Nourriture fabuleuse et boisson pour la route

Solennité du Corps et du Sang du Christ – dimanche 3 juin 2018

L’évangile de ce jour (Marc 14, 12-16; 22-26) associe la mort de Jésus avec la grande fête de libération d’Israël. A la première Pâque, le sang sur les portes avait pour but de préserver les premiers-nés de la mort. Le pain rompu au Dernier Repas symbolise le partage des disciples dans l’offrande de Jésus. Boire la coupe de sang crée un lien commun nouveau et dynamique. Le sang de Jésus sanctifie et revitalise chacun de nous. L’eucharistie a quelque chose qui la distingue de tout autre mémorial. C’est à la fois un mémorial et une présence, même si elle est cachée sous les signes du pain et du vin.

Notre liturgie eucharistique proclame le seul lien de vie entre Dieu et son peuple. A la manière du sang qui coule du cœur et unit tous les membres dans un seul flot de vie, ainsi sommes-nous unis intimement avec Dieu à travers le corps et le sang de Jésus. La vraie nature de l’Eucharistie implique un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entremêlées avec la propre vie de Dieu. Nous ne pouvons pas être seuls, car le sang est notre lien commun.

En célébrant la fête du Corps et du Sang du Seigneur cette année, nous réalisons deux choses.  Cette fête est quotidienne et pourtant, nous avons fixé un jour dans l’année pour célébrer la fête des fêtes que nous célébrons chaque jour. Non seulement célébrons-nous le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Seigneur, nous célébrons aussi la nouvelle identité donnée à ceux qui partagent entre eux le corps et le sang de Jésus et deviennent alors ce qu’ils mangent et boivent.

La foi en la résurrection de Jésus peut être une idéologie dangereuse et improductive si elle ne nous stimule pas réellement à partager le pain avec nos frères et sœurs qui ont faim. Nous ne nous engageons pas dans une action politique ou sociale mais dans une célébration sacramentelle, un mémorial ou une commémoration : le souvenir de la vie et de la mort de Jésus, dans la foi en la résurrection comme Seigneur, siégeant à la place d’honneur de Dieu comme avocat du pauvre, de l’opprimé qui n’a pas de pain. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous participons à Celui qui devient nourriture et boisson pour les autres. Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, réalisons-nous que le Christ Eucharistique est réellement présent comme pain pour le pauvre?

La chrétienté, le catholicisme, les sacrements, spécialement l’Eucharistie ne sont pas des concepts théologiques, des cours, des choses, des idées, des fantaisies passagères, des symboles – ils sont une personne vivante qui a pour nom Jésus.

Se souvenir du Congrès eucharistique international de Québec en 2008

Dans les nombreux moments de crises et de troubles de l’histoire chrétienne, le Seigneur a confirmé sa présence réelle dans le Saint Sacrement de façons miraculeuses. La plupart de ces miracles eucharistiques ont eu des manifestations dans lesquelles l’Hostie s’était transformée en chair humaine et en sang. Les miracles à Bolsena et Orvieta en Italie viennent très vite à l’esprit tout comme bien sûr,  l’histoire du miracle eucharistique de Lanciano en Italie. Ces histoires semblent être loin de nos propres expériences et sont souvent assez difficiles à croire. Plus récemment, de telles histoires de miracles ont été qualifiées de piété et de dévotion excentrique.

En tant que catholiques nous croyons que l’hostie consacrée est le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de notre Seigneur, sous les apparences du pain et du vin. Cependant Jésus à travers les miracles eucharistiques, simplement manifester sa Présence d’une façon très tangible. Certains nous disent que nous n’avons pas réellement besoin des manifestations extraordinaires pour confirmer ce que nous connaissons et croyons déjà. Ils disent que les miracles extraordinaires ne sont pas l’essence de la vraie dévotion et compréhension eucharistique.

J’aimerais réfléchir à un événement eucharistique extraordinaire qui a marqué profondément l’Église au Canada et a touché de nombreuses parties du monde aussi.

Pendant une semaine du 15 au 22 juin 2008, j’ai redécouvert ce que des miracles eucharistiques pouvaient être, seulement cette fois-ci ce n’était pas dans les églises de la vieille Europe. Avec 15 000 autres personnes de tout le Canada et de 75 autres pays, j’ai vu l’Eucharistie devenir vivante d’une manière très puissante dans cette arène de hockey du Colisée Pepsi.

Dans son homélie d’ouverture du Congrès, un cardinal slovaque âgé de 84 ans, Jozef Tomko, légat du pape pour cet événement, a dit que Jésus est le don de Dieu, l’aliment qui nous nourrit, nous remplit et nous fait accéder à la vie éternelle. L’Eucharistie est une personne, pas un objet ni un cadeau mort. Peut-être ne devrions-nous pas nous demander qu’est-ce que l’Eucharistie, mais qui est l’Eucharistie? » La réponse à cette question, d’après Tomko, est Jésus dans la forme sacramentelle du pain et du vin « pour indiquer qu’il a voulu devenir notre nourriture et soutenir notre vie »

Une des catéchèses les plus mémorables et profondes du Congrès de Québec fut sur le thème “l’Eucharistie, vie du Christ dans nos vies” donnée par Mgr Louis Tagle, évêque d’Imus aux Philippines et actuellement archevêque de Manille. Mgr Tagle a parlé de l’adoration eucharistique hors de la messe : «Devant Jésus, nous recevons et nous sommes transformés par le mystère que nous adorons. L’adoration eucharistique c’est comme se tenir au pied de la croix de Jésus, en étant témoin du sacrifice de sa vie et en étant renouvelés par lui. »

Mgr Tagle a pris l’exemple du centurion romain qui a gardé Jésus sur la croix comme “un modèle d’adoration”.

Nous apprenons du centurion à regarder Jésus, à rester fixé sur Lui, à être devant Lui, à le contempler.  Le centurion a d’abord passé des heures à regarder Jésus et il a fini par le contempler en vérité. Qu’a vu le centurion? Nous pouvons penser qu’il a vu l’horreur de la souffrance qui a précédé la mort de Jésus. Mais je crois aussi que le centurion a vu l’amour incroyable qui émanait de Jésus, l’amour pour le Dieu qui n’a pas réussi à éloigner de lui cette coupe de souffrance, et l’amour du prochain.

(…) Je souhaite que l’adoration eucharistique nous conduise à connaître davantage Jésus comme le compagnon plein de compassion des personnes crucifiées aujourd’hui. Adorons Jésus qui offre sa vie comme un cadeau au Père pour nous pécheurs. Adorons-le pour nous-mêmes, pour le pauvre, pour la terre, pour l’Église et pour la vie du monde.

Le Congrès Eucharistique International de Québec fut une occasion privilégiée pour le Canada de réactualiser le patrimoine historique et culturel de sainteté et d’engagement social de l’Église qui tire ses racines du mystère eucharistique.

Un jour durant le congrès à Québec, la pluie quotidienne m’incita à prendre un taxi pour me rendre au Colisée Pepsi. Le jeune conducteur, algérien musulman, me demanda d’où je venais, puis il me parla au sujet du Congrès, ayant rencontré tant de délégués dans les rues de Québec. Quand il apprit que j’étais du Canada anglais, il a bondi! « Que donnez-vous tous les jours aux gens à manger? » me demanda-t-il. Je le regardai étonné, et lui demandai de m’expliquer ; il le fit dans un accent impeccable en anglais! Il dit : « Je n’ai jamais vu autant de personnes heureuses à Québec depuis 10 ans que je suis là. Il doit y avoir quelque chose dans la nourriture et la boisson. Cela doit être fabuleux! »

En 2003, le pape Jean-Paul II écrivait dans son encyclique “Ecclesia de Eucharistia”: “L’Eucharistie construit l’Église et l’Église fait l’Eucharistie”. Le Congrès Eucharistique International à Québec l’a réalisé en 2008.

Rapports aux autres et communauté : deux éléments importants aux yeux de Dieu

Fête de la Sainte Trinité – dimanche 27 juin 2018

Une des plus importantes dimensions de notre Dieu Trinitaire est la communauté d’amour et de personnes modelées pour nous dans le mystère de la Sainte Trinité. Pour les chrétiens, la Trinité est le premier symbole d’une communauté qui se tient grâce à sa diversité interne. Si notre foi est fondée sur le mystère de la Trinité qui est fondamentalement un mystère de communauté, alors tous nos efforts humains, toutes nos activités, doivent contribuer à la construction de la communauté humaine, reflet de la vie trinitaire de Dieu.

Le passage d’aujourd’hui du Deutéronome (4, 32-34, 39-40) est un excellent point de départ pour sonder les profondeurs du mystère de la Trinité. Considérez un moment les paroles de Moïse encourageant et exhortant le peuple d’Israël :

Alors, de là-bas, vous rechercherez le SEIGNEUR ton Dieu ; tu le trouveras si tu le cherches de tout ton cœur, de tout ton être. Quand tu seras dans la détresse, quand tout cela t’arrivera, dans les jours à venir, tu reviendras jusqu’au Seigneur ton Dieu, et tu écouteras sa voix. Car le Seigneur ton Dieu est un Dieu miséricordieux ; il ne te délaissera pas, il ne te détruira pas, il n’oubliera pas l’alliance jurée à tes pères.

Le passage tout entier parle de la relation privilégiée  entre Dieu et Israël, liant l’unicité de la vocation d’Israël avec l’unicité du Dieu d’Israël.

Puis, dans une série de questions plus rhétoriques, Moïse, sachant très bien que le Seigneur seul est Dieu, met les habitants du peuple d’Israël «sur la sellette» et  demande au sujet de leur Dieu:

Interroge les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu de la flamme, et qui soit resté en vie ?  Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, par la force de sa main et la vigueur de son bras, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le Seigneur ton Dieu le faire pour toi en Égypte ?  Il t’a été donné de voir tout cela pour que tu saches que le Seigneur est Dieu, et qu’il n’y en a pas d’autre (4, 32-35).

