins exigeant: « Veux-tu honorer le corps du Christ? Ne le méprise pas quand il est nu. Ne lui rends pas honneur ici, dans l’église, avec des étoffes de soie, pour le mépriser ensuite dehors, où il souffre du froid et de la nudité. Celui qui a dit: “Ceci est mon corps”, est celui-là même qui a dit: “Vous m’avez vu avoir faim et vous ne m’avez pas donné à manger”, et “ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” […]. A quoi sert-il que la table du Christ soit remplie de coupes d’or, alors que lui-même meurt de faim? Commence par donner à manger à l’affamé, et avec ce qui restera décore aussi la table ».

Ce sont des paroles qui rappellent bien à la communauté chrétienne le devoir de faire de l’Eucharistie le lieu où la fraternité devient une solidarité concrète, et où les derniers deviennent les premiers dans l’estime et dans l’affection de leurs frères, lorsque le Christ lui-même, par le don généreux fait par les riches aux plus pauvres, peut en quelque sorte continuer dans le temps le miracle de la multiplication des pains. [no.71]

Questions pour réflexion

Que signifie pour nous la présence eucharistique de Jésus ? Est-ce que notre participation aux célébrations hebdomadaires et quotidiennes au repas du Seigneur nous transforme en personnes reconnaissantes, remplies d’amour, assoiffées de justice et de paix ? Comment l’eucharistie symbolise-t-elle la vie que nous vivons et nos vies symbolisent-elles l’eucharistie ? Comment exprimons-nous de la gratitude ? Est-ce que l’eucharistie donne un sens à notre vie ?

Ne nous demandons-nous pas souvent où trouver les moyens pour accomplir ce qui semble bon et nécessaire ? Le miracle dont il est question aujourd’hui révèle les ressources de vie extraordinaires en chacun de nous. Il faut croire aux miracles pour garder nos espoirs. Il faut festoyer au Corps et au Sang du Christ pour trouver notre véritable énergie et notre vie.

(Les lectures de ce dimanche sont 2 Rois 4, 42-44 ; Éphésiens 4, 1-6 ; Jean 6, 1-15.)

(Image : Multiplication du pain par William Kurelek)

Sainte Marie-Madeleine: l’Apôtre des apôtres

On croit souvent que Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marthe et de Lazare) ainsi qu’une femme pénitente anonyme qui a oint les pieds de Jésus (Lc 7, 36-48) sont la même personne. Si nous ajoutons à cela la déclaration de l’évangile de Luc selon laquelle Jésus chassa sept démons de Marie-Madeleine, on comprend pourquoi est née l’opinion selon laquelle elle était une prostituée. En réalité, nous ne connaissons rien de ses péchés et de ses faiblesses. Il pourrait s’agir d’une maladie physique inexplicable, d’une maladie mentale ou de quelque chose qui l’empêchait de vivre en plénitude de corps et d’esprit. Marie-Madeleine est mentionnée dans les évangiles comme faisant partie des femmes de Galilée qui suivirent Jésus et les disciples. Elle fut également présente à la crucifixion, à l’ensevelissement, et se rendit à la tombe, le matin de Pâques, pour oindre le corps de Jésus.

Dans son évangile de Pâques aussi intime qu’émouvant, on nous amène à la scène où, à l’aube, Marie-Madeleine pleure sa peine devant la tombe de Jésus. Jean ne nous renseigne pas sur le moment où elle arriva au lieu de l’enterrement (Jn 20, 11- 18). Elle y est, tout simplement. L’accent est plutôt mis sur ses larmes irrépressibles et son deuil. Lorsqu’elle se pencha pour regarder dans le tombeau, elle vit des anges. Ils étaient assis, probablement sur le rebord du lieu de sépulture, aux deux extrémités des vêtements funéraires, là où avait été placé le corps de Jésus.

Dans les Écritures, lorsqu’une personne rencontre un ange, cette personne est fréquemment prise de peur ou de terreur. Jean ne mentionne pas si Marie a éprouvé l’un ou l’autre de ces sentiments. Réalisant sa tristesse et son deuil, les anges ne la surprennent pas avec de bonnes nouvelles, mais lui posent plu- tôt une question qui permet de mettre des mots sur son chagrin et ainsi de trouver la guérison. Les anges lui demandent avec grande compassion : « Femme, pourquoi pleures-tu? » (Jn 20, 13). Cela contraste beaucoup avec l’annonce triomphante de la Résurrection rapportée dans les autres récits évangéliques du tombeau vide (Mt 28, 5-6; Mc 16, 6-7; Lc 24, 5-7). La réponse de Marie (verset 13) montre qu’elle est totalement obnubilée par la disparition du corps de Jésus. Même s’il est mort, il est toujours son Seigneur et elle lui est toujours loyale. Lorsqu’elle dit aux anges qu’elle ne sait pas « où ils l’ont mis », il est possible qu’elle pense que Joseph d’Arimathie ou les amis de Jésus aient pu déplacé son corps vers une tombe permanente. Sa réponse permet aux anges d’annoncer à Marie la Bonne Nouvelle, mais ils sont interrompus par l’apparition soudaine du Seigneur ressuscité!

Marie le voit, mais ne réalise pas qu’il s’agit de Jésus (verset 14). Sa propre tristesse et son deuil l’empêchent de créer un lien entre tous ces détails : les vêtements, la présence des anges, l’absence de corps. L’objet réel de ses préoccupations, Jésus, se tient devant elle, mais, aveuglée, elle est incapable de le reconnaître. De profondes émotions ont cet effet sur nous. Cette incapacité de Marie à le reconnaître, typique des rencontres avec Jésus (Mt 28, 17; Mc 16, 12; Lc 24, 16; 37; Jn 21, 4), semble être causée par la nature du corps ressuscité de Jésus.

Lorsque Jésus l’appelle par son nom, Marie se tourne et lui dit, en hébreu :

« Rabbouni! (c’est-à-dire : Maître.) […] — Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

Marie-Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur! » et elle raconta ce qu’il lui avait dit (Jn 20, 15-18).

Marie fit donc un voyage court en apparence, mais avec de bouleversantes ramifications. Grâce à son message et à sa mission incroyables, elle fut, avec raison, nommée par l’Église primitive Apostola apostolorum (l’Apôtre des apôtres), car c’est elle qui a été la première à voir le Seigneur ressuscité et qui a annoncé la Résurrection aux autres apôtres.

Jésus vivait dans une société centrée sur les hommes, où les femmes étaient considérées comme des objets de propriété : d’abord de leur père, ensuite de leur mari. Elles n’avaient pas le droit de témoigner et ne pouvaient étudier la Torah. Dans cette atmosphère restrictive, Jésus acceptait les femmes. Il les respectait, les honorait et tenait leur amitié en grande estime. Il voyageait avec elles, les touchant et les guérissant. Il les aimait et leur permettait de l’aimer. Chez lui, il n’existait aucune dis- crimination. Pour Jésus, femmes et hommes étaient également capables de toucher, vivre et annoncer aux autres les réalités hautement spirituelles de la religion.

