Saint frère André – Canada 150

Frère André, né Alfred Bessette, est une figure historique au Canada et même au-delà des frontières. Fondateur du très célèbre Oratoire Saint-Joseph de Montréal, ce religieux toujours proches des malades a été canonisé en 2010 par Benoit XVI. Découvrez ici son portrait.

Frère André : un exemple de vie chrétienne, en toute simplicité

Le 150ème anniversaire du Canada nous invite à célébrer l’histoire du pays. Et plus encore, il nous pousse à faire mémoire de ceux qui lui ont tant apporté. Frère André est de ceux-là. Plus qu’une figure historique pour le pays, c’est un saint dont la réputation dépasse largement nos frontières.

La vie de frère André, né Alfred Bessette, commence en 1845 dans une famille pauvre du Québec. Huitième d’une famille de treize enfants, il devient orphelin dès l’âge de 12 ans.

Il passe sa jeunesse en s’essayant à plusieurs métiers, comme boulanger ou cordonnier, mais aucune de ces expériences ne lui offre un avenir intéressant, à cause notamment de ses problèmes de santé.

De 18 à 22 ans, malgré son manque d’instruction, il part travailler aux États-Unis où il est embauché dans les filatures de coton, jusqu’à son retour au pays, en 1867, lorsqu’est proclamée la confédération canadienne.

En connaissant très tôt la souffrance et la pauvreté il se réfugie dans la prière, et sa vie intérieure est intense, si bien qu’il discerne sa vocation à l’âge de 25 ans , avec l’aide de son curé le père André Provençal, dont il prendra le nom en rentrant à la congrégation de Sainte-Croix de Montréal en 1870.

Le jeune religieux se voit alors confier  la fonction de portier du collège Notre-Dame, où se trouve le noviciat de la Congrégation, mais il fait également office d’infirmier auprès des malades.

Avec eux, frère André prend le temps de prier. Lui qui voue une dévotion particulière à Saint Joseph, il donne aux malades quelques gouttes d’huile d’olive, qui brûle devant la statue de saint Joseph, dans la chapelle du collège. Et c’est ainsi que de plus en plus des personnes disent avoir été guéries ou soulagées.

Venant de plus en plus nombreux, les malades  sont alors reçus dans un abri construit en face du collège, où frère André les emmène prier devant une statue de saint Joseph, installée sur le mont Royal. Là,  il fait construire une chapelle, qui se transformera en basilique, pour devenir ce que nous connaissons aujourd’hui : le célèbre Oratoire Saint-Joseph.

Les malades ne viennent plus seulement du Québec, mais aussi de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick, de l’Ouest canadien et des États-Unis.

Le religieux, pourtant, ne se réclame d’aucun miracle, ni d’aucune vision, mais seulement de sa dévotion à saint Joseph. Et à cette ferveur particulière s’ajoute l’amour de Dieu, la fidélité à l’Évangile, ainsi qu’un culte à la sainte Famille et au Sacré-Cœur.

Son charisme, son sourire et son humour simple savaient gagner les plus indifférents. L’homme faisait preuve d’une charité sans limites, en accueillant tous les malheureux, riches ou pauvres, quelle que soit leur religion. Et lorsque les malades ne pouvaient pas se déplacer, c’est lui qui allait vers eux.

Avant sa mort, frère André était déjà la figure emblématique de l’Oratoire Saint-Joseph dont il était le gardien fidèle. Il y fut témoin d’innombrables guérisons et conversions. Et quand on lui attribuait les mérites des faveurs obtenues, il répondait : « ce n’est pas moi qui guéris. C’est saint Joseph. » Et à ceux qui venaient le visiter il disait « ne cherchez pas à vous faire enlever les épreuves, demandez plutôt la grâce de bien les supporter.»

Frère André est mort le 6 janvier 1937, et plus d’un million de personnes sont venues pour lui rendre hommage, le pleurer et prier auprès de lui. Il a été déclaré bienheureux en 1982 par le pape Jean-Paul II et canonisé en octobre 2010 par Benoît XVI. Sa fête est célébrée le 9 août.