Le grand ouvrage Trinitaire de Matthieu

A la fin de l’Évangile de Matthieu la scène majestueuse du départ (28,16-20) nous rapporte les derniers moments de Jésus sur terre et nous rappelle la grande tâche de l’Église : “Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et apprenez-leur tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. (v. 19-20).

L’envoie apostolique implique un service qui est pastoral: «Allez donc! De toutes les nations, faites des disciples…», liturgique: «baptisez-les» et prophétique: «apprenez-leur tous les commandements que je vous ai donnés,» garanti par la conclusion du Seigneur, jusqu’à la fin du monde. La scène donne un avant-goût de la venue ultime du Fils de l’Homme (Mt 26,64). Alors, son triomphe sera manifeste aux yeux de tous; mais pour l’heure, seuls les disciples reçoivent cette révélation, eux qui ont la tâche de l’annoncer à toutes les nations, amener le monde à croire en Jésus et à obéir à ses commandements. Depuis, le pouvoir universel appartient à Jésus ressuscité (Mt 28,18), il donne aux onze une mission qui est vraiment universelle: faire des disciples de toutes les nations.

Le baptême signifie l’entrée dans la communauté du ressuscité, l’Église. «Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit»: il s’agit peut-être de l’expression la plus claire de la foi Trinitaire dans le Nouveau Testament. Cela peut avoir été la formule baptismale de l’église de Matthieu, mais en premier lieu,  ces mots désignent l’effet du baptême, l’union des personnes baptisées dans le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Le langage trinitaire

Le langage du Père et du Fils est un  langage de relation et nous rappelle que pour Dieu, comme pour nous créés à l’image de Dieu, les rapports aux autres et la communauté sont premiers. Dieu ne peut être défini par ce qu’il fait, il en est de même pour nous. Dieu est un Être et non un Faire, aussi sommes-nous des êtres humains et non des « faires » humains. C’est une question de théologie, mais aussi, comme avec toute bonne théologie, une question pratique. Définir la vie intérieure de Dieu dans la Trinité en termes d’activités de Dieu conduit à définir les humains, créés à l’image de Dieu, de la même façon. Ceux qui choisissent de dire: «Au nom du Créateur, du Rédempteur et du Supporteur» s’égarent en définissant Dieu en tant que fonction et non comme personne. Dieu est un être vivant qui existe dans une relation intime avec nous.

Dieu n’est pas immobile. Dieu n’est pas seul. Dieu est communication entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. C’est ce mystère profond que la liturgie de la fête de la Sainte Trinité nous rappelle: la réalité indicible de Dieu et la manière par laquelle le mystère nous est communiqué. La Trinité célèbre la paix et l’unité des personnes divines dans lesquelles la danse circulaire de l’amour, « perichoresis » en Grec, continue. Cette unité de vie et de relations est comme une danse, englobant tous les aspects de la vie humaine. Nous devons constamment tendre vers l’unité et la paix de Dieu, de Jésus et de l’Esprit donneur de vie, une paix que la controverse théologique ne peut donner. Bien que la théologie soit absolument nécessaire, nous ferions mieux de prier et d’aimer Dieu davantage que d’essayer d’expliquer notre Dieu Trinitaire! Voilà une belle consolation: il n’est pas nécessaire de tout comprendre pour aimer.

Lisons la prière bien connue de sainte Catherine de Sienne tirée de son Dialogue sur la Divine Providence:

Dieu, Trinité éternelle! Qui, par l’union de votre nature divine, avez donné un si grand prix au sang du Christ ! Vous êtes une mer profonde où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche. Vous êtes inépuisable, et en rassasiant l’âme dans vos profondeurs, vous ne la rassasiez jamais; elle est toujours affamée de vous, éternelle Trinité ; elle désire vous voir avec la lumière dans votre lumière…

L’amour ne peut jamais empêcher la croissance de sa fascination avec les aspects séparés de l’aimé. C’est notre approche du mystère de la Trinité. Nous devons aimer Dieu davantage. En cette fête, prions pour que nous soyons entraînés dans le travail de l’Esprit de Dieu d’unification et de réconciliation de monde les uns avec les autres. La gloire croissante de Dieu est cette révélation progressive de la Trinité. Combien de fois durant nos vies, nous expérimentons cette révélation et la présence de Dieu Trinitaire à travers la profondeur de l’amour, la communication et l’amour pour tout le monde. Ce Dieu nous dit ce que la vie dynamisante trinitaire est: communication, relation et affection. L’imitation de la vie intérieure de la Trinité est la base de la qualité de notre vie chrétienne.

Le fondement de notre foi Trinitaire est dialogue, communication et «danse de la vie». Même si nous pouvons avoir des difficultés à comprendre la Sainte Trinité, nous pouvons néanmoins la prendre dans nos mains chaque fois que nous traçons sur nous-mêmes le signe de la croix. Les paroles prononcées une fois lors de notre baptême deviennent les paroles avec lesquelles nous nous bénissons nous-mêmes, au nom de la Trinité. C’est là que réside le sens de ce Dieu unique en Trois Personnes.

Je vous offre cette prière pour la fête d’aujourd’hui et la semaine qui vient :

Gloire à toi, Père,
Qui par le pouvoir de ton amour,
Créa le monde et nous forma à ta propre image et bonté.
Gloire à toi, Fils unique,
Qui dans ta sagesse a assumé notre condition humaine
Pour nous conduire au Royaume.
Gloire à toi, Saint-Esprit,
Qui dans ta miséricorde nous a sanctifiés par le baptême.
Tu travailles en faisant de nous une nouvelle création chaque jour.
Gloire à toi, Sainte Trinité,
Tu es de toujours, étais et sera également grande jusqu’à la fin des temps.
Nous t’adorons, te louons, te remercions
Parce que nous sommes heureux de révéler la profondeur de ton mystère aux humbles et aux tout-petits.
Donne-nous de pouvoir marcher dans la foi et l’espérance joyeuse jusqu’au jour ou ce sera nous qui vivrons dans la plénitude de ton amour et contemplerons pour toujours ce que nous croyons:
Dieu qui est Père, Fils et Esprit! Gloire à Toi!

Puisse la Sainte Trinité de Dieu – indicible bonté et mystère – nous apprendre et nous guider dans la vie qui est nôtre, et puissions-nous grandir dans «l’amour de Dieu répandu en nos cœurs par l’Esprit qui nous est donné (Rm 5,5).»

Libérez les dons de l’Esprit !

Solennité de la Pentecôte – dimanche 20 mai 2018

La théologie chrétienne du Saint-Esprit est enracinée dans le judaïsme. Le terme Esprit est traduit par le mot hébreu (ruah) et même dans sa prononciation nous détectons le vent et la respiration de Dieu.  Le vent de Dieu, la respiration de Dieu sont des chemins qui se référent à la présence de Dieu. L’expression « Saint-Esprit » est utilisée seulement sept fois dans l’Ancien Testament, tandis que les termes « Esprit de Dieu » ou « Esprit du Seigneur » reviennent 67 fois dans les écritures hébraïques. Dans la première ligne du livre de la Genèse  1,1, l’Esprit de Dieu planait sur les premières eaux attendant le moment opportun de mettre de l’ordre dans ce chaos.

Jésus lui-même utilise l’image sensorielle du vent lors de sa conversation mystérieuse et nocturne avec Nicodème. Il parle au sujet de l’Esprit comme le vent qui souffle où il veut (cf. Jean 3). C’est aussi la première fonction de l’Esprit dans les Écritures : être la présence mystérieuse de Dieu dans l’histoire,  non réductible à la logique humaine ou terrestre.

La deuxième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est de mettre les choses en ordre. Le récit de la création de la Genèse (chapitre 1) révèle un Esprit descendant sur ce monde sans forme et sa descente produit le miracle de la création, la transformation du chaos en cosmos, du désordre en ordre, de l’anonymat en communauté.

La troisième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est donneuse de vie. Nous lisons dans Genèse 2,7: « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Comme résultat de cette respiration divine, la créature humaine est transformée en un être vivant, pas pour être simplement une créature mais un partenaire fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, avec qui et à qui Dieu parle et confie la responsabilité pour le monde.

La quatrième fonction du Saint-Esprit est d’être guide. Nous lisons dans Isaïe 11 « sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et crainte du Seigneur. ». La crainte du Seigneur n’est pas quelque chose  qui fait peur aux personnes mais peut être comprise comme notre capacité de s’exclamer « wow! » « merveilleux! » devant l’œuvre et la création de Dieu.

La cinquième fonction de l’Esprit est de guérir, exprimée si puissamment dans la prophétie d’Ézéchiel, 36, 26-27: «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles»  L’Esprit entre, recrée, restaure la santé et terrasse le péché.

La sixième fonction du Saint-Esprit est d’être le principe universel. Nous lisons dans Joël 3,1-2 : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions. Même sur les serviteurs et les servantes, en ce temps-là je répandrai mon Esprit. » Le jour viendra où toute l’humanité sera vraiment possédée par l’Esprit et ce jour coïncidera avec l’ère messianique ardemment attendue dont parle le prophète. C’était ce principe qui a été le moteur de l’activité et le ministère de Jésus d’une manière remarquable.

La septième fonction du Saint-Esprit intervient à la fête de la Pentecôte quand les disciples furent remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler d’autres langues. La venue de l’Esprit Saint signale le début d’une mission dans le monde entier pour les chrétiens au-delà de leurs frontières géographiques d’Israël, d’abord d’Israël à Rome, et puis de Rome aux extrémités de la terre. C’est une mission qui surmonte les obstacles humains et a, pour force conductrice, l’Esprit. L’universalité du salut n’est pas apparue à l’humanité sans douleur ni confusion.

