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Reconnaître l’Agnus Dei, l’Agna Dei et le martyre

9 janvier 2017
Deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année A - 15 janvier 2017
Isaïe 49,3.5-6
1 Corinthiens 1,1-3
Jean 1,29-34
Dans le passage d’évangile d’aujourd’hui (Jean 1, 29-34), le personnage de Jean Baptiste surgit une fois de plus, comme pour nous renvoyer dans le temps de l’Avent… pour examiner attentivement les éléments de preuve du Baptiste et de Jésus et pour nous faire prendre des décisions à propos de nos vies. Le récit que fait l’évangéliste Jean du Baptême de Jésus est très différent de ceux qu’en font les trois autres évangélistes, une différence que le contexte historique peut expliquer. Le texte de l’évangile de Jean ne démontre aucune connaissance de la tradition (Luc 1) selon laquelle Jésus et Jean Baptiste seraient apparentés. Dans le quatrième évangile, le baptême de Jean n’est pas associé au pardon des péchés, mais plutôt à la révélation; son but est de faire connaître Jésus au peuple d’Israël. Pour Jean, une simple chronique des événements ne suffit jamais; ce qui importe, c’est que les événements suscitent un témoignage personnel au sujet de Jésus.
L’évangéliste Jean était très déterminé à lutter contre un mouvement qui considérait Jean le Baptiste comme supérieur à Jésus. Il ne fait donc pas la narration des événements du baptême; plutôt, il place le sens du baptême dans le témoignage de Jean Baptiste. Il fait professer publiquement au Baptiste sa raison d’être : « Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il [Jésus] soit manifesté au peuple d’Israël ».
Reconnaître Jésus
Comment Jean Baptiste en est-il venu à enfin reconnaître Jésus ? Il a combiné l’agitation de celui qui l’a envoyé pour baptiser à sa connaissance de ce que les prophètes avaient dit et à ses rencontres avec des pénitents et des sceptiques. Jean avait pris conscience que lorsqu’il rencontrerait une personne dont le discours et les gestes démontrait qu’un Esprit spécial était à l’œuvre, cette personne serait celle qu’il devrait reconnaître comme celle qui baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. Même pour le Baptiste, cela a pris du temps et plusieurs rencontres avant de reconnaître que la personne sur qui l’Esprit reposait, c’était Jésus de Nazareth. Sa reconnaissance n’est pas venue spontanément, elle n’était pas davantage une évidence en elle-même. Elle est venue graduellement parce qu’elle était intégrée dans un tel environnement familier.
Après avoir ainsi établi la véritable perspective chrétienne de la relation entre Jésus et le Baptiste, l’auteur du quatrième évangile s’efforce ensuite de démontrer que Jésus est effectivement ce Serviteur de Dieu que prédisaient les quatre chants du Serviteur souffrant d’Isaïe.
La voix venue du ciel instruit le Baptiste que celui sur qui l’Esprit descend, celui-là est l’Élu, celui qui baptise avec l’Esprit Saint. La dernière phrase du passage d’évangile d’aujourd’hui exprime cette conviction intime que nous devrions tous porter après avoir entendu le témoignage fourni par Jean Baptiste. Chacun de nous devrait se sentir inspiré à affirmer : « J’ai vu par moi-même… Celui-ci est l’Élu de Dieu ! » (verset 34). C’est cette conviction, enracinée doucement mais fermement dans nos cœurs, qui nous permettra d’être des « Lumen gentium », c’est-à-dire des « lumières pour les nations ».
L’Agneau de Dieu
Au verset 29 du passage évangélique d’aujourd’hui, nous pouvons lire que Jean Baptiste a dit à Jésus, en le voyant approcher : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». L’expression « Agneau de Dieu » est lourdement chargée de sens; il est bon de comprendre tout ce que ces mots impliquent, nous qui les prions chaque fois que nous célébrons l’eucharistie. L’origine du titre « agneau de Dieu » pourrait être l’agneau victorieux de l’Apocalypse qui détruira le mal dans le monde (Ap 5-7;17,14); l’agneau pascal dont le sang a sauvé le peuple d’Israël (Exode 12); ou encore (et peut-être également) le serviteur souffrant qu’on mène comme un agneau à l’abattoir en guise de sacrifice pour le péché (Isaïe 53, 7-10).
