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Suivre Jésus, l’imiter et marcher dans sa lumière

6 février 2017
Sixième dimanche du Temps ordinaire, Année A - 12 février 2017
Ben Sirac 15,15-20
1 Corinthiens 2,6-10
Matthieu 5,17-37
L’Évangile de Matthieu reflète la situation de l’Église primitive après la destruction de Jérusalem (70 ap. J.C.). Dans tout cet Évangile, Jésus confirme la validité permanente de la Loi (Mt 5,18-19), mais selon une nouvelle interprétation, proposée avec pleine autorité. Jésus « accomplit » la Loi (Mt 5,17) en la radicalisant : tantôt il abolit la lettre de la Loi (sur le divorce, la loi du talion), tantôt il en donne une interprétation plus exigeante (sur le meurtre, l’adultère, les serments) ou plus souple (sur le sabbat). Jésus insiste sur le double commandement de l’amour de Dieu (Dt 6,5) et du prochain (Lv 19,18), « dont dépendent la Loi et les Prophètes » (Mt 22, 34-40). Avec la Loi, Jésus, nouveau Moïse, fait connaître à l’humanité la volonté de Dieu, d’abord aux juifs puis à toutes les nations (Mt 28,19-20).
Le Sermon sur la montagne est l’endroit dans le Nouveau Testament où on voit Jésus affirmer clairement son autorité et l’exercer de manière décisive sur la Loi (qu’Israël a reçue de Dieu comme fondement de l’alliance. C’est là, sur cette sainte montagne de Galilée, après avoir promulgué la validité perpétuelle de la Loi et le devoir de l’observer (Mt 5, 18-19), que Jésus continue en affirmant la nécessité d’une justice qui dépasse celle des scribes et des pharisiens, d’une observance de la Loi inspirée par le nouvel esprit évangélique de charité et de sincérité.
En poursuivant notre réflexion sur le grand sermon de Matthieu, nous entendons aujourd’hui un long passage de son Évangile qui peut paraître complexe et truffé d’interdits [5,17-37]. Mais ce serait trop facile de « décrocher » d’un texte comme celui-là sans avoir d’abord cherché à comprendre la richesse de son message. Le passage [5,17] commence par un mot rassurant: « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir mais accomplir. » La loi demeure et elle demeurera toujours parce qu’elle vient de notre Dieu immuable. Jésus entend formuler l’idéal du nouveau royaume inauguré sur terre par son avènement. Il veut uniquement amener les gens à dépasser le légalisme [qui affectait sérieusement les scribes et les pharisiens] et une interprétation littérale des règles, pour entrer dans l’esprit de la loi. Jésus enseigne qu’une obéissance minimale n’est pas digne de ceux et celles qui aiment Dieu et leur prochain. Rechercher moins que l’amour parfait, c’est se satisfaire de bien peu.
Au-delà du légalisme et du littéralisme
Matthieu 5,21-48 contient six exemples de la conduite exigée du disciple du Christ. Chacun porte sur un commandement de la Loi, annoncé par les mots « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens » ou une formule équivalente, et suivi de l’enseignement de Jésus sur ce commandement : « Eh bien moi, je vous dis ». D’où le nom d’antithèses qu’on a donné à ces six exemples. Trois d’entre eux acceptent la loi mosaïque en la prolongeant ou en l’approfondissant (Matthieu 5,21-22. 27-28. 43-44); trois la rejettent comme norme de conduite pour les disciples (Matthieu 5,31-32. 33-37. 38-39).
Le premier exemple de la conduite exigée du disciple chrétien, c’est la victoire sur la colère, le ressentiment et l’animosité, qui s’accumulent souvent dans le cœur humain, même quand on se conforme extérieurement aux préceptes mosaïques et notamment à l’interdit du meurtre. « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens: Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal » (Mt 5,21-22). Même chose pour celui qui en insulte un autre ou qui le tourne en dérision. Jésus condamne l’instinct d’hostilité qui est déjà potentiellement un acte d’agression et même un meurtre, au moins sur le plan spirituel, car il s’en prend à autrui et viole du même coup le commandement de l’amour censé présider aux rapports humains.
Jésus présente la loi purifiante de la charité qui réorganise l’être humain au plus profond de son cœur : « Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Mt 5,23-24). L’amour que prêche Jésus introduit l’égalité et l’unité entre tous en les amenant à vouloir le bien, en établissant ou en rétablissant l’harmonie dans les relations avec le prochain, même en cas de litiges ou de procédures judiciaires (cf. Mt 5,25).
