Église en sortie 6 avril 2018

Cette semaine à Église en sortie, on discute de la Terre Sainte en compagnie de monsieur Carl Hétu, Directeur national de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA). On vous présente un reportage sur les nouveautés au Sanctuaire Sainte-Anne de Beaupré. Et Francis Denis s’entretient avec Mgr Lionel Gendron, p.s.s., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada sur son plus récent pèlerinage en Terre Sainte et sur les relations avec les peuples autochtones.

Sur la route du diocèse de Sherbrooke

Dans cet épisode de « Sur la route des diocèses », Francis Denis nous transporte dans l’archidiocèse de Sherbrooke à la rencontre des différents visages de cette Église particulière. Sous l’épiscopat de Mgr Luc Cyr, archevêque du lieu, l’Église de Sherbrooke est pleinement engagée dans la transformation missionnaire voulue par le pape François. Que ce soit dans sa volonté de transmettre son riche héritage ou par la proximité avec les pauvres, les jeunes et tous les milieux, l’archidiocèse de Sherbrooke est un exemple d’un Peuple de Dieu au service des besoins spirituels et humains des âmes auxquelles il est envoyé.

Non à l’instrumentalisation partisane de l’excuse

CNS/L’Osservatore Romano via Reuters

Mardi dernier était publiée une lettre du président de la Conférence des évêques catholiques du Canada adressée aux peuples autochtones. Alors que cette lettre réitérait la sollicitude de la CECC ainsi que son engagement à travailler à « un avenir où les injustices systémiques seront corrigées, où nous apprendrons tous de nouvelles façons de vivre ensemble qui sauront honorer et respecter les Premiers Peuples de notre pays », l’attention fut néanmoins portée sur le soi-disant « refus du pape à s’excuser ».

En effet, pour de nombreux acteurs de la société civile et politique, l’appel à l’action no 58 de la Commission Vérité et Réconciliation demandant « au pape de présenter, au nom de l’Église catholique romaine, des excuses… »* était très attendu. En effet, le Premier Ministre Justin Trudeau en avait lui-même discuté avec le Saint-Père lors de sa plus récente visite au Vatican. Désormais habitué à la politique de l’excuse, il était à prévoir que ce « refus » du Pape à « répondre personnellement » à cette demande allait causer une petite commotion politique et médiatique.

Dans une entrevue accordée à CBC, le père Thomas Rosica c.s.b. a tenu à expliquer cette décision du pape François. Pour l’ancien assistant de langue anglaise de la Salle de Presse du Vatican, cette demande de Justin Trudeau « ne prend pas en considération la nature même de l’Église catholique ». De fait, contrairement au fédéralisme centralisateur des Trudeau père et fils, la structure hiérarchique de l’Église est fondamentalement synodale. Cela implique la pleine responsabilité d’une église particulière à l’évêque du lieu ou, dans les cas qui les concernent, à un (e) Supérieur (e) de communauté religieuse (qui sont régis différemment). Dans ce cas-ci, les autorités compétentes se sont excusées à plusieurs reprises. Ainsi, puisque la responsabilité des graves injustices vécues dans les pensionnats fédéraux et gérés par des communautés religieuses n’étaient pas sous la responsabilité des Papes de l’époque, des excuses du pape François s’avèreraient infondées puisqu’ayant personnellement rien à se reprocher.

Un deuxième point soulevé est celui du jeu politique sous-jacent à la requête de Justin Trudeau. Le pape François, comme tout Souverain Pontife, jouit d’une totale liberté politique et morale. Essayer de le forcer à faire quoi que ce soit n’est pas une bonne tactique lors des pourparlers avec l’Église. Les Papes ayant déjà fait leur « mea culpa » par le passé, rien ne laisse donc croire à un geste d’orgueil ou de mauvaise volonté. C’est plutôt du côté de la dissolution actuelle du sens de l’excuse que nous devons chercher. En effet, selon le père Rosica c.s.b. « nous vivons dans une époque où l’excuse est devenue jetable (cheap). Or, pour l’Église, le plus important est le travail concret pour la réconciliation. Ce qui n’est pas toujours le cas lorsque l’on se paye de mot en disant « je m’excuse ». Enfin, pour le père Rosica c.s.b, plusieurs autochtones et personnes directement concernées sont même « frustrés des manœuvres politiques instrumentalisant les excuses » à des fins partisanes plutôt qu’en faveur de la réconciliation.  En ce sens, il est évident que l’Église catholique au Canada est l’une des institutions les plus impliquées sur les terrains auprès des communautés autochtones.

