Hosanna ! Accueillons le Seigneur qui continue de venir à nous aujourd’hui !

Dimanche des Rameaux – 9 avril 2017

Isaïe 50,4-7
Philippiens 2,6-11
Matthieu 26,14-27,66

Pour me préparer à Pâques il y a quelques années, j’ai eu le privilège de faire une retraite, au début du Carême, sur les événements de la Semaine sainte : j’ai lu et médité le livre du pape Benoît XVI, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection.[1] Ce livre devrait être une lecture obligée pour tous les évêques, les prêtres, les agents de pastorale et tous les catholiques sérieux qui veulent rencontrer Jésus de Nazareth et les mystères centraux de notre foi que nous célébrons cette semaine. Je ne peux concevoir de meilleure façon de se préparer à la Semaine sainte et à Pâques que de lire ce texte magistral. Je le recommande à tous ceux et celles qui ont trouvé utiles nos réflexions scripturaires hebdomadaires : il nourrira votre prière personnelle et vous aidera dans la prédication de la Parole de Dieu.

Chaque année pendant la Semaine sainte, nous accompagnons Jésus qui entre à Jérusalem au milieu des cris de la foule : « Hosanna ! » Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Une journée débordante de louanges exaltées et de jubilation tandis que se profile à l’horizon une vague de haine, de destruction et de mort. Nous aussi, nous sommes happés par la foule qui acclame son Messie et son Roi quand il descend du mont des Oliviers… Il n’arrive pas entouré d’une escorte motorisée ou d’un cortège princier mais chevauche une bête de somme. Images frappantes de royauté, d’humilité et de divinité conjuguées dans ce tableau paradoxal où Jésus entre dans sa ville ! Pleine d’enthousiasme, la foule lui fait un triomphe, le dimanche des Rameaux, car elle voit en lui de Roi de paix, porteur de l’espérance. Plein de haine, cinq jours plus tard, le peuple exigera son exécution sur la croix.

Les récits évangéliques de la Passion décrivent comment les péchés de certaines factions du peuple et de leurs chefs au temps de Jésus ont donné naissance au complot qui entraîna la Passion et la mort du Christ, ce qui est une façon de suggérer une vérité fondamentale, à savoir que nous sommes tous en cause. Ce sont leurs péchés et nos péchés qui conduisent le Christ à la croix, et Lui en porte le poids de plein gré. À nous de tirer les leçons de ce qui est arrivé à Jésus et de nous interroger non seulement sur l’identité de ceux qui l’ont jugé, condamné et exécuté autrefois mais aussi sur ce qui a tué Jésus et sur les spirales vicieuses de violence, de brutalité et de haine qui continuent de Le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine.

Le récit de la Passion en Matthieu

Cette année, nous lisons le récit de la Passion selon Matthieu (Matthieu 26,14 –27,66). Matthieu suit de près la source que Marc est pour lui mais avec quelques omissions (par exemple, Marc 14, 51-52) et quelques additions (par exemple, Matthieu 27, 3-10.19). Certaines additions indiquent qu’il s’est servi de traditions qui lui venaient d’ailleurs; d’autres tiennent à sa propre perspective théologique (par exemple, Matthieu 26,28 « … en rémission des péchés »; Matthieu 27,52). Dans son travail de rédaction, Matthieu a aussi modifié Marc pour certains détails mineurs. Mais on n’a pas besoin de supposer qu’il connaissait un autre récit de la Passion que celui de Marc.

En écoutant le récit de Matthieu, nous sommes saisis par la rencontre entre Jésus et son destin, rencontre rendue inévitable par l’attachement profond de Jésus à la mission qu’il a reçue de Dieu et par la résistance farouche du pouvoir de la mort. Dans le premier chapitre de son ouvrage sur Jésus de Nazareth, intitulé « L’entrée à Jérusalem », Benoît XVI nous invite à nous arrêter à Zacharie 9,9, le texte que Matthieu et Jean citent explicitement pour éclairer le sens du « dimanche des Rameaux » : « Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Mt 21,5; cf. Za 9,9; Jn 12,15). Benoît écrit (p. 4):

[Jésus] est un roi qui détruit les armes de guerre, un roi de paix et un roi de simplicité, un roi des pauvres. Finalement, nous avons vu qu’il règne sur un royaume qui s’étend de la mer à la mer et embrasse le monde entier. Les communautés qui rompent le pain en communion avec Jésus Christ nous ont rappelé que le nouveau royaume de Jésus, qui embrasse le monde entier de la mer à la mer, est le royaume de sa paix. À l’époque, on ne pouvait rien voir de tout cela…

Le sens d’Hosanna

Le mot « Hosanna » était à l’origine une formule de bénédiction des pèlerins que prononçaient les prêtres dans le Temple mais, une fois réuni à la deuxième partie de l’acclamation, « à celui qui vient au nom du Seigneur », il a pris un sens messianique. Il est devenu une façon de désigner celui que Dieu avait promis. La louange à Jésus devenait ainsi une salutation adressée à celui qui vient au nom du Seigneur, à celui qu’annonçaient et qu’acclamaient toutes les promesses.

Nous pouvons nous demander pourquoi le mot « hosanna » nous a été conservé en hébreu. Pourquoi les Évangiles ne l’ont-ils pas traduit en grec ? La traduction complète de l’ « hosanna » pourrait se lire ainsi : « À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Fils de David. Béni au nom du Seigneur, celui qui vient. À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Tout-puissant. » L’accueil que réserve la foule à Jésus aux cris de « hosanna », en appelant au secours, et le fait de brandir des branches de palmier évoquaient les formules rituelles de la fête de Soukkot, déjà politisée depuis qu’on s’en était servi pour le premier festival de l’Indépendance, la première Hanouka. L’utilisation de cette formule liturgique pour accueillir Jésus avait un but manifeste. L’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem sera suivie par la purification du Temple (Matthieu 21, 14-16). Ce scénario évoque la libération des Macchabée et ne peut que viser à fouetter les espoirs messianiques. La foule qui crie « hosanna » et brandit des rameaux sait parfaitement ce qu’elle fait.

Dans cette acclamation d’hosanna, nous voyons s’exprimer les émotions complexes des pèlerins qui accompagnaient Jésus et ses disciples : louange joyeuse de Dieu au moment de la procession d’entrée, espérance que l’heure du Messie soit arrivée et, en même temps, prière pour que soit rétablie la monarchie davidique et par conséquent la royauté de Dieu sur Israël (Jésus de Nazareth, p. 8-10).

« Hosanna », c’est un appel à l’aide urgent, une demande de salut d’une validité universelle. Ce cri n’a jamais cessé de convenir à la condition humaine. C’est d’un mot une prière qui a la faculté politique de déstabiliser les oppresseurs où qu’ils se trouvent, aujourd’hui comme autrefois, une prière qu’il faudrait donc traduire et comprendre.

Le prophète de Nazareth

Au commencement, quand les gens écoutaient le prophète de Nazareth, il ne semblait avoir aucune importance pour Jérusalem et les habitants de la ville sainte ne le connaissaient pas. La foule qui rend hommage à Jésus aux portes de la ville n’est pas celle qui réclamera plus tard sa crucifixion. Dans ce tableau en deux temps de l’échec à reconnaître Jésus – par une combinaison d’indifférence et de peur – Benoit XVI estime que nous entrevoyons quelque chose de la tragédie de la ville que Jésus avait évoquée à quelques reprises, et d’une façon particulièrement poignante dans son discours eschatologique.

Les accents uniques de la Passion selon Matthieu

Pour Matthieu, l’ultime point tournant de l’histoire de Jésus, c’est sa mort et sa résurrection. À l’instant même de la mort de Jésus, mort acceptée en fidélité à sa mission, une vie nouvelle éclate : la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s’ouvrent et les saints qui étaient morts ressuscitent pour entrer triomphalement dans la cité de Dieu. En écrivant ces paroles, Matthieu pense à la grande vision des ossements desséchés d’Ézéchiel 37. Dieu insuffle l’esprit aux ossements, et les morts ressuscitent pour former un peuple nouveau. Matthieu croit que de la mort de Jésus surgit une vie nouvelle pour le monde; de la mort apparente de la mission judéo-chrétienne à Israël, la communauté primitive ressuscite pour envelopper le monde méditerranéen et former un peuple nouveau de Juifs et de Gentils. La mort-résurrection n’est pas seulement le modèle du destin de Jésus, elle deviendra aussi le modèle du destin de la communauté elle-même au sein de l’histoire.

Le sens aujourd’hui

Qu’est-ce que la passion de Matthieu a à nous dire aujourd’hui ? Je suis convaincu qu’elle nous offre des lunettes bibliques à travers lesquelles observer le moment actuel de l’histoire de l’Église et du monde. Ce n’est pas seulement de l’Église mais aussi du monde dans lequel nous vivons que nous recevons notre ordre de marche et nos plans pastoraux pour la mission. Le drame biblique bouleversant que présente la passion de Matthieu nous enseigne que les événements que nous tenons souvent pour des « événements profanes », même ceux qui provoquent dommages et destruction, qui suscitent la terreur et l’aveuglement, nous guident en réalité vers l’avenir de Dieu pour nous, et plantent le décor de la révélation que Dieu nous fera de lui-même.

Acclamer le Seigneur dans l’Eucharistie

Je conclus en reprenant les propos du pape émérite Benoît sur la scène de ce dimanche des Rameaux (p.11) :

L’Église acclame le Seigneur dans la Sainte Eucharistie comme celui qui vient aujourd’hui, celui qui est entré chez elle. En même temps, elle l’acclame comme celui qui continue de venir, celui qui nous guide vers son avènement. Pèlerins, nous allons à lui ; pèlerin, il vient à nous et nous prend avec lui dans son ‘ascension’ vers la croix et la résurrection, vers la Jérusalem définitive qui grandit déjà au milieu de ce monde dans la communion qui nous unit à son corps.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).

« Je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous en ferai sortir. »

Cinquième dimanche du Carême, Année A – 2 avril 2017

Ézéchiel 37,12-14
Romains 8,8-11
Jean 11,1-45

La vision dramatique d’Ézéchiel et la nôtre

La première lecture d’aujourd’hui, tirée d’Ézéchiel 37, 12-14, est la grande vision de la vallée des ossements desséchés, l’un des tableaux les plus spectaculaires de toute la littérature biblique. En voici le contexte historique : elle remonte au début du sixième siècle avant Jésus Christ, quand la main du Seigneur vint sur Ézéchiel alors que les Juifs étaient en captivité à Babylone. Depuis environ 150 ans, la situation politique du peuple juif déclinait. Le point tournant survint en 587 avant J.C. avec la catastrophe finale de la défaite et le début du grand exil du peuple juif, désespéré et impuissant face au sort qui s’abattait sur lui. C’est dans le cadre de ces événements que se déploie la vision dramatique d’Ézéchiel : on y voit les ossements blanchis d’une armée que les oiseaux de proie ont fini de décharner. Incroyable champ de batille, couvert de cadavres laissés à l’abandon ! Imaginez l’odeur de mort et de putréfaction !

