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La fidélité et la loyauté sans faille du Fils de Dieu

27 février 2017
Premier dimanche du Carême, Année A - 5 mars 2017
Genèse 2,7-9 ; 3,1-7a
Romains 5,12-19
Matthieu 4,1-11 
Les textes de l’Écriture pour le premier dimanche du Carême de l’année A nous font entrer d’emblée au cœur du Carême. Les lectures et le psaume d’aujourd’hui, le Psaume 51, jouent en ouverture les grands thèmes que nous allons entendre et que nous allons vivre pendant les six prochaines semaines. En réfléchissant à la première lecture, tirée de la Genèse [2,7-9; 3,1-7], il faut garder à l’esprit la forme littéraire et le message théologique des premières pages de la Bible. Comme beaucoup de récits des onze premiers chapitres de la Genèse, le conte de l’Éden est un récit étiologique – une histoire qui veut traiter de questions importantes au sujet des réalités fondamentales de notre vie. Pourquoi enfante-t-on dans la douleur ? Pourquoi la terre est-elle si dure à labourer ? Pourquoi les serpents rampent-ils sur le sol ?…
Genèse 2-3 suggère que la connaissance, chose nécessaire à la vie humaine, ne s’acquiert que péniblement. L’ignorance est peut-être bienheureuse mais elle n’est certainement pas le fait d’une personne adulte. Quand les êtres humains comprennent finalement ce que c’est que d’être pleinement humain, quand ils arrivent à la pleine connaissance, les réalités de la vie leur apparaissent dans toute leur complexité et leur difficulté. Il est à la fois lumineux et pénible de savoir.
Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour
Le Psaume 51 – le Miserere – est l’une des prières les plus connues du Psautier, le plus intense et le plus souvent utilisé des psaumes pénitentiels. C’est un chant de faute et de pardon et une méditation des plus profondes sur la culpabilité et la grâce. Cette très belle prière adressée à un Dieu riche en miséricorde monte depuis des siècles au cœur des fidèles juifs et chrétiens en signe de repentir et d’espérance.
La tradition juive met le psaume sur les lèvres de David, sommé de se repentir par la dure invective du prophète Nathan [v. 1-2; 2 Samuel 11-12], qui lui reprocha son adultère avec Bethsabée et l’assassinat d’Urie, le mari de Bethsabée. Mais le Miserere s’est enrichi au fil des siècles de la prière de bien d’autres pécheurs qui ont repris, éclairés par les enseignements de Jérémie et d’Ézéchiel, les thèmes du « cœur nouveau » et de « l’Esprit » de Dieu envoyé aux hommes et aux femmes qui ont fait l’expérience de la rédemption [v. 12; Jérémie 31,31-34; Ézéchiel 11,19; 36,24-28].
Quand nous confessons notre péché, la justice salvifique de Dieu est prête à nous purifier radicalement. Le Seigneur n’agit pas que négativement, en éliminant le péché, mais il recrée l’humanité pécheresse par son Esprit vivifiant; Dieu infuse en nous un « cœur » pur et neuf, c’est-à-dire une conscience renouvelée, et il nous ouvre ainsi l’accès à une foi limpide et à un culte qui soit agréable à Celui qui nous a faits à son image et à sa ressemblance. Dans cette magnifique prière du Miserere, il y a la profonde conviction que le pardon divin « efface, lave, purifie » le pécheur [v. 3-4] et peut finalement le transformer en une créature nouvelle, dotée d’un esprit, d’une langue, de lèvres et d’un cœur transfigurés [v. 14-19]. La miséricorde divine est plus forte que notre misère.
Surpasser la productivité du péché
Dans la deuxième lecture du jour, tirée de la lettre de saint Paul à la communauté de Rome, [5,12-19] Paul réfléchit sur le péché d’Adam [Genèse 3,1-13] à la lumière du mystère rédempteur du Christ. Le péché, lorsque Paul emploie le terme au singulier, désigne la puissance terrible qui a empoigné l’humanité, maintenant en révolte contre le Créateur et obsédée par l’exaltation de ses désirs et de ses intérêts. Mais personne n’a le droit de dire : « c’est la faute d’Adam » car tous sont coupables [Romains 5,12]: les Gentils du fait des exigences de la loi inscrite dans leur cœur [Romains 2,14-15] et les Juifs en vertu de l’alliance mosaïque.