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Marie de l’Incarnation : « Mère de l’Église au Canada »

Le 150ème anniversaire du Canada invite chacun à s’interroger sur l’identité du pays, et à se replonger dans son histoire. Si la Constitution canadienne est entrée en vigueur il y a 150 ans, le 1er juillet 1867, l’histoire du Canada est bien plus ancienne, comme en témoignent les peuples autochtones qui habitent ce territoire depuis des milliers d’années.

Progressivement, des hommes et des femmes sont venus habiter ces terres en construisant ce pays qui n’a cessé d’évoluer au gré des vagues d’immigration. Au XVIème siècle, ce sont les français qui ont commencé à coloniser les rives du Saint-Laurent, sur un territoire qu’ils ont nommé la Nouvelle-France.

Parmi les missionnaires arrivés sur ces terres depuis la France, on peut mentionner deux figures importantes canonisées en 2014 par le pape François : François de Laval, dont nous avons déjà parlé dans un précédent article, et Marie de l’Incarnation, dont la vie est intimement liée à l’histoire de la Nouvelle-France.

Née à Tours (France) en 1599, mariée et mère d’un enfant,  Marie devient veuve après la mort prématurée de son époux alors qu’elle n’avait que 19 ans. Tout en veillant à donner à son fils une éducation solide elle ressent un appel à devenir religieuse. Elle rentre alors au couvent des Ursulines, à Tours, et prononce ses vœux à 34 ans, sous le nom de Marie de l’incarnation. Un nom qui déjà en dit long sur sa mission et sa spiritualité.

A la veille de ses 40 ans, après avoir lu les Relations des Jésuites sur le Canada, la religieuse ressent un vif désir de venir en Nouvelle-France. En  débarquant à Québec, accompagnée de deux autres sœurs ursulines, elle devient ici la première religieuse missionnaire, et fonde en 1639 un couvent, fruit de nombreux sacrifices. La demeure brûle 12 ans plus tard et c’est un véritable coup dur pour les sœurs, qui dans un acte de foi à la divine Providence, parviennent à le reconstruire.

Malgré le poids des responsabilités de cette fondation mère Marie s’engage corps et âme dans l’éducation auprès des filles françaises et des autochtones dont elle apprend les langues. Elle compose des dictionnaires en différentes langues et rédige notamment un catéchisme en iroquois.

Son dévouement dans l’éducation des jeunes filles la rend très populaire et de nombreux visiteurs lui rendent visite pour lui demander des conseils. Si bien qu’à l’époque on disait que sans Marie de l’Incarnation, et ses sœurs ursulines, la ville de Québec et la Nouvelle-France auraient difficilement tenu le coup.

Avant de mourir, Marie de l’Incarnation a pu  donner l’habit religieux à plusieurs canadiennes de naissance venues prendre la relève. Elle meurt à Québec, à 72 ans, en laissant à ce pays et cette Église l’héritage que nous connaissons aujourd’hui. Elle est proclamée par Jean-Paul II,  lors de sa béatification en 1980, Mère de l’Église au Canada.

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François de Laval : un « géant » de la foi

Dans le contexte 150ème anniversaire du Canada, nous avons l’occasion de nous arrêter sur celles et ceux qui ont façonné ce grand pays tout au long de l’histoire.

Parmi ces grandes figures on retiendra ici saint François de Laval, car il est le premier évêque de Québec, et plus largement le fondateur de l’Église en Amérique du Nord.

Envoyé en Nouvelle-France au XVIIème siècle comme vicaire apostolique, ce missionnaire français arrive à Québec en 1659. Il participe activement au développement de la Nouvelle-France, notamment dans les domaines religieux et politiques.

Héritier du Concile de Trente dont il s’inspire ardemment, Mgr de Laval entreprend de grands travaux, en faveur notamment de l’instruction des jeunes et de la formation des prêtres. Il créé le séminaire de Québec, une communauté de prêtres chargés de la formation des futurs clercs afin d’assurer l’évangélisation de ce nouveau pays. Il fonde la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, église mère de toutes les autres dans cette région du monde, première paroisse américaine au nord des colonies espagnoles.

Attaché aux peuples amérindiens, il défend courageusement leur dignité en s’opposant au commerce de l’eau-de-vie, vendue aux autochtones pour mieux les exploiter. Détaché des biens matériels, il donne aux pauvres tout ce qu’il possède. Voyageur infatigable, il revient quatre fois en France pour y trouver des ressources humaines et financières. Il parcourt son diocèse à pied, en raquette, et en canot pour visiter ses fidèles aux périphéries.