L’expérience catholique

Le Saint-Esprit rend l’expérience chrétienne vraiment catholique et universelle, ouverte à toute expérience humaine.  Être catholique c’est être universel et ouvert au monde. Pas seulement au Canada et en Amérique du Nord ou en Asie, ou dans une partie connue du monde ou à un certain milieu dans la société, mais c’est d’être ouvert à tous, à chaque personne.  L’esprit du Christ n’a pas l’intention d’avoir une mentalité sélective pour quelques-uns mais il a comme perspective le monde renouvelé et sauvé.  En effet, tout le Nouveau Testament peut être compris précisément comme l’émergence du fait catholique, de l’universel, dans la vie chrétienne. Si le christianisme n’était pas sorti de son lieu particulier et petit, il aurait été une simple modification de l’expérience juive, une nouvelle branche de la piété juive qui tournait toujours autour de Jérusalem et le retour d’un royaume d’Israël, au sens littéral du terme.  Les deux premières générations de chrétiens ont découvert que la chrétienté ne pouvait se limiter à cela. Parce qu’ils avaient reçu l’Esprit Saint, qui est le principe universel, leurs yeux s’ouvrirent et les poussa à porter la vérité chrétienne au-delà des frontières et à travers cette rencontre avec des non-Juifs qui avaient reçu le même Esprit.

Les artistes du Moyen Age ont souvent joué sur les contrastes de la Tour de Babel avec la «Tour» de la Chambre Haute. Babel symbolise les divisions des personnes causées par le péché. La Pentecôte représente l’espérance que les séparations ne sont pas une nécessité tragique.  La cacophonie de Babel n’est pas comparable avec l’unité sincère de la foule de la Pentecôte. Babel était  une foule disparate.  La Pentecôte était  une communauté. Un peuple sans Dieu a perdu la capacité de communiquer. Un peuple insufflé de l’Esprit parlait en cœur-à-cœur.

À la Pentecôte, le sens complet de la vie et du message de Jésus fut répandue dans nos cœurs par l’Esprit vivant dans la communauté. Le Nouveau Testament semble dire que – pour un très bref moment – les nations de la terre ont observé une pause dans leurs conflits habituels et fait l’expérience d’une communauté réunie par  Dieu. Ce bref moment de la Pentecôte nous illumine et continue de nous encourager jusqu’à ce jour.

L’Esprit Saint à la Journée Mondiale de la Jeunesse à Sydney

L’un des plus beaux et récents enseignements sur le Saint-Esprit fut celui prononcé durant la veillée de prière à la Journée Mondiale de la Jeunesse à Sydney en 2008. La veillée de prière du samedi 19 juillet soir à l’hippodrome de Randwick commença dans l’obscurité, illuminée progressivement par les torches portées par les danseurs sur le podium, représentant l’ouverture à l’Esprit Saint.

« Ce soir, nous fixons notre attention sur la manière de devenir des témoins. » C’est dans ces termes que Benoît XVI s’est adressé aux jeunes. « Vous savez déjà que notre témoignage de chrétien est offert à un monde qui, par beaucoup d’aspects, est fragile. L’unité de la création de Dieu est affaiblie par des blessures qui s’approfondissent quand les relations sociales se brisent ou quand l’esprit humain est presque totalement écrasé par l’exploitation ou l’abus des personnes. De fait, la société contemporaine subit un processus de fragmentation en raison d’un mode de pensée qui, par sa nature, a la vue courte, parce qu’il néglige l’horizon de la vérité – de la vérité concernant Dieu et nous concernant. En soi, le relativisme ne parvient pas à embrasser l’ensemble de la réalité. Il ignore les principes mêmes qui nous rendent capables de vivre et de grandir dans l’unité, l’ordre et l’harmonie. »

Benoît XVI continua:

« De telles tentatives pour bâtir l’unité, en fait, la minent ! Séparer l’Esprit saint du Christ présent dans la structure institutionnelle de l’Église compromettrait l’unité de la communauté chrétienne, qui est précisément un don de l’Esprit ! Cela trahirait la nature de l’Église en tant que Temple vivant de l’Esprit saint … Malheureusement, la tentation d’« aller de l’avant tout seul » persiste. Certains parlent de leur communauté locale comme d’une réalité séparée de la soi-disant Église institutionnelle, décrivant la première comme souple et ouverte à l’Esprit, et la seconde comme rigide et privée de l’Esprit.

« Invoquons l’Esprit saint : c’est lui l’artisan des œuvres de Dieu. Laissez-vous façonner par ses dons ! Comme l’Église accomplit le même voyage avec l’humanité tout entière, de même, vous aussi, soyez appelés à exercer les dons de l’Esprit parmi les vicissitudes de la vie quotidienne. Faites en sorte que votre foi mûrisse à travers vos études, le travail, le sport, la musique, l’art. Faites en sorte qu’elle soit soutenue par la prière et nourrie par les Sacrements… En réalité, la vie ne consiste pas simplement à accumuler, et elle est bien plus que le succès. Être vraiment vivants c’est être transformés intérieurement, c’est être ouverts à la force de l’amour de Dieu. En accueillant la puissance du Saint-Esprit, vous pouvez vous aussi transformer vos familles, les communautés, les nations. Libérez ces dons ! Faites en sorte que la sagesse, l’intelligence, la force morale, la science et la piété soient les signes de votre grandeur ! »

Viens Esprit Saint!

Nous lisons dans les Évangiles “Celui que le Père vous enverra en mon nom vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit »
Jean 14, 26. Cette action de se souvenir est prescrite très clairement dans le Catéchisme de l’Église Catholique (no 1099) « L’Esprit saint est la mémoire vivante de l’Église ».  En cette solennité et naissance de l’Église, prions pour recevoir le don de la mémoire et du courage pour passer du mystère puissant de la Chambre Haute à la réalité de la vie quotidienne.

Viens Esprit saint remplir les cœurs de tes fidèles
et allume en nous le feu de ton amour !
Seigneur, envoie-nous ton Esprit,
qu’il renouvelle la face de la terre….
la face de notre Église, la face de nos communautés,
nos propres faces, nos propres cœurs. Amen.

Le départ de Jésus nous donne le pouvoir de réaliser le rêve de l’Évangile

Ascension du Seigneur – dimanche 13 mai 2018

Les paroles de l’ange aux «hommes de Galilée» dans la première lecture des Actes des Apôtres en la fête de l’Ascension du Seigneur (1,1-11) nous frappent de plein fouet et laissent peu de place au malentendu. «Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?  Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel». Les disciples de Jésus reçoivent un dernier enseignement. « Ne restez pas à regarder fixement le futur. Ne vous souciez pas trop de l’heure de son retour.» Nous ne devons pas rester à contempler le ciel et ruminer le passé, au sujet duquel nous ne pouvons rien faire, sauf l’enterrer profondément dans les mains et le cœur de Dieu! Le Seigneur sera glorifié et il s’ensuit que ses disciples partageront aussi sa gloire.

Lorsque Jésus disparut, il ne s’est pas simplement dissout dans l’air. Le jour de son Ascension, certains ont pu conclure qu’il s’est enlevé de lui-même dans une nouvelle forme d’exclusion divine. C’est exactement le cas inverse. En Dieu, Jésus est «ici» d’une nouvelle et spécifique manière.  C’est seulement dans la séparation physique de la scène historique que peut s’accomplir son union spirituelle avec tout le monde, en tout temps. Jésus a quitté le monde, à un moment donné, pour être disponible à tous,  pour toujours.  Il dut dissoudre les liens établis avec ses amis, pour être disponible à  tous. En Jésus, le futur a déjà commencé!

L’Ascension selon Marc

Il existe des similitudes dans les récits de l’Ascension de Jésus dans les évangiles synoptiques – Marc, Matthieu et Luc. Dans chaque cas, Jésus donne à ses disciples la tâche de proclamer le message de l’Évangile au monde entier. Chez Marc et Matthieu, les disciples sont envoyés par Jésus pour baptiser et prêcher. Cependant chez Luc, l’engagement de baptiser n’y est pas mentionné.  A la place, Jésus commande aux disciples de retourner à Jérusalem pour attendre l’accomplissement de sa promesse d’envoyer l’Esprit Saint. Seuls les évangiles de Marc et de Luc rapportent l’Ascension de Jésus au ciel. L’Évangile de Matthieu se conclut avec la promesse de Jésus de rester avec ses disciples pour toujours.

Cette année, le texte d’évangile de l’Ascension (Marc 16, 15-20) est tiré de la conclusion de l’Évangile de Marc. Ce dernier chapitre de Marc contient plusieurs irrégularités évidentes pour de nombreux lecteurs. Le matin de Pâques de l’année B nous entendons proclamer l’histoire de la découverte du tombeau vide par les femmes, et la frayeur qui accompagne ces premiers témoins de la résurrection. Le verset 8 arrive comme conclusion abrupte alors que les femmes, saisies de frayeur, ne disent rien à personne. Cela peut très bien être la fin originale de l’Évangile de Marc, mais il est aussi possible que la fin plus complète ait été perdue.

Quelques manuscrits de l’évangile de Marc incluent ce que des exégètes ont appelé la « finale courte ». Cette fin indique que les femmes ont partagé leur récit aux compagnons de Pierre. Un nombre signifiant d’exégètes croit que cette fin n’est pas de Marc. Ils pensent que cette fin a été ajoutée par les copistes qui cherchaient à résoudre la fin abrupte de ce verset 8.

D’autres manuscrits écrits plus tôt inclurent une “finale plus longue” que les exégètes croient aussi avoir été écrite par quelqu’un d’autre. Cependant des citations de cette «finale plus longue» ont été trouvées dans les écrits des Pères de l’Église, et cette fin fut acceptée au sein l’Évangile canonique de Marc lors du Concile de Trente. Notre évangile pour la célébration de cette année de la fête de l’Ascension est tiré de cette « finale plus longue».

Même si cette fin de l’évangile de Marc a été écrite par quelqu’un d’autre que l’évangéliste, on découvre plusieurs éléments qui sont typiques de l’évangile de Marc, entre autres dans la mission que Jésus confie à ses disciples. On comprend que ceux qui croient en Jésus auront le pouvoir de faire ce que Jésus lui-même a fait.