En 2016, le pape François a annoncé que la mémoire litur- gique de sainte Marie-Madeleine, commémorée le 22 juillet, serait élevée au rang de fête, comme l’est la mémoire liturgique des autres apôtres. La très belle préface dédiée à cette fête montre bien la mission extraordinaire de Marie-Madeleine d’annoncer la Résurrection au monde entier :

Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
de t’offrir notre action de grâce toujours et en tout lieu à toi,
Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ, notre Seigneur.
C’est lui que Marie-Madeleine accompagnait lorsqu’il annonçait
la Bonne Nouvelle à travers villes et villages.
C’est lui dont elle parfuma les pieds d’un baume
précieux, et qui, par ce geste prophétique,
annonça l’ensevelissement au tombeau.
C’est lui qu’elle suivit fidèlement jusqu’au Calvaire,
qu’elle vit mourir sur une croix et déposer dans un tombeau.
C’est lui, toujours, qu’elle a reconnu, vivant, ressuscité,
dans la lumière du matin de Pâques,
et c’est de lui qu’elle reçut la mission d’annoncer aux disciples
qu’il montait vers toi, son Père et notre Père.
C’est pourquoi, avec les anges et les archanges
avec les puissances d’en-haut et tous les esprits bienheureux,
nous chantons l’hymne de ta gloire et sans fin, nous proclamons :
Sanctus !

Extrait du livre:
«  Reste avec nous: Méditations sur le Christ ressucité »

Thomas Rosica, C.S.B.

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Jésus, le berger compatissant de Dieu

Seizième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 22 juillet 2018

Le thème du berger est au cœur des lectures de ce 16e dimanche du temps ordinaire (B). Le récit évangélique présente Jésus qui a de la compassion pour la foule, car ils étaient ‘comme des brebis sans berger.’ Il nous aide à comprendre son ministère d’enseignement, de réconciliation et de berger.

La littérature de l’Antiquité qualifiait souvent de berger la personne en charge de diriger la communauté.  L’Ancien Testament décrit souvent le Seigneur lui-même comme berger de son peuple. On l’invoque comme ‘mon berger’ (Ps 22, 1), et la communauté le prie en tant  que ‘Berger d’Israël’ (Ps 79, 1).

Dans le Nouveau Testament, l’image du berger manifeste à la fois une grande autorité et une grande responsabilité. Nourrir le troupeau signifie que le berger doit les protéger de l’hérésie, toujours prêt à protéger ses brebis des maraudeurs. Jean nous dit que Jésus lui-même proclamait accomplir l’espoir d’Israël en la venue du Bon Berger: «Je suis le Bon Berger. Le Bon Berger donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11).

Lorsque Jésus se retire dans un endroit désert avec ses disciples pour se reposer, il attire un grand nombre de gens à sa suite. Jésus est rempli de pitié envers ce nouveau peuple de l’exode; il satisfait leur faim spirituelle en leur enseignant plusieurs choses, se montrant ainsi le berger fidèle de la nouvelle Israël.

Lorsque les Écritures présentent Jésus saisi de pitié devant la foule parce qu’ils étaient « comme des brebis sans berger » dans Marc 6, 30-34, il faut savoir qu’une telle image n’est pas originale à Jésus dans les évangiles. L’image vient en fait du chapitre 34 d’Ezekiel, où Dieu fait déferler sa colère sur les bergers d’Israël qui se sont engraissés sur le dos des faibles et des vulnérables, au lieu de s’occuper d’eux (Ezekiel 34, 10-12).

Comme des brebis sans berger

La compassion de Jésus se résume à bien plus qu’une visite brève ou un sentiment de regret passager. Il s’agit plutôt d’une angoisse profonde, une anxiété et une peine face à la condition humaine. Jésus décrivait la vie spirituelle de ceux et celles qui vivaient à l’extérieur du salut offert gratuitement par Dieu. Jésus était angoissé pour les âmes de ces gens qui faisaient face à un désert spirituel sans personne pour les nourrir, les former et les mener vers une véritable nourriture spirituelle. Sans berger pour les protéger des faux enseignements, elles étaient en danger. Comme des brebis sans le bon berger, elles étaient seules et vulnérables aux attaques du mauvais qui rôde autour comme un lion affamé, cherchant à dévorer quelqu’un.

« Comme des brebis sans berger, » est une juste description de la vie spirituelle de plusieurs chrétiens du 21e siècle. L’expression décrit plusieurs de nos contemporains qui n’ont aucune direction, sont sans défense et donc très vulnérable aux séductions et aux attaques du mal. Les brebis sans berger ne sont pas qu’un peu perdues. Elles sont plus que vulnérables. Elles font face au danger et à la destruction.

 Se souvenir de la compassion de Jésus

Jésus vit les malades et sa compassion les guérit. Il vit ceux qui étaient possédés et les libéra. Il raconta l’histoire d’un roi à qui son serviteur devait une large somme. Lorsque le serviteur fut incapable de payer, le roi ordonna de le faire esclave avec sa famille. Lorsque le serviteur demanda pardon, le roi « eut de la compassion » pour lui et annula sa dette.

Jésus a parlé d’un homme qui se rendait de Jérusalem vers Jéricho. Le pauvre homme se fit piéger par des voleurs qui l’ont battu, volé et laissé pour mort. Deux fonctionnaires religieux de haut rang passèrent sans le voir, mais un Samaritain arrêta et « eut de la compassion » pour lui. Il couvrit les blessures de l’homme et le porta dans une auberge où il prit soin de lui toute la nuit. Le lendemain, il paya la note et fit une avance de crédit à l’aubergiste en lui disant : « Si mon ami a besoin de plus, je me chargerai de payer. »

Qui peut oublier ce récit provoquant du jeune fils qui prit sa part d’héritage pour la gaspiller dans l’éphémère? Un jour, il vint à ses sens et retourna à la maison de son père, sans vouloir reprendre sa place comme fils, mais souhaitant plutôt être engagé comme serviteur. Son père le vit arriver et « eut de la compassion » pour lui. Avant que le fils puisse prononcer son repentir, le père lui fit mettre l’anneau familial, une robe et des sandales avant de convoquer une grande fête pour célébrer son retour.

La compassion de Jésus guérit et nourrie, remet d’énormes dettes, prend soin des corps blessés et accueille les pécheurs à la maison, leur donnant une place d’honneur. Jésus ne laissera pas sa compassion demeurer en Dieu ou au Ciel. Il nous le demande : « Soyez compatissant comme votre Père est compatissant. »

Jésus fit beaucoup plus que ressentir de la compassion pour ceux qu’il croise dans ce récit de Marc 6. Sa vive émotion le poussa à agir bien au-delà de ce que n’importe quel berger devrait faire pour ses brebis. L’authentique berger, dont la vie s’inspire de celle de Jésus, doit aimer les personnes qui lui sont confiées et imiter Jésus.

Où trouver une telle compassion pour nous-mêmes?

De temps à autres, malgré nos meilleures intentions, nous sommes nous aussi dans le besoin, ceux qui sont comme des brebis sans berger. Parfois nous nous demandons: « Où donc pouvons-nous trouver cette compassion à partager avec les autres? » J’ai appris que c’est seulement dans la solitude devant Dieu, faisant face à nous-mêmes, que nous pouvons découvrir la compassion de Dieu. Peut-être n’est-ce pas un accident qu’au plus fort de son ministère, affublé des besoins et des demandes constantes de la foule, Jésus invite ses disciples à le joindre au désert : «Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu.»

Est-ce que ça ne peut pas être la même chose pour nous, qu’à l’écart du brouhaha des exigences quotidiennes, nous nous retirions pour poser notre cœur devant Dieu? Là, nous découvrirons la pitié et deviendrons porteurs de la compassion du Christ pour notre temps.

Mener les gens en dehors du désert

L’une des réflexions les plus profondes sur le thème du berger compatissant se trouve dans l’homélie de Benoît XVI lors de son installation comme successeur de Pierre le 24 avril 2005 :

La sainte inquiétude du Christ doit animer tout pasteur : il n’est pas indifférent pour lui que tant de personnes vivent dans le désert. Et il y a de nombreuses formes de désert. Il y a le désert de la pauvreté, le désert de la faim et de la soif ; il y a le désert de l’abandon, de la solitude, de l’amour détruit. Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme. Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi, les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction. L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude.