Moderne, Mgr de Laval a fondé une Église nouvelle dans un pays neuf, en adaptant l’organisation ecclésiale à un contexte de mission et d’évangélisation. Ses œuvres sont nombreuses et son héritage est précieux.

Sa vie est un don total à Dieu et un abandon à la divine providence. Pour lui, la désappropriation n’est autre chose que l’Évangile vécue dans toute sa radicalité.

Saint François de Laval, ce « géant de la foi », selon son successeur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, actuel archevêque de Québec, meurt à l’âge de 85 ans dans son propre diocèse à Québec.

Il a été canonisé par le pape François en avril 2014, et l’Église universelle célèbre sa fête le 6 mai.

 

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Célébrer l’histoire du Canada

CNS photo/Philippe Vaillancourt, Presence

Alors que les festivités battent leur plein à l’occasion du 150ème anniversaire du Canada, le pays se souvient. Il se rappelle d’où il vient, depuis ses origines autochtones, jusqu’aux vagues d’immigrations qui font du Canada une des sociétés les plus diversifiées au monde.
Malgré les défis liés à la cohabitation de diverses langues et cultures, le Canada reste un pays ouvert et accueillant, et cet anniversaire est l’occasion de célébrer son unité. C’est notamment ce que souligne le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec.
Le primat du Canada est fier de ce pays qui s’étend d’un océan à l’autre, et où règne la liberté. Liberté de culte, et liberté de conscience « même si elle est fragile«  admet-il en soulignant qu’il faut « travailler pour ne pas la perdre. »
Insistant aussi sur le rôle qu’a joué l’Église dans la construction du Pays, Mgr Lacroix rend hommage aux saints, aux saintes, et aux missionnaires. Des hommes et des femmes « d’une grande valeur spirituelle »qui ont fondé le Canada et à qui l’on doit beaucoup en matière notamment de soin et d’éducation.

Car l’archevêque de Québec prend soin de rappeler que jusqu’au début des années 1960 l’Église veillait sur la population, en éduquant des générations et des générations, depuis le début de la colonie.

Célébrer les 150 ans du Canada c’est aussi réveiller sa mémoire et faire action de grâce pour tous les dons reçus.

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Sel et Lumière, danse et musique

Une fois n’est pas coutume. L’équipe de Sel et Lumière s’est plongée le temps d’une soirée de l’autre côté de la scène. Loin des caméras, les journalistes sont devenus spectateurs à leur tour, en assistant à la comédie musicale Strictly Ballroom, actuellement en représentation au Princess of Wales Theatre de Toronto.

Le cadre est bien différent de nos plateaux TV. Il faut imaginer une orgie de couleurs vives, des danses envoûtantes, et des musiques qui vous entraînent dans une insondable quiétude. Une merveille, jouée, chantée, dansée par de brillants artistes qui font de ce spectacle un plaisir pour les yeux et les oreilles.

Pendant près de deux heures, dans un décor théâtral, les acteurs s’inspirent du film éponyme, réalisé en 1992 par l’australien Baz Luhrmann’s. L’histoire raconte le parcours de Scott Hastings, jeune champion de danse anticonformiste, qui se rebelle contre les règles traditionnelles de la Fédération, en introduisant ses propres figures.  Le spectateur pourrait y voir l’allégorie d’une opposition entre les normes conventionnelles tirées de la tradition, et les innovations inspirées des élans du cœur, une sorte de supériorité de la passion sur la convenance.

Si l’interprétation du message peut être discutée, on pourrait au moins s’accorder sur le talent des danseurs, qui par la maîtrise de leurs pas et l’élégance de leurs costumes  vous embarquent dans un gracieux spectacle où s’entremêlent l’humour, le talent artistique, et l’amour de la musique.

Strictly Ballroom est une comédie strictement recommandée, jusqu’au 25 juin à Toronto.

Justin Trudeau invite le Pape à s’excuser

 

Le Premier Ministre Canadien, Justin Trudeau, et sa femme Sophie ont été reçus par le pape François ce lundi au Vatican. Pour cette première rencontre les deux hommes se sont entretenus pendant une trentaine de minutes. Les échanges ont été « cordiaux », mais les questions délicates n’ont pas été éludées.

