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Charte de vie chrétienne et recette de sainteté extrême

23 janvier 2017
Quatrième dimanche du Temps ordinaire, Année A - 29 janvier 2017
Sophonie 2,3 ; 3,12-13
1 Corinthiens 1,26-31
Matthieu 5,1-12a
L’Église poursuit son pèlerinage à travers l’histoire et nous avons besoin d’une perspective, d’une vision pour nous soutenir et nourrir notre espérance au milieu de nos obscurités, de nos ambiguïtés et de nos péchés, de nos joies, de nos espoirs et de nos victoires. La perspective biblique se trouve dans la grande Charte chrétienne que nous présente l’Évangile d’aujourd’hui. Cet Évangile qu’on appelle souvent le Sermon sur la montagne (Mt 5, 1-12a) est le premier d’une série de cinq discours (5,1 – 7,29) qui forment un élément central de la structure de l’évangile de Matthieu. Le parallèle chez Luc est le « Sermon dans la plaine » (Lc 6,20-49), mais certaines paroles du Sermon sur la montagne de Matthieu ont leur parallèle ailleurs dans l’évangile de Luc.
La composition soignée des thèmes du sermon n’est probablement pas due uniquement au travail rédactionnel de Matthieu; celui-ci semble avoir eu à sa disposition, entre autres sources, un schéma de discours de Jésus. La forme de cette source aurait pu être la suivante : quatre béatitudes (Mt 5,3-4; 6,11-12), une section sur la justice nouvelle avec des exemples (5,17. 20-24. 27-28. 33-48), une section sur les bonnes œuvres (6, 1-6. 16-18) et trois mises en garde (7,1-2. 15-21. 24-27). Contrairement au sermon de Luc, celui de Matthieu ne s’adresse pas seulement aux disciples mais à la foule.
La formule « Heureux ceux qui… » employée dans l’Évangile d’aujourd’hui apparaît souvent dans l’Ancien Testament, dans la littérature sapientielle et dans les psaumes. Quoique modifiées par Matthieu, la première, la deuxième, la quatrième et la neuvième béatitudes ont un parallèle chez Luc (Mt 5,3//Lc 6,20; Mt 5,4//Luc 6,21; Mt 5,6//Lc 6,21a; Mt 5,11-12//Lc 5,22-23). Les autres ont été ajoutées par l’évangéliste, qui les a probablement rédigées.
Le sens des béatitudes
Les béatitudes sont la grande charte de la vie chrétienne. Elles révèlent la justice ultime de Dieu et évoquent l’attitude prophétique de Jésus qui tend la main à ceux qui vivent en marge de la société. Bien des gens – les malades, les paralytiques, les pauvres et les affamés – se sont pressés autour de Jésus sur le versant de cette colline de Galilée. Dans ce cadre biblique saisissant qui domine la mer, Jésus met en œuvre la justice biblique en proclamant les béatitudes. La justice authentique est une affaire d’engagement personnel envers les malades, les handicapés, les pauvres et les affamés. Les foules qui écoutaient Jésus furent frappées de stupeur parce qu’il parlait avec autorité, avec la force de qui connaît la vérité et la propose librement aux autres. C’était un maître sans égal.
Le texte de l’Évangile d’aujourd’hui est évidemment l’un des passages qu’on aime bien utiliser pour diverses célébrations liturgiques, mais combien d’auditeurs comprennent vraiment la radicalité de ce qui est promulgué ici, combien se rendent compte que les béatitudes ne sont pas simplement une belle introduction au Sermon sur la montagne mais constituent en fait le fondement de tout l’enseignement de Jésus ? Nous avons souvent du mal à comprendre et à expliquer le sens des béatitudes sauf pour voir en elles un message de solidarité, de compassion et de bénédiction. La langue araméenne, celle que parlait Jésus, peut nous aider à saisir plus profondément l’enseignement de Jésus. Le mot « heureux » traduit le terme « makarioi » dans le Nouveau Testament grec. Si nous remontons au lexique araméen, nous découvrons le mot « ashraï », du verbe « yashar ». Ashraï n’a pas de connotation passive. Il a plutôt le sens « prendre le bon chemin pour arriver au bon endroit; faire demi-tour, se repentir; devenir droit ou juste ».
En essayant de retrouver les mots araméens que Jésus aurait prononcés, nous pourrions traduire les béatitudes comme suit : « Debout, en avant, faites quelque chose, bougez-vous, vous qui avez faim et soif de justice; vous qui désirez la paix… » Cette formulation reflète mieux les paroles et l’enseignement de Jésus. Ce que nous l’entendons nous dire, c’est : Debout, arrêtez de vous plaindre, faites quelque chose pour les sans-abri, pour les pauvres, pour ceux et celles qui sont découragés et déprimés autour de vous. « Debout, en avant, faites quelque chose, grouillez-vous », dit Jésus à ses disciples et à nous aussi. C’est de cette façon que les béatitudes révèlent la justice ultime de Dieu et sa solidarité avec la condition humaine.