Dans le Nouveau Testament, les moutons et les agneaux symbolisent non seulement le Christ, mais également ses disciples. Dans ces exemples-là, Jésus devient alors le berger et eux, son troupeau. Jésus se met à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée, laissant là tous les moutons qui ne sont pas « en danger » s’occuper d’eux-mêmes pendant ce temps.
En tant que victime qui révèle l’amour de Dieu pour nous, le Christ est souvent représenté par un agneau. Pour les chrétiens, il est « l’agneau » décrit dans le Livre d’Isaïe : « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche :comme un agneau conduit à l’abattoir,comme une brebis muette devant les tondeurs,il n’ouvre pas la bouche » (Isaïe 53, 7).
Lorsque Pierre se voit confier le troupeau du Seigneur, il reçoit la consigne de « paître » les moutons et les agneaux. Jésus envoie ses disciples dans le monde sans armes, sans argent, sans puissance – « comme des agneaux parmi les loups ». Ceux qui meurent en croyant à l’Évangile de Jésus le Christ, sans se défendre en prenant part à la violence, ceux-là sont dans l’imitation du Christ. Être martyrisé, c’est être comme cet « agneau qu’on mène à l’abattoir ». Les agneaux subissent la violence, ils ne l’infligent pas. Ils sont un symbole universellement reconnu d’innocence. Les agneaux ont toujours été des animaux de prédilection pour les sacrifices. Lorsque Jean le Baptiste parle de Jésus en le désignant comme « l’agneau de Dieu », il veut dire que Jésus est le messie, celui qui par sa vie et sa mort révélerait la véritable nature de Dieu.
La véritable signification du martyr
Le baptême nous donne la grâce de rendre témoignage et parfois, cela peut nous conduire au témoignage suprême du don de notre vie même, parce que nous sommes associés à et marqués par Jésus-Christ. Un martyr (du mot grec qui signifie « un témoin ») est une personne qui, pour sa foi chrétienne, souffre librement et patiemment la mort aux mains d’un persécuteur. Les martyrs préfèrent mourir plutôt que de renier leur foi en parole ou en action. À l’exemple du Christ, ils souffrent patiemment, ils n’opposent pas de résistance à leurs persécuteurs. Les véritables martyrs meurent pour des causes saintes. Les faux martyrs meurent pour les causes les plus ignobles et impies. L’ère du martyre n’appartient pas au passé. Il a encore cours aujourd’hui. En fait, le siècle dernier en fut un inouï en matière de martyre chrétien.
Les premiers chrétiens, qui portaient témoignage de la véracité de ces faits sur lesquels le christianisme repose, étaient susceptibles d’être placés à tout moment devant le choix de mourir ou de renier leur témoignage. Refusant de renier le Christ, plusieurs d’entre eux sont réellement morts, et ce dans la souffrance.
Le martyre donne de la crédibilité aux authentiques témoins chrétiens qui ne recherchent pas le pouvoir ni le gain, mais qui donne plutôt leur vie même pour le Christ. Ils montrent au monde la puissance désarmée et pleine d’amour pour les hommes qui est donnée à ceux qui suivent le Christ jusqu’au point du don total de leur existence. C’est pourquoi les chrétiens, depuis l’aube du christianisme jusqu’aux temps présent, ont subi la persécution pour le compte de l’Évangile, tout comme Jésus l’avait annoncé : « Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jean 15, 20).
Agna Dei
Dans la semaine qui vient, le 21 janvier plus précisément, l’Église se souvient de sainte Agnès de Rome, une jeune fille de 13 ans morte pour sa foi. Elle fut l’une des victimes de la persécution de Dioclétien envers les chrétiens. L’église de Sainte-Agnès, sise à la célèbre Piazza Navona à Rome, est située sur l’endroit même de son martyre. La jeune Agnès a répondu avec une totale générosité et un cœur sans partage et a fait de son existence un exemple tout aussi éloquent que fascinant d’une vie complètement transfigurée par la splendeur de la vérité. Son exemple a encouragé de nombreux croyants à travers les siècles à suivre ses traces.