Au cours de la semaine qui vient, que notre prière soit faite d’écoute, de compassion et de courage. Demandons au Seigneur de nous rendre conscients des déserts grandissants de nos contemporains et peut-être de nos propres déserts aujourd’hui. Demandons-lui de nous donner sa compassion pour ceux et celles qui sont vraiment des brebis sans berger. Et prions pour le courage de mener nos amis hors de leurs déserts et vers des chemins de vie et d’amitié avec le Christ, le Bon Berger.

Jésus nous envoie pour enseigner et guérir

Quinzième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 15 juillet 2018

Lorsque les évangiles nous rapportent l’appel lancé par Jésus à ces jeunes disciples et apôtres, cet appel est toujours fait avec compassion. Jésus veille sur ceux qu’il appelle, il les aime, les met au défi et les incite à être quelque chose qu’ils n’auraient jamais pu imaginer!

L’évangile de ce dimanche (Marc 6, 7-13) porte sur la formation de ceux qui éventuellement propageront l’Évangile aux quatre coins du monde. Marc perçoit l’enseignement et le travail des apôtres comme un prolongement de l’enseignement et de l’œuvre de Jésus. Dans le récit de Marc, cet appel des Douze est vu dans l’invitation de Jésus à devenir pêcheur d’hommes (Mc 1, 16-20), puis des Douze choisis pour être avec Jésus et recevoir l’autorité pour prêcher et expier les démons (3, 13-19). On leur donne maintenant la mission spécifique d’exercer cette autorité en paroles et en actes comme représentants de Jésus.

Dans ce récit de l’appel, Jésus n’interdit pas la visite de territoire païen ou l’entrée de ville de Samarie. Ces différences indiquent une certaine adaptation aux conditions à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine et suggère, d’après le récit de Marc, une activité tardive dans l’Église. Du reste, Jésus exigeait de ses apôtres une dépendance totale à Dieu pour la nourriture et l’abri (Cf. Mc 6, 35-44; 8, 1-9). Logeant dans une même demeure en tant qu’invité (6,10), au lieu d’aller dans un lieu plus confortable évitait toute impression de chercher des avantages pour soi et déshonorer son hôte. Pourquoi Jésus dit-il à ses apôtres de ‘voyager léger’ avec peu ou pas de provision? Il veut que ses disciples dépendent de lui et non d’eux-mêmes. Il promet d’œuvrer à travers et en chaque personne appelée à sa gloire. Secouer la poussière de ses pieds servait de témoignage contre ceux qui rejetait l’appel au repentir.

Aide ou obstacle?

L’ignorance des disciples est l’un des thèmes récurant de l’évangile de Marc. En lisant l’évangile au complet, nous constatons que les disciples sont à la fois un obstacle et une aide pour Jésus. Ils ne comprennent pas ces paroles ni ne l’appuie dans sa mission. À maintes reprises, Jésus les blâme pour leur incapacité à comprendre et pour leur dureté de cœur. Mais lorsque les disciples comprennent mal Jésus et le laisse tomber, ils font plus qu’exercer sa patience. Ils servent de cobayes. Ceux qui ‘songent aux choses du monde’ plutôt qu’aux choses de Dieu ne peuvent comprendre que le chemin étroit qui se trouve devant Jésus doit nécessairement se terminer à la croix. Ainsi ils agissent d’une manière qui risque de détourner Jésus de sa voie.

Nous nous demandons souvent: «Pourquoi Marc a-t-il présenté les disciples sous un mauvais jour? » Les lecteurs de Marc de l’époque eux, auraient porté leur attention non pas sur le stratagème littéraire de l’auteur mais sur les événements dépeints dans le récit. Ils se seraient demandés quelque chose comme: «Comment comprendre que des disciples, que nous savons de grands leaders, soient si faibles et agissent de façon aussi honteuse?» La réponse à cette question aurait été évidente: Dieu avait ouvert les yeux des disciples et les avait transformés. D’hommes qui ne comprenaient pas et qui passaient Jésus au test, ils étaient devenus des serviteurs dignes et mêmes des leaders qui ne craignaient rien! Il y a donc de l’espoir pour nous ! Les chrétiens se sont souvenus des récits de ces appels, conscients de leurs propres faiblesses et de leurs propres échecs, mais aussi confiants en la présence du Seigneur qui triomphe de la peur.

Au nom de Jésus

Quel genre d’autorité et de pouvoir le Seigneur souhaite-t-Il que nous exercions à sa place? Jésus a donné à ses apôtres le pouvoir et l’autorité de parler en son Nom. Il leur prescrit de faire le travail qu’il faisait : chasser les esprits mauvais, guérir les malades et proclamer la Parole de Dieu qu’ils avaient reçue de Jésus. En parlant de pouvoir et d’autorité, Jésus faisait quelque chose de tout à fait nouveau. Il mariait pouvoir et autorité avec amour et humilité. Le ‘monde’ et la ‘chair’ cherchent le pouvoir pour des gains égoïstes. Jésus nous enseigne à nous en servir pour le bien de notre prochain. Suivre Jésus est un risque, comme n’importe quel chemin de vie. Chacun de nous est appelé à enseigner comme Jésus et à guérir avec compassion et audace comme il l’a fait.

Loi, Prophètes et Écritures

À la lumière de la première lecture tirée du livre du prophète Amos (7, 12-15), j’aimerais aussi offrir quelques réflexions sur le lien entre Jésus et la Loi, les Prophètes et les Écrits de l’Ancien Testament. D’une part, Jésus connaît parfaitement la Loi et l’observe avec dévotion. D’autre part cependant, Il se montre parfaitement libre face à elle. Il souhaite donner une interprétation authentique de la Loi. Il va jusqu’à se déclarer le nouveau faiseur de loi, avec une autorité comparable à celle de Dieu. Il est Lui-même l’accomplissement de la Loi (cf. Romains, 10, 4).

Jésus montre également qu’Il est la continuation authentique des prophètes, tant par son message que par sa vie. Comme eux, Il proclame la foi dans le ‘Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob’ (Mt 2, 32). Il défend les droits de Dieu et des pauvres (cf. Mt 11, 20-24). D’un autre côté, Jésus n’hésite pas à se déclarer plus grands qu’eux. Il leur est supérieur, non seulement dans la ligne prophétique, mais Il est le premier, comme origine et source de toute inspiration prophétique.

Il est plus grand que Jonas et Salomon (cf. Mt 12, 41-43; Lc 11, 31-32). Il est plus grand que Moïse et Il est le premier de tous les prophètes avant Jean (Jn 1, 15), Moïse (Jn 6, 46) et Abraham (Jn 8, 56-58). Il est important de noter que Sa primauté n’est pas uniquement temporelle, mais existentielle. Son ‘avant’ est infini, parce qu’il est éternel:   «Abraham votre père a tressailli d’allégresse dans l’espoir de voir mon Jour. Il l’a vu, et il a été dans la joie. […] Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham ait existé, moi, JE SUIS. (Jn 8, 56-58)»

Jésus se présente aussi comme l’accomplissement des écrits de la sagesse de l’Ancien Testament. Jésus accomplie la Loi et les Prophètes en incarnant cette conscience de lui-même: il incorpore la voie et en fait la réforme par son témoignage. Il donne à travers Sa vie et même Sa mort. Il y a un changement radical de valeurs, comme si une nouvelle création allait émerger d’une création en plein bouleversement.