Au cours de son ministère, Jésus a envoyé ses disciples prêcher, guérir et chasser les esprits impurs. Ils sont maintenant de nouveau envoyés à faire ces actions et encore plus.  De sa place au ciel avec son Père, Jésus a aidé ses disciples et il continue de nous aider lorsque nous essayons de vivre comme ceux qui le suivaient.

Seul l’Évangile de Marc note que Jésus siège à la droite de Dieu. En notant cela, Marc enseigne que l’ascension de Jésus démontre la gloire que Jésus a reçue de Dieu après sa mort et sa résurrection.

Le désir des réalités célestes…

Comme le Seigneur ressuscité a mis lui-même sa confiance dans les mains de personnes combien pathétiques, brisées qui étaient avec lui, il fait de même avec nous.  Nos propres brisures et péchés sont si tenaces que nous oublions que cet envoie en mission est possible, même pour les pauvres, les faibles gens ordinaires comme nous! Que de fois nous émerveillons-nous du fait que le Christ puisse vraiment habiter en nous et agir à travers nos corps, esprits et cœurs et oui, même à travers l’Église!

Nous savons que nous allons vers le ciel dans la mesure où nous nous approchons de Jésus. Nous sommes assurés qu’il n’a jamais cessé d’être présent avec nous en tout temps.  La fête mystérieuse de l’Ascension nous rappelle que le Christ accepte notre manque de confiance en nous-mêmes. Il accepte les zones d’ombre et d’obscurité de notre humanité. Il accepte notre capacité de déception, de trahison, de convoitise et de pouvoir. Et nous ayant acceptés, il nous appelle, nous donne l’éternel mission d’être son peuple et nous envoie pour le servir et l’aimer, malgré nous-mêmes et à cause de nous-mêmes. Le cardinal John Henry Newman l’a dit si bien :

Il nous appelle encore et encore, pour nous justifier encore et encore-
encore et encore, et de plus en plus,
pour nous sanctifier et nous glorifier.
Ce serait bien si nous comprenions;
mais nous sommes lents à intégrer cette vérité extraordinaire,
que le Christ, comme cela était,
marche au milieu de nous et nous appelle à le suivre, par sa main, son regard ou sa voix.

Allons et portons au monde un morceau de ciel. C’est la signification de la Résurrection et de l’Ascension de notre Seigneur, pas un morceau d’abandon divin pour la cause humaine, mais de la puissance divine pour le rêve de  l’Évangile! Puisse le Christ mort et ressuscité nous déplacer pour faire habiter sur terre la gloire de Dieu. Puisse notre espoir pour le futur nous inspirer un respect pour le moment présent. Puisse le désir pour les réalités célestes ne nous fasse pas négliger notre travail sur terre.

Marcher pour une défense claire, ferme et passionnée de toute vie humaine

Être Pro-vie est l’une des plus profondes expressions de notre baptême : nous nous tenons debout devant les pouvoirs tels des fils et des filles de lumière, vêtus de l’humilité et de la charité, remplis de conviction, parlant avec fermeté, assurance et détermination le langage de la vérité et, ce, sans jamais perdre la joie et l’espoir. Être Pro-vie n’est pas l’exclusivité d’un parti politique ou d’un côté ou l’autre de l’échiquier politique. C’est une obligation pour tous qu’on soit de gauche, de droite ou du centre! Si nous sommes Pro-vie, nous ne devons pas diaboliser mais plutôt nous impliquer dans la culture qui nous entoure. Nous devons voir les autres avec le regard de Jésus. Nous devons donc aimer même ceux qui nous sont opposés. Marcher pour la vie à Ottawa, Washington ou dans n’importe quelle autre ville du monde signifie que nous soutenons la dignité de toute vie humaine. Cela signifie aussi que nous soutenons une vision globale de la cause pour la vie. Être Pro-vie aujourd’hui est un engagement véritablement prophétique et fait partie du combat pour un développement et l’établissement d’une véritable paix pour notre monde.

Les sujets brûlants d’actualité entourant la protection et la promotion de la vie, de la conception à la mort naturelle, doivent être une priorité pour toute personne quel que soit le côté de l’échiquier politique où elle se trouve. Cela n’est pas uniquement l’apanage de l’extrême droite. Plusieurs personnes, aveuglées par leur zèle et leur propre satisfaction ont fini par nuire à la cause qui leur était si chère. Cette cause que devons tous défendre de toutes nos forces jusqu’à épuisement. Ce qui est mal avec l’avortement, l’euthanasie, la sélection embryonnaire et la recherche illégitime sur les embryons ne sont pas les raisons qui motivent ceux qui les pratiquent. Bien souvent, ces motivations sont, du moins en apparence, la compassion; par exemple, pour protéger un enfant de naître dans un environnement hostile, mettre fin à la douleur ou bien venir en aide à un enfant souffrant d’une maladie incurable. Dans tous ces cas, la terrible vérité est que c’est le fort qui décide de la destinée du plus faible; des êtres humains deviennent des instruments entre les mains d’autres êtres humains.

Nous vivons, aujourd’hui, au milieu d’une culture qui nie la solidarité humaine et prend la forme d’une véritable « culture de la mort ». Cette culture est mise de l’avant par des puissants courants culturels, économiques et politiques qui encouragent l’idée d’une société exclusivement centrée sur l’efficacité. Il s’agit d’une guerre des forts contre les faibles. Il n’y a pas de place en ce monde pour celui qui, comme les enfants non encore nés et les mourants, est un élément faible de la structure sociale. Celui qui apparaît complètement dépendant des autres ou ne peut communiquer que par le langage de l’affection se voit bien souvent dépouillé de sa propre dignité. La vie humaine est sacrée puisqu’elle a une valeur religieuse mais cette valeur ne concerne pas que les croyants. Il ne fait aucun doute que l’avortement est la plus sérieuse blessure, non seulement pour les personnes et les familles qui devraient être le sanctuaire de la vie mais aussi pour la société entière et la culture, qui devraient en être les promoteurs et les défenseurs. Les questions d’immigration sont également des enjeux Pro-vie qui sont cruciaux pour notre époque. Le sort des 800 000 « Dreamers » aux États-Unis fait aussi partie de la cause Pro-vie. La séparation des familles à la frontière des États-Unis fait aussi partie de la cause Pro-vie. L’incarcération illégale de dizaines de milliers de jeunes dans des prisons situées le long de la frontière du Mexique fait aussi partie de la cause Pro-vie. La protection de l’environnement, sujet également crucial, est une cause Pro-vie.

Dans sa plus récente Exhortation apostolique « Gaudete et Exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, le pape François met au défi tous ceux qui se considèrent Pro-vie. Parlant des dangereuses idéologies qui peuvent nous détourner dans nos efforts pour la vie, il affirme (no 101):

« Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentiste, de communiste, de populiste. Ou bien, ils le relativisent comme s’il y avait d’autres choses plus importantes ou comme si les intéressait seulement une certaine éthique ou une cause qu’eux-mêmes défendent. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine, toujours sacrée, et l’amour de chaque personne indépendamment de son développement exige cela. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris, la traite des personnes, l’euthanasie cachée des malades et des personnes âgées privées d’attention, dans les nouvelles formes d’esclavage, et dans tout genre de marginalisation[84]. Nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement. »

Le 10 mai prochain, des dizaines de milliers de gens, dont beaucoup de jeunes et de femmes, se rendront à Ottawa pour la Marche pour la vie. N’oublions jamais de réfléchir à ce que nous faisons concrètement comme personne et comme communauté pour la défense de la vie, TOUTE vie humaine. Construire une culture de la vie et mettre fin à l’avortement est le devoir et l’obligation de chaque personne. Cependant, manifester dans les grandes villes du monde n’est pas la seule façon de montrer notre attachement à la vie. Le plus grand test est ce que nous faisons pour la vie lors des 364 autres jours de l’année et quels sont nos petits et grands efforts pour nous opposer constamment et systématiquement à tout type de meurtres, de génocides, d’avortements, d’euthanasies ou toutes formes d’autodestruction, de coercition et violation contre la dignité humaine. Comment défendons-nous les personnes qui vivent dans des conditions de vie sous-humaines, qui sont emprisonnées arbitrairement, déportées, réduites en esclavage, obligées de se prostituer, victimes de trafic humain, qui subissent des conditions de travail inhumaines ou qui sont soumises à des lois d’immigration injustes ? Toutes ces pratiques et d’autres sont de véritables poisons pour nos sociétés. Nous devons lutter pour une forte et consistante éthique de la vie.

Notre maison commune est devenue le lieu de conflits violents, de haine, d’atrocités brutales commises même au nom de Dieu et de la religion. Durant sa brève visite pastorale en Suède en octobre 2016[2], lors de la Solennité de la Toussaint, le pape François a proposé six nouvelles béatitudes pour notre monde contemporain :

« Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur »

« Bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité »

« Bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres Le découvrent aussi »

« Bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune »

« Bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui »

« Bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens »

Que ces paroles puissantes du pape François soient pour nous un guide et une source d’apprentissage, d’inspiration, de consolation et d’espoir pour les citoyens de notre pays qui marchent pour la vie et la défendent de la conception à la mort naturelle. Que les béatitudes nous émeuvent et nous portent à travailler avec courage et audace alors que nous accueillons, aimons et protégeons les plus pauvres, les plus faibles et les plus vulnérables de nos sociétés.

Père Thomas Rosica, c.s.b.

PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média

La bonté de Corneille et l’amitié de Jésus et Benoît

Sixième dimanche de Pâques, Année B – 6 mai 2018

En ce 6e dimanche de Pâques, je souhaite offrir quelques réflexions sur la première lecture des Actes d’Apôtres (10, 25-26; 34-35; 44-48) et puis des pensées sur l’amitié à partir de l’évangile de Jean (15,9-17) et l’enseignement du pape Benoît XVI.

La profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée

Le christianisme exige que le croyant ne saisisse pas seulement pas simplement les principaux dogmes de la foi avec sa tête mais qu’il agisse aussi en fonction de ceux-ci, dans sa vie quotidienne. L’extraordinaire histoire de la conversion de Corneille, dans la première lecture illustre bien ce message. Il s’agit du plus long récit individuel des Actes des Apôtres. Le thème de ce récit est la compulsion divine : Pierre est le moins préparé à accepter Corneille dans la communauté chrétienne et il refuse même deux fois de l’admettre. Pierre doit se convertir avant qu’il puisse convertir Corneille. Il réalisa que les dons de Dieu sont pour ceux qui suivent la Parole de Dieu. Sa question : «Quelqu’un peut-il empêcher de baptiser par l’eau ces gens qui tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint?» (10,47) en écho à la question de l’Éthiopien et la réponse de Philippe dans l’histoire plus récente. «Qu’est-ce  qui empêche que je reçoive le baptême? (8,36)»

Les actions de Pierre avec Corneille ont eu des implications plus lointaines. D’abord frappé par la sincérité exceptionnelle, l’hospitalité et la profonde bonté de Corneille et de sa maisonnée, Pierre s’exclama spontanément: «Mais, à moi, Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme… Dieu n’est pas partial.»

Cette affirmation a brisé les coutumes des siècles et même théologiques qu’Israël, seul peuple choisi par Dieu, séparé des autres nations comme sa part personnelle (cf. Dt 7,6-8 ; Ex 19, 5-6). Pierre dut baptiser la maisonnée de Corneille et il fut critiqué pour son approche «œcuménique» mais il répondit à ceux qui le critiquèrent : « Qui suis-je pour empêcher Dieu d’agir (11, 17) ? A ces mots ils se sont tus et commencèrent à glorifier Dieu (11,18).»

Paul, aussi, a trouvé la même manifestation spontanée de la foi au milieu des gentils et a ainsi délaré: «Maintenant, nous nous tournons vers les Gentils.» La controverse sur la loi allait persister pour un long moment si bien que Paul dédia à ce sujet son travail théologique le plus complet: la lettre aux Romains.

Je vous appelle amis…

Dans ce texte de l’évangile de St Jean (15,15) nous entendons les paroles puissantes: «Je ne vous appelle plus serviteurs … je vous appelle amis.» Nous ne sommes plus des serviteurs inutiles mais des amis! Le Seigneur nous appelle amis, il nous fait ses amis; il nous donne son amitié.

Jésus définit l’amitié de deux façons. Il n’y a pas de secrets entre amis. Le Christ nous transmet ce qu’il entend du Père; il nous donne sa pleine confiance et aussi la connaissance. Il nous révèle son visage, son cœur. Il montre sa tendresse pour nous, son amour passionné qui mène à la folie de la Croix.

Si nous avions à nommer un des plus fréquents et importants thèmes de l’enseignement de Benoît  XVI et de sa prédication depuis les quatre dernières années, ce serait certainement son invitation à être un ami de Jésus. Ce thème était clairement annoncé durant la messe « pour l’élection du Pontife Romain » dans la basilique St Pierre, avant le conclave. «Adulte et mature, c’est une foi profondément enracinée dans l’amitié avec Christ. Cette amitié nous ouvre a tout ce qui est bon et nous donne la mesure pour discerner entre ce qui est vrai et ce qui est faux, entre la dissimulation et la vérité.»

Je me souviens combien j’avais été ému en entendant l’homélie du Saint-Père au début de son ministère pétrin d’évêque de Rome le 24 avril 2005. A trois reprises durant cette homélie mémorable, le pape Benoît  XVI a parlé de l’importance de l’«amitié» avec Jésus:

L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude. » A plusieurs reprises il a évoqué l’image de l’amitié : « Il n’y a rien de plus beau que de le connaître et de communiquer aux autres l’amitié avec lui.

Et il conclue: «Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie. Dans cette amitié seulement se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seulement nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. »

Huit mois plus tard, lors de l’Angélus du 15 janvier 2006 Benoît  XVI disait:

L’amitié avec le Maître assure à l’âme une paix profonde et la sérénité, même dans les moments sombres et dans les épreuves les plus difficiles. Lorsque la foi connaît des nuits obscures, dans lesquelles on ne “sent” plus et on ne “voit” plus la présence de Dieu, l’amitié de Jésus est l’assurance qu’en réalité rien ne pourra jamais nous séparer de son amour (cf. Rm 8, 39).

A nouveau le dimanche 26 août 2007, le thème de l’amitié était central:

La véritable amitié avec Jésus s’exprime dans la façon de vivre: elle s’exprime à travers la bonté du cœur, l’humilité, la douceur et la miséricorde, l’amour pour la justice et la vérité, l’engagement sincère et honnête pour la paix et la réconciliation. Telle est, pourrions-nous dire, la “carte d’identité” qui nous qualifie comme ses “amis” authentiques; tel est le “passeport” qui nous permettra d’entrer dans la vie éternelle.

Comment comprenons-nous l’extraordinaire don de l’amitié dans nos vies ? L’amitié est une affaire de cœur.

Pendant de nombreuses années, j’ai considéré la vie et les écrits du Cardinal John Henry Newman (1801-1890) comme un brillant modèle d’amitié. Newman parle vraiment de cœur à cœur –”cor ad cor loquitur”, phrase qu’il choisit comme devise. Il n’y avait rien de superficiel dans la manière de Newman d’être en relation avec des gens si différents. Il les regardait et les aimait pour ce qu’ils étaient. Puisque le bien-aimé Cardinal anglais est maintenant bienheureux, considérons un instant quelques propos pour comprendre l’amitié selon Newman. Le cardinal Newman avait une grande considération de la noblesse des vertus humaines évidentes dans la littérature et l’histoire de la Grèce et de la Rome anciennes. En même temps, les saints qu’il a le plus admirés, St Paul, les Pères de l’Eglise, son Père spirituel Philippe de Néri, et St François de Sales, pourraient être tous décrits comme humainement attirants.

Newman avait une capacité extraordinaire et un don pour l’amitié, qui s’est souvent traduit dans son leadership. Personne ne pouvait le décrire comme extraverti ou frivole. Regardons seulement les nombreux volumes de ses lettres et journaux, ou l’index de noms dans ses travaux autobiographique, pour voir qu’il a partagé, durant sa vie, de profondes amitiés avec des centaines de personnes. Cette influence personnelle s’est propagée très puissamment sur des millions de personnes qui ont lu ses travaux et découvert la signification de l’amitié.

Entretenir l’amitié authentique

Je ne pourrais pas écrire au sujet de l’amitié sans faire une mise en garde aux nombreux hommes et femmes qui la cherchent tous les jours. Le grand succès des sites de réseau d’amitié en ligne comme MySpace et Facebook mérite une attention particulière, une réflexion et un examen minutieux. On a dit que si Facebook était un pays, il serait le 8e du monde!

Nous devons poser les questions suivantes: «Qu’est-ce que cela nous fait?» Ces outils nous aident à réunir les gens et à améliorer les réseaux sociaux. Par exemple, les personnes coincées à la maison, les infirmes, les malades chroniques et les gens âgés peuvent être branchés à d’autres dans la même situation et faire naître de nombreux liens de solidarité.

Mais il y a aussi les questions annexes «Qu’est-ce que cela nous fait?» «Qu’est ce que cela change à notre sens des limites sociales ? À notre sens de l’individualisme?» «À nos amitiés?» L’amitié dans ces espaces virtuels est  bien différente de la «vraie» amitié. L’amitié est une relation qui implique le partage d’intérêts communs, de réciprocité, de confiance et la révélation de détails intimes dans des contextes spécifiques. L’amitié authentique dépend des révélations mutuelles et peut seulement fleurir dans les limites modestes de la vie privée.

Cependant, sur ces sites de réseaux de socialisation, il existe un concept d’amitié publique qui n’est pas l’amitié dont parlent Jésus dans l’évangile, ni le pape Benoît  XVI dans ses merveilleux écrits, ni le cardinal Newman dans ses lettres. La distance et l’abstraction de nos amitiés et de nos relations en ligne peuvent mener à une sorte de désensibilisation systémique si nous ne sommes pas sages, prudents et attentifs à ces nouvelles réalités. Nous exposons quelque chose mais sentons-nous quelque chose ? Ce genre d’amitiés, ou plutôt de connaissances sont très différentes du « cor ad cor loquitur » si ardemment désiré et expérimenté par Jésus avec ses disciples, ou par un Pierre impétueux, un officier romain nommé Corneille, un cardinal britannique appelé John Henry et un pape allemand, Benoît,  qui ont modelé leurs vies sur le Bon Berger et l’Ami plein de confiance pour chaque être humain.

Faire notre demeure en Jésus

Cinquième dimanche de Pâques, Année B – 29 avril 2018

Dans l’évangile de Jean (15,1-8) que nous lisons pour ce 5e dimanche de Pâques, on nous présente l’image de la vigne et des sarments pour exprimer la relation entre le Christ et ses disciples. À prime abord, cela nous paraît bien simple, mais en regardant de plus près, nous sommes soudainement remplis d’un sentiment de mystère, d’émerveillement et de beauté, nous laissant toujours l’envie d’en vouloir plus.

Les sarments d’une vigne ont une relation intime avec le vin, dépendant de lui à tout moment et ne formant qu’un seul organisme avec lui. Le vin qui peut être un produit un peu étranger dans nos climats du Nord, est un aliment naturel pour toute personne du Moyen- Orient, où beaucoup de familles possèdent une vigne, un figuier ou des oliviers dans leurs jardins.

Jésus raconte aux personnes qui le suivent qu’il est la vigne véritable et qu’elles sont les sarments dont le devoir est de porter du fruit en partageant sa vie:

« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. »

Bien que les images du Christ comme roi et seigneur, enseignant, berger et juge ont leur propre importance car elles nous montrent comment nous sommes reliés au Christ, il est besoin de présenter d’autres images comme la vigne qui intègre le disciple dans la vie du Christ et le Christ dans la vie du disciple, dans une unité intime et une proximité que les autres images ne peuvent pas toujours apporter.