En ce qui a trait à un éventuel voyage du pape François au Canada, cette possibilité est toujours envisageable à moyen terme. Soulignant le fait « qu’aucun gouvernement ne dicte l’agenda d’un Pape lors de ses voyages apostolique », le père Rosica a ajouté que les autochtones sont une priorité pour le pape François. Sollicitude qui s’est manifestée à plusieurs reprises et, encore récemment, lors de son voyage en Bolivie où il a pu rencontrer les peuples autochtones d’Amazonie.

Cela ne fait aucun doute, ce refus de répondre par l’affirmative à l’appel à l’action numéro 58 ne doit pas nous faire conclure à un manque de proximité du pape François avec les peuples autochtones du monde entier. Cette décision communiquée par la lettre du président de la CECC doit plutôt manifester l’entière liberté d’un Pape qui, refusant la récupération politique, est pleinement engagé aux dialogues ainsi qu’à une véritable réconciliation. Cet esprit de réconciliation est pleinement incarné par les évêques du Canada pour qui les peuples autochtones font partie des plus hautes priorités. Pour en apprendre davantage sur la question, vous pourrez écouter mon entrevue exclusive avec Mgr Lionel Gendron à Église en sortie vendredi le 6 avril prochain à 19h30.

Le double bénéfice de l’aumône

CNS photo/Gregory A. Shemitz

Nous poursuivons aujourd’hui notre lecture du message du pape François pour le Carême 2018. Après la vérité et la prière, nous en sommes à l’analyse de l’aumône comme instrument privilégié de sanctification du temps liturgique.

À quoi ça sert de donner de l’argent ?

Plus qu’un simple bienfait économique pour celui qui en bénéficie, l’aumône est, d’abord et avant tout, un bénéfice pour celui qui partage. Comme l’enseignait la traditionnelle théologie morale, l’aumône est un acte de la vertu de libéralité c’est-à-dire, de cette vertu « par laquelle nous faisons un bon usage de tous les biens extérieurs qui nous ont été accordés pour soutenir notre existence » (Somme théologique, 2a, 2ae, art.1). Dans ce monde qui est le nôtre, où le péché laisse des traces économiques partout, il est un devoir pour le chrétien d’aider son prochain, victime d’injustice particulière ou sociale. Par contre, l’aumône, lorsqu’elle est exercée par amour pour le Christ, nous permet de « faire bon usage des biens extérieurs » en ce sens que nous les utilisons pour la plus noble des causes, celle, comme l’enseigne la Préface du temps du Carême, de nous « détacher des choses qui passent pour nous attacher à celle qui ne passe pas ».

Mais en plus d’orienter notre cœur « vers le Seigneur », l’aumône nous rend encore plus attentif au moment présent. En cette époque de médias sociaux, où nous sommes constamment bombardés de publicités et de sollicitations de tous genres, l’aumône nous permet de garder le regard fixé sur le véritable trésor qu’est le Christ Présent en toute personne et, spécialement en celle qui est dans le besoin. Ainsi, par ce détachement des richesses que nous exprimons concrètement lorsque nous donnons de l’argent, nous accumulons au ciel le trésor d’un cœur plus près et plus conforme à la tendresse du Dieu de toute miséricorde.

Un nécessaire discernement

Les bénéfices de l’exercice de l’aumône ne sont pas uniquement spirituels. En effet, donner de l’argent n’est pas une fin en soi. L’aumône doit être précédée d’un discernement pour que cette ressource soit utilisée à bon escient c’est-à-dire pour la plus grande gloire de Dieu. En ce temps de Carême, pourquoi ne pas réfléchir à nos priorités lorsque nous donnons. Sommes-nous véritablement conscients de l’urgence de la mission de l’Église aujourd’hui et des besoins qui en découlent ? Avons-nous, comme catholiques, la certitude que les véritables pauvres sont, comme Mère Thérésa le disait : « Les personnes qui sont dans les grandes villes des pays riches ». C’est-à-dire les personnes qui n’ont même plus conscience de leur propre fragilité et qui, plutôt que de s’en remettre à la Providence divine, préfèrent écraser leurs frères et sœurs afin d’avoir la première place ?

Que ce Carême 2018 soit pour nous l’occasion de méditer sur notre implication dans cette œuvre missionnaire de l’Église aujourd’hui et maintenant.

