Le baptême fait de nous des membres de la famille de Jésus
7 janvier 2017
Baptême du Seigneur, Année A - lundi 9 janvier 2017
Isaïe 42,1-4.6-7
Actes des Apôtres 10,34-38
Matthieu 3,13-17
Télévision Sel + Lumière a récemment produit un très beau documentaire en anglais « Within Your Gates » (« Entre tes murs ») au sujet du pèlerinage historique de Benoît XVI en Jordanie et en Israël en 2009. Parmi les scènes émouvantes du film on peut voir la visite du Saint-Père, accompagné du roi Abdullah II et son épouse, la reine Rania, au lieu où, croit-on, Jésus aurait été baptisé dans le Jourdain en Jordanie. En revoyant ces images, et en écoutant attentivement les paroles du Pape lors de son homélie au Jourdain, je me disais qu’il n’y avait pas de manière plus appropriée de se préparer à la fête du baptême du Seigneur que nous célébrons ce dimanche.
Benoît XVI avait alors offert une réflexion sur le baptême de Jésus, qui, disait-il, « se présente de façon vivante à nous en ce lieu ». Le Pape a alors déclaré :
Jésus s’est mis dans la file avec les pécheurs et il a accepté le Baptême de pénitence de Jean comme un signe prophétique de sa propre passion, mort et résurrection pour le pardon des péchés. Depuis, à travers les siècles, de nombreux pèlerins sont venus au Jourdain pour y chercher leur purification, renouveler leur foi et se rapprocher du Seigneur. Comme Éthérie qui, à la fin du 4e siècle, laissa le récit écrit de sa visite. Le sacrement du baptême, formellement institué après la mort et la résurrection du Christ, sera particulièrement cher aux communautés chrétiennes qui se rassembleront entre les murs des nouvelles églises. Que le Jourdain vous rappelle sans cesse que vous avez été lavés dans les eaux du baptême et que vous êtes devenus membres de la famille de Jésus. Vos vies, en conformité avec sa Parole, ont été transformées à son image et à sa ressemblance. Alors que vous vous efforcez d’être fidèles à votre engagement baptismal de conversion, de témoignage et de mission, sachez que vous êtes fortifiés par le don de l’Esprit Saint.
Un regard scripturaire sur le baptême du Seigneur
Trois textes de l’Écriture nous sont présentés pour la fête du Baptême du Seigneur. Chacun d’eux nous permet de mieux comprendre la signification du baptême de Jésus et de notre propre baptême.
La première lecture tirée du deuxième « chant du serviteur souffrant » (42, 1-4; 6-7) nous introduit au Serviteur souffrant du Seigneur qui vit avec sympathie en union et en communion avec la famille humaine entière. Le Seigneur a choisi un serviteur spécial pour être et manifester la Gloire de Dieu au monde. Ce qui est frappant au sujet d’Isaïe 42, 1-7 est le fait que le Serviteur ne soit jamais clairement identifié. Le texte met plutôt l’emphase sur l’activité et le caractère du Servant. Celui-ci a été choisi de Dieu et a reçu son Esprit, afin d’apporter la justice à tous, qu’ils sont Juifs ou étrangers. Pour la société de ce temps-là, le serviteur devait aller à contre-courant de la culture de l’époque : il ne serait pas intéressé ni au pouvoir, ni à sa réputation. Son jugement sera à la fois doux et ferme. Son jugement précéderait les enseignements donnés sur les côtes de l’Ouest (le monde Méditerranéen) et Sud (le long de la mer Rouge).
Isaïe 42 1-4 rappelle au peuple de Dieu de demeurer humble puisqu’ils ne sont pas les seuls représentants de la justice et de la vertu. Parfois, Dieu peut réaliser ses plans pour son peuple à travers d’autres nations (en 44, 28 par exemple). Aux versets 6-7, c’est Dieu lui-même qui appelle son Serviteur. Dieu appelle son Serviteur selon la justice pour agir comme son propre représentant. Le Serviteur ouvrirait les yeux aux aveugles et libérerait les captifs de prison. Ces images de vue et de liberté retrouvées peuvent être prises au sens littéral ou figuré. Au temps du « deuxième-Isaïe », les élites qui régnaient sur la Judée étaient des captifs de dictateurs étrangers aveuglés par l’ambition. Au sens figuré, la cécité et l’emprisonnement peuvent être le manque de foi du peuple. Dans un cas comme dans l’autre, le Serviteur serait l’instrument de Dieu qui apportera la guérison et la libération.