Le passage d’aujourd’hui est une des descriptions classiques de la spiritualité chrétienne authentique. L’image de la vigne, en nous invitant à approfondir notre vie spirituelle, situe cette quête personnelle dans le contexte plus grand de la famille de Dieu, s’étendant, à travers le temps, d’Abraham à l’époque actuelle et au-delà, à travers l’espace du Moyen Orient du premier siècle aux quatre coins de la terre aujourd’hui.

Si Jésus est la vigne, nous sommes appelés à «demeurer», à «vivre», à faire notre maison «en lui». Le texte de l’évangile nous met au défi : comment maintenir l’intimité avec le Dieu Vivant lorsque nous essayons d’obéir à notre vocation de porter du fruit pour le monde? Que signifie «demeurer», «habiter» dans la vigne, être attaché intimement à Jésus?

Demeurer en Jésus implique d’être partie intégrante de la vie de l’Église, de s’engager quotidiennement dans une relation avec son peuple, dans un soutien mutuel, prière, culte commun, vie sacramentelle, études et pas seulement à travailler pour l’évangile dans le monde. Dans chaque célébration eucharistique, nous sommes attirés dans cette relation intime avec Jésus lui-même et avec les uns les autres présents à table.

L’authentique spiritualité chrétienne réside en une connaissance personnelle de Jésus-Christ livré pour nous, comme la vigne donne sa sève aux sarments, afin que nous puissions diffuser son travail, son amour, afin que nous portions du fruit pour la gloire du Père. C’est le cœur du mystère de l’Eucharistie.

Et dès que Jésus introduit le thème de la vigne et des sarments dans l’Évangile, il parle de son père, le vigneron, faisant deux choses qui requièrent un couteau. Chaque sarment qui ne porte pas de fruit, le père l’enlève, le coupe; chaque sarment qui porte du fruit le Père l’émonde afin qu’il porte plus de fruit.

La spiritualité à laquelle nous invite ce passage de l’évangile nous invite à voir plus loin que nous-mêmes et que nos potentiels. Alors que nous suivons Jésus et le connaissons davantage, Il nous demande de nous soumettre au sécateur qui coupera certaines choses de notre vie, des branches bonnes en elles-mêmes, pleines de sève et qui auraient le potentiel de donner du fruit. L’émondage est toujours un processus difficile. C’est une sorte de perte, même une mort. C’est en maniant le sécateur que le vigneron est le plus intimement lié à sa vigne.

Suivre la vraie vigne est un appel à connaître Jésus d’une manière plus intime. Jésus n’est pas une idée, mais une personne. Les vrais disciples de Jésus dépendent de la présence et de l’activité du Christ à l’intérieur d’eux pour le renouvellement de leur propre vie en une vie de foi et d’amour. Les vrais disciples peuvent renouveler la vie des autres uniquement lorsqu’ils sont branchés à Jésus, «greffés» à sa vie, laissant Sa présence couler dans leur cœur et dans leur esprit.

L’image de la vigne et du vignoble sont magnifiquement juxtaposées dans ce passage très connu de Lumen Gentium 6, la Constitution dogmatique sur l’Église du Concile Vatican II :

L’Eglise est la terre que Dieu cultive, ou encore son champ (I Cor. 3, 9). Dans ce champ grandit l’antique olivier dont la racine sainte fut constituée par les Patriarches et dans lequel s’est faite et se fera la réconciliation des Juifs et des Gentils (Rom. 11, 13-26). L’Eglise a été plantée par le céleste Cultivateur comme la vigne choisie (Mt. 21, 33-43 par.; cf. Is. 5, 1 suiv.). Le Christ est la vraie vigne qui donne la vie et la fécondité aux sarments, c’est-à-dire à nous qui par l’Eglise demeurons en lui; et sans lui nous ne pouvons rien faire (Jn 15.1-5).

Pour illustrer cette dépendance, cette greffe au Seigneur, permettez-moi de vous partager quelques paroles d’une grande femme de l’Église, sainte Thérèse Bénédicte de la Croix [Edith Stein] (1891-1942), carmélite, martyre, co-patronne de l’Europe, une femme qui savait ce que signifiait d’être intimement lié au Seigneur. Ces propos sont tirés du 6 chapitre de “Essays on Woman” (ICS Publications) (traduction libre).

La notion d’Église en tant que communauté de fidèles est le concept le plus accessible à la raison humaine. Quiconque croit au Christ et à son évangile, espère en l’accomplissement de sa promesse, se tourne vers Lui avec amour et garde ses commandements doit s’unir à tous ces semblables dans une communion de cœur et d’esprit la plus profonde. Ceux qui ont suivi le Seigneur lors de son séjour sur Terre étaient les premières semences de la grande famille chrétienne ; ils ont étendu cette communauté et cette foi qui les gardaient unis, jusqu’à ce que nous en héritions aujourd’hui.

Mais, même si une communauté humaine naturelle est plus qu’un simple regroupement d’individus, même si nous pouvons voir ici un certain développement en une unité organique, cela doit être encore plus vrai pour la communauté supranaturelle qu’est l’Église. L’union de l’âme au Christ diffère de l’union des gens dans le monde: c’est un enracinement et une croissance en lui (ce que nous dit la parabole de la vigne et des branches) qui commence au baptême, et qui est constamment formé et renforcé par les sacrements, de diverses manières. Toutefois, cette véritable union au Christ implique la croissance d’une véritable communauté parmi les chrétiens. Ainsi, l’Église forme le Corps mystique du Christ. Ce Corps est un Corps vivant, et l’esprit qui anime ce Corps est l’esprit du Christ, diffusé de sa tête vers tous ses membres (Éphésiens 5, 23,30). Cet esprit du Christ est l’Esprit Saint et c’Est pourquoi l’Église est le temple de l’Esprit Saint (Éphésiens 2, 21-22).

Cette semaine, prions pour que notre appartenance au Christ soit réelle et profonde, allant au-delà des turbulences qui existent à la surface de nos vies. Que la vie même du Christ passe par nous pour ainsi construire son Corps : l’Église.

Jésus le beau et noble berger

Quatrième dimanche de Pâques, Année B – 22 avril 2018

Dans la Bible et l’ancien Proche Orient, «berger» était un titre politique qui sous-entendait l’obligation des rois à s’occuper de leurs sujets. Ce titre dénote le souci total et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la bible. Dans l’ancien testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Ps 67, 7), le guide (Ps 22, 3), le mène vers la nourriture et l’eau (Ps 22, 2), le protège (Ps 22, 4) et porte ses petits (Is 40, 11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore démontre que tout le peuple est sous la protection de Dieu.

L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme son berger. L’image du berger comme hôte se trouve aussi dans ce psaume que nous chérissons. Berger et hôte sont deux images avec le désert en arrière-plan car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La baguette, un peu comme un fouet, sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que le bâton est un instrument de support. Ils symbolisent le souci et la loyauté.

Le Nouveau Testament ne juge pas les bergers autrement : ils connaissent leurs brebis (Jn 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Lc 15, 4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jn 10, 11-12). Le berger est donc une figure pour représenter Dieu lui-même (Lc 15, 4ss). Jésus connaissait des bergers et éprouvait de la sympathie à leur égard. Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue que l’auteur établit la comparaison (Lc 15, 4ss et Mt 18, 12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et du rétablissement du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens envers ces derniers. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs d’après Luc que nous avons lu la semaine dernière est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples entêtés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve et la ramène au troupeau (15, 3-7).

Le dimanche du Bon Berger

En ce quatrième dimanche de pâques,  nous retrouvons le Bon Berger qui est réellement le beau et le noble, d’après le sens grec du terme, et qui connaît intimement son troupeau. Jésus connaissait des bergers et avait beaucoup de sympathie pour eux. Il s’appuie donc sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui. Ceux qui ont entendu Jésus clamé ce titre y voyaient plus que de la tendresse et de la compassion. On y trouve un tel degré d’amour que le berger est près à donner sa vie pour son troupeau.

Contrairement à l’ouvrier qui travaille pour son salaire, la vie du bon berger est dévouée à ses brebis par pur amour. Elles sont bien plus qu’une simple responsabilité pour le berger qui les possède. Elles sont l’objet de ses soucis et de son amour. Ainsi, il n’y a aucun égoïsme dans le dévouement du berger. Il est prêt à mourir pour elle plutôt que de les abandonner.

La beauté de Jésus, notre Bon Berger, se trouve dans l’amour avec lequel il donne sa vie pour chacune de ses brebis. Il établit une relation d’amour intense et personnel avec chacune d’elle. C’est en se laissant aimer de nous que Jésus nous révèle sa beauté et sa noblesse. En Lui, nous découvrons le Père et le Fils, des bergers qui nous connaissent et nous aiment, même dans nos entêtements et nos erreurs.

Il arrive parfois que nous ayons l’impression que les exécutants doivent faire passer les besoins du chef en priorité. Les personnes sont des moyens en vue d’une fin : le plaisir du chef. N’est-ce pas que les bergers passent souvent en premier, les brebis en dernier? L’évangile de ce weekend porte sur les brebis et leur bien-être. Le berger est le moyen en vue de la fin : le bien-être de son troupeau. L’évangile de Jean nous présente donc Jésus comme le berger qui donne la vie.

Journée mondiale de prière pour les vocations

Cette année, le quatrième dimanche de Pâques est aussi la journée mondiale de prière pour les vocations. Les lectures vont très bien dans ce sens de demande pour que le Maître de la Moisson et de l’Église envoie plus d’ouvriers dans ses vastes vignobles. En tant que modèle de leadership religieux, Jésus nous montre que l’amour peut être le seul moteur du ministère, spécialement pour le ministère pastoral. Il nous montre aussi qu’il ne doit pas y avoir d’exclusion de la part du leader religieux. S’il y a des brebis hors de la bergerie (même si le troupeau exclue parfois ses propres brebis), le bon berger doit les chercher. Et il doit les ramener pour qu’il y ait un seul troupeau sous un seul berger.  Ce qui motive cette démarche c’est l’amour, pas la justice sociale, pas la morale, ni la simple tolérance, et certainement pas le «politiquement correct» ou des statistiques impressionnantes. Seul l’amour peut dessiner un cercle qui inclut tout le monde.