Réticent, le prophète Ézéchiel reçoit de Dieu l’ordre de prophétiser sur ces ossements, de les ramener à la vie. Avec le secours d’un puissant tremblement de terre, les os se rejoignent l’un à l’autre dans une immense rumeur. Les tendons se reconnectent, la chair puis la peau viennent revêtir les cadavres. Le souffle, « ruah », l’Esprit de Dieu vient des quatre extrémités de la terre et les corps flasques « reprennent vie, se dressent sur leurs pieds – c’est une immense armée ». Alors qu’aujourd’hui, nous voyons dans cette scène la préfiguration de la résurrection des morts, les Juifs du temps d’Ézéchiel ne croyaient pas à une telle conception de l’au-delà. Pour eux, l’immense armée ressuscitée représentait l’ensemble du peuple juif : les survivants du royaume du Nord qui avaient cherché refuge en Assyrie, les paysans qui étaient encore sur place et les exilés de Babylone. Ils allaient se regrouper, former de nouveau un peuple, habiter leur propre pays, et ils sauraient dorénavant que c’était là l’œuvre du seul vrai Dieu.

Au fil des siècles, les chrétiens ont proclamé ce texte pendant la liturgie de la nuit pascale en accueillant de nouveaux membres dans l’Église. Le témoignage puissant d’Ézéchiel offre une image bouleversante de la force de régénération, de restauration et de renouveau du Dieu d’Israël, en cette vie et pour toute l’éternité. À travers les siècles, les croyantes et les croyants au Dieu et Père d’Abraham, d’Isaac et de Jésus ont repris courage grâce à la vision d’Ézéchiel; c’est que nous croyons qu’elle raconte aussi notre histoire à nous. Nous croyons en la puissance du pardon de Dieu, en la capacité du Christ et de la tradition catholique de nous redonner la vie et de nous conduire à la vie alors même que tout autour de nous semble annoncer la nuit, les ténèbres, la mort, la dissolution et le désespoir.

La vie chrétienne est un défi constant

Nous apprenons, écrit saint Paul à la communauté de Rome (8, 8-11), que par la croix de Jésus Christ Dieu a brisé le pouvoir du péché et prononcé sur lui le jugement (v. 3). Les chrétiens n’échappent pas à la chair mais celle-ci est devenue étrangère à leur être nouveau, qui est la vie dans l’esprit : moi nouveau gouverné par l’Esprit Saint. Sous la direction de l’Esprit Saint, les chrétiens peuvent accomplir la volonté divine, qui s’exprimait jusque-là dans la loi (Romains 8,4). Le même Esprit qui redonne vie aux chrétiens pour la sainteté ressuscitera aussi leur corps au dernier jour (v. 11) La vie chrétienne est donc l’expérience d’un défi constant car il s’agit de tuer les désordres du corps grâce à la vie de l’esprit (v. 13).

Le don que fait Jésus de la vie entraîne sa propre mort

Texte riche en émotions que l’Évangile d’aujourd’hui. La résurrection de Lazare, le récit le plus long de tout l’Évangile de Jean (11, 1-44) en dehors du texte de la passion, représente le point culminant des signes de Jésus. L’épisode se situe peu avant que Jésus ne soit capturé, jugé et crucifié. C’est l’événement qui influence le plus directement sa condamnation par ceux qui cherchent à le tuer. L’ironie johannique souligne que c’est le don que fait Jésus de la vie qui entraîne sa propre mort. Jésus savait que son ami Lazare était malade mais il n’est pas venu faire de guérison. En fait, il a attendu plusieurs jours après la mort de Lazare; entre-temps il donnait à ses disciples un enseignement sur la lumière – doctrine incompréhensible devant la maladie grave et la mort mais qui prend tout son sens à la lumière de la résurrection de Lazare et de celle du Christ.

Jésus déclare à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (v. 25). Et il ajoute : « Crois-tu cela ? » (v. 26) Le Seigneur nous presse de répondre, comme l’a fait Marthe : « Oui, Seigneur, nous aussi, nous croyons, malgré nos doutes et nos ténèbres; nous croyons en toi, parce que tu as les paroles de la vie éternelle; nous voulons croire en toi, qui nous donnes une espérance crédible en la vie après la vie, en une vie pleine et authentique dans ton royaume de lumière et de paix. »

Seigneur, si seulement tu avais été là …

Combien de fois, comme Marthe et Marie, nous avons murmuré ces mêmes paroles de douleur et de désespoir : Seigneur, si seulement tu avais été là (v. 32), mon frère… ma sœur, ma mère, mon père ou mon ami ne serait pas mort. » Mais le récit débordant d’émotions de l’Évangile de Jean nous dit quel Dieu nous avons… un Dieu « bouleversé d’une émotion profonde ». Le mot grec employé ici pour décrire la réaction instinctive de Jésus, au verset 33, signifie qu’il a la gorge serrée. C’est une expression étonnante en grec qui se traduit littéralement : « il râle, il grogne en esprit », peut-être de colère en présence du mal (la mort). Nous voyons le Seigneur pleurer au tombeau de son ami Lazare; un Sauveur profondément ému de voir la douleur et le deuil de tant d’amis de Marthe, de Marie et de Lazare. La phrase la plus courte de toute la Bible se trouve dans ce passage : alors Jésus pleura (v. 35).

Jésus nous révèle un Dieu qui fait un avec nous dans la souffrance, le deuil et la mort… un Dieu qui pleure avec nous. Dieu n’intervient pas pour prévenir les tragédies et les souffrances de la vie. Si nous avions un dieu parachuté, sorte de « deus ex machina » survenant au dernier moment pour empêcher la tragédie et le péché, la religion et la foi ne seraient plus qu’une sorte de magie ou de fatalité et nous ne serions que des pions sans ressources sur l’échiquier d’un dieu capricieux. Où est Dieu au milieu des tragédies humaines ? Dieu est là, en plein dedans, et il pleure. C’est notre Dieu, profondément, humainement solidaire, qui dans la gloire de l’Incarnation embrasse totalement notre condition humaine.

La mort du cœur et de l’esprit

Le récit de la résurrection de Lazare nous parle aussi d’un autre genre de mort. Nous pouvons être morts même avant de mourir, alors que nous sommes encore en cette vie. Je ne parle pas ici de la mort de l’âme causée par le péché mais plutôt d’une mort qui prend la forme d’une absence d’énergie, d’espoir, d’envie de se battre et de continuer à vivre. Nous qualifions souvent cette réalité de mort du cœur ou de mort spirituelle. Bien des gens sont enchaînés par cette sorte de mort, jour après jour, à cause des circonstances tragiques et affligeantes de leur vie. Qui pourra jamais renverser cette situation et nous rappeler à la vie, nous redonner l’énergie, nous libérer des tombeaux qui nous enchaînent ? Qui pourra opérer cette réanimation cardio-respiratoire et nous arracher au désespoir ?

Pour certaines afflictions, il n’existe pas de remède humain. Les paroles d’encouragement échouent très souvent à provoquer le moindre changement. Dans bien des cas, les personnes qui se retrouvent dans cet état sont incapables de faire quoi que ce soit; elles ne peuvent même pas prier. Elles sont comme Lazare au tombeau. Il faut que d’autres fassent quelque chose pour elles. Jésus dit un jour à ses disciples : « guérissez les malades, ressuscitez les morts » (Matthieu 10,8). Les sept œuvres de miséricorde corporelle consistent à nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir les dénudés, héberger les sans-logis, visiter les prisonniers, visiter les malades et ensevelir les morts. Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous dit qu’il nous faut, en plus, « ressusciter les morts ».

Seul celui qui a pénétré dans le royaume de la mort pour affronter la mort elle-même en combat singulier peut donner la vie à ceux qui sont morts. En racontant la résurrection de Lazare, Jean en fait un signe qui transforme la tragédie en espérance. La maladie et la mort de Lazare sont pour la gloire de Dieu l’occasion de se manifester. Comme chrétiens, nous ne nous attendons pas à échapper à la mort; mais nous l’approchons avec la foi en la résurrection.

Les conséquences de la foi en la résurrection

Faisant allusion à l’histoire de Lazare dans son Message du Carême 2011, le pape Benoît a écrit :

Lorsque l’évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: « Je suis la résurrection et la vie… le crois-tu ? » (Jean 11, 25-26). A la suite de Marthe, le temps est venu pour la communauté chrétienne de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth: « Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde » (v.27).

La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l’obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l’espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l’homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l’histoire humaine, à l’existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l’économie. Privé de la lumière de la foi, l’univers entier périt, prisonnier d’un sépulcre sans avenir ni espérance.

Vivre le Carême cette semaine

1. C’est immédiatement avant sa propre mort et résurrection que Jésus proclame les paroles qui sont au cœur de l’Évangile d’aujourd’hui : « Je suis la résurrection et la vie » (Jean 11, 25). Un évêque du quatrième siècle, Grégoire de Nazianze (328-389), commentait ainsi le miracle de Béthanie qui préfigure la mort et la résurrection de Jésus. Méditez sur ces paroles touchantes de saint Grégoire.

Il prie mais il entend la prière. Il pleure mais il sèche les larmes.
Il demande où on a déposé Lazare parce qu’il était un être humain;
et il ressuscite Lazare parce qu’Il est Dieu.
Tel un agneau, il est conduit à l’abattoir,
mais il est le Pasteur d’Israël et maintenant du monde entier.
Il est meurtri et blessé,
mais il guérit toutes les maladies et les infirmités.
Il est dressé, cloué au bois de l’arbre,
mais par l’arbre de vie il nous restaure…
Il donne sa vie,
mais il a le pouvoir de la reprendre;
et le voile se déchire, car les portes mystérieuses du paradis se sont ouvertes;
et les rochers se fendent et les morts se relèvent.
Il meurt mais il donne la vie, et sa mort détruit la mort.
Il est enseveli mais il ressuscite.

2. Regardez autour de vous et trouvez une ou deux personnes aux prises avec la mort, en particulier la mort du cœur et de l’esprit, des gens qui ont perdu la volonté et le goût de vivre par suite des épreuves qu’elles ont subies. Allez à elles, et que votre parole ranime leur esprit, réveille leur âme, brise leurs liens et les libère.

Les Sept dernières paroles du Christ: 4e réflexion de carême

Quatrième parole
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Matthieu 27, 45-46

1. Nous nous concentrons sur les trois dernières heures de Jésus sur la croix. Marc met l’accent sur le fait qu’Il fut cloué à la croix à 9 heures du matin. Il y a beaucoup de différences dans les récits des Évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean même en ce qui a trait aux dernières paroles de Jésus. Cette semaine, prenez le temps de lire ces différents récits. Lequel de ces récits vous touche davantage ?