Par Sa mort, Jésus explique la contradiction apparente des valeurs dans les écrits de la sagesse, et ouvre le chemin qui semblait être une impasse pour le genre humain. Pour ceux et celles qui suivent Jésus, et espérons que ce soit chacun de nous, nous devons marcher dans Ses pas, endurer l’incompréhension, la souffrance et même la mort afin d’être vraiment ses disciples. Plus l’on sonde la profondeur de ces mêmes Écritures qu’Il a accomplies par sa vie, plus nous deviendrons semblables à Lui.

Un appel étendu

Prenez un peu de temps cette semaine pour réfléchir à la manière dont le Seigneur vous appelle à être un disciple. Comment avez-vous senti l’appel personnel du Christ? Comment fait-il une différence dans votre vie? Qu’exige de vous cet appel? Quelles expériences ou personnes vous ont permis d’approfondir cette foi? Est-il possible d’être disciple de Jésus et de faire malgré tout l’expérience de la faiblesse ou de l’échec? Comment pouvez-vous, comme disciple de Jésus, prendre part à sa mission d’enseignement et de guérison aujourd’hui? Vers qui êtes-vous envoyés?

(Les lectures pour le 15 dimanche du temps ordinaire B : Amos 7, 12-15 ; Éphésiens 1, 3-14 ; Marc 6, 7-13)

N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?

Quatorzième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 8 juillet 2018

Nous connaissons bien l’Évangile d’aujourd’hui, même trop bien! Il en relevait de traditions que Jésus aille à la synagogue chaque semaine durant le Sabbat et une fois son tour, il devait lire les écritures sacrées au cours de la célébration du Sabbat. Les habitants de sa ville natale écoutaient encore plus attentivement ses enseignements, car ils étaient tous au courant des miracles accomplis dans les autres villes. De quels signes le gars du village pourrait-il s’occuper sur son propre territoire ?

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus a surpris son propre peuple, car il semble rebuter la croyance qu’aucun prophète de Dieu ne puisse être honoré parmi son peuple. Les habitants de Nazareth se sont offusqués et ont refusé d’écouter ce qu’il avait à dire. Ils méprisaient son message, car il était de la classe ouvrière, un charpentier, un simple laïc de même qu’ils le méprisaient en raison de sa famille. Jésus  ne pouvait pas accomplir des actes dignes de sa puissance en leur présence, car ils étaient fermés et ne croyaient pas en lui. Si des personnes se regroupent dans les buts de haine et du refus de comprendre, ils seront incapables de percevoir d’autres points de vue et ils refuseront d’aimer  et d’accepter les autres. Est-ce un scénario connu ? Combien de fois nous sommes-nous retrouvés dans une situation similaire ?

N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?

Nous pensons souvent que Luc est le seul évangéliste qui a répertorié les visites de Jésus à Nazareth « où il avait grandi » et ce récit structuré de la synagogue de Nazareth (Lc 4,16). Marc et Matthieu font également allusion à cet épisode, sans toutefois mentionner la ville, mais tout simplement « son pays» ou « sa ville natale » (Mc 6,1; Mt 13,54). Cependant, les versions de Luc comportent plusieurs éléments différents de celles de Marc et de Matthieu. Dans les Évangiles de Marc et de Matthieu, certains prennent en considération le passé modeste de Jésus qui était « le charpentier »  (Mc 6,3), « le fils du charpentier » (Mt 13,55) afin de remettre en question l’importance de sa mission. À l’opposé, Luc ne fait aucune mention des origines modestes de Jésus.

Dans l’Évangile de Marc,  on ne fait pas le récit de la visite de Jésus dans sa ville natale au début de son ministère, mais à la suite d’une longue période durant laquelle il prêche l’Évangile et procure des guérisons et même après, les discussions au sujet des paraboles (Mc 4, 1-34) et la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5, 21-43). Dans Matthieu, Jésus a également déjà prononcé son discours sur la mission aux « douze apôtres » (10, 2-42).

Quel est la signification des questions portant sur Jésus dans l’Évangile selon Marc (6, 1-6) faisant partie de l’Évangile de ce dimanche ?  « “N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ?” Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. »

« Pour qui te prends-tu ? » ils semblaient lui demander. Jésus reconnait que les questions à son sujet correspondent à une profonde attitude possessive : n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie et ainsi, comme nous ? Tu es à nous et c’est pourquoi tu dois faire tout ce que tu peux pour nous. Tu nous appartiens !

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Malgré l’attitude possessive dont manifeste son peuple, Jésus ne cède pas aux influences. Les habitants de la ville natale de Jésus étaient affligés d’une forme particulière d’aveuglement, c’est-à-dire la même qui nous touche parfois. Jésus refuse de donner ses dons aux services de son propre peuple offrant ainsi les avantages à des étrangers.

La vision universelle et le grand cœur de Jésus

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre à quel point il est difficile de parvenir à une vision universelle. Lorsque nous croisons une personne comme Jésus pourvu d’un cœur généreux, d’une grande vision et d’un esprit rayonnante, notre réaction est souvent par la jalousie, l’égoïsme et la méchanceté. N’ayant jamais accepté leur propre sainteté, le peuple de Jésus était incapable de reconnaître la sainteté de Jésus. Ils étaient incapable d’honorer leur lien avec Dieu, car ils ne s’étaient jamais pencher sur leur propre sens d’appartenance au Seigneur. Ils étaient également incapables de voir le Messie parmi les leur, car sa ressemblance à eux était trop grande. Jusqu’à ce que l’on puisse se percevoir comme étant les bien-aimés de Dieu, les miracles se feront rares. Alors, les prophètes et les messagers qui s’élèveront devant nous devront  lutter pour se faire entendre et se faire accepter comme étant véritablement la personne qu’ils prétendent.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Marc nous raconte que Jésus était surpris de leur incroyance. À l’écoute de Jésus, son peuple était tout d’abord frappé d’admiration à son égard et de fierté suite à son message. Son message libérateur était fantastique. Ils ont reconnu ce jeune prophète comme un des leurs  et ils dirent : « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie… ? »

Les personnes qui nous font le plus de reproches sont souvent des proches, par exemple : un membre de notre famille, un parent ou un voisin que l’on côtoie régulièrement. Le peuple de Nazareth ne voulait pas renoncer à cette attitude possessive de Jésus. Ainsi, une entrave de cet amour possessif entraîne une réaction violente. Ce type de mesure provoque un effet dramatique de jalousie et de passion. Dans la version de Marc, ils étaient offusqués par Jésus d’autant plus que  « dans la synagogue, tous devinrent furieux (Lc 4,28) et ils tentèrent de mettre fin à sa vie » (4,29) dans le récit de Luc. Le refus d’ouvrir son cœur peut occasionner de telles situations extrêmes.

Jésus était profondément critiqué, car il exprimait une grande ouverture du cœur tout particulièrement envers les personnes en marge et en périphérie de la société. Cette ouverture était la cause d’une opposition grandissante qui a entraîné sa mort sur la croix. Dans les Actes des Apôtres, nous constatons qu’à plusieurs reprises le succès de saint Paul lorsqu’il prêche aux païens a suscité la jalousie chez les juifs. Ces derniers s’opposaient à l’apôtre et ont provoqué des persécutions contre lui (Actes 13,45; 17,5; 22,21-22). Parmi la communauté chrétienne, nous pouvons également évoquer un exemple à Corinthe lorsque des attitudes possessives semblables ont causé le mal. Des croyants s’étaient attachés à un apôtre par jalousie, ce qui a occasionné des conflits et des divisions dans la communauté. Paul a du intervenir de force (1 Cor 1,10-3,23)

L’Évangile d’aujourd’hui nous prévient d’exercer une méfiance face à certaines attitudes qui sont incompatibles avec l’exemple de Jésus : la tendance humaine d’être possessif, égoïste et de restreindre son cœur et son esprit. Nous ne pouvons certainement pas oublier que Jésus est le Sauveur du monde (Jn 4,42) et non pas du village, de la ville ou de la nation!