Justin Trudeau avait à cœur d’aborder avec le Pape l’épineuse question de la responsabilité de l’Église catholique dans les pensionnats autochtones du Canada dans les années 1800-1900. Pendant près d’un siècle, plus de 150 000 enfants amérindiens, métis et inuits ont subi des politiques d’assimilation dans ces maisons résidentielles tenus par des communautés religieuses, au nom du gouvernement canadien. Nombre d’entre eux ont par ailleurs été victimes de mauvais traitements ou d’abus sexuels.

Face à ce qui représente « un des plus sombres chapitres de l’histoire canadienne », le premier ministre, en 2015, avait lui-même présenté ses excuses aux autochtones au nom du gouvernement canadien. Il s’était en outre engagé à donner suite aux « appels à l’action » de la Commission de vérité et réconciliation du Canada qui, entre autre, demande au Pape des excuses publiques. Pour répondre à cette recommandation, Justin Trudeau a donc invité le Saint-Père à venir au pays, et l’a exhorté à présenter ses excuses, au nom de l’Église catholique, aux survivants, à leurs familles et aux communautés touchées par les mauvais traitements dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique.

« Je lui ai parlé du désir profond des canadiens d’avancer vers une véritable réconciliation avec les peuples autochtones, et j’ai souligné comment il pouvait y contribuer en présentant des excuses », a précisé le premier ministre à l’issue de sa rencontre avec le souverain pontife.  « Il m’a rappelé que toute sa vie a été consacrée à aider les personnes marginalisées à travers la planète, à se battre pour elles. Et il m’a dit qu’il compte travailler très bientôt avec moi et avec les évêques canadiens pour tracer le chemin que nous allons prendre afin d’y arriver », a poursuivi le chef d’État.

Lors de cette entrevue, les deux hommes ont par ailleurs évoqué les questions éthiques, et notamment l’euthanasie, désormais légale au Canada depuis l’adoption, en juin 2016, de la loi sur «l’aide médicale à mourir», qui du reste avait rencontré la ferme opposition des évêques du pays.

« Ça a été un moment très touchant pour moi de pouvoir avoir une conversation réfléchie sur bien des enjeux avec la personne qui est à la tête de ma propre Église » a commenté Justin Trudeau en sortant de cette audience.

La dernière visite d’un Pape au Canada remonte à 2002. C’était à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de Toronto, avec Jean-Paul II.

Macron, nouveau chef de la fille aînée de l’Église

A 39 ans, Emmanuel Macron devient le plus jeune président français, et en vertu de sa fonction, comme le veut la tradition, il devient chanoine honoraire de la basilique Saint-Jean-de-Latran, la cathédrale de l’évêque de Rome, celle du Pape lui-même.

Cette tradition remonte au 17ème siècle, lorsque le roi de France, Henri IV, offre au Saint-Siège l’abbaye bénédictine de Clairac (Lot-et-Garonne). En échange, le roi de France reçoit le titre de chanoine d’honneur de la cathédrale du Pape, dans laquelle est célébrée chaque année une messe pour la prospérité de la France, « Pro felici ac prospero statu Galliae« , le 13 décembre, jour anniversaire d’Henri IV.

L’usage perdure encore aujourd’hui avec les chefs d’État français. Sous la Vème République, Charles de Gaulle, Valery Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, sont venus à Rome prendre possession de leur titre. Lors de son intronisation, Nicolas Sarkozy avait marqué les esprits par un discours engagé dans lequel il rappelait les racines chrétiennes de la France, en soulignant l’importance de la foi.  Cette vision d’une « laïcité positive » avait été critiquée par son successeur François Hollande, qui avait quant à lui accepté, « par tradition« , ce titre de chanoine d’honneur, en refusant toutefois la cérémonie d’intronisation.

Du reste, le président socialiste avait attendu 2 ans avant de se rendre pour la première fois au Vatican en janvier 2014, pour une rencontre avec le Pape sur fond de divergences liées au Mariage pour Tous. En 2015, les relations diplomatiques entre les deux états ont été entachées de nouveau, cette fois-ci par l’absence d’ambassadeur de France près le Saint-Siège. En août 2016, la deuxième rencontre entre le Pape et François Hollande était quant à elle plus amicale car le président français venait remercier le Souverain-Pontife pour son soutien après les attentats survenus en France.