2. Dans l’Évangile de Mathieu, Jésus prononce la « quatrième parole » tirée du Psaume 22. Lisez le Psaume 22 cette semaine. Comment vous adressez-vous à Dieu ?

3. Dans ce cheminement de carême, êtes-vous conscient de la Présence de Dieu à tout moment? Qu’est-ce qui vous aide à garder cette Présence constante à votre conscience ?

4. Une question brûlante nous hante toujours : comment le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob peut-il être au milieu d’une telle destruction, d’une telle perte et d’une telle horreur ?

5. « Jésus ne nous apporte pas la délivrance de la mort mais la délivrance à travers elle. » Qu’est- ce que cela signi e pour vous ?

6. « Nous sommes-nous sentis abandonnés dans nos souffrances, ou avons-nous abandonné nos proches à leurs douleurs et à leurs souffrances ? Est-ce que je fais parfois mienne cette prière du psalmiste et de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ?

Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:
Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant:

Quand nous fixons profondément la Lumière …

Quatrième dimanche du Carême, Année A – 26 mars 2017

1 Samuel 16,1.6-7.10-13a
Éphésiens 5,8-14
Jean 9,1-41

Le très beau récit tiré aujourd’hui de l’Évangile de Jean (Jean 9,1-41) nous parle de fixer le visage de Jésus, de laisser les écailles de l’aveuglement tomber de nos yeux, de faire l’expérience de son pouvoir de guérison et de reconnaître Jésus pour ce qu’il est vraiment : le Seigneur et le Sauveur venu dans le monde. Dès le début du texte de Jean, la question de l’origine donne le ton au récit. D’où vient Jésus ? Qui l’a envoyé ? Quelle école rabbinique a fréquenté cet homme originaire de Nazareth ? Où a-t-il pris tout ça ? Où a-t-il appris à enfreindre la loi de Dieu ? Ces questions hantent le récit provocant de la guérison de l’aveugle-né dans l’Évangile de Jean.

Hautement symbolique, le récit de la guérison, le jour du sabbat, d’un homme aveugle de naissance est unique parce que la seule guérison de la cécité dans l’Ancien Testament se trouve dans le livre de Tobie (7,7; 11,7-13; 14,1-2), mais Tobie n’était pas né aveugle. Le texte d’aujourd’hui, le sixième signe du Quatrième Évangile, vient illustrer la parole de Jésus : « Je suis la lumière du monde » (Jean 8,12; 9,5). La description de la dispute au sujet de Jésus oppose Jésus (la lumière) aux Juifs (aveugles, Jean 9,39-41). Le thème de l’eau est réintroduit avec la piscine de Siloé. L’ironie, c’est que Jésus est jugé par les Juifs tandis que les Juifs sont jugés par Lumière du monde fait chair ! (Jean 3,19-21)

La controverse

L’histoire de la guérison de l’aveugle prend exactement deux versets; la controverse qui entoure le miracle en occupe trente-neuf. La controverse fait pratiquement toute l’histoire ! En réponse aux questions qu’on lui pose sur l’origine de Jésus, celui qui avait été aveugle répond : « il m’a rendu la vue. D’où croyez-vous qu’il vienne ? » L’aveugle passe des ténèbres à la lumière : il voit d’abord en Jésus un homme, puis un prophète; finalement, il confesse qu’il est le Fils de Dieu. Les Pharisiens semblent d’abord accepter la guérison de l’aveugle puis ils la mettent doute et finissent par nier l’origine céleste de Jésus. La simplicité de l’aveugle confond les sages. Ceux-ci en arrivent à refuser de voir : ils s’aveuglent. Mais on éprouve facilement de la sympathie pour les Pharisiens. Après tout, ils s’efforçaient simplement de faire ce que nous sommes nombreux à avoir appris à faire : observer, analyser, décrire et expliquer les phénomènes d’une situation donnée. L’approche vous est familière ? N’est-ce pas ce à quoi plusieurs d’entre nous passent leur temps tous les jours ?

Les antécédents de l’aveugle

L’ancien aveugle ne connaissait pas toutes les expressions religieuses susceptibles d’expliquer son salut. Ce n’était pas un homme pieux au sens traditionnel du terme et il n’avait pas de respect particulier pour les anciens. Tout ce qu’il savait, c’est qu’avant il était prisonnier des ténèbres et que maintenant le monde entier baignait pour lui dans la lumière. Et il était prêt à en témoigner. « Il y a une chose que je sais. » Le détail insignifiant qu’il se trouve savoir, c’est l’identité de celui qui lui a sauvé la vie !

L’homme qui a recouvré la vue ne part pas de connaissances poussées; il reconnaît un fait. Jésus est celui qui lui donne la vie, qui le sauve, qui fait disparaître sa cécité, qui lui rend courage et espérance. Jésus – c’est lui ! C’est de lui qu’il s’agit ! Nous savons que l’aveugle n’est pas le seul à admettre que « c’est de Jésus qu’il s’agit ». Les descendants spirituels de l’aveugle sont légion à travers l’histoire ! Espérons que nous sommes du nombre !

La question de la souffrance

Les tentatives pour résoudre la question de la souffrance et de la mort ont souvent provoqué plus de mal que la douleur et l’angoisse initiales de celui ou celle qui souffre. « Pourquoi moi ? » « Pourquoi faut-il qu’il y ait de la souffrance ? » « À qui la faute si je suis aveugle, sourd, muet, pauvre, différent de quelqu’un d’autre ? » « La souffrance peut-elle avoir un sens ? » « Une valeur ? » « Qui provoque cela ? » « Pourquoi ce mal existe-t-il ? » « Pourquoi me punit-on de la sorte ? » Nous recourons souvent à la métaphore de la cécité pour exprimer notre incapacité de trouver un sens à la souffrance que nous subissons.

Si nous nous contentons de voir dans l’Évangile d’aujourd’hui une comédie ironique sans plus, nous passons à côté du moment de solitude de la scène finale dans laquelle Jésus et l’homme conversent à l’extérieur de la synagogue. La profession de foi de l’homme a de terribles conséquences pour lui comme pour chacun de nous. Il est rejeté de la synagogue. Coupé de la Torah, de sa famille, du sabbat du vendredi soir célébré avec les siens, de la certitude de la Loi – tout cela parce qu’il a regardé la Lumière en face. Or c’est ce regard constant et profond qui lui a apporté une forme étrange de guérison, une étrange qualité de vision.

Notre cécité aujourd’hui

Bien des gens aujourd’hui sont très réticents à accepter de reconnaître la source de notre salut, celui qui nous apporte l’espérance et cause notre joie. Nous avons peur de le nommer par crainte de ce que diront les autres. Ou est-ce que nous hésitons parce que nous ne sommes pas convaincus que c’est de lui, Jésus, qu’il s’agit ? Nous décrivons parfois notre cécité en disant que les arbres nous cachent la forêt, mais c’est là une analyse plutôt simpliste. Ce qui est plus inquiétant, c’est l’aveuglement héréditaire qui nous fait croire qu’il n’y a plus rien à apprendre. Il y a souvent de l’arrogance à l’origine de notre cécité. Combien de fois ne nous comportons-nous pas comme ceux qui voulaient empêcher Bartimée (Marc 10,46-52) de voir et de rencontrer le Seigneur ? Face aux cris des railleurs et des cyniques parmi nous, osons-nous mettre en présence du Seigneur nos amis, nos collègues et nos proches ? Pourquoi hésiter puisque nous savons bien ce que donne une vie vécue sans le Christ ?

Dans son message de Carême pour 2011, le pape Benoît a écrit au sujet de l’Évangile d’aujourd’hui :

L’Évangile interpelle chacun de nous: « Crois-tu au Fils de l’homme ? – Oui, je crois Seigneur ! » (Jean 9, 35-38), répond joyeusement l’aveugle-né qui parle au nom de tout croyant. Le miracle de cette guérison est le signe que le Christ, en rendant la vue, veut ouvrir également notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique Sauveur. Le Christ illumine toutes les ténèbres de la vie et donne à l’homme de vivre en « enfant de lumière ».

Rencontrer les vedettes des Évangiles du Carême

Le récit de la guérison de l’aveugle dans l’Évangile d’aujourd’hui comme, dans l’Évangile de Marc, les récits de guérison de l’aveugle de Bethsaïde (8,22-26) et de Bartimée, l’aveugle sur la route de Jéricho (10,46-52), ont sûrement été très populaires dans l’Église primitive et restent très importants pour l’Église contemporaine. Ces miracles m’ont toujours fasciné parce que mon père était ophtalmologiste, spécialiste des problèmes de vue et de lecture chez les jeunes enfants. Combien de fois nous avons parlé à la table familiale de déficience oculaire, de maladie des yeux, d’astigmatisme, de cataracte ou de vision 20/20 !

Mon père faisait partie de nombreuses associations de bienfaisance et de groupes qui venaient en aide aux aveugles. Je me rappelle, tout jeune, être allé donner un coup de main à mon père et à ses collègues médecins qui organisaient des fêtes de Noël mémorables pour les aveugles. Je n’oublierai jamais la joie qui caractérisait ces réceptions. Mon père est mort assez jeune, à la fin de la soixantaine, de complications d’un diabète qui lui avait fait perdre la vue. Ce fut une terrible épreuve pour lui et pour nous pendant ses dernières années. Peu avant son décès en 1997, nous avons eu un long entretien et il a tenu à me parler de ses funérailles. « Quel Évangile voudrais-tu prendre pour la messe ? » m’a-t-il demandé ? Quand j’ai suggéré la guérison de l’aveugle Bartimée sur la route de Jéricho, dans l’Évangile de Marc, papa a rétorqué : « Mais qu’est-ce que cette histoire a à voir avec moi ? » Nous avons bien ri. C’est donc sur ce texte que j’ai prêché à sa messe de funérailles.

Si jamais j’ai l’occasion un jour de pousser la porte du ciel, j’ai l’intention d’avoir une bonne longue conversation avec les vedettes des Évangiles des dimanches du Carême : la Samaritaine (Jean 4), l’aveugle-né (Jean 9), et Lazare (Jean 11). Ils ont eu la chance et la grâce de reprendre vie grâce à l’intervention personnelle de Jésus, grâce à son toucher réconfortant, à son regard aimant, à ses paroles de compassion. Je voudrais bien leur poser à chacun quatre questions: « D’où venait ce type ? Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous l’avez regardé dans les yeux ? Qu’avez-vous éprouvé quand il vous a parlé ? Comment avez-vous su que c’était bien Lui ? »

N’hésitons pas, aujourd’hui, à rejeter les ténèbres et les ombres qui pèsent sur le monde et sur l’Église; refusons de nous en satisfaire. Ne perdons jamais de vue la seule demande réellement importante : « voir Jésus »… non pas seulement l’entrevoir mais le regarder longuement, le contempler amoureusement, lui qui est notre réconciliation, notre espérance, notre lumière et notre paix.