Jésus donne un deuxième exemple de perfectionnement ou d’accomplissement de la Loi à propos du sixième commandement du Décalogue, par lequel Moïse interdit l’adultère. « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas l’adultère, commence Jésus. Eh bien moi, je vous dis… » (Mt 5,27). Et il continue en condamnant les regards et les désirs impurs, en recommandant de fuir les occasions de péché, en prônant le courage de la mortification, la subordination de tous ses actes et de toute sa conduite aux exigences du salut de l’âme et de toute la personne (cf. Mt 5,29-30). Un autre enseignement de Jésus se situe dans la même ligne : on vous a prescrit, dit-il, de remettre un acte de divorce à votre femme avant de la répudier « mais moi, je vous dis… » Il déclare invalide la concession accordée dans l’ancienne loi du peuple d’Israël, qui n’a été faite « qu’en raison de votre endurcissement » (cf. Mt 19,8), et il proscrit cette façon de violer la loi de l’amour. À sa place, il rétablit plutôt l’indissolubilité du mariage (cf. Mt 19,9).
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus enseigne qu’on ne doit ni mettre en doute ni discréditer la parole du prochain si celui-ci est habituellement honnête et sincère. Au contraire, il faut plutôt observer cette norme fondamentale du discours et de l’action: « Quand vous dites oui, que ce soit un oui; quand vous dites non, que ce soit un non. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais » (Mt 5,37).
Non pas pour abolir mais pour accomplir
Ce que dit Jésus de « l’accomplissement » doit toujours se comprendre en lien avec l’Alliance du peuple juif et dans le cadre de la Loi, des Prophètes et des Écrits. Cet accomplissement et cette non-abolition expriment, d’une part, la confirmation de l’Ancien Testament puisque la Parole de Dieu est une tout comme Lui est un. Ils traduisent, d’autre part, la plénitude la Nouveauté par laquelle Dieu se révèle Père, Fils et Esprit Saint (cf. Mt 28,19).
Jésus connaît parfaitement la Loi et il l’observe pieusement. Cependant, Il se montre parfaitement libre à l’égard de la Loi. Il veut donner l’interprétation authentique de la Loi (le sabbat, les aliments interdits, les purifications légales, le jeûne, etc.) pour en faire valoir la profondeur et l’intériorité. Il va jusqu’à se présenter comme le nouveau législateur, investi d’une autorité égale à celle de Dieu. Il est lui-même l’accomplissement de la Loi (cf. Rm 10,4). Par son message et par sa vie, Jésus montre aussi qu’il est le successeur authentique des prophètes. Comme eux, il proclame la foi « au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (Mt 2,32).
Jésus se présente encore comme l’accomplissement de la littérature sapientielle de l’Ancien Testament. Ces livres, qui prennent la forme de psaumes, de proverbes et de récits populaires, font comprendre que le peuple de Dieu est gouverné, d’un côté, par la Loi, qui indique la route à suivre, et de l’autre, par les Prophètes, qui corrigent le peuple, les rois et même les prêtres quand ils s’écartent du droit chemin.
Un amour précis et exigeant
Dans le Nouveau Testament, Jésus ne se présente pas seulement comme la suite ou le terme de l’Ancien Testament, mais comme quelque chose de tout-à-fait neuf, d’original et de supérieur. Jésus rend l’amour de Dieu très précis et très exigeant. L’amour se mesure à la fidélité aux petits détails, aux accents et aux virgules de la loi. Et ce n’est que par un don d’en haut que nous pouvons l’observer fidèlement. La vie de Jésus a été un modèle de cet achèvement. Jésus pouvait dire à ses disciples non seulement « Suivez ma loi » mais encore « Suivez-moi, imitez-moi, marchez dans la lumière qui émane de moi ».
Jésus ne nous aide pas seulement à mieux comprendre la Bible; Il est lui-même la perfection et la plénitude de la Parole de Dieu car Il « est le reflet resplendissant de la gloire du Père, l’expression parfaite de son être, ce Fils qui porte toutes choses par sa parole puissante » (He 1,3). Il est le « Verbe fait chair qui a établi sa demeure parmi nous » (Jn 1,14). Il est « la vraie lumière qui éclaire tout être humain » (Jn 1,9). Il est « le Premier et le Dernier, le Vivant » (Ap 1,17.18). Dans la Bible et dans l’histoire, tout ne trouve son sens ultime qu’à la lumière du Christ.
La formation biblique des chrétiens
En poursuivant notre réflexion sur Verbum Domini à la lumière du riche enseignement de l’Évangile d’aujourd’hui, arrêtons-nous au #75 de l’Exhortation post-synodale consacrée à « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église ».
Pour atteindre le but souhaité par le Synode de donner un caractère plus fortement biblique à toute la pastorale de l’Église, il est nécessaire qu’il y ait une formation convenable des chrétiens et, en particulier, des catéchistes. À cet égard, il faut porter attention à l’apostolat biblique, méthode très valable pour cette finalité, comme le montre l’expérience ecclésiale. Les Pères synodaux ont, de plus, recommandé que, si possible par la valorisation de structures académiques déjà existantes, soient établis des centres de formation pour laïcs et pour missionnaires, où l’on apprenne à comprendre, à vivre et à annoncer la Parole de Dieu, et que, là où on en voit la nécessité, soient constitués des instituts spécialisés dans les études bibliques pour former des exégètes qui aient une solide compréhension théologique et qui soient sensibles aux contextes de leur mission.
(Image : Jésus et ses disciples par James Tissot)
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