Sous l’impact de la loi de l’Ancien Testament, le péché (la corruption) de l’humanité, qui était agissant depuis l’origine [Romans 5,13], s’est trouvé stimulé de sorte que des péchés ont été commis en plus grand nombre. D’après Romains 5,15-21, l’action de Dieu dans le Christ s’oppose radicalement aux effets désastreux du virus du péché qui a envahi l’humanité avec le crime d’Adam. La consolation que nous apporte la deuxième lecture vient de ce que Paul déclare que la grâce surpasse la productivité du péché. Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé d’autant plus. Paul affirme sans ambages que la grâce l’emporte sur la productivité du péché.
Soumettre Jésus à la grande épreuve
Jésus, proclamé Fils de Dieu à son baptême, est soumis à une triple tentation dans l’Évangile d’aujourd’hui, premier dimanche du Carême [Matthieu 4,1-11]. Les quarante jours et quarante nuits du verset 2 nous rappellent non seulement le jeûne de Moïse [Exode 34,28; Deutéronome 9,9.18] mais aussi les quarante années d’Israël au désert. Les réponses de Jésus aux tentations sont toutes tirées du livre du Deutéronome [8,3; 6,16; 6,13]. Les trois tentations du récit de Matthieu correspondent, selon l’ordre chronologique, aux trois épreuves qu’a dû affronter Israël. Mais alors qu’Israël, que Dieu appelle son « fils » [Osée 11,1; Deutéronome 8,5], a échoué chaque fois, Jésus manifeste sa constance et sa persévérance et se montre digne d’être le Fils de Dieu en réagissant à chacune des épreuves par une fidélité sans partage et une loyauté totale.
La mise à l’épreuve et la tentation de Jésus après quarante jours et quarante nuits répondent à un double but. Premièrement, elles s’inspirent en partie du type de tentations auxquelles fut soumis Jésus durant son ministère : elles illustrent ainsi comment la proclamation du royaume de Dieu aurait pu être biaisée au profit d’un royaume qui se serait conformé aux normes de ce monde. Deuxièmement, les tentations nous préparent à l’opposition constante de Satan, qui voit dans la proclamation du royaume par Jésus une menace à son propre pouvoir et à son propre royaume.
L’Esprit qui est descendu sur Jésus au Jourdain, au moment de son baptême, le conduit maintenant au désert dans le but précis de le soumettre à un affrontement réel avec le diable. Marc nous fait voir Jésus qui se bat contre la puissance de Satan, seul et silencieux dans les étendues arides et désolées. Chez Matthieu et chez Luc, par contre, le dialogue est soutenu car le prince des ténèbres essaie de détourner Jésus de la foi et de l’intégrité qui sont au cœur de sa mission messianique. Les tentations préfigurent la victoire finale; car une fois que Jésus a démontré qu’il est vraiment le Fils de Dieu, totalement engagé au service de la volonté de Dieu, le diable le quitte et les anges s’empressent de venir le servir [4,11]. Israël avait échoué au désert, mais Jésus ne faiblit pas. La loyauté qui l’unit à son Père est trop forte pour que même les démons du désert arrivent à l’entamer.
Ce n’est pas seulement de pain dont nous vivons
La première tentation du récit de Matthieu correspond à la famine qui frappe Israël avant qu’il ne reçoive le don du pain du ciel [Exode 16,1-4]. S’il est vrai que la grâce de Dieu a prévalu sur la rigueur de la justice dans le don de la manne, les murmures d’Exode 3 témoignent d’un manque de foi patent; le fils de Dieu qu’est Israël ne fait pas confiance au Tout-puissant et trahit ainsi l’alliance qui exige la foi en Yahvé, la conviction que le partenaire de l’alliance voudra et saura respecter ses engagements [Genèse 15,6]. À l’inverse, le Fils de Dieu qu’est Jésus refuse de céder à la méfiance, en exploitant la puissance de l’Esprit pour se procurer lui-même du pain à partir des pierres du désert, au lieu d’attendre avec confiance le pain du ciel [v.11]. Jésus se rappelle dans la foi qu’il dépend entièrement de Dieu. Nous n’avons pas la vie pour consommer du pain mais simplement et seulement parce que c’est la volonté de Dieu que nous vivions. Les disciples de Jésus ne peuvent devenir dépendants des choses de ce monde. Quand nous dépendons ainsi des choses matérielles, et non de Dieu, nous cédons à la tentation et au péché.