Vivre le Carême cette semaine

1. Vous demander : De quelle sorte de cécité êtes-vous affligé(e) aujourd’hui ?

2. Réfléchir à ces paroles de l’écrivain américain Samuel Langhorne Clemens, aussi connu sous le nom de Mark Twain (1835 – 1910): « La bonté est un message que les sourds peuvent entendre et que les aveugles peuvent voir. » Lire lentement les propos de l’écrivaine et militante américaine Helen Keller (1880 – 1968), première personne sourde et aveugle à obtenir un baccalauréat ès-arts. Helen est arrivée à briser l’isolement que lui imposait l’absence quasi complète de langage; la jeune fille qu’elle était s’est épanouie en apprenant à communiquer. « Que l’amour rende aveugle, c’est possible, je ne sais pas. Mais que l’amour puisse aider quelqu’un à voir, j’en ai fait l’expérience avec d’autres des milliers de fois. »

3. Quels sont les recoins de l’Église, de la société et de notre culture qui ont sérieusement besoin de guérison, de restauration et de réforme à notre époque ? Quels sont nos angles morts ? Quels sont nos plus graves problèmes de myopie et de presbytie ? Combien de fois préférons-nous le monologue au dialogue, renonçant ainsi à apprendre de ceux et celles qui ne sont pas d’accord avec nous; refusant de nous ouvrir à la culture autour de nous pour nous cantonner dans un mode de vie étroit, entêté et amer ? La convoitise ou la cupidité m’empêchent-elles de traiter les autres équitablement ? Suis-je impoli ou discourtois dans mes rapports à autrui ? Est-ce que j’exige des gens plus que ce qui est raisonnable ? Est-ce que je regarde les gens avec qui j’ai des relations professionnelles comme des personnes ou comme des objets à utiliser ?

4. Lire le numéro 106, intitulé « L’annonce de la Parole de Dieu et les personnes qui souffrent », dans l’Exhortation post-synodale Verbum Domini.

Durant les travaux synodaux, l’attention des Pères s’est souvent portée sur la nécessité d’annoncer la Parole de Dieu à tous ceux qui se trouvent également dans un état de souffrance physique, psychique ou spirituelle. En effet, c’est lorsqu’il connaît la douleur que naissent de manière plus aiguë dans le cœur de l’homme les questions ultimes sur le sens de sa propre vie. Si la parole de l’homme semble devenir muette devant le Mystère du mal et de la souffrance et si notre société semble n’accorder de valeur à l’existence que si elle correspond à certains niveaux d’efficacité et de bien-être, la Parole nous révèle que ces circonstances sont aussi mystérieusement « embrassées » par la tendresse de Dieu. La foi, qui naît de la rencontre avec la Parole divine, nous aide à considérer la vie humaine comme digne d’être pleinement vécue même lorsqu’elle est brisée par le mal. Dieu a créé l’homme pour le bonheur et pour la vie, tandis que la maladie et la mort sont entrées dans le monde comme conséquence du péché (cf. Sagesse 2, 23-24). Mais le Père de la vie est le médecin par excellence de l’homme et il ne cesse de se pencher avec tendresse sur l’humanité souffrante. Nous contemplons le sommet de la proximité de Dieu avec la souffrance de l’homme en Jésus lui-même qui est la « Parole incarnée. Il a souffert avec nous et il est mort. Par sa passion et sa mort, il a assumé en lui et a transformé jusqu’au bout notre faiblesse ».

La proximité de Jésus à l’égard des personnes qui souffrent ne s’est pas interrompue: elle se prolonge dans le temps grâce à l’action de l’Esprit Saint dans la mission de l’Église, dans la Parole et dans les Sacrements, dans les hommes de bonne volonté, dans les activités d’assistance que les communautés promeuvent dans la charité fraternelle, en dévoilant ainsi le vrai visage de Dieu et son amour. Le Synode rend grâce à Dieu pour le témoignage lumineux, et souvent caché, de nombreux Chrétiens – prêtres, religieux et laïcs – qui ont prêté et continuent de prêter leurs mains, leurs yeux et leur cœur au Christ, véritable médecin des corps et des âmes ! Il exhorte encore à continuer à avoir soin des personnes malades en leur apportant la présence vivifiante du Seigneur Jésus, dans la Parole et dans l’Eucharistie. Qu’elles soient aidées à lire l’Écriture et à découvrir que, dans leur condition, elles peuvent participer d’une façon particulière aux souffrances rédemptrices du Christ pour le salut du monde (cf. 2 Corinthiens 4, 8-11.14) !

5. Réciter la « prière pour demander la vue » composée par Origène (185-253), théologien et savant chrétien africain et l’un des plus grands écrivains de l’Église des premiers siècles.

Que le Seigneur Jésus touche nos yeux, comme ceux de l’aveugle.
Alors, nous commencerons à voir dans les choses visibles celles qui sont invisibles.
Qu’il nous ouvre les yeux pour que nous regardions, non pas les réalités actuelles, mais les grâces à venir.
Qu’il ouvre les yeux de notre cœur pour que nous puissions contempler Dieu en Esprit, par Jésus Christ le Seigneur, à qui appartiennent la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

La maison de Joseph, le Juste de Nazareth

Nutrition

Une réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la fête de Saint Joseph, 20 mars 2017 (Traduction: Francis Denis)

Un des événements les plus marquants de notre récent pèlerinage en Terre Sainte fut le temps que nous avons passé à Nazareth et la visite des fouilles archéologiques sous le couvent des sœurs de Nazareth. Bien que la ville de Nazareth soit connue pour son imposante Basilique de l’Annonciation, construite au-dessus de la grotte où eut lieu l’Annonciation à Marie et dont l’entretien est entre les mains des Franciscains de la Custodie de Terre Sainte, les excavations sous le couvent des sœurs de Nazareth qui se trouve de l’autre côté de la rue face à la Basilique sont tout aussi fascinantes. Ce site relativement peu connu permet de voir une maison datant du premier siècle. Aujourd’hui, on croit qu’il s’agit de l’endroit où Jésus a été élevé par Marie et Joseph. La maison est faite de murs en pierre et en mortier partiellement encastrée dans une colline rocheuse. Ces fouilles commencent tranquillement à être reconnues comme la « maison et l’église de la nutrition » (endroit ou la Sainte Famille s’est installée et a vécu) ainsi qu’un lieu à proximité de la tombe du Juste de Nazareth, saint Joseph.

Les premières excavations au couvent datent de 1984. À cette époque, les sœurs faisaient des réparations dans une citerne de leur cellier lorsqu’elles découvrirent d’anciennes pierres travaillées qui s’avérèrent être une chambre dotée d’une voute. Les sœurs et des jeunes filles de leur école, avec quelques hommes de construction, creusèrent plus profondément et tirèrent de la terre d’autres structures de pierre, incluant deux tombeaux taillées dans la pierre. En 1936, le père jésuite Henri Senès, qui était architecte avant de devenir prêtre, a visité le site et a enregistré les détails des structures découvertes par les sœurs dans leur sous-sol. Son travail n’avait jamais été publié et, donc, personne ne connaissait ce lieu sinon les sœurs et les personnes qui avaient visité ce couvent. L’archéologue franciscain italien bien connu, p. Bellarmino Bagatti (1905-1990), qui avait fait une enquête sur place en 1937, pensait que tout le complexe était une tombe. C’était l’opinion de la plupart des experts de l’époque. Or, il était impensable qu’une tombe ait pu être construite à proximité d’une maison juive puisque les lois juives sur la pureté l’auraient formellement interdit.

En 2006, les sœurs ont permis au groupe Projet archéologique Nazareth le plein accès au site et mirent également à sa disposition les dessins et les notes du père Senès qu’elles avaient précieusement gardés. Dirigée par Ken Dark, professeur à l’Université de Reading au Royaume-Unis, une équipe d’archéologues étudia le site. Combinant les analyses du père Senès, les notes des excavations précédentes des sœurs, avec leurs propres recherches, cette équipe reconstitua l’historique du développement du site depuis le premier siècle jusqu’à nos jours. Ainsi, les archéologues datèrent la maison au premier siècle et l’identifièrent comme étant un endroit où des gens qui, bien qu’ayant vécu des siècles après le temps de Jésus, croyaient qu’il s’agissait de la maison où Jésus avait grandi avec Joseph et Marie. « Était-ce la maison où Jésus a grandi ? Scientifiquement parlant c’est impossible à affirmer » déclarait le professeur Dark dans son article écrit dans le magazine Biblical Archaeology Review. Toutefois, ajoutait-il, « il n’y pas non plus de raison archéologique pour qu’une telle affirmation soit complètement écartée ».

Le professeur Dark et son équipe ont découvert des preuves de l’existence d’une église de l’époque des croisades ainsi qu’une autre de l’ère Bizantine, toutes deux construites sur cette structure de pierre du premier siècle. Ils découvrirent que, des siècles après la vie de Jésus, l’église de la Nutrition fut construite autour de cette maison et des deux tombes adjacentes, mais elle cessa d’être utilisée au 8e siècle. Elle fut reconstruite au 12e siècle lorsque les croisés contrôlaient la région mais elle fut brûlée au 13e siècle. Les tombes ainsi que la maison ont été décorées par des mosaïques durant la période byzantine, suggérant qu’elles étaient d’une importance particulière et possiblement vénérées par des pèlerins.

Le professeur Dark est convaincu que cette structure était vénérée comme la maison de la Sainte Famille. Il découvrit également que les tombes étaient taillées dans les murs de la maison et ont été construites après avoir été abandonnées. Cette pratique ne serait donc pas entrée en conflit avec les lois juives. En effet, Dark a trouvé que les tombes de pierre de chaque côté de la structure s’harmonisaient particulièrement avec le récit d’Arculf, un évêque français qui, lors d’un pèlerinage, avait visité l’église de la Nutrition aux alentours de 670. Dans son récit, il fait mention d’une église « bâtie sur le lieu de la maison où le Seigneur avait été nourri durant son enfance ». Cela a mené Dark à croire qu’il s’agissait de la même église que dans le récit de Arculf.

Tomb

La tombe adjacente à la maison du premier siècle est aujourd’hui communément appelée « la tombe du Juste » et certainement vénérée à l’époque des Croisades. Peut-être croyaient-ils qu’il s’agissait de la tombe de saint Joseph. [Read more…]

Les Sept dernières paroles du Christ: 3e réflexion de carême

Troisième parole
« Femme, voici ton ls. » […] « Voici ta mère. »
Jean 19, 25-27

1. Marie, la Mère de Dieu, est parmi les cinq personnes qui se trouvent au pied de la croix, avec le « disciple bien-aimé ». Qui est ce disciple bien-aimé ?