Afin d’imiter et de se rapprocher de Jésus qui est d’une unicité et d’une beauté totale, nous avons besoin de cette qualité de magnanimité dans nos cœurs et nos esprits. L’envie est à la fois le contraire et l’ennemi de la magnanimité. L’envie est un défaut du caractère humain qui est incapable de reconnaître  la beauté et l’unicité de l’autre et lui refuse tout honneur. L’envie devient aveugle, car ses yeux sont « cloués ». Elle est en aveugle face à sa propre beauté et celle des autres. L’envie entraîne forcément certaines formes de violence de même que l’anéantissement de soi et des autres. Afin d’imiter et de se rapprocher de Jésus qui est d’une unicité et d’une beauté totale, on doit premièrement reconnaître cette attitude de jalousie pour ensuite la chasser.

La magnanimité permet aux autres cette liberté afin que l’autre personne puisse se rendre à la hauteur  afin d’être à l’image de la beauté de Dieu. La magnanimité suscite en chacun un désir de témoigner en l’autre la plus grande satisfaction possible ainsi que le bonheur qui lui revient à juste titre! La magnanimité est capable de voir au-delà d’elle-même, elle peut accorder à l’autre ce qui correspond à un manque profond en nous-mêmes et elle nous permet peut-être même de nous réjouir de la bonté, de la grandeur et de la beauté de l’autre.

Prions ensemble pour que Jésus ne soit pas surpris de notre incroyance, mais plutôt qu’il se réjouisse de nos petits actes quotidiens de fidélité et nos services pour nos frères et sœurs.  Que le Seigneur nous accorde un cœur  magnanime afin que nous puissions voir au delà de nous-mêmes et que nous puissions reconnaître la bonté, la grandeur et la beauté des autres au lieu d’être jaloux de leurs dons. Seule la puissance de Dieu peut nous sauver du vide et de la pauvreté d’esprit, de la confusion, de l’erreur, de la peur de mourir et du désespoir. L’Évangile du salut est une « grande nouvelle » pour nous aujourd’hui.

« Verso l’Alto » par le Bienheureux Pier Giorgio Frassati

Le 4 juillet est la fête (mémoire) du Bienheureux Pier Giorgio Frassati. Le texte qui suit est l’homélie du Père Thomas Rosica csb. telle que prononcée le lundi 14 juillet 2008 à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de Sydney. Elle fut prononcée durant la vigile de prière et d’adoration eucharistique où était présent le corps de Pier Giorgio Frassati dans la cathédrale St. Mary’s de Sydney en Australie.

Comme à Sydney, la dépouille de Pier Giorgio Frassati a été transportée de Turin à Rio de Janeiro pour les JMJs au Brésil.

« Chers amis,

Chères Wanda et Giovanna,

Nièces du bienheureux Pier Giorgio Frassati.

Quel honneur et quel privilège d’être avec vous ici ce soir à la cathédrale St. Mary de Sydney en Australie ! Conduits par un groupe de jeunes canadiens de CCO (Catholic Christian Outreach), l’un des mouvements étudiants catholiques les plus remarquables de notre nation, nous nous sommes rassemblés pour adorer Jésus, don de Dieu pour la vie du monde. Des jeunes du monde entier viennent aussi ici pour prier autour de la dépouille mortelle du bienheureux Pier Giorgio Frassati au cours des Journées mondiales de la jeunesse 2008.

Nous venons d’entendre quel est le projet pour le christianisme dans ce magnifique texte des Béatitudes de l’Évangile de Matthieu (5, 1-12). Les Béatitudes dans le sermon du Christ sur la montagne sont une recette pour la sainteté extrême. Chaque crise que l’Église affronte, chaque crise à laquelle le monde doit faire face, est une crise de la sainteté, est une crise de saints.

S’il y a une époque où les jeunes hommes et femmes ont besoin d’authentiques héros, c’est la nôtre. L’Église croit que les saints et les bienheureux, leurs prières et leurs vies, sont pour les personnes sur la terre; que la sainteté, comme un honneur terrestre n’est pas convoitée par les saints et les bienheureux eux-mêmes.

Qu’est-ce qui fait que le bienheureux Pier Giorgio Frassati est si unique et si spécial ? Il est né en 1901, au tournant du siècle dernier à Turin, en Italie. Le 4 juillet 2008 a marqué le 83ème anniversaire de l’entrée de Pier Giorgio Frassati dans la vie éternelle. Athlétique, plein de vie, toujours entouré d’amis qu’il inspirait par sa vie, Pier Giorgio n’a pas choisi de devenir prêtre ou religieux, préférant donner témoignage à l’évangile comme laïc. Il n’a jamais fondé un ordre religieux ou initié un nouveau mouvement ecclésial. Il n’a pas dirigé d’armée et n’a jamais été élu à un poste public. La mort est venue avant qu’il ait pu recevoir son diplôme universitaire. (Le diplôme lui a été remis à titre posthume en 2001). Il n’a jamais eu la chance de commencer une carrière ; en fait, il n’avait pas même découvert ce que sa vocation pouvait être. C’était simplement un jeune homme amoureux de sa famille et de ses amis, amoureux des montagnes et de la mer, mais surtout amoureux de Dieu. [Read more…]

« Thomas l’incrédule » ou « l’honnête Thomas »

Un proverbe anglais dit : « Lorsque le cœur n’y est pas, les mains sont impuissantes. » On pourrait croire que ces mots furent écrits pour l’apôtre Thomas. La première apparition aux disciples du Seigneur ressuscité, dans le récit de Jean, est intense et détaillée. La scène contient des détails très précis : c’est le soir du premier jour de la semaine et les portes sont fermées et verrouillées. Les disciples, anxieux, sont confinés à l’intérieur d’une chambre. Un monde suspicieux et des forces violentes s’animent à l’extérieur. Jésus n’est plus là. Soudainement, le Ressuscité défie les portes closes, les cœurs renfermés et les esprits fermés. Il apparaît simplement, amicalement, doucement, comme toujours, afin de toucher les apôtres blessés et brisés.

L’expression « incrédule comme Thomas » est souvent utilisée pour décrire quelqu’un de sceptique, qui refuse de croire sans preuves tangibles et concrètes, sans avoir été lui-même témoin d’un événement. Cela fait évidemment référence à Thomas, l’un des Douze dont le nom apparaît les listes d’apôtres des quatre évangiles. Le nom grec de Thomas est Didymus, ce qui est une traduction du nom araméen qui signifie « jumeau ». Lorsque Jésus annonce son intention de retourner en Judée pour visiter Lazare, Thomas dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui! » (Jn 11, 16). C’est également Thomas qui, durant le grand discours à la dernière Cène, leva l’objection : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin? » (Jn 14, 5).

En nous basant sur le Nouveau Testament, nous n’en savons pas beaucoup plus sur l’apôtre Thomas. Toutefois, grâce au récit de la rencontre entre Jésus et Thomas de l’évangile de Jean (Jn 20, 19-31), nous avons une meilleure idée de sa personnalité que de celle des autres disciples. Thomas aurait écouté les paroles de Jésus, et il fut certainement consterné par sa mort.

La nuit de Pâques, lorsque le Seigneur apparut aux disciples, Thomas n’était pas présent. Lorsqu’on lui annonça que Jésus était vivant et qu’il était apparu, il affirma : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas! » (Jn 20, 25) Huit jours plus tard, Thomas fit son
acte de foi. Il mit avec hésitation son doigt dans les plaies de Jésus, et l’amour jaillit. Il est béni au-delà de toute attente pour sa sincérité puisque Jésus lui répond : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 29).