 

Église en sortie 23 mars 2018

Cette semaine à Église en sortie, on s’intéresse aux « Lettres biologiques » du Frère Marie-Victorin avec l’auteur et historien Yves Gingras. On vous présente un reportage sur le Forum jeunesse 2018 de l‘Assemblée des évêques catholiques du Québec. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Ellen Roderick, co-directrice de l’Office pour le mariage, la vie et la famille de l’archidiocèse de Montréal, sur les « lettres biologiques » dans le contexte de l’enseignement de l’Église sur la sexualité.

Église en sortie 16 mars 2018

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit Delphine Collin-Vézina Ph.D, Directrice du Centre de recherche sur la famille et l’enfance de l’Université McGill sur le Centre pour la Protection des mineurs de l’Université Grégorienne de Rome. On vous présente un reportage sur l’apostolat des jésuites américains « America Media ». Dans la troisième partie d’émission, on parle du Groupe Sainte-Marthe avec Mgr Raymond Poisson, président du Comission épiscopale pour la Justice et la Paix de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

Église en sortie 9 mars 2018

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit l’auteur et théologien Jacques Gauthier sur son tout dernier livre « Les saints, ces fous admirables ». On vous présente la chronique des actualités de la rue avec l’abbé Claude Paradis. Dans la troisième partie de l’émission, on s’entretient avec Mgr Yvon-Joseph Moreau sur son livre « Respirer Dieu ».

Église en sortie 2 mars 2018

Cette à Église en sortie, Francis Denis s’entretient avec l’historien et auteur Guy Laperrière sur son tout dernier livre Benoît Lacroix: un dominicain dans le siècle. On vous présente un reportage sur le 350e anniversaire de l’enseignement de la théologie à Québec. Dans la troisième partie de l’émission, on parle de musique liturgique avec le musicologue et professeur retraité de l’Université Laval Paul Cadrin.

Le doux remède de la prière

CNS photo/Gregory A. Shemitz

Nous poursuivons notre exploration du message du pape François pour le Carême 2018. Après le « remède amer de la vérité », le Saint-Père nous invite à renouveler notre engagement envers ce qu’il nomme « le doux remède de la prière ». En effet, comme il existe des remèdes plus agréables que d’autres, la prière en est un qui nous aide à nous connaître davantage et ainsi, nous faire accéder de manière plus directe à la Présence réconfortante de Dieu.

La prière comme remède

La prière, que l’on définit habituellement comme « un dialogue avec Dieu », est un remède en ce sens qu’en nous permettant d’accéder, dès ici-bas, à la quiétude du ciel elle rétablit notre équilibre intérieur et extérieur.

En d’autres termes, la prière remet les choses à leur place intérieurement, non pas à la manière d’une journée au spa ou une séance de relaxation, mais en réorientant jour après jour l’ensemble de notre être à la volonté de Dieu. Créé par Dieu pour vivre de toute éternité en Union parfaite avec la Trinité, l’être humain perd trop souvent conscience des appels décisifs de l’Esprit Saint et finit par ne rechercher que le confort, ce qui se termine bien souvent dans le péché. C’est en ce sens que le « doux remède de la prière » nous permet de rétablir cet ordre intérieur, cette priorité donnée à l’orientation de tout notre être vers Dieu.

Par contre, comme le fait remarquer la plus récente instruction de la Congrégation de la Doctrine de la foi Placuit Deo, cet équilibre intérieur qu’offre Dieu dans la prière, ne doit pas nous convaincre qu’il s’agit d’un « parcours purement intérieur, en marge de nos rapports avec les autres et avec le monde créé ». Nous devons donc aussi demander, dans la prière, la force d’acquérir l’ensemble des vertus nécessaires à notre vocation de frères et sœurs dans le Christ, cet appel à trouver dans l’Église ou dans le monde ceux qui ont besoin de notre aide.

Le doux remède de la prière

Que notre cœur ne puisse être comblé que par l’Infini Amour de Dieu, l’expérience de chaque jour nous le prouve. Combien d’insatisfaits la recherche d’argent, du plaisir, du succès, etc. a-t-elle créés? De fait, « le salut total de la personne ne consiste pas en ce que l’homme pourrait obtenir par lui-même, comme la richesse ou le bien-être matériel, la science ou la technique, le pouvoir ou l’influence sur les autres, la bonne réputation ou l’auto-satisfaction ». Bien au contraire, ces tentatives nous éloignent du seul réconfort possible c’est-à-dire de se savoir aimé d’un Dieu Père qui prend soin de nous inconditionnellement.