2. À l’Annonciation, Marie répond à l’Ange, messager de Dieu, :« Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 26-38). Comment ce « oui » de Marie fut-il pleinement accompli au pied de la croix ?

3. De quelle manière cette parole du Christ à sa mère et au disciple bien-aimé a-t-elle contribué à donner naissance à l’Église, au Peuple de Dieu ?

4. La Communion des Saints est décrite de nombreuses manières à travers l’Écriture. Comment faites-vous l’expérience de cette communion avec les autres croyants d’aujourd’hui ?

5. Lorsque des personnes participent à la Semaine Sainte, plus particulièrement les différents services du Triduum pascal dans votre paroisse, celles-ci se sentent-elles accueillies par une communauté chaleureuse et pleine de bonté ?

6. Le Jeudi Saint 2016, le pape François, qui a lavé les pieds de réfugiés à Rome, a été décrit ainsi : « L’évêque de Rome a parlé du pouvoir communicatif des actions concrètes, disant que ces gestes de fraternité, de tendresse, de concorde et de paix […] sont un puissant témoignage dans un monde qui a besoin désespérément de tels signes et gestes ». Identi ez une action concrète que vous pouvez faire cette semaine pour être un signe de paix et de tendresse en ce monde ?

 

Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:
Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant:

http://saltandlighttv.org/seven-last-words/pdf/seven_last_words_studyguide_fr.pdf

“Une citoyenneté franciscaine” Réflexion sur quatre ans de pontificat

Nous savons tous à quel point la citoyenneté, l’engagement social et le souci du Bien commun sont importants et nécessaires pour notre société. La citoyenneté est au cœur des actualités depuis quelques années déjà, et spécialement durant les derniers mois. Nous entendons souvent parler des questions liées à la citoyenneté comme les frontières, les murs, nos passeports, etc. Nous voyons des personnes fuir des régimes oppressifs et d’autres touchées par la pauvreté au Moyen-Orient, en Afrique et ailleurs fuir dans des embarcations de fortune pour se retrouver souvent au milieu de drames horribles causant de nombreuses victimes en Méditerrannée. Les fermetures de frontières et des histoires de déportation remplissent les chaînes de nouvelles. Les leaders du monde enclenchent la sonnette d’alarme en votant des législations favorisant l’extradition des non-citoyens ou en empêchant tout simplement leur entrée dans leur pays. Des chefs d’État construisent des murs au lieu d’ériger des ponts. La crise mondiale des réfugiés  qui nous affecte tous est une histoire troublante d’un désir de citoyenneté, de justice et de rêve de liberté. En ce moment même, la citoyenneté est au premier plan dans l’esprit de nombreuses personnes à travers le monde. Le cri du pape François selon lequel « nous sommes tombés dans une globalisation de l’indifférence » a résonné en 2013 dans la baie de Lampedusa ainsi qu’à de nombreux autres lieux de par le monde.

Quels sont les devoirs et les obligations d’une bonne citoyenneté ? Qu’est-ce que ce Pape jésuite a enseigné au monde à propos de la citoyenneté durant ces quatre années de pontificat ? D’abord, il nous rappelle qu’en ce monde, nous n’avons pas de cité qui perdure. Nous serons toujours des pèlerins, des étrangers sur le chemin de la Nouvelle Jérusalem. Nous aurons toujours ce sentiment d’inconfort en nous à mesure que nous constatons que nous ne correspondons pas à de nombreuses « voies de ce monde ». Le pape François nous enseigne également que la citoyenneté du ciel ne nous enlève pas nos responsabilités, nos devoirs et nos obligations inhérentes à notre séjour sur terre. N’est-ce pas ce que le président des États-Unis John F. Kennedy avait en tête lorsqu’il affirmait dans son discours inaugural « Avec une bonne conscience notre seule récompense sûre, avec l’histoire qui est juge final de nos actions, avançons [] en demandant Sa bénédiction, Son aide tout en sachant qu’ici sur terre, le travail de Dieu doit être vraiment le nôtre » ?

Durant les quatre dernières années, le pape François nous a donné trois bons manuels qui nous aiderons à vivre comme bons citoyens sur la terre alors même que nous nous préparons à nous rendre à notre maison du ciel. Nous en connaissons les titres : Evangelii Gaudium, Laudato Si, Amoris Laetitia. Evangelii Gaudium est le livre de lecture du « comment vivre dans notre monde ? » en nous offrant le cadre de notre relation avec Dieu et avec les autres tout en nous enseignant quelles doivent être nos priorités. Laudato Sì est la maison que Dieu nous a donné : la terre, ses ressources et ses richesses. Nous sommes responsables de cette maison. Amoris Laetitia nous offre un manuel important sur comment vivre nos vies à l’intérieur de cette maison dans nos relations avec les autres.

Jusqu’à quel point avons-nous pris au sérieux la question cruciale du pape François dans son encyclique sur le soin à donner à notre maison commune : « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèderons, aux enfants qui grandissent ? » (No 160). Cette question de l’environnement ne peut être considérée seule et isolément. Elle ne peut être abordée de façon fragmentaire. Cette question nous mène à nous poser la question du sens de notre existence et des valeurs fondamentales de notre vie sociale : « Quelle est la raison d’être de notre vie en ce monde ? Quel est le but de notre travail et de nos efforts ? Qu’est-ce que le monde attend de nous? »  Si nous n’examinons pas continuellement nos consciences avec ces questions, nous ne serons pas de bons citoyens.

François nous rappelle constamment que nous ne pouvons pas vivre dans nos propres cocons, nous retirant dans l’isolement de nos projets personnels en ignorant ce qui se passe autour de nous. Ce pape argentin a souvent insisté sur le fait que, plus que jamais, nous avons besoin « d’une Église qui est de nouveau capable de restaurer la citoyenneté de tant de ses enfants qui marchent comme en exode. La citoyenneté chrétienne est avant tout une conséquence de la miséricorde de Dieu. Le Pape veut que l’Église soit un instrument de réconciliation et d’accueil, une Église capable de réchauffer les cœurs, une Église qui n’est pas centrée sur elle-même mais toujours à la recherche de ceux qui sont dans les périphéries et ceux qui sont perdus, une Église capable d’amener les personnes à la maison ».

Comment oublier le discours émouvant du pape François, premier Pontife en provenance de l’Amérique latine, au Congrès américain le 24 septembre 2015. Ce fut un moment électrisant et une leçon fascinante sur ce qu’est une citoyenneté authentique.  En exaltant les différentes vertus et qualités du peuple américain, François a voulu incarné son discours en présentant quatre exemples tirés de l’histoire américaine : Abraham Lincoln, Martin Luther King, Dorothy Day et Thomas Merton. Selon François, Lincoln était « le gardien de la liberté, qui a travaillé sans relâche de sorte que ‘‘cette nation, sous Dieu, [puisse] avoir une nouvelle naissance de liberté’’. Bâtir un avenir de liberté demande l’amour du bien commun et la coopération dans un esprit de subsidiarité et de solidarité.

De son côté, Dr. Martin Luther King représente ce « besoin de vivre unis, en vue de bâtir comme un tout le plus grand bien commun : celui de la communauté qui sacrifie ses intérêts particuliers pour partager, dans la justice et dans la paix, ses biens, ses intérêts, sa vie sociale.

À la surprise de plusieurs, le Pape a ensuite fait référence à Dorothy Day, fondatrice du Mouvement des travailleurs catholiques. De cette grande dame il a dit : « Son activisme social, sa passion pour la justice et pour la cause des opprimés étaient inspirés par l’Évangile, par sa foi et par l’exemple des saints ».

Pour compléter ce quattuor de héros, le pape François a offert aux puissants politiciens réunis ce matin-là au Capitole un portrait de Thomas Merton comme étant celui qui « demeure la source d’une inspiration spirituelle et un guide pour beaucoup […] Merton était avant tout un homme de prière, un penseur qui a défié les certitudes de son temps et ouvert de nouveaux horizons pour les âmes et pour l’Église. Il était aussi un homme de dialogue, un promoteur de paix entre les peuples et les religions ».

« Trois fils et une fille de ce pays, quatre personnes et quatre rêves : Lincoln, la liberté ; Martin Luther King, la liberté dans la pluralité et la non-exclusion ; Dorothée Day, la justice sociale et les droits des personnes ; et Thomas Merton, la capacité de dialoguer et l’ouverture à Dieu. Quatre représentants du peuple américain. »

Le pape François a conclu ce discours enlevant par ces mots : « Une nation peut être considérée comme grande quand elle défend la liberté comme Lincoln l’a fait, quand elle promeut une culture qui permet aux personnes de ‘‘rêver’’ de droits pléniers pour tous ses frères et sœurs, comme Martin Luther King a cherché à le faire ; quand elle consent des efforts pour la justice et la cause des opprimés, comme Dorothée Day l’a fait par son travail inlassable, fruit d’une foi devenue dialogue et semence de paix dans le style contemplatif de Thomas Merton. »

Pour François, ce discours fut l’équivalent du « I have a dream » du Dr. Martin Luther King. Un message aux chefs d’une nation puissante du monde divisée par des tensions politiques et idéologiques. Il est bon de se rappeler ces paroles prophétiques qui doivent encore résonner à travers l’Amérique et le monde en ce moment où nous faisons mémoire des quatre premières années de pontificat de François : « Nous sommes tous conscients de l’inquiétante situation sociale et politique du monde aujourd’hui, et nous en sommes préoccupés. Notre monde devient de plus en plus un lieu de violents conflits, de haine et d’atrocités brutales, perpétrées même au nom de Dieu et de la religion. […] Le monde contemporain, avec ses blessures ouvertes qui affectent tant de nos frères et sœurs, exige que nous affrontions toute forme de polarisation qui le diviserait en deux camps. Nous savons qu’en nous efforçant de nous libérer de l’ennemi extérieur, nous pouvons être tentés de nourrir l’ennemi intérieur. Imiter la haine et la violence des tyrans et des meurtriers est la meilleure façon de prendre leur place. C’est quelque chose qu’en tant que peuple vous rejetez. »

Prions afin que nous puissions prendre au sérieux l’enseignement du pape François sur la citoyenneté en imitant la vie des hommes et de la femme qu’il nous a laissés ce matin de septembre 2015. Ce fut un moment important des quatre années de son ministère pétrinien. Nous avons beaucoup à apprendre de la vie d’Abraham Lincoln, Martin Luther King, Dorothy Day, Thomas Merton mais également de Jorge Mario Bergoglio a.k.a Francis. Ils sont tous d’important modèles de citoyenneté authentique qui nous guident dans notre pèlerinage vers la Jérusalem céleste.

Le père Thomas Rosica c.s.b. est PDG de la Fondation catholique Sel et Lumière média au Canada. Il a notamment servi comme attaché de presse de langue anglaise de la Salle de Presse du Saint-Siège de 2013 à 2017.