Plus récemment, interrogé par des journalistes durant l’entre-deux tours, le  Saint-Père avait refusé de se prononcer en faveur de Marine Le Pen ou Emmanuel Macron, car « sincèrement, je ne comprends pas la politique intérieure française« , avait-il expliqué.

Selon un sondage Ifop réalisé pour La Croix, les catholiques ont voté à 62% pour Emmanuel Macron. Si sa victoire est sans appel, elle reste toutefois à relativiser, compte tenu notamment du taux d’abstention historiquement élevé au second tour : un électeur sur quatre a choisi de ne pas voter.

Le nouveau président français devrait se rendre en Sicile à la fin du mois de mai pour le sommet du G7. La question d’une visite à Rome, et donc au Vatican,  pourrait alors se poser. L’occasion notamment de voir si Emmanuel Macron, « redevenu agnostique » après avoir demandé le baptême à 12ans,  renouvelle ou pas l’invitation faite au Souverain-Pontife de venir France, « fille ainée de l’Église« .

 

 

Il y a 4 ans arrivait le pape François

Le 13 mars 2013, la pluie tombait sur la place Saint-Pierre lorsque la sacro-sainte fumée blanche annonçait à la ville et au monde l’élection du 265ème successeur de Pierre. Jose Mario Bergoglio, alors âgé de 77 ans, devenait le premier Pape jésuite, et le premier Pape sud-américain. Venu du bout du monde, l’ancien archevêque de Buenos Aires a su imposer son style au Vatican, et ses priorités sont très claires.

Au cœur de son pontificat, la miséricorde apparait comme un fil conducteur. Elle constitue, selon François,  l’existence même de l’Église, et il en a fait sa devise. Car la miséricorde, dit-il, « change le monde » en le rendant « moins froid et plus juste ». Alors, pour que tous puisse faire l’expérience de cette miséricorde, l’évêque de Rome a lancé une année jubilaire consacrée à ce thème. Un moyen, écrivait-il en ouverture de ce jubilé, « de réveiller notre conscience souvent endormie face au drame de la pauvreté et de pénétrer toujours davantage le cœur de l’Évangile, où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine. »

Dans cette logique d’option préférentielle pour les pauvres, le successeur de Benoît XVI n’a eu de cesse de dénoncer la mondialisation de l’indifférence et la culture du rejet, avec en particulier un regard de compassion à l’endroit des migrants et des refugiés qui « ne sont pas des pions sur l’échiquier de l’humanité », mais le reflet « de l’image du Christ ». Et pour illustrer cette préoccupation, en passant des paroles aux actes, en avril 2016 le Pape avait quitté l’île grecque de Lesbos où il était en voyage, en ramenant avec lui 12 réfugiés syriens, pris en charge par le Vatican.

Non content d’appeler à la solidarité, le Pape argentin veut bâtir une culture de la rencontre dans un monde qu’il considère « en guerre par morceaux. » « Il y a une guerre des intérêts, pour l’argent, pour les ressources de la nature, il y a des guerres pour la domination des peuples » lançait-il dans l’avion qui l’emmenait à Cracovie pour les JMJ en juillet 2016. A travers ses nombreux déplacements, le Saint-Père ne cesse d‘affirmer la nécessité du dialogue en exhortant à construire la paix , entre les personnes, les peuples, les cultures et les religions. Le rôle du Souverain Pontife dans le rapprochement diplomatique entre Cuba et les États-Unis est un exemple parmi d’autres qui montre sa volonté de passer des paroles aux actes.

Les questions familiales demeurent elles aussi au centre de l’attention du Pape qui a convoqué au Vatican un double synode sur la famille, en octobre 2014 et octobre 2015. Et comme il l’a lui-même affirmé en conclusion du second synode, même si les débats n’ont pas permis de trouver « des solutions exhaustives à toutes les difficultés qui menacent la famille », ils ont au moins permis de rappeler « l’importance  de l’institution de la famille et du mariage entre un homme et une femme, fondée sur l’unité et l’indissolubilité du mariage » comme « base fondamentale de la société et de la vie humaine. » Quant aux cardinaux qui dénoncent des ouvertures pastorales qui remettraient en cause le principe d’indissolubilité du mariage, le cardinal Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège, affirme au micro de Radio Vatican que le Pape reconnait l’utilité des « critiques sincères, qui veulent construire et servent alors pour progresser, et trouver ensemble la manière de connaitre toujours mieux la volonté de Dieu et de l’appliquer. »