Thomas, l’amoureux honnête

L’apôtre Thomas est l’un des plus grands et honnêtes amoureux de Jésus. Sa personnalité est loin d’être celle d’un éternel sceptique ou celle d’une personne entêtée, comme il fut souvent dépeint dans la tradition chrétienne. Ce jeune apôtre s’est tenu droit devant la croix sans comprendre l’horreur de ce qui arrivait. Tous ses rêves et espoirs furent crucifiés sur cette croix. Thomas a donc dû redécouvrir sa foi au sein de la communauté des croyants, avec les disciples et les apôtres. Nous ne devons jamais oublier cela, spécialement aujourd’hui, alors qu’il est commun d’affirmer que la foi et une vie spirituelle authentique ne peuvent être véritablement vécues sans l’expérience d’une communauté ecclésiale vivante. Nous ne sommes pas croyants comme des individus isolés. Nous sommes plutôt, par notre baptême, des membres de cette grande famille qu’est l’Église.

Des siècles après Thomas, nous le remercions pour son honnêteté et la profonde humanité de ses tiraillements intérieurs. Bien que nous connaissions très peu de chose sur lui, tant sur sa famille que sur sa destinée, nous savons que son nom signifie « jumeau ». Qui était donc cette autre moitié, l’autre jumeau? Peut-être pouvons-nous le voir en nous regardant dans un miroir. Le jumeau de Thomas peut être toute personne qui, après avoir connu les brûlures du doute, du désespoir ou de l’incroyance, a finalement permis à la présence de Jésus ressuscité de faire une différence dans sa vie.

Il y a longtemps de cela, saint Grégoire le Grand affirmait : « Si, en touchant les plaies sur le corps de son Maître, Thomas est en mesure de nous aider à nous remettre des blessures de l’incroyance, il en résulte que les doutes de Thomas nous auront été plus utiles que la foi des autres apôtres. »

Extrait du livre:

«  Reste avec nous: Méditations sur le Christ ressucité »

Thomas Rosica, C.S.B.

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La saveur de l’Évangile et la lumière du Christ pour le Canada et le monde: Télévision Sel et Lumière a 15 ans

La saveur de l’Évangile et la lumière du Christ pour le Canada et le monde

Le 1er juillet 2018 marque le quinzième anniversaire de la toute première diffusion de la chaîne de télévision Sel et Lumière. Née des fruits de la Journée mondiale de la Jeunesse au Canada en 2002 et lancée officiellement en 2003, Sel et Lumière est la première télévision catholique d’ici diffusant d’un océan à l’autre. Ce réseau était le rêve d’un homme d’affaire italo-canadien, le regretté Gaetano Gagliano. Ayant une passion pour les communications, ce visionnaire a vu son rêve se réaliser à 86 ans avec la naissance de la Fondation catholique Sel et Lumière média. Il est décédé en 2016, à l’âge de 99 ans.

La chaîne Sel et Lumière diffuse des émissions en français, en anglais, en italien, en mandarin et en cantonais. Elle propose ses contenus sur différentes plateformes incluant la radio (Catholic Channel Sirius Radio), You Tube, ROKU et les médias sociaux.

Une programmation variée

Le nom de la station vient du thème des Journées mondiales de la Jeunesse de 2002: «Vous êtes le sel de la terre; vous êtes la lumière du monde». La diversité de nos émissions se déploie des nouvelles quotidiennes jusqu’aux événements de l’actualité en passant par le cinéma et les émissions à caractère culturel.

Sel et lumière dessert les communautés francophones du Canada et d’ailleurs dans le monde par l’entremise de son département francophone situé à Montréal et créé grâce à la générosité de l’archidiocèse de Montréal. Sous peu, nous disposerons également d’un bureau à New York.

En communion avec l’Église

Ce que Sel et Lumière présente est en communion avec les enseignements de l’Église ainsi qu’avec saint Pierre, source de notre inspiration. Depuis notre fondation, nous avons eu le privilège de servir trois évêques de Rome. Nous avons entendu plusieurs accents sortir de la bouche même du successeur de Pierre mais rien n’est venu altérer la véritable voix de la vérité.

Nous nous efforçons d’enseigner comment suivre le Christ afin que notre message soit toujours fondé sur la pierre angulaire de l’Église. Nous avons eu le privilège de couvrir quatre synodes des évêques au Vatican: sur la parole de Dieu en 2008, sur la nouvelle évangélisation en 2012 ainsi que sur la famille en 2014 et 2015. À ces occasions, nous avons pu propager de par le monde les messages quotidiens émanant de ces importantes assemblées d’évêques.

Une vision dynamique

Ce qui nous distingue des nombreux autres réseaux et plateformes de télévisions catholiques, c’est notre jeune présence, notre leadership ainsi que la vision de toute l’équipe de la Fondation catholique Sel et Lumière. Nous sommes nés d’une vision dynamique, de l’énergie et de l’esprit des Journée mondiales de la Jeunesse de 2002 au Canada. Si nous sommes toujours actifs, malgré les difficultés qui accompagnent une entreprise de cette ampleur, c’est grâce à la présence continuelle du Seigneur ainsi qu’à votre constante générosité, votre amitié, votre encouragement et votre soutien. Merci de croire en nous et de prier afin que nous puissions continuer à porter la saveur de l’Évangile et la lumière du Christ au Canada et dans le monde.

Joignez-vous à nous pour prier notre prière spéciale:

Dieu notre Père,
Sur une montagne en Galilée,
Ton Fils Jésus nous a appelés à être
le sel de la terre at la lumière du monde.
Donne-nous la force et la sagesse pour devenir
le peuple des Béatitudes de notre temps.
Que nos paroles apportent au monde une saveur
d’Évangile et que nos vies soient de brillants
exemples de Jésus,
Lui qui est la vraie Lumière de Monde.
Nous te le demandons par Jésus-Christ notre Seigneur
Amen

« Jeune homme, jeune femme, lève-toi ! Revis ! Aime à nouveau ! »

Treizième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 1 juillet 2018

La semaine dernière, nous avons été témoins de la puissance divine agissant sur les forces de la nature (Marc 4, 37-41). Aujourd’hui, les récits de l’Évangile en ce 13e dimanche du temps ordinaire, nous révèlent son autorité envers  le mal et la mort. Dans ces récits forts, Jésus nous rappelle de l’importance de la foi. Rien n’est possible sans la foi. En se rendant à la maison  de Jaïre (Marc 5), Jésus est confronté à des pannes, des délais et même des obstacles sur la route. Les personnages de Marc (5) transmettent leur impureté à Jésus et à chacun, Jésus leur accorde la plénitude de Dieu qui purifie. Prenons un moment pour revoir chaque situation.

La femme souffrante d’hémorragies

La guérison miraculeuse, par Jésus, de cette femme  qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans est décrite dans trois  des quatre Évangiles (Mt 9, 20-22; Mc 5, 25-34; Lc 8, 43-48). Selon la loi juive, trois formes d’impuretés étaient assez graves pour valoir l’exclusion sociale : la lèpre, les souillures causées par des écoulements corporels et les impuretés au contact d’un mort (Nb 5, 2-4). Dans l’Évangile selon Marc (verset 5), la femme était affligée d’une maladie qui la rendait rituellement impure (Lévitique 15, 25-27), ce qui l’aurait exclue de contacts sociaux et de la pratique religieuse au temple. Elle souhaitait désespérément la guérison par  Jésus, mais elle savait que d’après la loi juive, il serait ainsi rituellement impur au contact de son sang.