La bonté profonde de Corneille et de sa maison
Le récit extraordinaire de la conversion de Corneille dans la deuxième lecture de ce dimanche (Actes 10, 34-38) jette certainement un peu de lumière sur le sens et les implications du baptême. Il s’agit de la plus longue narration individuelle des Actes des Apôtres. Le thème de ce récit narratif est une impulsion divine : Pierre est la personne la moins prête à accepter Corneille au sein de la communauté chrétienne et refuse même deux fois de l’y admettre. Pierre devait se convertir avant de pouvoir convertir Corneille. Il a pris conscience que les dons de Dieu sont offerts à tous ceux qui écoutent la Parole de Dieu. Sa question « Pourrait-on refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » (10, 47) fait écho à la questions des Éthiopiens et la réponse de Philippe dans une histoire précédente: « Voici de l’eau : qu’est-ce qui empêche que je reçoive le baptême ? » (8, 36)
Les gestes de Pierre envers Corneille eurent des implications profondes. Frappé de la sincérité exceptionnelle, l’hospitalité et la bonté profonde de Corneille et de sa maison, Pierre s’exclame spontanément : « Mais à moi, Dieu m’a montré à ne déclarer aucun homme interdit ou impur. » Cette déclaration brisa des siècles de coutumes et même de théologie, à l’effet qu’Israël seule était le peuple élu de Dieu, séparée de toutes les autres nations comme étant celle de Dieu. (cf. Deutéronome 7, 6-8; Exode 19, 5-6). Pierre n’eut d’autre choix que de baptiser les membres de la maison de Corneille et fut même critiqué pour son approche « œcuménique », ce à quoi il répondit : « Qui étais-je, moi, pour empêcher l’action de Dieu (11, 17) ? En entendant ces paroles, ils se calmèrent et ils rendirent gloire à Dieu (11, 18). »
Paul a lui aussi trouvé cette même manifestation spontanée de la foi chez les Gentils et avait déclaré avec entrain : « Nous nous tournons désormais vers les Gentils ! » La controverse entourant la loi persisterait longtemps. Paul consacra son œuvre théologique la plus complète à ce sujet : la lettre aux Romains.
La vocation messianique de Jésus
L’évangile pour la fête de ce dimanche, Matthieu 3, 13-17, renferme des échos d’Isaïe 42. L’Esprit qui descend sur Jésus (3,16) nous rappelle la déclaration du Seigneur en 42, 1 : « J’ai fait reposer sur lui mon esprit. » L’affirmation que Jésus est son « Fils bien-aimé en qui (il a) mis tout son amour (3, 17) évoque le serviteur élu de Dieu, en qui il mis toute sa joie (Isaïe 42, 1). L’envoi de Jésus vers sa vocation Serviteur lors de son baptême indique que ce temps nouveau vient de commencer.
La scène du baptême présentée dans Matthieu nous offre un aperçu non seulement de la relation intime entre le Père et son Fils mais aussi la conséquence de cette relation. Celui qui croit en privé est aussi un serviteur public. D’après Matthieu, lorsque Jésus se relève et que l’eau perle encore sur son corps, Jean est déjà passé au baptême suivant et la foule est occupée à se repentir. Jésus seul voit l’Esprit descendre sur des ailes de lumière pour se poser sur sa tête mouillée. Jésus seul entend la voix de Dieu qui l’appelle son « Fils bien-aimé ». L’expérience le conduit seul au désert pour quarante jours pour mieux comprendre son appel. Il n’est pas étonnant que lorsqu’il revient et débute son ministère, l’un de ses premiers gestes est d’appeler les disciples. Il en avait déjà assez de la solitude ! Le temps était venu de se trouver de la compagnie !