 

Catéchèse intensive en plein midi

Troisième dimanche de Carême, Année A – 19 mars 2017

Exode 17,3-7
Romains 5,1-2.5-8
Jean 4,5-42

Pour bien saisir le sens de la première lecture d’aujourd’hui (Exode 17, 3-7), il faut se rappeler les événements du chapitre précédent. Le petit troupeau de Dieu connaît la disette et proteste auprès de Moïse. De même que le Seigneur avait entendu le cri de son peuple opprimé dans la servitude (Exode 3,7), Dieu entend maintenant le cri des affamés et leur fournit de la nourriture : la manne et les cailles. Si on a pu ainsi remédier à la pénurie de nourriture au chapitre 16, le passage que nous lisons aujourd’hui évoque un nouveau danger, non moins menaçant : le manque d’eau potable.

En 17,1, le narrateur rapporte simplement les faits pour annoncer le différend entre le peuple et Moïse. Peut-être sous l’influence de l’expérience précédente, Moïse interprète la querelle du peuple avec lui comme une mise en accusation de Dieu (17,2). Il a fait la même chose en Exode 16,8 : « Nous (Aaron et moi), que sommes-nous ? Ce n’est pas nous mais bien le Seigneur que vos murmures atteignent. » Tandis que Moïse réagit au conflit, la réaction de Dieu est toute sous le signe de la compassion. Le Dieu d’Israël ne condamne jamais les Hébreux qui récriminent; il demande simplement à Moïse de réunir les anciens, de les conduire à un rocher du mont Horeb, qu’il frappera avec le bâton dont il s’est servi pour opérer tant d’autres miracles en Égypte. Dieu donne à Moïse l’assurance de la Présence divine : « Moi, je serai là devant toi » (v. 6). Par le don de la manne, pain venu du ciel, précédemment, et maintenant par le don de l’eau (jaillie d’un rocher terrestre), Dieu pourvoit aux besoins de son peuple et manifeste son pouvoir sur la création.

Les deux noms de Massa et de Mériba seront désormais synonymes de mise à l’épreuve du Dieu d’Israël : « Vous ne mettrez pas le Seigneur votre Dieu à l’épreuve comme vous l’avez mis à l’épreuve à Massa » (Deutéronome 6,16; Psaume 81,7). Quand le peuple met Dieu à l’épreuve, il faut comprendre qu’il a besoin de sa présence tangible à ses côtés. Le geste du peuple qui met Dieu à l’épreuve est interprété au verset 7b comme un manque de foi en la présence de Dieu avec lui. Dès que la situation devient difficile, le peuple réagit en mettant en doute la présence de Dieu.

Une rencontre ironique

Le thème de la soif et de l’eau revient dans le récit fascinant et évocateur de l’Évangile d’aujourd’hui : celui de la rencontre en plein midi entre la Samaritaine et Jésus (Jean 4,5-42) ! La Samaritaine fait l’objet de la catéchèse la plus soignée et la plus intense de tout l’Évangile de Jean. Le récit d’aujourd’hui comporte plusieurs pointes d’ironie et on relève plusieurs éléments déplacés dans cette scène au puits de Jacob en plein cœur du pays samaritain. Tout d’abord, le puits est un espace public accessible aux hommes comme aux femmes mais ils ne sont pas censés s’y retrouver en même temps. Pourquoi cette femme vient-elle au puits en plein midi ? Probablement parce que les femmes de l’endroit l’évitent à cause de son comportement éhonté. Elle a eu cinq maris et l’homme avec lequel elle vit maintenant n’est pas son mari (v. 16-18). On se croirait à Hollywood !

Il était déjà très louche pour un homme d’adresser la parole à une femme qui n’était pas chaperonnée. En outre, les Juifs tenaient les Samaritaines pour rituellement impures; il était donc interdit aux Juifs de boire d’un récipient qu’auraient touché ces femmes. Les disciples sont renversés (encore une fois) par le comportement de Jésus.

Surprise, la femme demande à Jésus s’il se croit plus grand « que notre père Jacob qui nous a donné ce puits et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes » (v. 12). La pause comique dans le récit se termine abruptement avec le deuxième ordre que donne Jésus : « Va, appelle ton mari. » Dans la suite du dialogue avec la Samaritaine, Jésus se révèle plus grand que le patriarche Jacob : Jésus inaugure en effet une nouvelle alliance, un culte nouveau et une révélation nouvelle.

Quand Jésus offre à la femme « de l’eau vive », elle répond qu’il n’a même pas de seau pour puiser. Elle pense à l’eau de source, qui est tellement plus désirable que l’eau stagnante d’une citerne. Mais quand elle entend parler d’une eau qui deviendra source jaillissante pour la vie éternelle, elle en sait assez pour demander : « Seigneur, donne-la moi, cette eau… » C’est l’eau de la vie, l’eau vive, c’est-à-dire la révélation qu’apporte Jésus. Jésus invite son interlocutrice à voir la réalité à un tout autre niveau : il y a l’eau et l’eau vive, le pain et la nourriture qu’est la volonté de Dieu; Jacob et Jésus; le Messie promis et Jésus; les idées sur le culte et le culte véritable; et on pourrait prolonger la liste. Le culte de Jésus « en esprit et en vérité » (v. 23) ne fait pas référence à un culte que chacun célébrerait en son for intérieur, dans son esprit à lui ou à elle. L’Esprit dont il s’agit est l’Esprit donné par Dieu, qui révèle la vérité et permet de rendre à Dieu le culte qui convient (Jean 14, 16-17).

La femme à qui Jésus révèle la vérité de sa vie, laisse là sa cruche et retourne à la ville chercher les gens pour qu’ils viennent voir Jésus : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » N’est-ce pas une attitude qui nous convienne à nous aussi, qui sentons notre foi vaciller, de temps à autre, quoi que nous fassions pour persuader les autres d’aller à Lui, d’aller à la Source ?

Qui sont aujourd’hui les Samaritaines ?

Permettez-moi de reprendre le récit de la Samaritaine et de l’appliquer à quelques situations concrètes de notre temps. Dans l’évangile provocant d’aujourd’hui, Jésus renverse les barrières culturelles pour traiter en égale une Samaritaine anonyme. Les femmes comme elle sont marginalisées dans plusieurs sociétés patriarcales. Des femmes comme elle continuent de faire ce travail harassant qui consiste à aller chercher l’eau pour leur famille et pour leurs bêtes. Nous les voyons si souvent, aux informations, sur des photos et des illustrations qui nous lancent un cri depuis le tiers-monde. Ces femmes portent la responsabilité d’un dur travail domestique.

D’une certaine façon, la requête que présente la Samaritaine en demandant de l’eau vive, dans l’Évangile d’aujourd’hui, peut aussi être interprétée de manière symbolique comme exprimant une soif, une aridité, un sentiment de vide à combler. L’échange profond qu’a la Samaritaine avec Jésus transforme complètement sa vie. À la fin, elle laisse sa cruche – le vide, l’aridité, la soif – et va trouver les gens dont elle se cachait. Elle leur partage sa rencontre libératrice avec Jésus le messie. Marginalisée, exclue peut-être, elle a soif d’inclusion et d’acceptation. Elle a trouvé en Jésus l’acceptation et, du même coup, le sens de sa vie et la dignité qu’elle recherchait depuis si longtemps !

Il y a aujourd’hui bien des « Samaritaines » qui de diverses façons aspirent à être libérées du fardeau de leur existence. Elles ont soif de compréhension, elles ont soif d’être acceptées pour ce qu’elles sont dans la société. Pensons aux victimes de la traite des personnes, en particulier aux femmes et aux petites filles, qui ont besoin de gens comme Jésus pour les écouter, leur parler et les décriminaliser. Nombreux sont ceux qui voient en elles des criminelles, des parias; elles sont marginalisées parce qu’elles se font immigrantes illégales en quête d’un bon emploi à l’étranger pour pouvoir faire vivre leur famille au pays. Quelle sorte de situation à la maison les oblige à partir ainsi à l’aventure ? Quels sacrifices acceptent-elles pour ceux qu’elles aiment ? Il faut les aider à reconquérir la dignité que Dieu leur a donnée.

L’histoire de la Samaritaine est une métaphore de notre propre vie : vécue souvent dans l’aridité de l’aliénation, du péché, du désespoir. Pendant le Carême, en particulier, nous languissons après les eaux désaltérantes du repentir, du pardon et de l’intégrité. Nous repentir, c’est reconnaître notre besoin de vie au milieu du désert, le besoin que nous avons d’abattre les barrières qui nous séparent, le besoin que nous avons de l’eau vive qui apaisera vraiment notre soif. Le Carême nous invite à nous unir à la Samaritaine de l’Évangile d’aujourd’hui et à toutes les Samaritaines de notre monde qui ont désespérément besoin de vie. Que le Seigneur nous donne le courage de leur tendre la main, de les écouter, de les nourrir et de partager avec elles les eaux vives.

Dans son Message pour le Carême 2011, le pape Benoît a écrit:

« Donne-moi à boire » (Jn 4,7). Cette demande de Jésus à la Samaritaine, qui nous est rapportée dans la liturgie du troisième dimanche, exprime la passion de Dieu pour tout homme et veut susciter en notre cœur le désir du don de « l’eau jaillissant en vie éternelle » (v.14): C’est le don de l’Esprit Saint qui fait des chrétiens de « vrais adorateurs », capables de prier le Père « en esprit et en vérité » (v.23). Seule cette eau peut assouvir notre soif de bien, de vérité et de beauté ! Seule cette eau, qui nous est donnée par le Fils, peut irriguer les déserts de l’âme inquiète et insatisfaite « tant qu’elle ne repose en Dieu », selon la célèbre expression de saint Augustin.

Vivre le Carême cette semaine

1. Vous demandez la question : de quoi avez-vous soif en ce temps du Carême ? Qui cherchez-vous ?

2. Réfléchissez à ces paroles de Jean Vanier, à la lumière de l’Évangile de la Samaritaine:

Nous sommes brisés. Par cette blessure la pleine puissance de Dieu peut pénétrer notre être et nous transfigurer en Dieu. La solitude n’est pas quelque chose qu’il faut fuir mais plutôt le lieu d’où nous pouvons crier vers Dieu, le lieu où Dieu nous trouvera et où nous trouverons Dieu. Oui, c’est par nos blessures que la puissance de Dieu peut nous pénétrer et se faire fleuves d’eau vive pour irriguer la terre aride en nous. Ainsi pourrons-nous à notre tour irriguer la terre aride chez d’autres personnes afin que renaissent l’espérance et l’amour.