Ces résistances que rencontre parfois le Pape s’étendent jusqu’à la réforme de la Curie romaine, qu’il a engagée dès le début de son pontificat. Un chantier qui vise à dépoussiérer l’organisation de l’Église, à rendre sa gestion financière plus rigoureuse, et à renforcer la collégialité en son sein. En d’autres termes, François veut à la fois plus de modernité et plus de sobriété dans le gouvernement de l’Église. Il appelle de ses vœux une Curie plus fonctionnelle, avec des dicastères plus « conformes aux nécessités du temps. » Des changements qui ne sont pas du goût de tous et qui provoquent des « résistances malveillantes » que dénonce le Saint-Père. « Même si elles sont meilleures que l’absence de réaction qui est un signe de mort », même si elles « méritent d’être entendues », il regrette qu’elles se forment dans des « cœurs appauvris » qui « veulent que tout reste comme avant. »

Dans le cadre de cette réforme de la Curie, la prochaine réunion du Conseil des cardinaux se tiendra fin avril au Vatican. Le calendrier pontifical annonce par ailleurs une visite du Pape à Fatima, au Portugal, en mai prochain pour célébrer le centenaire des apparitions de la Vierge. Le Souverain Pontife se rendra également en Colombie en septembre prochain, pour manifester son engagement dans le processus de paix en cours dans le pays entre le gouvernement et les forces armées révolutionnaires. En 2018 le Saint-Père convoquera un synode des évêques sur les jeunes, avant de les rencontrer à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse à Panama en 2019. Force est de constater que quatre ans après son élection le Pape argentin, aujourd’hui âgé de 80 ans, n’a pas l’intention de ralentir la cadence.

Attentat à la grande mosquée de Québec : les chrétiens au chevet des musulmans

« Les musulmans sont nos frères et sœurs. » C’est en ces termes que l’archevêque de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, réagissait sur Twitter à l’attaque qui a fait 6 morts dimanche dernier à la grande mosquée de Québec. En déplacement à Rome, le Cardinal Lacroix s’est entretenu avec le pape François au lendemain de l’attaque.

Le Saint-Père, tout en condamnant fermement « la violence qui engendre tant de souffrances », a insisté sur l’importance de rester tous unis dans la prière, chrétiens et musulmans ensemble. Dans un message adressé au Cardinal Lacroix le Pape « confie à la miséricorde de Dieu les personnes qui ont perdu la vie et s’associe par la prière à la peine de leurs proches. Il invoque sur les familles éprouvées et sur les personnes touchées par ce drame, ainsi que sur tous les Québécois, le bienfait des Bénédictions divines

 « En me donnant l’accolade j’ai senti qu’il serrait sur son cœur toute la population de Québec », a réagi Mgr Lacroix qui est rentré en urgence dans son diocèse. Dès son retour, le primat du Canada a célébré une messe en communion avec la communauté musulmane, en présence notamment de l’imam de la mosquée de Québec.

Dans son homélie le cardinal a notamment rappelé l’importance de la parole de Dieu dans ces moments difficiles. Il a évoqué « tant d’hommes et de femmes » qui depuis la fondation du pays, il y a plus de 4 siècles, « ont puisé dans la parole de Dieu l’inspiration, l’amour, le courage, pour bâtir notre Nation dont nous sommes si fiers. »

Mgr Lacroix a poursuivi son homélie en reconnaissant que l’épreuve que vit la population québécoise en ce moment « nous ébranle, nous questionne et nous fait très mal. » Mais elle est aussi l’occasion, a-t-il poursuivi,  de nous engager davantage « au service de la vie, de la solidarité et de la fraternité. »

Et même si les responsables politiques et leaders religieux ont un rôle important à jouer dans la construction du vivre ensemble, « nous avons tous un mot à dire et des gestes à poser pour nous assurer que nous sommes du côté de la paix et de la justice, pour vivre ensemble en harmonie ».

En conclusion, l’archevêque de Québec appelle de ses vœux une communauté humaine empreinte « de paix sociale, de joie de vivre, de respect profond, de liberté de culte, et de respect de la conscience de chaque personne. »