Le baptême et l’eucharistie : les sacrements de l’initiation
En recevant la vie du Christ à travers le baptême, nous chrétiens sommes également appelés à soutenir la vie de l’Église. Le baptême est un véritable bond dans le mystère de Jésus, un bond et une immersion qui nous transforment entièrement à son image. Tel le serviteur dans la lecture du prophète Isaïe de ce dimanche, nous devons remplacer la noirceur par la lumière. Tel le Serviteur dans Matthieu, nous devons remplacer la douleur par la guérison. Loin de n’être qu’un don pour soi-même, la foi est une responsabilité publique. Nous devons nous lever et prendre notre place légitime au sein de l’Église. Notre partage de l’eucharistie nous lie à tous nos frères et sœurs qui ont été immergés dans la vie du Christ par les eaux du baptême.
En ce début d’année, nous avons besoin de voir au-delà de nos limites et de nous libérer des fautes que nous nous imposons. Notre relation avec Dieu nous aide à voir au-delà des petits univers dans lesquels nous vivons. Comment Dieu nous aide-t-il à voir ces possibilités ? Comment la foi au Christ nous élève et nous change de façon radicale ? Prions afin que la grâce de notre propre baptême nous aide à être lumière pour les autres et pour le monde, qu’elle nous donne la force et le courage de faire une différence, de faire partie de la famille de Jésus.
Responsabilité dans l’annonce de l’Évangile
Alors que nous poursuivons notre réflexion sur l’exhortation apostolique de Benoît XVI, Verbum Domini, qui a suivi le Synode des évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église, nous pouvons lire au paragraphe 94 que tous les baptisés sont responsables de l’annonce de l’Évangile.
Puisque tout le Peuple de Dieu est un peuple « envoyé », le Synode a réaffirmé que « la mission d’annoncer la Parole de Dieu est le devoir de tous les disciples de Jésus-Christ, comme conséquence de leur Baptême ». Aucun croyant dans le Christ ne peut se sentir étranger à cette responsabilité qui provient de l’appartenance sacramentelle au Corps du Christ. Cette conscience doit être réveillée dans chaque famille, paroisse, communauté, association et mouvement ecclésial. L’Église, comme Mystère de communion, est donc tout entière missionnaire et chacun, selon son état de vie, est appelé à donner une contribution décidée à l’annonce chrétienne.
Les Évêques et les prêtres, selon la mission qui est la leur, sont appelés les premiers à une existence liée par le service de la Parole, à annoncer l’Évangile, à célébrer les Sacrements et à former les fidèles dans la connaissance authentique des Écritures. Les diacres sont aussi appelés à collaborer, selon la mission qui leur est propre, à cette œuvre d’Évangélisation.
La Vie consacrée brille dans toute l’histoire de l’Église par la capacité d’assumer explicitement la tâche de l’annonce et de la prédication de la Parole de Dieu, dans la mission ad gentes et dans les situations les plus difficiles. Attentive aussi aux nouvelles conditions de l’Évangélisation, elle ouvre avec courage et audace de nouvelles voies et relève de nouveaux défis pour l’annonce efficace de la Parole de Dieu.
Les laïcs sont appelés à exercer leur mission prophétique, qui découle directement de leur Baptême, et à témoigner de l’Évangile dans la vie quotidienne partout où ils se trouvent. À ce propos, les Pères synodaux ont exprimé « la plus vive estime, la reconnaissance et les encouragements pour le service de l’Évangélisation que tant de laïcs, en particulier les femmes, offrent avec générosité et esprit d’engagement, dans les communautés dispersées à travers le monde, à l’exemple de Marie-Madeleine, premier témoin de la joie pascale ». En outre, le Synode reconnaît avec gratitude que les mouvements ecclésiaux et les communautés nouvelles sont, dans l’Église, une grande force pour l’Évangélisation en notre temps, poussant l’Église à développer de nouvelles formes d’annonce de l’Évangile.
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