Les bergers ont du pouvoir sur leurs brebis. Alors que nous contemplons Jésus, le Bon Berger, nous songeons à chacune des personnes sur laquelle nous exerçons une autorité quelconque : enfants, parents âgés, collègues, les personnes qui nous demandent de l’aide tout au long de la semaine, des gens qui dépendent de nous pour des besoins matériaux et spirituels. Quel que soit le titre que nous portons, le bâton que nous portons doit être le symbole non de l’oppression mais du dévouement. Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à demander pardon pour les fois où nous n’avons pas répondu à ceux qui nous sont confiés, et demander la grâce d’être de bons bergers.  Nous fixons notre regard renouvelé sur le Bon Berger qui sait que les autres brebis qui ne sont pas dans son enclos ne sont pas pour autant perdues, mais sont bien ses brebis.

Un dernier mot à propos des bergers. Les anthropologues nous disent que les bergers ont traversé les âges. Ils ont, en fait, établi un pont entre l’ère de la chasse et l’ère de l’agriculture, ou l’ère agraire. C’est pour cette raison que les bergers apparaissent dans les mythes anciens et les récits, comme symbole de l’unité divine entre les éléments opposés. Les anciens païens ont effleuré là quelque chose que les chrétiens ont réalisé pleinement : Jésus Christ est le grand réconciliateur. C’est Lui, le Bon berger, qui vient au cœur de chaque grand conflit pour y établir l’unité et la paix.

Puisse-t-il inspirer chaque personne qui essaie d’être un bon berger aujourd’hui, dans l’Église et dans le Monde. Dans ces temps qui sont les nôtres où nous entrons dans ces lieux de conflits et de tribulations, que nous soyons des instruments du Seigneur pour rétablir la beauté, la noblesse, l’unité et la paix.

Symphonie en trois mouvements : La résurrection dans l’évangile de Luc

Troisième dimanche de Pâques, Année B – 15 avril 2018

Je considère souvent que le chapitre 24 de l’évangile de Luc est une symphonie de la résurrection en quatre puissants mouvements : a) le premier mouvement est le récit des femmes au tombeau, qui finit avec la visite de Pierre au tombeau pour vérifier leurs dires (vv.1-12) ; b) le deuxième raconte la grande histoire des deux disciples sur la route d’Emmaüs, culminant avec l’annonce de l’apparition du Seigneur à Pierre (vv.13-35) ; c) le troisième mouvement est l’apparition du Seigneur à ses disciples au repas, se terminant avec l’envoie en mission (vv.36-49). Ces mouvements sont suivis par l’ascension de Jésus au ciel (vv.50-52).

Le plus connu de ces récits est l’épisode d’Emmaüs qui commence au verset 13. Il est différent des autres apparitions parce que le Seigneur disparaît au moment de la reconnaissance. Le récit d’Emmaüs (24,13-35) sert de pont entre le tombeau vide (24,1-12) et l’apparition de Jésus à ses disciples. (24, 36 et suiv.) immédiatement suivi du repas avec les disciples d’Emmaüs, leur reconnaissance de Jésus et leur retour en hâte à Jérusalem.

Cléophas et son compagnon s’éloignent de la ville où les événements décisifs sont arrivés vers un petit village sans importance. Ils n’ont pas cru au message de la résurrection, à cause du scandale de la croix. Bouleversés et découragés, ils sont incapables de noter un signe de libération dans cette mort, dans le tombeau vide, ou dans le message des apparitions de Jésus aux autres. A leurs yeux, soit la mission de Jésus a totalement échoué, soit ils sont eux-mêmes déçus dans leurs attentes au sujet de Jésus. Alors qu’ils marchaient avec Jésus en direction d’Emmaüs, ils ont senti leurs cœurs s’enflammer progressivement,  expérimentant ainsi le pouvoir de la résurrection dans leur cœur. La solution au problème de ces deux disciples n’était pas dans une réponse parfaitement logique.

Emmaüs au Synode

Le récit auquel le Synode sur la Parole de Dieu, en octobre 2008,  s’est le plus fréquemment référé, fut incontestablement celui des disciples sur le chemin d’Emmaüs (Luc 24,13-35). Citée par les cardinaux, évêques, experts et invités spéciaux, dans les nombreuses présentations venant de tous les coins de la terre, l’histoire d’Emmaüs nous prouve une fois encore qu’elle est un grand modèle ou paradigme pour la catéchèse, l’enseignement, l’étude de la Bible et par dessus tout pour la vie chrétienne.

Le motif du cheminement de l’histoire d’Emmaüs (et l’on peut dire du Synode entier sur la Parole de Dieu) n’est pas une histoire de distance entre Jérusalem et Emmaüs, mais bien du cheminement douloureux et progressif des paroles qui doivent descendre de la tête au cœur; de la venue de la foi, et une relecture d’une relation avec l’étranger qui est nul autre que le Seigneur Jésus.

Manger et boire avec Jésus

L’évangile du troisième dimanche de Pâques (Année B) est la suite du récit d’Emmaüs, comment Dieu conduit les personnes à une expérience communautaire et de camaraderie, à table. Il y a plusieurs aspects dans ce récit : l’apparition de Jésus au milieu des disciples surpris et effrayés (36-43), les paroles au sujet de l’accomplissement des Ecritures et l’envoi des disciples (44-48). Plusieurs éléments, présents dans l’histoire d’Emmaüs sont plus qu’explicites. Les récits de Luc représentent aussi le Seigneur Ressuscité comme Celui qui reçoit l’hospitalité et la nourriture de ses disciples. C’est seulement après que les disciples ont invité l’Etranger à rester avec eux qu’ils peuvent le reconnaître. Ils ne sont pas capables de le reconnaitre pleinement sur la route, mais ils le reconnaissent à la fraction du pain.

Manger à table est un acte qui révèle la profondeur humaine. La scène touchante où Jésus prend le pain et le poisson et le mange avec ses disciples nous renvoie à la maison, au fait que les fantômes ne mangent pas et rassure les disciples que le Ressuscité est présent au milieu d’eux. Aucune affirmation théologique ou dogmatique ne leur prouvera cela. Mais c’est plutôt la frappante humanité de Jésus à  table qui  les convainquera finalement qu’il est vivant.

Malgré le témoignage des femmes et des deux voyageurs, les disciples ne pourront croire tant que Jésus ne leur sera pas apparu. Seul Jésus put valider l’expérience de leur propre compréhension. Jésus leur a d’abord prouvé que leur expérience n’est pas un canular. Comme l’apparition de Thomas dans l’évangile de Jean, Jésus montre ses blessures et met au défi  ses disciples de le toucher. L’expérience du Seigneur Ressuscité était tactile. Jésus a de la chair, il n’est pas comme un fantôme. Au contraire de Jean 20, Jésus montre à ses disciples ses mains et ses pieds (pas ses mains et son côté). Luc sous-entend que Jésus a bien eu les pieds cloués.

Ce passage d’aujourd’hui offre aussi des parallèles avec Jean 21, 9-14, au sujet du poisson grillé. Dans Jean 21, 9-14, Jésus cuit le poisson. Dans Luc,  les disciples donnèrent à manger à Jésus du poisson cuit. Si Luc (13,35-48) a mélangé ce récit avec celui du chemin d’Emmaüs (Luc 24,13-35), les deux histoires parlent de fraction du pain. Les histoires, les plus remarquables sont celles de la multiplication des pains et des poissons (Marc 6,30-44 ; 8,1-9 ; Mathieu 14,13-21 ;15, 32-39; Luc 9,10-17; Jean 6,1-14).
Un repas de poisson et de pain était très habituel dans les régions de la Mer de Galilée et de Jérusalem. Ces repas faisaient partie de la vie itinérante avec Jésus et les personnes qui le suivaient.

Le cœur réel du récit n’est toutefois pas le repas mais la qualité de l’apparition ou de la vision. Jésus apparut comme un vivant, bien vivant. Le sacré et le divin peuvent se trouver dans le tangible. La sainteté n’est pas seulement une question d’extase spirituelle qui nous fait toucher le transcendant en laissant le monde derrière nous. Dieu rejoint son peuple à travers sa création et non pas malgré elle. Cette saisie est devenue le fondement de la prise de conscience de l’Eglise comme Corps du Christ et a mené au fondement de l’Église comme sacrement. Le croyant rencontre le Christ Ressuscité à travers ses sens. Les disciples ont vu, touché et entendu le Ressuscité. Aujourd’hui nous voyons, entendons, et touchons le Christ à travers les sacrements, à travers le témoignage et le service des autres.

L’Eucharistie est un résumé de la vie de Jésus, un appel à donner notre vie pour les autres. La fraction du pain est aussi un signe très puissant d’unité. Quand nous rompons le pain, cela signifie que l’on partage le Corps du Christ. Paul dit: «Parce qu’il n’y a qu’un seul pain…. Nous sommes tous un seul corps; car tous nous participons à cet unique pain (1 Cor 10,16-17).» Ce n’est pas seulement le partage de la coupe et du pain rompu qui établit une union avec le Christ : une plus grande union est établie à travers le partage de la même miche : l’union entre tous les membres de la communauté célébrante. L’unité exprimée ici n’est pas juste une question de convivialité humaine ; c’est un cadeau donné dans la fraction du pain, un partage du corps du Christ. L’eucharistie fait que les membres du corps célèbre leur unicité, une unicité expérimentée à trois niveaux : dans le Christ, en chaque personne, dans le service du monde.