3. Lisez les paragraphes #97-98, « Parole de Dieu et témoignage chrétien », dans l’Exhortation post-synodale Verbum Domini :

  1. Les horizons immenses de la mission ecclésiale, la complexité de la situation présente demandent aujourd’hui des modalités nouvelles pour communiquer de façon efficace la Parole de Dieu. L’Esprit Saint, premier agent de toute évangélisation, ne manquera jamais de guider l’Église du Christ dans cette action. Il est important toutefois que chaque forme d’annonce soit structurée par la relation intrinsèque entre communication de la Parole de Dieu et témoignage chrétien. De cela dépend la crédibilité même de l’annonce. D’une part, la Parole est nécessaire pour communiquer ce que le Seigneur lui-même nous a dit ; d’autre part, il est indispensable de donner crédibilité à cette parole par le témoignage afin qu’elle n’apparaisse pas comme une belle philosophie ou une utopie, mais plutôt comme une réalité que l’on peut vivre et qui fait vivre. Cette réciprocité entre Parole et témoignage rappelle la manière par laquelle Dieu lui-même s’est communiqué dans l’incarnation de son Verbe. La Parole de Dieu rejoint les hommes « à travers la rencontre avec des témoins qui la rendent présente et vivante ». En particulier, les nouvelles générations ont besoin d’être initiées à la Parole de Dieu « à travers la rencontre et le témoignage authentique de l’adulte, l’influence positive des amis et la grande compagnie de la communauté ecclésiale ».Il y a un rapport étroit entre le témoignage de l’Écriture, comme attestation que la Parole de Dieu donne d’elle-même, et le témoignage de vie des croyants. L’un implique l’autre et y conduit. Le témoignage chrétien communique la Parole attestée dans les Écritures. Les Écritures, à leur tour, expliquent le témoignage que les chrétiens sont appelés à donner dans leur propre vie. Ceux qui rencontrent des témoins crédibles de l’Évangile sont ainsi amenés à constater l’efficacité de la Parole de Dieu chez ceux qui l’accueillent.
  1. Dans ce va-et-vient entre le témoignage et la Parole, nous comprenons l’affirmation du Pape Paul VI dans l’Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi. Notre responsabilité ne se limite pas à proposer au monde des valeurs communes ; il faut arriver à l’annonce explicite de la Parole de Dieu. C’est seulement ainsi que nous serons fidèles à la mission du Christ : « La Bonne Nouvelle, proclamée par le témoignage de la vie, devra donc être tôt ou tard proclamée par la Parole de vie. Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas annoncés ».Le fait que l’annonce de la Parole de Dieu demande le témoignage de la vie personnelle est bien présent dans la conscience chrétienne depuis l’origine. Le Christ lui-même est le témoin fidèle et vrai (cf. Ap 1, 5 ; 3, 14), témoin de la Vérité (cf. Jn 18, 37). Je voudrais ici me faire le porte-parole des innombrables témoignages que nous avons eu la grâce d’entendre durant l’Assemblée synodale. Nous avons été profondément touchés par les récits de ceux qui ont su vivre leur foi et donner un témoignage lumineux de l’Évangile y compris sous des régimes hostiles au Christianisme ou dans des situations de persécution.Tout ceci ne doit pas nous faire peur. Jésus a dit lui-même à ses disciples « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jn 15, 20). Je désire donc élever vers Dieu avec toute l’Église un hymne de louange pour le témoignage de tant de frères et sœurs qui, encore à notre époque, ont donné leur vie pour communiquer la vérité de l’amour de Dieu révélé dans le Christ crucifié et ressuscité. J’exprime également la gratitude de toute l’Église aux chrétiens qui ne capitulent pas devant les obstacles et les persécutions à cause de l’Évangile. En même temps, nous nous tournons avec une affection profonde et solidaire vers les fidèles de toutes ces communautés chrétiennes, en Asie et en Afrique en particulier, qui, aujourd’hui, risquent leur vie ou la marginalisation sociale à cause de la foi. Nous voyons ainsi réalisé l’esprit des Béatitudes de l’Évangile pour ceux qui sont persécutés à cause du Seigneur Jésus (cf. Mt 5, 11). En même temps, nous ne cessons pas d’élever notre voix pour que les gouvernants des nations garantissent à tous la liberté de conscience et de religion, tout comme celle de pouvoir témoigner publiquement de sa propre foi.

4. Cette semaine, en plein midi, tendez la main à quelqu’un qui vit dans la marge; peut-être pas à un puits mais dans un café, en prenant un verre, à votre table de cuisine, ou alors dans un centre commercial ou sur une place publique. Écoutez l’histoire de blessure, de souffrance, d’aliénation ou de peur que cette personne a besoin de raconter. Laissez l’eau vive de la compassion du Christ couler à travers vous pour irriguer le désert de la vie de quelqu’un d’autre.

L’écoute obéissante de Dieu et de Jésus

Deuxième dimanche du Carême, Année A – 12 mars 2017

Genèse 12,1-4a
2 Timothée 1,8b-10
Matthieu 17,1-9

Abraham, notre père dans la foi

Abraham était un homme investi d’une mission et nous pourrions fort bien voir en lui le missionnaire par excellence. Il est vénéré par les fidèles de trois grandes religions : le christianisme, le judaïsme et l’islam. Le nom du fondateur de la nation d’Israël est mentionné 308 fois dans l’Ancien et le Nouveau Testament. La vie de cet homme a changé le cours de l’histoire. Dans la première lecture d’aujourd’hui, Genèse 12, 1-4a, la parole de Dieu à Abram commence par un ordre : « Quitte ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père. » Dieu ordonne à Abram de couper les liens avec son pays, avec le clan auquel il appartient et même avec sa famille immédiate, la maison de son père [v.1]. Dieu appelle Abram à une loyauté et à un engagement qui dépassent même ses liens familiaux, les relations les plus importantes qui soient dans le monde ancien. Mais son commandement s’accompagne d’une grande promesse. Dieu promet à Abram « le pays que je te montrerai ». Puis Dieu promet de faire de la descendance d’Abram une grande nation, ce qui suppose une longue lignée de descendants. Et troisièmement, Dieu promet de « bénir » Abram. La bénédiction comprend la fécondité, la vie, la réussite, le bien-être et une bonne réputation.

Nous apprenons de cette première lecture, comme d’ailleurs de toute l’histoire d’Abraham, que les élus de Dieu ne vivent pas dans la solitude. Ils sont appelés à une mission bien plus vaste que le seul souci de leur propre préservation. Jamais ils ne sont autorisés à s’approprier de manière exclusive la sollicitude de Dieu. Dieu reste engagé envers toute la création et envers toute l’humanité. De son vivant, Abraham incarne la bénédiction et le secours aux autres nations : par l’aide qu’il apporte à son neveu Lot, par son intercession audacieuse en faveur des villes de Sodome et de Gomorrhe [Genèse 18,22-33] et par l’alliance qu’il conclut avec le roi Abimélek [Genèse 21,22-34].

N’oublions pas non plus le contexte de l’épisode d’aujourd’hui. Dans cette bénédiction, Dieu promet à Abram de « rendre grand son nom ». Remarquons que les constructeurs de la tour de Babel en Genèse 11, 1-9 avaient lancé leur projet pour travailler à leur renommée [v. 4]. Leur stratégie égoïste et ambitieuse a sombré dans la confusion et provoqué leur dispersion. Mais Dieu promet à Abram de lui donner un grand nom si bien, dit-il, que « tu deviendras une bénédiction » [v. 3]. Les amis d’Abraham seront bénis, et ses ennemis frappés de malédiction.

En écoutant la belle histoire archétypale d’Abraham, notre père dans la foi, demandons-nous si nous sommes des hommes et des femmes de mission. Abraham a écouté avec attention la voix de Dieu, les ordres de Dieu et les invitations de Dieu. Savons-nous écouter Dieu et son Fils, Jésus Christ ? Avoir la foi, c’est prendre Dieu au sérieux, le prendre au mot et quitter Our pour la Terre promise. La plus grande aventure que nous puissions vivre commencera à l’instant même où nous dirons oui à l’appel que Dieu nous adresse. Dieu ne nous demande rien de plus que ce qu’il a demandé à Abraham: de l’écouter, de croire en sa Parole et d’agir. Notre foi est peut-être faible mais nous sommes certains que Dieu, lui, est fort. Même si nous ne distinguons pas la route devant nous, Dieu qui sait tout a déjà établi notre itinéraire et va nous faire quitter Our pour la Terre promise. Mais pour que ce processus s’enclenche, il nous faut écouter la Parole de Dieu, lui faire confiance et lui obéir.

Voir la gloire du Christ

Dans son message du Carême en 2011, le pape Benoît XVI a résumé admirablement le récit de la Transfiguration dans l’Évangile d’aujourd’hui [Matthieu 17,1-9] :

L’Évangile de la Transfiguration du Seigneur nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l’homme. La communauté chrétienne découvre qu’à la suite des apôtres Pierre, Jacques et Jean, elle est conduite « dans un lieu à part, sur une haute montagne » (Mt 17,1) afin d’accueillir d’une façon nouvelle, dans le Christ, en tant que fils dans le Fils, le don de la Grâce de Dieu: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le » (v.5). Ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l’esprit, là où elle discerne le bien et le mal (cf. He 4,12) et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.

On ne peut que spéculer sur ce qui se cache derrière le récit de la Transfiguration, une des visions les plus mystérieuses et les plus impressionnantes de l’évangile [Marc 9,2-8; Matthieu 17,1-8; Luc 9,28-36]. Pierre, Jacques et Jean ont fait sur la montagne une expérience qui les dépasse. Sous leurs yeux, le Jésus qu’ils avaient connu et accompagné sur les routes a été transfiguré. Son visage est devenu brillant comme le soleil et ses vêtements émettaient une lumière blanche. À ses côtés, enveloppés par une nuée lumineuse, se tenaient Moïse, le puissant libérateur qui avait arraché Israël à l’esclavage, et Élie, le plus grand de tous les prophètes d’Israël. Ils conversaient avec Jésus de sa mort et de sa résurrection, qui devaient avoir lieu à Jérusalem. Les disciples étaient frappés de stupeur et de confusion. Pierre cherchait ses mots. « Seigneur, il fait si bon ici; plantons-y trois tentes : pour toi, pour Moïse et pour Élie. » Mais voici que de la nuée retentit une voix semblable au tonnerre, la voix de Dieu : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »

Les détails du récit de la Transfiguration chez Matthieu

Arrêtons-nous à quelques points que souligne Matthieu dans ce passage particulièrement solennel. Le récit de la Transfiguration chez Matthieu [17,1-9] confirme que Jésus est le Fils de Dieu [v. 5] et annonce l’accomplissement de la prédiction selon laquelle il reviendra à la fin de cet âge dans la gloire de son Père [16,27]. Certains ont expliqué qu’il s’agirait d’une apparition du ressuscité, ramenée par anticipation à l’époque du ministère de Jésus, mais ce n’est guère probable car il manque à ce récit plusieurs éléments qui se retrouvent habituellement dans les récits d’apparition du ressuscité. Le récit qu’offre Matthieu de la transfiguration au sommet d’une haute montagne emprunte plutôt des motifs à l’Ancien Testament et aux textes juifs apocalyptiques non canoniques qui utilisent divers symboles pour suggérer la présence du céleste et du divin (lumière éclatante, vêtements blancs, nuée en surplomb, par exemple).