Dans ce contexte, la prière nous met physiquement et spirituellement dans les bras de Celui qui, par le Christ, désire, plus que tout, que nous le rejoignions dans sa divinité même. Confiant en sa fidélité indéfectible, nous sommes ainsi délestés des soucis quotidiens qui empoisonnent trop souvent notre vie. Nous arrachant aux illusions des fausses assurances terrestres, la prière nous redonne la liberté nécessaire au bonheur humain. Ainsi, par contraste, on perçoit la douceur de cette prière qui apaise notre cœur et le libère de toutes ces insécurités qui naissent de cette incapacité à voir la Présence aimante de Dieu dans notre vie.

Nous poursuivrons la semaine prochaine cette analyse du message du pape François pour le Carême 2018.

Piquette ou Grand Cru ? À nous de choisir!

Alors que nous sommes sur le point d’entrer dans la deuxième semaine du Carême, nous poursuivons notre lecture du Message du pape François pour le Carême 2018, par une analyse plus détaillée de ce qu’il nommait « le remède parfois amer de la vérité ». En s’y arrêtant quelque peu, on remarquera, à la fois l’acuité et la pertinence de cette formule.

Le remède de la vérité

En quoi la vérité est-elle un remède ? Ne devrait-elle pas au contraire être perçue naturellement comme l’oxygène de notre intelligence plutôt que comme un sirop contre la toux? En effet, la vérité signifie d’abord et avant tout Adaequatio rei et intellectus (l’adéquation entre la réalité et notre intelligence). Parler de vérité comme d’un « remède » signifie donc que nous sommes souvent bien loin d’être en syntonie avec l’objectivité du monde qui nous entoure, préférant les rêves d’Hollywood ou ceux du monde numérique.

Pour retrouver ce lien avec la réalité, le Carême nous offre l’occasion, d’abord de refréner tout ce qui engourdit notre conscience ensuite de se reconnecter à la vérité première qu’est Dieu. En effet, la grâce de tempérance du Carême nous offre l’aide nécessaire pour diminuer cet appétit de consommation (télé, jeux vidéo, alcool, magasinage, etc.) qui, sans être intrinsèquement mauvais, nous détourne trop souvent de l’Unique Nécessaire. « Combien d’autres encore se sont immergés dans une vie complètement virtuelle où les relations semblent plus faciles et plus rapides pour se révéler ensuite tragiquement privées de sens ! » nous dit le Pape!

Notre horaire, ainsi délesté de quelques heures, nous permettra de renouer avec Dieu par la lecture de la Bible, de la vie des saints ou de spiritualité catholique. Tout cela afin de connaître mieux Celui qui désire plus que tout que nous le connaissions davantage.

Un remède amer ?

Le Pape sait que cela n’est pas toujours une partie de plaisir et que ce remède de la vérité peut parfois sembler amer, tel un médicament au goût désagréable. Cela est d’autant plus difficile lorsque l’on considère la culture actuelle. Allergique à la notion même de limites, notre société nous invite à tout remettre en question sous prétexte d’une quelconque émancipation. C’est ainsi que, peu à peu, les civilisations se détachent des institutions millénaires comme la famille, l’Église, la patrie et, encore plus radicalement, refuse des notions telles que la différentiation sexuelle ou l’accueil de la vie de la conception à la mort naturelle. Hypnotisés par l’utopie transhumaniste, nous assistons à la liquéfaction de ce qui, n’en déplaise aux partisans de ces théories, demeure son socle c’est-à-dire la nature humaine et son ouverture spirituelle.

Contre cette tentation de considérer l’homme au-dessus ou au-dessous de ce qu’il est, le remède amer de la vérité nous apprend à garder une juste anthropologie, soucieuse de maintenir la primauté de la dimension spirituelle de la personne. Redécouvrir la nature humaine nous aidera donc à discerner ce qui, dans notre vie, nous éloigne de nous-mêmes et de nos véritables besoins existentiels. Loin de tomber dans ce mirage d’une absolue autonomie de l’homme devant sa condition, nous redécouvrirons cette condition de notre libération véritable qu’est la conscience de notre absolue dépendance envers Dieu. Ainsi, notre goût de la vérité se perfectionnera comme le goût d’une personne qui apprend à reconnaître un bon vin. En ce sens, « l’amertume de la vérité » n’est autre que notre acharnement à confondre piquette et Grand Cru.

La semaine prochaine nous poursuivrons notre analyse du message du pape François pour le Carême 2018 en examinant « la douceur de la prière ».