La rencontre sacramentelle des jeunes avec le Christ

Permettez moi de partager une pensée finale au sujet de manger et boire avec Jésus. Au cours du Synode sur la Parole de Dieu, une des interventions les plus mémorables a été faite par le père Pascual Chávez Villanueva, sdb, président de l’Union des Supérieurs Généraux et recteur de la Société Salésienne de Saint Jean Bosco, dont le charisme est de travailler avec les jeunes. Le père Pascual a proposé l’histoire d’Emmaüs comme modèle  pour rendre la Parole de Dieu plus accessible aux jeunes. Il a porté notre attention sur le fait que les jeunes aujourd’hui partagent très peu de choses avec les deux disciples sur la route, sinon la frustration de leurs rêves, la fatigue de croire et le désenchantement du compagnonnage.

« Les jeunes ont besoin d’une Eglise qui les rejoint là où ils sont. En arrivant à Emmaüs, les disciples n’ont pas reconnu la personne de Jésus. Ce que Jésus fut incapable de faire en les accompagnant, leur parlant, en interprétant la Parole de Dieu, Il l’accomplit d’un geste, l’eucharistie. Une éducation à la foi qui oublie ou reporte la rencontre sacramentelle des jeunes avec le Christ n’est pas une voie sûre et efficace de Le trouver. »

Ces dernières paroles sont restées gravées en moi. Comment enseignons-nous aux jeunes l’importance des sacrements dans nos propres vies? Comment permettons-nous aux jeunes de faire la rencontre du Christ? N’ouvrons- nous pas la porte à cette importance et encourageons-nous ces rencontres en commençant par la table du simple partage, de la camaraderie avec les jeunes ?

Bien souvent, c’est dans les moments ordinaires de partage autour de la table que nous prenons conscience de notre humanité, que nous sommes faits pour aimer et être aimés, en ayant à cœur les tribulations, les espoirs et l’avenir des autres. La table du partage révèle vraiment la profondeur de l’humanité et la grandeur de la compassion. Elle est un tremplin vers une foi mature, à la rencontre vivante avec le Seigneur Ressuscité qui souhaite partager sa vie avec nous chaque jour. Reste avec nous, Seigneur !

La présence du Christ ressuscité nous permet de faire la différence

Deuxième dimanche de Pâques, Dimanche de la Divine miséricorde – 8 avril 2018

Il existe un proverbe qui dit: « Si le cœur n’y est pas, les mains hésitent. »  Ceci semble avoir été écrit pour l’apôtre Thomas, dont l’évangile d’aujourd’hui raconte le récit familier qui nous fournit l’archétype du doute, du combat et de foi.

La première apparition du Seigneur ressuscité aux disciples dans saint Jean est à la fois intense et ciblée. C’est le soir, le premier jour de la semaine, les portes ont été verrouillées. Les disciples anxieux sont enfermés à l’intérieur. Un monde hostile et suspect les menace à l’extérieur. Jésus leur manque. Soudain, le ressuscité défie les portes closes, les cœurs fermés et la vision bouchée. Il apparaît simplement.  Doucement, jamais si doucement, il atteint l’apôtre démoralisé et blessé Thomas. Celui-ci met en hésitant son doigt dans les blessures de Jésus. C’est alors que l’amour l’envahit. Comment entendre ce récit sans penser au magnifique tableau du Caravage?

Qui est ce Thomas? Avec beaucoup d’autres disciples masculins, il se tient devant la croix, sans comprendre. Tous ses rêves sont accrochés à la croix avec son ami. Tous ses espoirs sont anéantis. Au fil des ans, j’en suis venu à considérer Thomas comme l’un des plus grands et des plus honnêtes amis intimes de Jésus et non l’éternel sceptique, le rebelle, l’entêté que la tradition chrétienne a souvent peint. Jeune, je n’ai jamais aimé être appelé «  Thomas l’incrédule », simplement parce que j’aimais poser des questions! Je nourrissais l’espoir secret que je portais ce prénom à cause de Thomas d’Aquin, More, Becket ou Villanova. Mais ma mère précisait que c’était l’apôtre qu’ils avaient choisi pour moi!

Le combat de Thomas et le nôtre

Que faisons-nous lorsque tout ce sur quoi nous avions misé s’écroule devant nos yeux, soudainement écrasé par des institutions puissantes et sans nom? Que faisons-nous quand notre première réaction, dans un moment de crise, est de fuir devant les foules en furie? Telles devaient être les questions de la plupart des disciples, Thomas inclus, qui ont soutenu et suivi Jésus de Nazareth durant ces trois années de ministère.

L’incrédule, le poseur de questions, Thomas qui sommeille en chacun de nous peut être touché. Nous avons à répondre de nos blessures  et de celles des autres. Même dans notre faiblesse, nous avons à nous exposer au souffle de l’Esprit pour que nos blessures soient guéries et nos peurs dépassées.
Avec Thomas  nous croirons quand notre main tremblante atteint finalement tout hésitante le Seigneur dans la communauté de foi. Les mots adressés à Thomas nous sont donnés : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu! »

Longtemps auparavant, saint Grégoire le Grand a dit de Thomas,  « Si, en touchant les plaies du corps de son Maître, Thomas peut nous aider à dépasser les blessures de l’incrédulité, le doute de Thomas nous est plus utile que la foi de tous les apôtres. »

Des siècles après Thomas, nous lui sommes toujours reconnaissants pour son honnêteté et son combat.  Bien que nous ayons peu d’informations sur les origines et le passé de ce disciple, nous avons un indice sur son identité, dans l’étymologie de son nom en grec, Didymous, qui signifie « Jumeau ». Qui était l’autre moitié de Thomas? Qui était son jumeau?  Peut-être pouvons-nous le contempler en nous regardant dans un miroir. L’autre moitié de Thomas se situe dans toute personne combattant la souffrance de l’incroyance, du doute et du désespoir et qui a laissé la présence de Jésus ressuscité faire l’immense différence.

La Divine Miséricorde n’est pas une option !

Durant les dernières années, j’ai écouté les nombreux liturgistes et agents pastoraux se plaignant du fait que ce dimanche était nouvellement nommé par le pape Jean-Paul II durant le jubilé de l’an 2000. Officiellement appelé deuxième dimanche de Pâques après la réforme liturgique de Vatican II, par le décret de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le nom a été changé en « Deuxième dimanche de Pâques ou dimanche de la Divine miséricorde ». Le pape Jean-Paul II en fit l’annonce par surprise durant son homélie au cours de la canonisation de sainte Marie Faustine Kowalska le 30 Avril 2000. Ce jour-là il déclara : « Il est important que nous acceptions le message entier qui nous vient de la Parole de Dieu en ce deuxième dimanche de Pâques, qui à partir de maintenant et dans toute l’Église sera appelé « Dimanche de la Divine Miséricorde ».

Qu’est-ce que les visions de cette religieuse polonaise ont à voir avec la rencontre de Thomas avec le Seigneur ressuscité? Le lien est-il forcé entre la Miséricorde divine et le texte de l’évangile de Thomas avec le Seigneur ressuscité? La réponse à la première question est : « Tout » et à la seconde « Non ! ». Il est clair que la célébration de la Divine Miséricorde ne fait pas de concurrence, n’endommage pas l’intégrité du temps pascal, et n’enlève rien à cette extraordinaire rencontre de Thomas avec le Seigneur ressuscité? Le dimanche de la Divine Miséricorde est l’octave du jour de Pâques, célébrant l’amour plein de miséricorde de Dieu brillant à travers tout le triduum de Pâques et la totalité du mystère de Pâques.

Le lien est plus qu’évident à partir de la lecture des écritures dans ce premier dimanche après Pâques. À la canonisation de sainte Faustine, le pape Jean-Paul II a dit dans son émouvante homélie : « Jésus montre ses mains et son côté (à ses apôtres). De toutes les blessures de la Passion, il pointe spécialement la blessure de son Cœur, la source d’où jaillit la grande vague de miséricorde pour l’humanité. »

La signification de ce jour

Le dimanche de la Divine Miséricorde n’est pas une fête nouvelle instituée pour célébrer les révélations de sainte Faustine. En fait ce n’est pas du tout au sujet de sainte Faustine! C’est plutôt pour retrouver une tradition ancienne liturgique, en référence à l’enseignement attribué à saint Augustin sur l’octave de Pâques qu’il appelait « Les jours de miséricorde et de pardon » et le jour de l’octave lui-même « le compendium des jours de miséricorde ».

Le Vatican ne donne pas le titre de « Dimanche de la Divine Miséricorde » comme une option pour les diocèses qui aiment bien ce genre de choses ! Cela signifie que prêcher la miséricorde de Dieu n’est pas juste une option pour ce dimanche. Manquer de prêcher sur la miséricorde de Dieu ce jour-là signifierait plus largement ignorer les prières, les lectures et les psaumes choisis pour ce jour, aussi bien que le titre « Dimanche de la Divine Miséricorde » maintenant donné à ce jour dans le Missel Romain.

Il y a plusieurs années, quand j’avais des difficultés à trouver des liens entre le deuxième dimanche de Pâques, mon saint patron Thomas et les révélations de Sr Faustine pour ce jour, j’ai parcouru la citation de saint Bernard (Cantique 61, 4-5: PL 183, 1072): « Ce que je ne peux obtenir par moi-même, je me l’approprie (usurpe !) Par le côté percé du Seigneur, parce qu’il est plein de miséricorde. Mon mérite, cependant, c’est la miséricorde de Dieu. Je ne suis certainement pas pauvre en mérites aussi longtemps qu’Il est riche en miséricorde. Si les miséricordes de Dieu sont nombreuses (Psaume 119, 156), j’abonderai de mérites… mais à propos de ma justice ? Ô Seigneur, je me souviendrai seulement de ta justice. En fait, c’est aussi la mienne car tu es pour moi justice de la part de Dieu. »

Puis la lumière se fit en moi. Depuis ce temps-là, je ne regrette plus d’avoir reçu mon prénom de ce Thomas-là et pas des autres. La rencontre de Thomas avec le Seigneur ressuscité m’a donné une toute nouvelle perspective du sens de la miséricorde.

Cela fait toute la différence.