Tous ceux qui souffraient d’une des maladies devenaient impurs. Toute chose ou personne touchée par le malade devenait impure. Tous ceux qui étaient impurs souffraient également d’une séparation avec les autres et avec Dieu. Toute chose impure était inapte ou indigne de la présence d’un Dieu qui était saint. Ceux que l’on jugeait impurs devaient se soumettre à un rite de purification ou d’épuration afin d’être accueillis à nouveau en société et dans la présence de Dieu.

La femme s’impose audacieusement dans l’espace personnel de Jésus et touche ses vêtements. Ce geste rend Jésus impur et aurait pu le détourner. Au contraire, Jésus a non seulement guéri la femme, mais il a rétabli son lien avec Dieu. Il établit également un lien interdit avec cette femme lorsqu’il l’appelle « ma fille ».

La fille de Jaïre

Le récit très touchant de Jaïre est «inséré» dans celui de la femme souffrante d’hémorragies. Jaïre, chef élu de la synagogue locale, était également le responsable de la supervision du service religieux hebdomadaire, de la gestion de l’école et de l’entretien de l’immeuble. D’autres chefs de synagogue ont mis pression sur Jaïre pour qu’il oppose Jésus, mais Jaïre n’a pas cédé aux influences. Jaïre s’est prosterné devant Jésus et a exprimé sa détresse : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Ce geste posé par Jaïre était significatif de même qu’un acte audacieux de respect et d’adoration.

L’histoire continue: « Il saisit la main de l’enfant, et il dit : “Talitha Koum”, ce qui signifie : “Jeune fille, je te le dis, lève-toi!” Aussitôt, la jeune fille se leva et se mit à marcher » (5,41-42). En disant « jeune fille », il établit avec elle le même lien que Jaïre avec sa fille.

Dans chaque cas, la sainteté de Jésus transmue l’impureté de la personne. Ainsi, l’écoulement du sang s’arrête. La femme est guérie. Le cadavre est ressuscité. La jeune fille sort de son lit. Jésus élève chaque personne à son niveau confiant à l’individu le mérite de la présence de Dieu.

Jésus, le guérisseur

Dans de nombreux récits de guérison, Jésus atteste sa puissance d’accorder la santé, la guérison, et même, la résurrection des morts. Souvenons-vous du jeune homme de Naïm (Luc 7) qui était mort. Jésus a dit, « “Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.” Alors, le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. » Jésus a répondu aux pleurs du lépreux qui le supplia : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Ému de compassion, Jésus prononça ensuite un ordre digne de Dieu et non pas d’un simple être humain : « “Je le veux, sois purifié.” À l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié. » (cf. Mc 1, 40-42) Comment pourrait-on oublier le cas du paralysé qui fut descendu d’une ouverture découverte au toit de la maison, Jésus dit, « Lève-toi, prends ton brancard, et rentre chez toi. » (cf. Mc 2, 1-12)

L’histoire de Jésus se continue dans l’Acte des apôtres lorsque l’on nous raconte que des gens « allai[en]t jusqu’à sortir les malades sur les places, en les mettant sur des lits et des brancards : ainsi, quand Pierre passerait, il toucherait l’un ou l’autre de son ombre. » (Actes 5,15) Les apôtres ont accompli ces « signes et miracles » non  pas en leur propre nom, mais en celui du Christ et c’est pourquoi ils sont des signes supplétifs de sa puissance divine.

« Talitha koum »

Le récit de la fille de Jaïre nous parle non seulement de la mort d’un enfant et de la résurrection d’une fillette, mais également de la mort du cœur et de l’esprit, un mal qui afflige actuellement de nombreux jeunes. Ces mots forts porteurs de sens : « Talitha koum », jeune fille, lève-toi, s’adressent non seulement à la fillette du récit de Marc, mais également à beaucoup de jeunes, même à chacun d’entre nous. Combien de jeunes enfants vivent avec la crainte et la tristesse causés par des situations de familles désunies, de tragédies et de pertes! Combien de jeunes sont aux prises d’un cercle vicieux de la mort, c’est-à-dire les drogues, l’avortement, la pornographie, la violence, les gangs et le suicide. De nos jours, les jeunes souffrent d’angoisses, de découragements et d’autres maladies psychologiques et même physiques graves, voire de façon alarmante. Plusieurs ne savent plus ce que veut réellement dire la joie, l’amour, l’espoir et la vérité.

La tristesse, le pessimisme, le cynisme, le vide de sens, le désire prendre fin à la vie ne sont jamais des choses positives, mais de voir ou d’entendre des jeunes les transmettre nous rend d’autant plus le cœur gros et attristé. Puisque j’habite dans une grande ville comme Toronto, j’ai eu l’occasion de faire la rencontre de nombreux jeunes. Puis lorsque j’entends leur histoire de ruptures, de tristesses et de désespoirs, je me rends compte de l’énormité du travail à faire de la part des églises afin de faire revivre ces jeunes.

Actuellement, Jésus continue de ramener à la vie ces jeunes morts. Il le fait par ses mots et également, en envoyant ses disciples qui, en son nom puis son amour même, répètent aux jeunes d’aujourd’hui l’appel: «Talitha koum», «jeune homme, jeune femme, lève-toi! Revis! Aime à nouveau! Tu es aimé!»

« Alive » à Darlinghurst

En réfléchissant à l’Évangile d’aujourd’hui et ces mots forts de Jésus, « Talitha Koum », je me rappelle très bien d’un moment exceptionnel du pape Benoît XVI au cours de la Journée mondiale de la jeunesse 2008. Le Saint-Père s’est rendu à la chapelle Sacred Heart de Darlinghurst (Sydney) où il s’est entretenu avec des jeunes, ayant des antécédents de dépendance aux drogues et d’autres difficultés, qui participaient au programme «Alive». Le Pape se réfère alors aux paroles de Moïse dans l’Ancien Testament: « Je te propose de choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu […] c’est là que se trouve la vie.

«Ce qu’ils avaient à faire était clair, » expliqua le Pape, « ils devaient se détourner des autres dieux et adorer le vrai Dieu qui s’était révélé à Moïse et ils devaient obéir à ses commandements. Vous pourriez penser qu’il est peu probable que, dans le monde d’aujourd’hui, les gens adorent d’autres dieux. Mais il arrive que les gens adorent « d’autres dieux » sans s’en rendre compte. Les faux « dieux » […] sont presque toujours liés à l’adoration de trois réalités : les biens matériels, l’amour possessif, le pouvoir. »

L’amour authentique est certainement quelque chose de bon » ajouta le Pape. « Quand nous aimons, nous devenons plus pleinement nous-mêmes, nous devenons plus pleinement humains. Mais […] Souvent, les gens pensent aimer alors qu’en réalité, ils tendent à posséder l’autre ou à le manipuler. Parfois, les gens traitent les autres comme des objets pour satisfaire leurs propres besoins. […] Comme il est facile d’être trompés par les nombreuses voix qui, dans notre société, défendent une approche permissive de la sexualité, sans prêter attention à la pudeur, au respect de soi et aux valeurs morales qui confèrent aux relations humaines leurs qualités !

Chers amis, je vois en vous des ambassadeurs de l’espérance pour tous ceux qui se trouvent dans des situations semblables. Vous pouvez les convaincre de la nécessité de choisir le chemin de la vie et de renoncer au chemin de la mort, parce que vous parlez d’expérience. Dans tous les Évangiles, ce sont ceux qui ont opéré des choix erronés qui sont particulièrement aimés de Jésus, parce que, quand ils se sont rendu compte de leur erreur, ils se sont ouverts plus que les autres à sa parole de guérison. En vérité, Jésus fut souvent critiqué par des soi-disant justes, parce qu’ils passaient trop de temps en leur compagnie. “ Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? ” demandaient-ils. Et lui répondait : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades… Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. » (cf. Mt 9,11-13)

C’était ceux qui désiraient reconstruire leur vie qui se montraient les plus disponibles à écouter Jésus et à devenir ses disciples. Vous pouvez suivre leurs traces ; vous aussi vous pouvez vous approcher particulièrement de Jésus précisément parce que vous avez choisi de retourner à Lui. Vous pouvez être certains que, comme le père dans la parabole de l’enfant prodigue, Jésus vous accueille à bras ouverts. Il vous offre son amour inconditionnel : et c’est dans l’amitié profonde avec lui que se trouve la plénitude de la vie.