On a parfois supposé que la haute montagne pourrait être le Tabor ou l’Hermon mais il est plus probable que l’évangéliste et sa source marcienne n’avaient pas en vue de montagne particulière [Matthieu 9,2]. La montagne a ici un sens plus théologique que géographique, peut-être pour évoquer la révélation à Moïse sur le mont Sinaï [Exode 24,12-18] et à Élie au même endroit [1 Rois 19,8-18; où l’Horeb est identique au Sinaï].

Le visage de Jésus

Matthieu dit que le visage de Jésus devint brillant comme le soleil, un peu comme en Daniel 10,6. Les vêtements de Jésus, « blancs comme la lumière » rappellent Daniel 7,9 où les vêtements de Dieu sont « blancs comme neige ». [Les vêtements blancs des autres habitants du ciel sont aussi mentionnés en Apocalypse 4,4; 7,9; 19,14]. Au verset 4, on nous parle de trois tentes – il s’agit des cabanes de branchage dans lesquelles allaient vivre les Israélites pendant la fête des Tabernacles [voir Jean 7,2]. Ces tentes rappelaient aux Juifs le type d’habitat de leurs ancêtres au désert pendant le long périple qui les conduisit d’Égypte en Terre promise [Lévitique 23,39-42]. Quand Matthieu parle de la nuée qui projette une ombre sur les apôtres au sommet de la montagne [v. 5], il évoque la nuée qui recouvrait la tente de réunion de l’Ancien Testament, pour indiquer la présence du Seigneur au milieu de son peuple [Exode 40,34-35]. La nuée est également venue se poser sur le Temple de Jérusalem au moment de sa dédicace [I Rois 8,10].

La voix venue du ciel

La voix de Dieu entendue au sommet de la montagne répète la proclamation faite au moment du baptême de Jésus [3,17], en y ajoutant le commandement « écoutez-le », qui renvoie à Deutéronome 18,15 où les Israélites reçoivent l’ordre d’écouter le prophète semblable à Moïse que Dieu leur enverra. Le commandement d’écouter Jésus est général mais, dans le présent contexte, il s’applique probablement d’une manière particulière aux prédictions qui précèdent concernant sa passion et sa résurrection [16,21] ainsi que sa venue [16,27. 28]. Le plus important dans la déclaration de la voix venue du ciel c’est qu’ici, comme dans l’Ancien Testament, la « Parole » a préséance sur la « vision ». L’expérience mystique des réalités célestes sous la forme d’images visuelles a certainement sa place mais, avec un sain réalisme, on met ici avant tout l’accent sur la volonté de Dieu communiquée par la Parole de Dieu. Matthieu est le seul à parler de « vision » [v. 9] pour décrire la transfiguration. Voir Jésus transfiguré au sommet du mont Tabor n’a de sens et de valeur que si l’expérience conduit les apôtres et les disciples à écouter dans l’obéissance son enseignement validé par Dieu.

Témoins de la gloire et de l’agonie

Pierre, Jacques et Jean sont avec Jésus en cette heure de gloire sur le Tabor. Ils réapparaissent avec Jésus au jardin de Gethsémani quand leur maître lutte et se débat contre sa destinée. Ceux qui sont témoins de sa gloire céleste doivent aussi assister à son agonie terrestre. Si les disciples de Jésus veulent partager sa gloire à venir, ils doivent être prêts à partager sa souffrance.

Ce récit stupéfiant de la Transfiguration nous fait nous demander de quelle façon nous écoutons la Parole de Dieu dans notre vie. Comment donner suite concrètement à ce que nous avons entendu ? Comment nos propres expériences au sommet d’une montagne éclairent-elles la part d’ombre et de ténèbres dans l’existence ? Que seraient nos vies sans de telles expériences ? Revenons-nous souvent à ces expériences, aussi importantes que peu fréquentes, pour y puiser force, courage et perspective ?

L’événement et le souvenir stupéfiants de la Transfiguration allaient devenir pour les apôtres et les disciples de Jésus un réservoir de grâce, de consolation et de paix pour le jour où, à Jérusalem, au somment d’une autre colline, ils contempleraient ce même visage souillé de sang et de crachats, ces vêtements éclatants partagés et tirés au sort par des soldats chasseurs de souvenirs. Le visage de Jésus ne resplendissait pas de lumière sur la croix. Peut-être nous demandons-nous pourquoi Dieu a caché toute la gloire sur le mont Tabor, où personne ne pouvait la voir ? Pourquoi Dieu n’a-t-il pas gardé cette gloire pour la croix ?

Il faut vivre les deux montagnes – le Golgotha et le Tabor – pour contempler la gloire de Dieu. Regardons la Transfiguration comme la célébration de la présence du Christ qui prend charge de tout ce qu’il y a en nous et qui transfigure jusqu’à ce qui nous inquiète et nous désole en nous-mêmes. Dieu pénètre jusqu’à ces régions endurcies, incrédules voire troublantes de notre être, jusqu’à cette part de nous-mêmes dont nous ne savons trop quoi faire. Dieu les pénètre de la vie de l’Esprit et agit sur elles pour leur donner son propre visage, sa consolation et sa paix.

Vivre le Carême cette semaine

1. Méditer sur le mystère de la Transfiguration : Quels sont les moments de Tabor et de Golgotha dans votre propre vie ?

2. À la lumière des textes d’aujourd’hui, poursuivre la lecture de l’exhortation post-synodale Verbum Domini du pape Benoît XVI sur « la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », en nous demandant comment nous pouvons laisser la Bible inspirer nos activités pastorales (#73).

L’animation biblique de la pastorale

Dans cette ligne, le Synode a invité à un engagement pastoral particulier pour faire ressortir la place centrale de la Parole de Dieu dans la vie ecclésiale, recommandant « d’intensifier “la pastorale biblique” non en la juxtaposant à d’autres formes de la pastorale, mais comme animation biblique de toute la pastorale ». Il ne s’agit donc pas d’ajouter quelques rencontres dans la paroisse ou dans le diocèse, mais de s’assurer que, dans les activités habituelles des communautés chrétiennes, dans les paroisses, dans les associations et dans les mouvements, on ait vraiment à cœur la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole. Ainsi, si « l’ignorance des Écritures est ignorance du Christ », l’animation biblique de toute la pastorale ordinaire et extraordinaire conduira à une plus grande connaissance de la personne du Christ, Révélateur du Père et plénitude de la Révélation divine.

J’exhorte donc les Pasteurs et les fidèles à tenir compte de l’importance de cette animation: ce sera aussi la meilleure façon de faire face à certains problèmes pastoraux mis en évidence au cours de l’Assemblée synodale liés, par exemple, à la prolifération des sectes qui répandent une lecture déformée et instrumentalisée de la Sainte Écriture. Là où les fidèles ne se forment pas à une connaissance de la Bible selon la foi de l’Église dans le creuset de sa Tradition vivante, on laisse de fait un vide pastoral dans lequel des réalités comme les sectes peuvent trouver un terrain pour prendre pied. C’est pourquoi il est nécessaire de pourvoir aussi à une préparation adéquate des prêtres et des laïcs afin qu’ils puissent instruire le Peuple de Dieu dans une approche authentique des Écritures.

En outre, comme cela a été souligné durant les travaux synodaux, il est bon que dans l’activité pastorale soit favorisé le développement de petites communautés, « composées de familles, enracinées dans les paroisses ou liées aux divers mouvements ecclésiaux ou nouvelles communautés », dans lesquelles seront encouragées la formation, la prière et la connaissance de la Bible selon la foi de l’Église.

3. Prier pour Mondo X, communauté de laïcs qui tiennent maintenant la maison de retraites au sommet du mont Tabor, au centre le l’État d’Israël. Cette admirable communauté italienne, fondée par un Franciscain, le père Eligio, en 1967, accueille depuis des années des hommes qui se remettent d’épreuves et de tragédies personnelles. J’ai visité cette communauté à plusieurs reprises, à l’endroit même où Jésus fut transfiguré, et j’ai vu la présence transformatrice du Christ ramener des gens à la vie, les guérir, leur permettre de se rétablir, et redonner beaucoup d’espoir à ceux qui sont seuls, brisés, souffrants et sans la foi.

4. Prier d’une manière toute spéciale pour les peuples a travers le monde frappe par la peine et la souffrance. Prier pour les chrétiens et pour les catholiques qui ont perdu la vie de manière tragique, et pour ceux et celles qui pleurent leur disparition. Puisse la puissance transformatrice du Seigneur apporter la consolation et la paix à ceux et celles qui souffrent, qui pleurent, et qui sont en deuil.

Les Sept dernières paroles du Christ: 2e Réflexion de carême

Deuxième parole
« Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
LUC 23, 39-42

1.Jésus est mort au milieu de sa communauté. Parmi ceux qui le suivirent jusqu’à la croix, il y avait ceux qui se moquaient et faisaient des blagues à son sujet, incluant les criminels cruci és avec lui. Quelle est ma propre réaction devant la souffrance ? Suis-je tenté de m’en distraire avec humour ou par tout autre réponse inappropriée ? Durant ce carême, comment serais-je plus en harmonie avec la souffrance des autres ?

2.Méditez sur les raisons pour lesquelles Jésus fut condamné. Par la suite, parcourez les récits des Écritures dans lesquels on retrouve Jésus mangeant avec les pécheurs, touchant les intouchables, réanimant les morts, venant en aide aux femmes. Quel est votre rapport avec ces histoires ?

3.Selon vous, en quoi les attitudes de ces deux criminels sont-elles diamétralement opposées ? Pourquoi Jésus af rme-t-Il : « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » ?

4.Le pape François a af rmé dans son homélie du Jeudi Saint 2016 que Dieu « nous fait passer directement de la honte la plus honteuse à la dignité la plus haute sans étapes intermédiaires ». À quel moment de votre vie avez-vous l’occasion de faire la même chose pour les autres ?

5.Le pape François poursuit : « Notre réponse au pardon surabondant du Seigneur devrait consister à nous maintenir toujours dans cette saine tension entre une honte digne et une dignité qui sait avoir honte. » Que cela signi e-t-il ?

6.Dismas, le criminel pardonné, a fait le choix d’admettre sa propre « misère » à Jésus. Quelle est cette misère que j’ai besoin d’avouer à Jésus ?

Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:

http://seletlumieretv.org/sept-paroles/

Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant:

http://saltandlighttv.org/seven-last-words/pdf/seven_last_words_studyguide_fr.pdf