Sainte Agnès fut martyrisée pour avoir refusé d’épouser un riche citoyen romain. Elle avait déclaré qu’elle n’accepterait aucun autre époux que Jésus-Christ. « Depuis longtemps, je suis fiancée à un époux céleste et invisible; mon cœur lui appartient et je lui serai fidèle jusqu’à ma mort », a-t-elle dit. Sa vie, son héroïsme et sa mort nous inspirent à la pureté et à la sainteté. Son prénom en grec signifie « pure » et en latin, « agneau ».
En tant que sainte, Agnès est une personne qui a imité le Christ. En tant que martyre, elle est morte comme le Christ. En tant que vierge, elle a maintenu sa foi, son espérance et son amour vivants, même au milieu de l’horreur. Le fait qu’elle soit fêtée de nos jours est une preuve permanente que l’imitation du Christ est possible, selon les circonstances particulières de la vie propre et unique de chaque personne. Agnès prit son baptême au sérieux. Elle fut baptisée dans la mort du Christ afin qu’elle puisse partager sa vie nouvelle. Puisse-t-il en être ainsi pour nous aussi !
La Parole de Dieu et l’Esprit Saint
Poursuivons notre réflexion autour de Verbum Domini, l’exhortation apostolique post-synodale du pape Benoît XVI sur « La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église » en considérant la relation entre la Parole et l’Esprit Saint (section #15).
Après nous être arrêtés sur la Parole dernière et définitive de Dieu au monde, nous devons parler à présent de la mission de l’Esprit Saint en lien avec la Parole divine. En effet, aucune compréhension authentique de la Révélation chrétienne ne peut être atteinte en dehors de l’action du Paraclet. Et ce, parce que la communication que Dieu fait de lui-même implique toujours la relation entre le Fils et l’Esprit Saint, qu’Irénée de Lyon appelle, de fait, « les deux mains du Père ». De plus, c’est l’Écriture Sainte qui nous montre la présence de l’Esprit Saint dans l’histoire du salut et en particulier dans la vie de Jésus, qui a été conçu de la Vierge Marie par l’action de l’Esprit Saint (cf. Mt 1, 18; Lc 1, 35); au début de son ministère public, sur les rives du Jourdain, Jésus le voit descendre sur lui sous la forme d’une colombe (cf. Mt 3, 16 et par.); par ce même Esprit, il agit, il parle et il exulte (cf. Lc 10, 21); et c’est en lui qu’il peut s’offrir lui-même (cf. He 9,14). Alors que sa mission s’achève, suivant le récit de l’Évangéliste Jean, c’est Jésus lui-même qui met clairement en relation le don de sa vie avec l’envoi de l’Esprit aux siens (cf. Jn 16, 7). Ensuite, Jésus ressuscité, portant dans sa chair les signes de sa passion, répand l’Esprit (cf. Jn 20, 22), rendant les siens participants de sa propre mission (cf. Jn 20, 21). Ce sera alors l’Esprit Saint qui enseignera toutes choses aux disciples et qui leur rappellera tout ce que le Christ a dit (cf. Jn 14, 26), parce qu’il lui revient, en tant qu’Esprit de vérité (cf. Jn 15, 26), d’introduire les disciples dans la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13). Enfin, comme on lit dans les Actes des Apôtres, l’Esprit descend sur les Douze réunis en prière avec Marie, au jour de la Pentecôte (cf. 2, 1-4), et il les remplit de force en vue de leur mission d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous les peuples.
La Parole de Dieu s’exprime donc en paroles humaines grâce à l’action de l’Esprit Saint. La mission du Fils et celle de l’Esprit Saint sont inséparables et constituent une unique économie du salut. L’Esprit, qui agit au moment de l’Incarnation du verbe dans le sein de la vierge Marie, est le même Esprit qui guide Jésus au cours de sa mission et qui est promis aux disciples. Le même Esprit, qui a parlé par l’intermédiaire des prophètes, soutient et inspire l’Église dans sa tâche d’annoncer la Parole de Dieu et dans la prédication des apôtres. Enfin, c’est cet Esprit qui inspire les auteurs des Saintes Écritures.
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