Je suis certain que Jésus fixait Benoît d’un grand sourire de même que cette rencontre formidable à Sydney ce juillet dernier. Les mots de Jésus : « Talitha koum » ont été réentendu aux antipodes alors que le pape Benoît XVI invitait les jeunes à s’élever, à revivre et à aimer de nouveau.

(Image : Filha Jairo par Polenov)

“Je ne suis pas Lui, je prépare Son chemin”

Solennité de la Nativité de Saint Jean Baptiste – dimanche 24 juin 2018

Isaïe 49,1-6 ;
Actes 13,22-26 ;
Luc 1,57-66.80

Aujourd’hui l’Église célèbre la grande fête de la nativité de celui qui était le « Précurseur », l’« Ami du Marié », « la voix de celui qui crie dans le désert » : Jean le Baptiste. La première lecture est la deuxième des quatre chansons du « Serviteur du Seigneur » du prophète Isaïe (49.1-6). Il portrait exquisément le rôle du Baptiste. Il était véritablement le Serviteur prêt à prêcher la Parole de Dieu. Jean était identifié avec le peuple d’Israël et sa vocation n’était pas seulement la restauration d’Israël mais d’ailleurs la conversion du monde. Jean était l’épée tranchante qui a indiqué la vraie lumière des nations, l’un dont le salut atteindrait la fin du monde.

Saint Paul, dans la lecture d’aujourd’hui des Actes des Apôtres (13.22-26) a parle de Jean qui a annoncé sa venue en proclamant un baptême de repentance à tout le peuple d’Israël. Paul relate que lorsque Jean achevait son discours, il disait : « Je ne suis pas celui que vous pensez ; mais voici, après moi vient celui des pieds duquel je ne suis pas digne de délier les souliers » (13.25).

Il n’y a aucun Évangile qui commence l’histoire du ministère publique de Jésus sans d’abord raconter la vie et la mission de Jean Baptiste. Le fait que Jean précédait Jésus est clairement fixé dans la narration chrétienne. Marc et Luc introduit le Baptiste avant introduire Jésus. Jésus est introduit à travers Jean. Le rôle de Jean dans l’histoire de salut et dans la proclamation de la venue du Messie est merveilleusement décrit dans la préface d’Avent dans la liturgie Romaine, lorsqu’elle réfère a Jésus en tant que : « Celui dont Jean Baptiste a proclamé la venue et révélé la présence au milieu des hommes ».

Jean Baptiste était un homme du désert et a commencé sa prédication là-bas, en proclamant : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers » (Mc 1.3 ; Mt 3.3). Ses années longues dans le désert avant son apparition en tant que prêcheur et enseigneur de repentance (Lc 1.80) étaient une occasion de croissance, pleine des expériences. Il faut être le même pour tout ceux et celles qui suivent Jésus. Chaque ministère et service dans le Royaume de Dieu qui implique la communication avec les autres exige un période de préparation dans la solitude et nos propres déserts humains. Seulement dans ces moments de solitude que nous pouvons être attentifs à la Parole de Dieu dans nos vies. Prenons-nous du temps pour écouter la Parole de Dieu ? Où trouvons-nous la terre sainte dans nos vies où la Parole de Dieu est dénoué et complètement libre d’être entendue et vécue ? Permettons-nous les déserts de nous parler et nous former ?

Lorsque l’heure est arrivée, Jean a conduit ses propres disciples à Jésus et les a indiqué le Messie, la Vraie Lumière, et l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Le témoignage que Jésus rend à Jean fait le Baptiste le plus grand de tous les héros d’Israël (Mt 11.7-19 ; Lc 7.24-35). Jésus affirme la grandeur de Jean en lui appelant un « témoin à la vérité, une lampe qui brûle et qui luit » (Jn 5.33-56). Jean ne pourrait pas sauver, mais il a donné aux autres une expérience profonde du pardon, ainsi les permettant de rencontrer Dieu sur le chemin de leurs vies. Il a considéré lui-même moins qu’un esclave face à Jésus, « Au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers » (Jn 1.26-27). Lorsque les disciples de Jean lui approchaient, troublés par le baptême par Jésus dans le Jourdain, il leur a répondu avec assurance : « Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel ». Jean a dit qu’il est justement l’Ami du Marié, celui qui doit diminuer lorsque son Maitre croisse (Jn 3.25-30). Le Baptiste a défini son humanité en termes de ses limitations.

Jean Baptiste est finalement emprisonné par Hérode Antipas puisque son reproche publique du tétrarque pour son mariage adultère et incestueux avec Hérodiade (Mt 4.12 ; Mc 1.14 ; Lc 9.7-9). Jean était exécuté puisqu’une promesse ridicule faite par Hérode lors d’une débauche d’ivrogne (Mt 14.1-2 ; Mc 6.14-28 ; Lc 9.7-9). Ainsi que le Baptiste et le Messie sont liés dans leurs naissances, leurs sorts sont également étroitement entrecroisés.

L’Esprit de Dieu a permis les prophètes de se sentir avec le Seigneur. Ils étaient capables de partager ses attitudes, ses valeurs, ses sentiments, et ses émotions. Cela les permettait de voir les évènements de leurs époques comme Dieu les a vus, et de sentir dans la même façon qu’il sent. Ils ont partagé la colère de Dieu, la tristesse de Dieu, la déception de Dieu, la révulsion de Dieu, la sensibilité de Dieu pour son peuple, et le sérieux de Dieu. Ils non pas partager ces choses en abstrait ; ils partageaient les sentiments de Dieu dans les évènements concrets de leurs époques.

L’image de Jean Baptiste est souvent représenter avec sont doigt montrant celui qui vient : Jésus Christ. Si nous prenons le rôle de Jean en préparant la voie dans le monde aujourd’hui, nos vies seront aussi des doigts des témoins vivants qui montrent que Jésus peut être trouvé est qu’Il est proche. Jean a donné au gens de son époque l’expérience du pardon et du salut, en pleine connaissance qu’il n’était lui-même le Messie, Celui avec la pouvoir à sauver. Est-ce que nous permettons les autres d’avoir des expériences de Dieu, de pardon, de salut ?

Jean Baptiste est venu afin de nous enseigne qu’il existe un chemin hors de l’obscurité et la tristesse du monde et la condition humaine, et que ce chemin est Jésus lui-même. Le Messie vient pour nous sauver des puissances des ténèbres et de la mort, et de nous mettre encore sur le chemin de la paix et la réconciliation afin que nous puissions trouver la voie qui nous ramène à Dieu. Celui n’est pas le Baptiste, mais il prépare Son chemin.

Le défunt théologien jésuite, P. Karl Rahner, a écrit :

Nous devons écouter la voix de celui qui crie dans le désert, même lorsqu’elle confesse : « Je ne suis pas Lui. » On ne peut pas choisir de ne pas écouter cette voix « car elle est juste la voix d’un homme ». Ainsi, on ne peut pas mettre de côté le message de l’Église, car l’Église, « n’est pas digne de délier la courroie des souliers » de son Seigneur qui la procède.