Mettre Dieu à l’épreuve
La deuxième tentation est au cœur du récit de Deutéronome 6,16 : « Vous ne mettrez pas Yahvé votre Dieu à l’épreuve comme vous l’avez fait à Massa. » Rebelle, le peuple qui manque de foi et de confiance en Dieu, met Dieu au défi de respecter les clauses de l’alliance. Jésus, par contre, refuse de faire la démonstration de la présence de Dieu en lui en se précipitant du pinacle du Temple. Jésus refuse de sauter parce que l’hommage rendu à Dieu exclut toute forme de manipulation, et notamment le fait de mettre Dieu à l’épreuve. Si nous honorons vraiment Dieu, nous n’avons rien à prouver à personne ! À la fin de l’histoire de Jésus dans l’Évangile, le Fils de Dieu va réellement plonger dans l’abîme de la mort parce qu’il est absolument convaincu que telle est la volonté de Dieu [Mt 26, 39.53; 27, 46].
La loyauté sans partage de Jésus
La troisième tentation porte entièrement sur l’idolâtrie : le culte des faux dieux. Encore une fois, l’épisode suit de près le Deutéronome : « C’est Yahvé ton Dieu que tu craindras, lui que tu serviras, c’est par son nom que tu jureras. Ne suivez pas d’autres dieux, d’entre les dieux des nations qui vous entourent » [Deutéronome 6,13-14]. Mais Israël n’a pas entendu ces paroles est « s’est prostituée » à d’autres dieux (c’est le verbe hébreu qu’emploie l’Ancien Testament).
Le lien entre la troisième tentation et l’idolâtrie est difficile à saisir aujourd’hui pour plusieurs d’entre nous. D’abord parce que les Juifs tenaient les dieux du panthéon gréco-romain pour des démons [1 Corinthiens 10,20] et pour les forces armées de Satan ! Ensuite, parce que l’idolâtrie était une vraie tentation pour nombre de Juifs qui souhaitaient s’engager pleinement dans les rouages politiques et économiques de la machine gréco-romaine. S’il paraît bien improbable que Jésus ait pu être tenté de cette façon, les premiers auditeurs et lecteurs de l’évangile de Matthieu, eux, avaient parfaitement conscience des compromis qu’il fallait faire pour exercer une charge publique, fût-ce avec les meilleures intentions. La troisième tentation nous assure entièrement de la loyauté sans partage de Jésus. Tout au début de la campagne qu’entreprend Jésus pour ce monde et pour chacune et chacun de nous, le Fils unique de Dieu affronte l’ennemi. Il entreprend son combat en recourant au pouvoir de l’Écriture dans une nuit de doute, de confusion et de tentation. Rappelons-nous l’exemple de Jésus, pour ne pas nous laisser séduire par la duplicité du diable.
Vivre le Carême cette semaine
1) Récitez le Psaume 51 lentement et avec attention pendant la semaine. Trouvez un mot ou une expression qui vous frappe. Fermez les yeux et prenez le temps d’y réfléchir longuement. Faites-en une prière d’intercession ou de bénédiction pour votre communauté, votre église ou quelqu’un que vous aimez.
Est-ce que des épisodes de votre passé continuent de vous inquiéter ? Comment le Miserere vous aide-t-il à vous tourner de nouveau vers l’avenir avec une espérance paisible ? Vous est-il arrivé, pendant la dernière année, de ressentir un profond désir de fuir la réalité de votre vie ? Pourquoi ? Avez-vous jamais eu l’impression que Dieu vous avait abandonné(e) ? Vous arrive-t-il de crier vers Dieu dans votre détresse, d’implorer la miséricorde de Dieu ?
2) Lisez, dans la lettre aux Hébreux (4,14 –5,10), le récit émouvant du combat de Jésus et de sa victoire sur la tentation et les ténèbres. Ici, l’Église primitive nous présente en Jésus un grand-prêtre plein de compassion qui peut nous aider dans nos combats.
3) Lisez cette semaine le message du pape pour ce carême.
4) Repensez cette semaine à votre sens de la loyauté. Faute de loyauté, on n’arrive pas à trouver d’unité et de paix dans une vie active. La vraie loyauté est un dévouement sans partage à des réalités qui dépassent notre moi égoïste. La réalité nous dépasse largement et nul ne peut réussir sa vie et être vraiment heureux s’il ne vit que pour lui-même. Êtes-vous une personne vraiment loyale ? Voici un petit test : faites la liste des choses simples auxquelles presque tout le monde croit : la famille, la communauté, l’église, le pays et l’employeur. Demandez-vous si votre façon de vivre a fait en sorte que ces cinq réalités sont aujourd’hui plus fortes, meilleures, plus belles à cause de vous. Si vous pouvez sincèrement répondre « oui », vous savez que vous comprenez le vrai sens de la loyauté et, du même coup, le secret du bonheur véritable. C’est aussi le chemin de la sainteté.
(Image : La tentation de Jésus par James Tissot)
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