Il s’agit pour nous de prendre les béatitudes comme un miroir dans lequel examiner notre vie et notre conscience. « Est-ce que je suis pauvre en esprit ? Est-ce que je suis humble et miséricordieux ? Est-ce que j’ai le cœur pur ? Est-ce que j’apporte la paix ? Suis-je « bienheureux », « heureux » ? Jésus ne nous donne pas seulement ce qu’il a mais aussi ce qu’il est. Il est saint et il nous rend saints.
Un devis de sainteté
Les béatitudes sont aussi une recette de sainteté extrême. La sainteté est un mode de vie qui suppose engagement et action. Ce n’est pas une attitude de passivité mais plutôt un choix continuel pour approfondir notre relation avec Dieu et laisser ensuite cette relation guider toutes nos actions dans le monde.
Hommes et femmes des béatitudes
Les béatitudes ont été vécues, mises en pratique dans la vie de Jean-Paul II. Lui-même aura été un témoin extraordinaire qui, par son dévouement, ses efforts héroïques, ses longues souffrances et sa mort, a transmis aux hommes et aux femmes de notre temps la force du message de l’Évangile. Une large part du succès du message du pape vient de ce qu’il était entouré d’une nuée de témoins qui l’ont épaulé et l’ont soutenu pendant sa vie. En près de 27 ans de pontificat, il a donné à l’Église 1338 bienheureuses et bienheureux et 482 saintes et saints.
Le 2 avril 2005, il rendit l’âme sous les yeux du public et le monde entier s’arrêta pendant plusieurs jours. Le 8 avril 2005, le cardinal Josef Ratzinger annonça au monde que le Saint Père nous regardait et nous bénissait « depuis la fenêtre de la maison du Père ». Le dimanche 27 avril 2014, neuf ans à peine après son retour à la maison du Père, l’Église a confirmé officiellement ce que nous sommes nombreux à savoir depuis longtemps, soit qu’il n’est pas seulement « Santo subito » (à canoniser tout de suite !) mais « Santo sempre » (saint à jamais). Apprenons de « Papa Wojtyla » à franchir des seuils, à jeter des ponts et à proclamer l’Évangile aux gens de notre temps. Devenons des hommes et des femmes des béatitudes et demandons la grâce de recevoir un peu de la fidélité du témoignage de Pierre et de l’audace de la proclamation de Paul, qui ressortaient avec une telle vivacité chez Karol Wojtyla, le pape Jean-Paul II.
À la rencontre de la Parole de Dieu dans l’Écriture
Nous poursuivons aujourd’hui notre réflexion sur l’Exhortation apostolique Verbum Domini, que le pape Benoît a publiée à la suite du synode des évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Nous en sommes au paragraphe 72 :
S’il est vrai que la liturgie est le lieu privilégié pour la proclamation, l’écoute et la célébration de la Parole de Dieu, il est tout aussi vrai que cette rencontre doit être préparée dans le cœur des fidèles et surtout être approfondie et assimilée par eux. En effet, la vie chrétienne est caractérisée essentiellement par la rencontre avec Jésus-Christ qui nous appelle à le suivre. C’est pourquoi le Synode des Évêques a réaffirmé plusieurs fois l’importance de la pastorale dans les communautés chrétiennes comme cadre dans lequel parcourir un itinéraire personnel et communautaire par rapport à la Parole de Dieu, de sorte que celle-ci soit vraiment au fondement de la vie spirituelle. Avec les Pères du Synode, j’exprime le vif désir que fleurisse « une nouvelle saison de plus grand amour pour la Sainte Écriture, de la part de tous les membres du Peuple de Dieu, afin que la lecture orante et fidèle dans le temps leur permette d’approfondir leur relation avec la personne même de Jésus ».
Dans l’histoire de l’Église, les recommandations des saints sur la nécessité de connaître l’Écriture pour grandir dans l’amour du Christ ne manquent pas. C’est un fait particulièrement évident chez les Pères de l’Église. Saint Jérôme, grand « amoureux » de la Parole de Dieu se demandait: « Comment pourrait-on vivre sans la science des Écritures, à travers lesquelles on apprend à connaître le Christ lui-même, qui est la vie des croyants ? ». Il était bien conscient que la Bible est l’instrument « par lequel Dieu parle chaque jour aux croyants ». Il conseille ainsi Leta, une matrone romaine, pour l’éducation de sa fille: « Assure-toi qu’elle étudie chaque jour un passage de l’Écriture… À la prière fais suivre la lecture, et à la lecture, la prière… Plutôt que les bijoux et les vêtements de soie, qu’elle aime les Livres divins ». Ce que saint Jérôme écrivait au prêtre Neposianus vaut aussi pour nous: « Lis fréquemment les divines Écritures; et même, que le Livre Saint ne soit jamais enlevé de tes mains. Apprends-y ce que tu dois enseigner ». À l’exemple du grand saint qui consacra sa vie à l’étude de la Bible et qui donna à l’Église sa traduction latine, la Vulgate, et de tous les saints qui ont placé au centre de leur vie spirituelle la rencontre avec le Christ, renouvelons notre engagement à approfondir la Parole que Dieu a donnée à l’Église. De cette façon nous pourrons tendre à ce « haut degré de la vie chrétienne ordinaire », souhaité par le Pape Jean-Paul II au commencement du troisième millénaire chrétien, qui se nourrit constamment de l’écoute de la Parole de Dieu.
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